COI' RS DE PHILOSOPHIE
qu’il n’y en a pas d’autre que lui(V, Moïse, iv). » Mais ailleurs, ils virent le Dieu d’Israël , sous ses pieds il y avait comme un ouvrage de carreaux de saphir, et qui ressemblait au ciel lorsqu’il est serein (II, Moïse, xxiv). Dans Samuel (II, ch. v), il marche comme un guerrier devant son peuple et bat les ennemis. « Quand tu entendras au haut des mûriers un bruit comme de gens qui marchent, alors marche; car alors l’Éternel sortira devant toi, pour battre le camp des Philistins (verset 24). » Mais dans les livres des Rois (I, xix et xxxn), dans Isaïe (ch. vi) et dans Ezéehiel (ch. i), Jéhovah revêt un anthropomorphisme frappant, qui se dessine davantage encore dans Daniel. Voici ce que dit ce dernier aux chapitres vu et x : » L’Ancien des jours s’assit : son vêtement était blanc comme de la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme de la laine la plus line; son trône était comme des flammes de feu, et ses roues comme un feu ardent. » « Et j’élevai mes yeux, et je regardai , et je vis un homme vêtu de lin , et dont les reins étaient ceints d’une ceinture d’or. Et son corps était comme de chrysolithe, son visage brillait comme un éclair, ses yeux étaient comme des lampes allumées , et ses bras et ses pieds paraissaient comme de l’airain poli... >•
Ainsi l’image de Jéhovah a grandi avec son peuple; elle est devenue de plus en plus colossale dans l’imagination de ses élus; jamais cependant il n’a quitté son unité abstraite , et toujours il a dédaigné qu’on le représentât dans le bois , la pierre ou le métal. Et pour ne pas égarer les Juifs dans l’idée de cette unité abstraite, Moïse rejeta tout à fait la trinité des (’.haldéens et des Égyptiens. Mais, chez lui, on trouve incontestablement l’idée du verbe, ou de l’esprit de Dieu, à la fois parole et raison (Myot ) , de cet Honover chaldéo-égyplo-
DE L’HISTOIRE
persan, et de YOum indien, créateur de toutes choses (4).
De même que Moïse, par l’unité de Dieu, père commun de tous les Hébreux , avait frappé à mort les castes ; de même il voulut frapper les superstitions égyptiennes de la transmigration des âmes; il alla si loin, dans sa haine contre cet absurde système , qu’il ne s’est pas occupé , dans sa législation , du dogme de l’immortalité de l’âme. Visant, par-dessus tout, à créer le bonheur moral de son peuple sur cette terre, il retrancha tout ce qui pouvait l’égarer au delà. Lorsque plus tard ce dogme s’introduisit dans les livres sacrés des Juifs, il n’y fut jamais très-clair. Ils l’adoptèrent à peu près dans le même sens que la secte philosophique de Fo, en Chine.
Les idées physiologiques et astrologiques de l’Orient se manifestent partout dans Moïse. Le songe de Jacob rappelle l’échelle céleste des Chaldéens (I , Moïse, ch. xxvm), celui de Joseph n’est pas moins remarquable {Ibid. , xxxvti). Le temple de Jérusalem répondait à mainte idée de la nature; le chandelier aux sept branches avait rapport aux sept planètes. Le voile du sanctuaire, aux quatre couleurs, représentait les quatre éléments. Dans la tunique du grand prêtre étaient figurés la terre, les foudres et les éclairs. Ailleurs nous retrouvons les esprits du bien et du mal {Juges, n , 13 ; Rois, u , 6 ). Zacharieet Job font mention de Satan. Chez ce dernier (ch.xxi), les géants se tourmentent sous les eaux, etils tourmentent ceux qui demeurent avec eux. « Tu as brisé les tètes des dragons, et lu les a donnés en viande au peuple des habitants des déserts, » dit le psaume lxxiv, v. 14. .< En ce jour-là, l’Éternel punira de sa dure, grande et forte épée, Léviathan, le grand
(1) Carres, l. Il, p. ÎS11-S14.
serpent, Leviathan le serpent tortueux. » Isaïe, ch. xxvii, v. I (I).
