‹ Cours de philosophie de l'histoireChapitre 32 sur 55 · IB · texte numérisé non relu

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constructions des Egyptiens sont moitié sous terre, moitié dans les airs; et si la statue colossale de Memnon rend des sons mélodieux au lever de l’aurore, elle exhale des accents lugubres et plaintifs dès qu’elle est enveloppée par les ombres et par la nuit.

Les hiéroglyphes sont l'ancienne écriture des Egyptiens : cette écriture n’exprime ni des sons ni des syllabes, mais elle rend des idées : ce sont des énigmes, l’expression fidèle de cet esprit égyptien refoulé sur lui-même, et qui néanmoins veut se faire jour, mais ne peut y réussir que d’une manière matérielle. C’est pourquoi les Égyptiens n’avaient ni un livre fondamental et populaire comme la Bible, ni un livre d’histoire comme ceux d’Hérodote ou de Thucydide. Aussi l’histoire des Pharaons n’est pas encore faite. Non pas toutefois que les matériaux manquent : il n’y a peut-être aucun peuple dont les annales s’appuient sur des titres plus nombreux. Mais la nature de ces sources a longtemps embarrassé les explorateurs. Les chronographes ne s’accordent pas toujours entre eux ; les diverses autorités paraissent fréquemment inconciliables, parfois même inintelligibles, et les érudits, en s’appliquant à introduire dans ce chaos l’ordre et la lumière, n’ont fait le plus souvent qu’accroître les ténèbres et la confusion.

Hérodote, qui visita l’Égypte l’an 450 ou 460 avant notre ère, consulta les prêtres de Memphis; ils lui lurent, sur des manuscrits de papyrus, une liste de 330 rois antérieurs à

Mœris (Hérodote, t. u, ch. m). L’historien nous fait seulement connaître Ménès, le premier de ces princes, et, à part Mœris, il ne s’arrête que sur les plus remarquables. Environ quatre siècles et demi plus tard, Diodore de Sicile consulta les prêtres de Thèbes et forma, sur leur rapport, une liste incomplète comme celle de son devancier (Diod. Sic., 1. 1 , ch. xlv et suiv.). La succession non interrompue de tous les monarques égyptiens se trouvait dans l’histoire de Manéthon , prêtre et bibliothécaire à Iléléopolis, du temps de Ptolémée Philadelphe. Le Syncelle nous apprend qu’il avait transcrit, des colonnes sacrées d’Hermès, trois livres de chroniques égyptiennes, comprenant trente et une dynasties et cent treize règnes. L’ouvrage original de Manéthon, écrit en grec, est malheureusement perdu. Il avait été conservé en partie dans la chronologie de Jules Africain; mais cet ouvrage, composé vers l’an 223 après J. C., a été pareillement détruit par l’injure des temps. Un siècle après Jules (vers 327), Eusèbe, évêque de Césarée en Palestine, écrivit sa chronographie, où se trouvaient cités de nombreux extraits de Manéthon et de Jules Africain. Le texte grec d’Eusèbe ne nous est pas parvenu en entier; il ne reste du premier livre que des fragments conservés par George le Syncelle. Nous avons le second intégralement; c’est une espèce d’index, de tableau synoptique où l’écrivain avait résumé l’autre livre sous le titre de K m>ba. Du temps de Gratien et de Théodose, vers 390, saint Jérôme traduisit en latin le texte d’Eusèbe. Cette version inexacte et tronquée a souffert aussi de déplorables mutilations ; le premier livre surtout présente de grandes et nombreuses lacunes. La découverte récente d’une traduction arménienne de la chronique d’Eusèbe publiée avec une version latine à Milan

et à Venise, en 1818, a servi à compléter et à rectifier le travail de saint Jérôme.

Au premier coup d'œil, il ne parait guère possible de concilier ces divers témoignages, de faire concorder les dates, les nombres propres, le nombre et la durée des règnes. Le père Pétau ( Doctr . Tcmp., liv. ix) crut échapper à la difficulté en déclarant toutes les dynasties de Manéthon fabuleuses et ridicules. Marsham, Perizon, Fourmont, Jackson et d’autres les admettent, il est vrai, mais non comme successives. Des découvertes récentes ont relevé l’autorité de Manéthon.

M. William Banks, voyageur anglais, a trouvé dans un temple d’Abydos (haute Égypte) un bas-relief présentant une série de cartouches royaux. Une copie en a été communiquée par M.Cailliaud à Champollion le jeune, qui a reconnu quelques noms de la la' et de la 18” dynastie, et tous ceux de la 17”. Cette table, qui date vraisemblablement du règne de Sésostris, a pleinement confirmé la partie correspondante des listes de Manéthon, et par suite, le fragment original de cet auteur conservé dans Josèphe (livre i contre Apion, premier fragment extrait des Égyptiaques de Manéthon). On a trouvé d’autres portions des mêmes séries dans les tombeaux de Gournah, dans la procession de Médinet-Abou, dans le Rhamesséion de Thèbes : elles s’accordent avec les fragments du prêtre de Sébennyle, comme avec la table généalogique d’Abydos. Ajoutez les inscriptions, les statues, les peintures historiques ou symboliques que l’Égypte présente en foule aux voyageurs, témoignages irrécusables que les Champollion et les Letronnc sont parvenus à interpréter les uns par les autres. Grâce aux livres, les représentations figurées, les caractères hiéroglyphiques ont retrouvé leur signification perdue;

DE L’HISTOIRE

grâce à ces monuments, les textes anciens sont devenus plus intelligibles. Dès lors bien des contradictions apparentes se sont évanouies , bien des doutes ont fait place à des certitudes.

