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quelconque : elle est la manifestation matérielle de l’universalité divine. La religion de la Perse n’est donc pas, à vrai dire, de l’idolâtrie , puisqu’elle ne révère pas des objets de la nature. La lumière est la forme la plus parfaite du bon et du vrai , la substantialité de la science et de la volonté , de même que de toutes les choses physiques. La lumière rend l’homme capable de choisir , et il ne peut exercer librement un choix que lorsqu’il est sorti des ténèbres, qui sont l’opposé de la lumière, de même que le mal est l’opposé du bien. Si le mal n’avâit jamais existé, l’homme n’aurait jamais connu le bien ; de même sans les ténèbres, il n'aurait jamais connu la lumière. Cette opposition de la lumière et des ténèbres est réprésentée , chez les Perses , par Ormouzd et Ahriman , engendrés tous les deux par un principe supérieur , par un principe universel, appelé Zéruané-Akéréné , c’est-à-dire temps sans limites. Celte alternative perpétuelle de lumière et de ténèbres était le résultat d’une lutte également perpétuelle entre deux principes incompatibles, non cependant que ces principes fussent coélernels et aussi puissants l’un que l’autre; car un temps viendra où Ahriman, auteur de tous les maux qui pèsent sur le monde, succombera sous les irrésistibles efforts d’Ormouzd. Alors les vertus exercerontsur toute la terre un empire non contesté, et les hommes jouiront d’un bonheur parfait.
Le mal , en effet , d’où provient-il sur cette terre , si ce n’est du désaccord qui règne dans le développement général de l’humanité ? Les hommes se formant toujours encore isolément, sans vue de l’ensemble, il suit qu’ils se forment d’une manière incomplète, imparfaite, discordante, parce que chacun étant son roi et son Dieu, chacun veut et fait ce qu'il lui plait sans s’inquiéter si ce qu’il veut et fait se trouve en har-
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moitié ou non avec la volonté et les faits des autres. L’harmonie, le bien, ne peut naître que de l’accord parfait des divers buts sociaux.
Nulle part, si l’on en excepte la Bible, les différents caractères des âges humanitaires ne sont aussi clairement indiqués que dans cette admirable doctrine de Zoroastre. Le départ de l’humanité d’un principe, sa séparation par suite de la connaissance du bien et du mal, le triomphe définitif du bien, tout y est.
La lumière est le corps d’Ormouzd : de là le culte du feu , parce que Ormouzd est présent dans toute lumière; mais il n’est ni le soleil , ni la lune même ; les Perses ne révèrent dans ces constellations que la lumière, qui est Ormouzd. Zoroastre demande à Ormouzd qui il est, et Ormouzd se hâte de répondre. « Mon nom est la base et le centre de tous les êtres , la plénitude de tout bonheur, la volonté pure , etc. >»
Ce qui vient d’Ormouzd est doué de vie, le verbe en est un éclatant témoignage , les prières sont ses productions. Les ténèbres sont le corps d’Ahriman , mais un feu éternel les chasse des temples. Le but de chacun doit être la propreté , qui est prescrite dans d’innombrables formules. Les commandements moraux sont doux et simples : >» Si quelqu’un vous outrage, vous accable d’injures, et qu’ensuite il vous demande pardon, nommez-le ami. >»
Les offrandes consistaient en fleurs et en encens. L’homme étant la créature du ciel, il reviendra, s’il s’est couvert de souillures, à la pureté par la sanctification de la pensée, de la parole et de l’action. Mais « qu’esl-ce que la pensée pure? Celle qui va au principe des choses. Qu’est-ce que la parole pure? C’est Ormouzd, cette parole est ainsi qualifiée. Qu’est-ce que
Su
l’action pure? L’invocation pure des célestes phalanges. » Vous le voyez, messieurs, il est formellement exigé que l’homme soit bon , ce qui présuppose le libre arbitre, la liberté subjective. A côté d’Ormouzd sont placés les 7 amshaspands , ses serviteurs , génies de lumière et de vertu , appartenant aux clartés célestes , au royaume des esprits purs et parfaits. Quelquefois on a porté leur nombre à 33 , mais en y comprenant les izeds , ou génies d’un ordre inférieur, ministres de leurs volontés.
Les 7 planètes connues des anciens ont , sans doute , donné lieu à cette croyance , et ce nombre réputé sacré a aussi été introduit par les Perses dans les affaires temporelles : divisée en 7 grandes provinces, la monarchie était gouvernée par 7 vice-rois, qui avaient le droit de porter une couronne et que l’on a cru reconnaître dans les 7 seigneurs qui , suivant Hérodote, ont mis fin au règne des mages (1).