Messieurs, de même que l’humanité est destinée à se réunir un jour en un seul État, de même elle est appelée à se relier par le lien d’une seule association religieuse. Comme il n’y a qu’un Dieu, il n’y a qu’une humanité, et par conséquent aussi il ne doit y avoir qu'une religion, la religion de l’harmonie des hommes entre eux et des hommes en Dieu, l’Être universel. Ce n’est que par l’idée d’un seul Dieu que les peuples ont commencé à entrevoir la vérité. Contempler et aimer Dieu, envisager tous les peuples comme membres d’une seule famille de Dieu , aimer dans chaque homme l’humanité, et dans elle chaque homme, voilà des idées inséparables dans la tête et le cœur de ceux qui ont conçu et qui aiment réellement Dieu. Cette idée, ce sentiment de la Divinité, sont loin, bien loin encore d’exister dans la société ; ils n’y entreront que graduellement et par une série d'initiations et de révélations successives ; et le plus grand mérite de Moïse dans l’histoire , un mérite qui devrait lui valoir des temples de marbre et des statues d’or , c’est d’avoir reconnu , d’avoir rétabli l’antique doctrine de son peuple , la doctrine de Dieu vivant, et de l’avoir annoncée comme devant faire le bonheur de tous les peuples de la terre (1, Moïse, xxvi, 4). Il conçut religieusement et renouvela sur le Sinaï la foi d’Abraham, d’après laquelle Dieu avait fait une alliance réciproque, un contrat synallagmatique avec son peuple. De là la constitution théocratico-démocratique de la nation juive, constitution placée sous l’idée fondamentale de Dieu et de la loi révélée par Dieu,
(1) Voir pour plus (le détails Gorres, t. II, p. 351 et suiv.
DE L’HISTOIRE
constitution qui embrasse comme un tout indivisible la religion, la morale et le droit. Ce qu’il y a d’important , c’est que Moïse ne réserva pas «à une seule caste héréditaire la connaissance des choses divines, mais qu’il la rendit commune à tous, qu’il la déclara la propriété inviolable et publique de tous, et qu’il ne déféra à l’une des douze tribus, ni plus grande ni plus petite en pouvoir que toutes les autres , que l’étude des lois sacrées. Mais l’idée la plus profonde de toute la législation fut cette idée fondamentale, déterminante, qui consiste en ce que c’est Dieu seul qui dirige la vie des individus , des familles , des tribus, des nations; en ce qu’elle intronise le règne de Dieu sur la terre. Cependant ce règne aussi porta le caractère d’exclusion, d’isolement et d’égoïsme qui domine toute la première période du second âge humanitaire. La théocratie démocratique d’Israël est un gouvernement jaloux, inhospitalier, cruel; c’est que le peuple hébreu ne développe pas la connaissance de Dieu dans toute sa pureté, avec la force du sens intime; c’est qu’il occupe encore un degré trèsinférieur de civilisation, c’est qu’il n’a fait, pour ainsi dire, qu’apprendre par cœur la connaissance de Dieu , et que par conséquent, il ne peut s’élever qu’à l’idée d'un Dieu puissant et terrible, comme Moïse le lui avait enseigné, et auquel il attribue toutes ses mauvaises passions, toutes ses rancunes nationales.
Si l’on examine psychologiquement le peuple hébreu , on s’apercevra que le produit pur de la pensée, la pensée par elle-même et en elle-même, s’élève dans la conscience de ce peuple et s’y développe dans une opposition extrême avec la nature. Dans l'Inde et l’Égypte aussi, nous avons vu le Brahm pur; mais il n’y fut pas dans la conscience; chez les Perses,
•10IÏ