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QUATRIÈME LEÇON

10 février 1840.

Nouvelles explications des catégories de Krause. — Application de ces catégories à la géographie. — Retour sur le premier âge de l’humanité. — Causes de sa perte. — Le mal , résultat du libre arbitre de l'homme. — Nécessité de ce résultat. — Dissolution de l’unité humanitaire; dispersion des peuples. — Importance historique de Moïse pour cette époque. — Second âge principal de l’humanité , divisé en trois périodes. — Description de la première période, sous le rapport de la science, de la religion (ensemble des religions païennes), de l’organisation sociale (esclavage, castes), de l’art, delà famille (digression sur l'état actuel de la civilisation ), du droit. — L'Inde présente l’image la plus parfaite de la première période du second âge. — Prédominance de certains éléments sociaux chez certains peuples. — Le Christ termine cette première période et commence la seconde. — Jésus et les Esséniens.

Messieurs,

Ce fut une grande et belle idée, lorsque pour la première fois Pylhagore soutint que l’univers tout entier est un nombre.

En effet, entre la brute et nous le nombre est la barrière dans l’ordre immatériel, comme, dans l’ordre physique, l’usage du feu nous distingue d’elle d’une manière ineffaçable. Dieu nous a donné le nombre, et c’est par le nombre qu’il se prouve à nous, comme l’homme se prouve à son semblable. Otez le nombre, vous ôtez les arts, les sciences, la parole et, par conséquent, l’intelligence. Ramcnez-le : avec lui reparaissent ses deux tilles célestes, l’harmonie et la beauté : le cri devient chant, le bruit reçoit le rhythme, le saut est danse, la force s’appelle dynamique et les lignes deviennent des figures.

L’intelligence, comme la beauté, aime à se contempler : or, le miroir de l’intelligence, c’est le nombre. De là vient le goût que nous avons tous pour la symétrie. Jadis un navigateur, jeté par le naufragé sur une île qu’il croyait déserte, aperçut en parcourant le rivage une figure de géométrie tracée sur le sable : il reconnut l’homme et rendit grâces aux dieux. Une figure de la même espèce aurait-elle moins de force pour être écrite dans le ciel, et le nombre n’cst-il pas toujours le même, de quelque manière qu’il nous soit présenté ? Regardez bien : il est écrit sur toutes les parties de l’univers, et principalement sur le corps humain. Il se déploie dans le règne végétal avec une richesse qui étourdit par son invariable constance dans scs variétés infinies; mais c’est le nombre trois en particulier qui est remarquable : il est gravé dans les astres, sur la terre, dans l’intelligence de l’homme, dans son corps, dans la vérité, dans la Fable, dans l’Évangile, dans le Talmud, dans les Védas , dans le Chou-King , dans toutes les cérémonies religieuses antiques ou modernes, aspersions, ablutions, invocations, exorcismes, charmes, sortilèges, magie noire ou blanche, dans les mystères de la cabale, de la théurgie, de

DE L’HISTOIRE

l'alchimie, de toutes les sociétés secrètes, dans la théologie, dans la géométrie, dans la politique, dans la grammaire, dans une infinité de formules oratoires ou poétiques qui échappent à l’attention inavertie, en un mot, dans tout ce qui existe (1). C’est une loi de Dieu ; et un des plus grands mérites de Krause, à mon avis, c’est de l’avoir appliquée à l’histoire, c’est d’avoir caractérisé le développement de l’humanité dans le passé par 1, thèse; dans le présent par 2, antithèse, et dans l’avenir par 3, synthèse.

Aussi Michel-Ange a-t-il dit que I , 2,3, c’est tout l’art, et les paroles du Christ sur la destruction du Temple en trois jours sont-elles d’une étonnante profondeur.

Il y a plus, si l’hisloire naturelle, disons mieux, si la philosophie de la nature fait une fois de plus grands progrès, elle montrera ces lois de la thèse, de l’antithèse et de la synthèse dans la structure du globe terrestre. Ainsi, l’ancien monde, comprenant l’Asie, l’Afrique et l’Europe, a pour antithèse le nouveau monde, l’Amérique , et, pour synthèse la Polynésie.

Chacun des deux premiers de ces mondes a ses organisations particulières; ils sont opposés l’un à l’autre comme le principe màleet le principe femelle. L’immense ileque forment l’Asie, l’Afrique et l’Europe, offre un ovale dont le grand axe est très-incliné vers l’équateur; le contour en est assez également interrompu de deux côtés par des golfes ou des méditerranées ; des fleuves découlent de toutes parts dans une proportion à peu près égale. L’Amérique présente, au contraire, une figure allongée, découpée, indéfinissable ; lesgrands golfes,

(1) De Maistre, Soirées de Saint-Pétersbourg, t. II, p. 119 (édition de la Société des bons livres, Bruxelles, 1838).

CODRS DE PHILOSOPHIE

les méditerranées d’Amérique, ont leur ouverture du côté oriental; le côté opposé offre un rivage uni et ne présente qu'aux deux extrémités quelques dentelures ; enfin, les grands fleuves coulent presque exclusivement vers l’océan Atlantique (1). La Polynésie est destinée à réunir ces deux mondes incomplets, à les relier entre eux, à accomplir la grande fusion matrimoniale de l’humanité. Si, dans l’une de ces parties principales du globe, c’est le cours circulaire des eaux qui prédomine, et dans l’autre la terre ferme, dans la troisième, en revanche, on aperçoit un parfait équilibre des deux éléments, et le règne végétal et animal y présente la môme union harmonique. La géographie envisagée de cette manière offrirait donc un pays du couchant, de la thèse (Asie, Afrique, Europe), un pays du levant, de V antithèse (Amérique), un pays du midi, synthèse (Polynésie).