Parmi les7amshaspands se trouve aussi Mithra; mais, dans les livres de Zoroastre, cette constellation n’occupe aucun rang particulier. Plus tard seulement Mithra apparait comme médiateur entre Ormouzd et l’homme. Déjà Hérodote fait mention du culte de Mithra ; ce culte mystérieux se répandit généralement dans l’empire romain, et l’on en trouve de nombreux vestiges bien avant dans le moyen âge. Du reste , l’idée d’un médiateur existe aussi dans le bouddhisme , et ce n’est pas la Bible seule qui l’ait révélée.
Zoroastre a fait aux Perses un devoir de tous les jours de conserver tout ce qui respire , de planter des arbres , de creuser des canaux, de fertiliser des déserts, afin que parti) Voir mon Histoire ancienne , art. Perse.
tout naissent la vie , la prospérité, les choses utiles, et que le régne d’Ormouzd advienne. Ainsi , entre autres, il est défendu sous les peines les plus sévères de toucher à une bête morte. On raconte qu’un fleuve ayant englouti un des coursiers du char du Soleil , Cyrus en fit punir les flots téméraires en les détournant dans une foule de petits canaux. Lorsque la mer eut détruit les ponts de Xercès, ce prince ordonna de mettre des chaînes à cet élément du mal, à cet instrument d’Ahriman.
Le Zend-Avesta dépeint le paradis terrestre à peu près de la même manière que la Bible. C’est pourquoi les Perses se faisaient une religion de reproduire cette luxurieuse végétation de l’Éden, d’établir partout de ces beaux parcs si célèbres dans l’histoire ancienne. Cyrus le jeune était sans cesse occupé de la culture de ses fleurs et de ses arbustes.
Pour le fond des doctrines, le Zend-Avesta ressemble aux vieux systèmes philosophiques et religieux de l’Inde ; mais , dans les détails, il l’emporte de beaucoup sur lebrahmaïsme. >■ Combattez le mal, a-t-il dit, en faisant prospérer le bien dans la vie réelle, en répandant tout ce qui est avantageux dans la vie pratique. » Par ce principe vivifiant du travail , par celle sanctification de l’activité physique de l’homme, le zoroastrisme peut être considéré comme la bonne branche occidentale du brahmaïsme, tandis que le bouddhisme forme la branche la plus cultivée du sud, du nord et du nord-est.
Si le peuple zend était l’élément spirituel de l’empire de Perse, les Assyriens en furent l’élément matériel, l’élément de la richesse, du luxe et du commerce.
Les classiques de l’antiquité commencent l’histoire de l’univers par l’empire assvrio- babylonien , lequel précéda le
médo-persan, et dont les annales mythiques débutent par les conquêtes fabuleuses de Sémiramis, conquêtes semblables à tontes celles que mentionnent les anciennes traditions de la plupart des peuples de l’Asie. La conquête de la Médie par Ninus semble appartenir un peu plus à l’histoire. Mais il est peut-être un moyen plus simple de comprendre cette matière : sur le plateau central de l’Asie occidentale, on compterait quatre pays principaux, mais différents, savoir : la Babylonie, l’Assyrie, la Médie et la Perse, qui, à plusieurs reprises, ont formé des États séparés et distincts, et qui d’autres fois ont été réunis sous l’empire, tantôt de l’un, tantôt de l’autre de ces pays, tandis que leurs capitales respectives, Babylone, Ninivc, Ecbatane et Suse ou Persépolis, devenaient alternativement, durant les périodes de grandeur et de prospérité, le siège des dynasties indigènes, et le centre de l’empire. Toutefois, nous ne faisons cette remarque que sous le rapport de l’ordre chronologique. Ainsi, au lieu de considérer comme une période à part l’existence de l’empire assyrio-babylonien, de cette première monarchie universelle, il serait plus convenable de n’en faire que la dynastie la plus ancienne de ce grand et unique Empire asiatique, et d’en compter une seconde dans l’empire médo-persan, en les assimilant à peu près à celle que les successeurs d’Alexandre y fondèrent plus tard, ou mieux encore à cette dynastie indigène et nouvelle qu’y établirent les Parthes, nation située un peu au nord-est de ces contrées et qui devint par la suite si formidable aux Romains.