Maintenant, comme l’observe M. Raoul-Rochette, nous pouvons remonter à trente siècles environ avant notre ère, en suivant les monuments de l’art égyptien ; et dans cette longue suite d’années, nous le trouvons toujours semblable à luimême, sans progrès comme sans décadence. En reproduisant les figures royales reconnues au milieu de tant de ruines, M. Rosellini a pu composer une iconpgraphie égyptienne, dont la première, série comprend les souverains indigènes, depuis Aménophis, chef de la xyiii” dynastie, jusqu’à Nectanébo, dernier roi égyptien avant la conquête d’Alexandre. La seconde contient les Lagides.

Il est à remarquer que ces divers monuments, qui confirment le témoignage de Manéthon, ne remontent pas au delà de l’expulsion des Ilyksôs. C’est que ces conquérants nomades s'appliquèrent à détruire tous les titres de gloire d’une race vaincue et odieuse. Une seule autorité, sortie un instant de la poussière pour y rentrer bientôt, est venue heureusement vérifier la chronique de Manéthon dans sa partie la plus ancienne : c’est le fameux papyrus découvert en 1824, et transporté au musée de Turin. Ce canon chronologique de tous les rois d’Égypte, depuis Ménès jusqu’à la xix” dynastie (environ 1 ,400 ans avant J.C.), coïncide avec les listes de Manéthon dans tous les fragments qu’on a pu comprendre.

L’objection la plus sérieuse qu’on puisse élever contre Manéthon est le désaccord qui règne entre les citations de Jules,

d’Eusèbe et de Georges, les noms inscrits sur les monuments

et les listes d’Hérodote, de Diodore et d’Ératosthène. Mais ce défaut d’harmonie s’explique facilement, si l’on songe d’abord que cesauteurs n’ont pas puisé aux mêmes sources. Hérodote, comme on l’a vu plus haut, avait consulté surtout les prêtres de Memphis, Manéthon ceux d’Héliopolis, Diodore ceux de Thèbes. Ajoutons que la manière de lire et d’écrire les noms a dû jeter la plus grande confusion dans les listes : l’un aura cité le nom propre du prince, un autre le nom de sa famille, un autre son surnom honorifique; celui-ci aura donné le nom dans sa forme égyptienne, celui-là l’aura traduit en grec. Parfois la substitution ou la suppression d’une lettre, d’une syllabe, aura dénaturé l’aspect du mot, genre d’altération inévitable dans une écriture qui omettait les voyelles, et surtout de la part d’étrangers qui ne saisissaient pas exactement la prononciation des naturels du pays. Si les chroniques varient sur le nombre et la durée des règnes, si pour chaque dynastie le total est rarement d’accord avec les chiffres partiels, il faut l'attribuer aux inadvertances des copistes. Dans tout système de numération, et particulièrement dans celui des Grecs, la moindre modification des signes entraine de notables différences dans les nombres. Néanmoins, il n’est pas impossible de concilier les diverses listes sur les points essentiels.

Remarquons d’abord que ces dynasties sont habituellement des familles distinctes; mais, par exception, l’on a quelquefois considéré comme chefs de nouvelles lignées des princes sortis de la maison régnante. C’était un honneur réservé aux monarques qui avaient sauvé ou vengé leur patrie. A ce titre, Aménophis fut chef de la xviii'’ dynastie, Sésostris de la xix'.

Tous les extraits de Manéthon s’accordent à compter trente et une dynasties, depuis Ménès jusqu’à la conquête d’A-

lexandre. La vieille chronique citée par le Syncclle confirme cette division jusqu’à Nectanébo, roi de la xxx‘. Aucun monument n’autorise à révoquer en doute l’ordre de succession donné par les différentes listes. Hérodote, bien qu’il ne distingue pas les dynasties, vient à l’appui de Manéthon. Les prêtres de Vulcain , dit-il, lui lurent les noms de trois cent trente rois antérieurs à Mœris, parmi lesquels se trouvaient dix-huit Ethiopiens, et une femme nommée Nitocris. Cette série de rois correspond aux dix-sept premières dynasties de Manéthon, Mœris étant le v'Pharaon de la xvm*. Parmices trois cent trente princes, Manéthon nomme aussi la reine Nitocris, et mentionne une dynastie étrangère composée de dix-sept rois, qui peut-être furent Éthiopiens.

Hérodote, Diodore, Manéthon et tous les ehronographes qui ont écrit après lui, d’accord avec le papyrus de Turin, nomment Ménès, prince guerrier et législateur, comme le fondateur de la monarchie égyptienne. En cherchant un terme moyen entre les données chronologiques de ces historiens, on peut placer Ménès vers l’an 5000 avant J. C. La première dynastie, qui dura 228 ans environ, se compose de huit rois, sur lesquels les extraitsde Manéthon donnent des détails assez positifs pour qu’on y reconnaisse un caractère historique. Athotis, fils et successeur de Ménès, bâtit un palais à Memphis, s’occupa de médecine et d’astronomie. Le rv* roi de cette famille, Vénéphès, construisit des pyramides auprès de Choé. Il y eut de son temps une grande famine. Le règne du vu*, nommé Mempsès, fut signalé par des crimes et par une grande corruption.

La il' dynastie compta neuf rois, qui occupèrent le trône

pendant 297 ans environ. Sous Bocchus, le premier, la terre

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