C’est dans cette région centrale de l’Asie occidentale, sur ce point si bien choisi, si bien placé, si bien fait pour les envahissements extérieurs, que naquirent les conquérants de l’uni vers ; c’est là que le génie de la guerre se manifesta d’abord,
ce génie formidable qui balança les nations de l’Orient à l’Occident comme des bataillons enrégimentés ; c’est là aussi que l’histoire sainte, que la révélation de Moïse, place le siège du premier maître du monde et le berceau de l’esprit de conquêtes. Sur la placemème où s’élevait jadis l’antique Babylone, on trouve encore de nos jours des ruines immenses que les habitants qualifient du nom de forteresse de Nemrod, et qui suscitent dans l’esprit des voyageurs modernes le souvenir de Babel et de la légende concernant la construction de cette grande tour. Il est plus que probable que ces ruines appartenaient autrefois au grand temple de Bélus qui s’élevait par huit étages ou compartiments à une hauteur démesurée et sur le faite duquel se trouvait la statue colossale du dieu du soleil, adoré dans ce lieu comme une divinité nationale. Là même gisent aujourd’hui des masses énormes de décombres imposantes et comme vitrifiées par un feu violent, dont les cimes touchent les nuages, tandis que des lions reposent sur leurs flancs et habitent leurs cavités. On cherche parmi ces masures l’emplacement de ces grandes terrasses ou jardins suspendus que le monarque assyrien, par amour pour son épouse, fit planter dans ce pays.
L’étendue en surface que couvrent des amas épars de briques marquées au timbre de l’écriture babylonienne, atteste la grandeur passée de l’immense cité, de laquelle peu des anciennes villes de l’Asie approchaient. II était donc naturel que la construction de celte tour de Babel restât pendant tous les siècles comme un point de comparaison pour tous Ira édifices qu’enfantaient l’arrogance et l’orgueil de la puissance, que terrassait et détruisait le bras de fer de la Némésis divine. Dans la révélation même, Babel, saisie par le vertige de l’ambition,
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gorgce de la moelle et de la chair des nations, est prise comme un symbole qui doit représenter depuis le commencement de l’histoire, à travers tous les âges, jusqua la fin des siècles, l’esprit païen de superbe et d’inconsidération, faisant de vains efforts pour détruire l’humanité.
Quelque étonnantes que soient les ruines des constructions assyriennes et babyloniennes, on ne saurait en rien conclure sur les merveilles de l’art chez ces peuples. Le beau, en effet, se ressentait chez eux de l’isolement général qui caractérise le second âge humanitaire ; ils ne cultivaient qu’un côté du beau : le grandiose des formes, qui souvent aboutissait au terrible ou au joli , et souvent aussi dégénérait dans le burlesque et le bizarre.
D’autres fois, c’était pour mieux dévorer à leur aise les dépouilles des vaincus qu’ils s’entouraient de murailles et de tours, et qu’ils campaient dans ces redoutables enceintes avec leurs hordes barbares. De ce nombre fut la fameuse Ecbatanc, dont les remparts avaient soixante et dix coudées de large sur trente de haut , et dont les tours et les portes en avaient cent d’élévation. La colline qui servait de base à ces édifices était, d’après ce que nous apprend Hérodote, environnée de sept remparts placés à égale distance et qui ne dominaient les uns sur les autres que de la hauteur des créneaux. Des faubourgs vastes et populeux s’étendaient autour de la première enceinte qui n’avait pas moins de trois lieues de circonférence. Le palais des rois, situé dans la dernière circonvallation, était une véritable forteresse regardée comme imprenable. Rien n’avait été épargné pour en faire également un séjour de volupté et de magnificence. Ninive et Babvlone n'avaient pas de monuments plus somptueux. Le cèdre odo-
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rant et le dur cyprès avaient seuls été employés dans la boiserie ; les colonnes, les solives et les plafonds étaient garnis de plaques d'or et d’argent. La toiture du palais était entièrement recouverte de feuilles d’argent. La noblesse de l’architecture, le nombre des appartements, l’abondance des eaux, la fertilité des jardins et le soin avec lequel on y cultivait la plupart des plantes qui font aujourd’hui l’ornement de nos parterres, tout enfin en faisait un séjour de délices. La douceur du climat avait permis aux artistes de la Médie de revêtir les murailles de couleurs éclatantes. La i n enceinte était peinte en blanc, la 2° en noir, la 3” en pourpre, la 4” en bleu, la 5" en rouge clair, les créneaux de la 6* étaient argentés, et ceux de la 7% ou de l’enceinte du palais, étaient dorés. Qu’on se rappelle que nous avons dit que chacune de ces murailles en surpassait une autre de toute la hauteur des créneaux, et l’on aura une idée du spectacle à la fois bizarre et imposant que devait présenter une ville s’élevant, ainsi dorée et bariolée, au milieu d’une végétation luxuriante (f).
Les Assyrio-Babyloniens avaient porté à un haut degré les arts d’utilité et d’agrément : tissus rehaussés par des filets d’or, tapisseries à points dits babyloniens, ouvrages d’or, d’argent, d’airain, fonte de statues, sculpture, peinture, tout cela était le résultat de leur activité intellectuelle et physique.
Toute la population était divisée en quatre classes qui avaient, chacune, leurs rangs, leurs attributions particulières. Les fonctions publiques, ainsi que le sacerdoce, étaient héréditaires comme la noblesse.
Plusieurs historiens ont avancé que les belles filles de
(1) Encyclopédie des gens du monde , article Ecbatane.
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Babylone étaient vendues à l’enchère, et que le prix c|ui eu provenait était distribué en dot à ceux qui voulaient épouser les laides. C’est une fable. Les historiens d’Arménie nous font connaître la vérité à ce sujet : « Les parents pauvres qui n’avaient pas de quoi faire une dot et fournir un trousseau à leurs filles pour les marier, s’adressaient à un magistrat spécial qui, après avoir constaté leur état d’indigence, faisait les frais de la dot sur un fonds particulièrement destiné à cet usage, et prélevé sur les riches célibataires. »
Les pauvres malades et infirmes étaient egalement traités aux frais de l'État. Ces deux traits rapj>ellcnt la vie commune de ces anciens États patriarcaux.
Hérodote rapporte un fait étrange concernant la débauche des femmes dans le temple de la déesse Mylitta (Vénus) ; mais évidemment Hérodote parle d’un temps de décadence. Auparavant les dames assyricnncsse rendaient solennellement dans les temples une fois par an pour assister aux cérémonies et s’instruire des symboles de la religion, chacune suivant le grade de son initiation.
Les Assyriens et les Babyloniens ont connu les caractères alphabétiques; mais qu’ils les aient inventés, cela n'est pas certain. Dans tous les cas, il est d’observation que toujours les tribus araméennes ont nourri une sorte de haine religieuse contre les hiéroglyphes. Klaproth établit cette hypothèse que l’alphabet a été inventé au moins trois fois et dans trois pays différents de l’ancien monde. On compte, suivantlui, trois prin cipales sources d’écriture dans l’ancien continent : l’écriture chinoise, l’écriture indienne et l’écriture sémitique, qui ont donné naissance aux divers alphabets de l’Europe cl à plusieurs de l’Asie. D’après celle division, la langue des Babvlo-
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niens, dite langue chaldéenne, formerait la branche sémitique septentrionale ou araméenne, qui était aussi en usage dans la Mésopotamie et qui, au n* siècle de J. C., devint la seule langue domimante en Palestine. Entre autres particularités, dans cet idiome, l’article ne se rend jamais par une ou plusieurs lettres en tête du nom, mais par une finale ( status emphaticus).
Mais qu’étaient-ce que ces Chaldéens? Si, en général, le royaume d’Assyrie, et cette Ninive , si connue par sa magnificence et ses voluptés, ne se présentent à nos regards que sous un jour bien incertain, il faut reconnaître, en particulier, que la plus grande obscurité cache ce qui concerne les Chaldéens. La plupart des savants pensent que les Chaldéens habitaient d’abord les montagnes voisines de la mer Noire , qu’ils servaient dans les armées des Assyriens, et que les rois de cette nation les reçurent à Babylonc. Depuis ce temps, diton, on les prenait partout pour mercenaires dans la Perse et dans l’Inde. Ils donnèrent alors leur nom au pays où ils faisaient leur principale résidence, et plus tard ce nom devint même celui de la caste sacerdotale des Assyrio-Babyloniens. Il est certain du moins que, dans la suite, les prophètes des Juifs ont appelé Chaldéens les membres de celte caste; mais partout ailleurs ils paraissent comme une force militaire nouvelle. Dès Nabuchodonosor, le souverain mage, le chef des prêtres de Babylone, est un Chaldéen, revêtu en même temps d’un pouvoir temporel. Les Assyriens et les Chaldéens profitèrent des dissensions des Hébreux entre eux et avec les Syriens, pour s’emparer des richesses des uns et des autres : ils se rendirent maîtres des arts et du commerce des Phéniciens; et quand ces trois peuples curent élé vaincus, ils enri-