L’Amérique est, sans contredit, infiniment plus jeune que l’ancien monde, et la Polynésie, comine l’humanité, est encore occupée de la formation de sa vie ; toute vierge encore, on la voit éclore comme un boulon de rose au milieu d’un monde d’iles et d’ilots : elle semble attendre, pour achever son développement, que l’humanité soit prête.

On le comprend, la nature a suivi ici, comme partout, la loi générale : dans tout ce qui a vitalité se manifestent d’abord l’une après l’autre deux parties opposées entre elles, mais qui, dans leur croissance, se confondent pour s’harmoniser. Les races humaines, versées dans toutes les directions par la partie de la terre qui est au couchant, se rencontrent d’abord suivant des directions diverses dans la partie du levant, et elles se don-

(1) Voir la (ii-ngraphic île Malte-Hnm.

DK L’HISTOIRE.

ncront un jour une main fraternelle clans la partie méridionale. A cet effet, il faut que la vie sociale s’organise d’aliord dans chacune des parties du monde, de la manière que nous avons indiquée.

Les opinions que je viens d’émettre , messieurs, ne se prouvent point entièrement par le raisonnement. Celui qui a passé sa vie sans avoir jamais goûté les choses divines ; celui qui a rétréci son esprit et desséché son coeur, celui-là repoussera ces sortes de pensées, et même il n’y comprendra rien, parce qu’il manque d’un sens, du sens religieux. 11 est des vérités que l’homme ne peut saisir qu’avec l'esprit de son cœwr(l).

Messieurs, nous avons essayé de caractériser le premier .âge, l’âge unitaire de l’humanité. S’agit-il d’établir la réalité de cet âge, les témoins viennent de toutes parts et se présentent d’eux-mêmes ; jamais ils ne se sont parlé, jamais ils ne se contredisent sur les traits principaux. Écoutez la sage antiquité sur le compte des premiers hommes : elle vous dira que ce furent des hommes merveilleux, et que des êtres d’un ordre supérieur daignaient les favoriser des plus précieuses communications. Sur ce point, il n’y a pas de dissonance ; les initiés, les philosophes, les poètes, l’histoire, la Fable, l’Asie et l'Europe n’ont qu’une voix. Un tel accord de la raison, de la révélation et de toutes les traditions humaines forme une démonstration que la bouche seule peut contredire (2); car un fait qui a pour lui le suffrage universel du genre humain me parait une vérité plus que mathématiquement démontrée.

Par quoi l’homme a-t-il perdu cet état primitif? Je l’ai déjà

(1) De Maistre.

(2) Idem , Soirées. 1. 1, p. 68.

fl’

dit, par la connaissance du bien et du mal, par l’égoïsme intellectuel. Comment cela? La faculté qui se manifeste au plus haut degré dans l’homme, c’est la spontanéité, c’est le libre arbitre. Or , en usant de cette faculté dissolvante aux dépens de toutes les autres , aux dépens de l’enchaineinent de toutes les conditions de la vie , l'homme se détache, jusqu’à un certain point , de l’ensemble de cette vie, suit un développement individuel nuisible au développement de ses semblables et agit contrairement à l’idée de la justice divine. Ex mero li~ bero arbitrio Dei nihil profkisci potest, rien ne peut sortir du pur arbitre de Dieu, a dit Leibnitz, que pourrait-il donc résulter de réellement fructueux du pur arbitre de l’homme? C’est par la spontanéité que l’homme peut concevoir, et c’est, sans doute, en tendant outre mesure le ressort de cette faculté qu’il s’est détaché de son centre, qu’il a rapporté toutes choses à son moi et qu’il a faussé les justes proportions de la vie dans lesquelles la partie doit être étroitement liée au tout. Le mal est donc venu sur la terre par la fausse application que les hommes ont faite de leur spontanéité, particulièrement dans les rapports fondamentaux qui les unissent avec Dieu et la nature. Cependant, comme nous l’avons vu, cet état du mal n’a pas pu être l’état primordial du genre humain. Car avant qu’un être arrive à faire usage de sa spontanéité, il faut qu’il parte d’un état de vie où il est en union intime avec l’être supérieur sous la protection duquel il a commencé son existence. C’est ainsi que la plante ne voit le jour qu’après s’être développée en germe dans le sein de la terre; c’est ainsi que l’enfant n’atteint sa spontanéité qu’après s’ètre développé dans le sein de sa mère. De même le genre humain a dû, dans l’origine , se trouver sous la haute protection de la Providence

et sous l’influence plus directe d’êtres supérieurs , de la nature, de l’esprit et de Dieu. Mais lorsque les hommes eurent acquis, dans ce développement, un certain degré de spontanéité , il est arrivé , comme le prouvent l’histoire et l’expérience que chacun peut faire sur soi-même , une époque où l’esprit humain , en se sentant dans la possession de son libre arbitre, s’est imaginé que son développement pouvait se faire en toute indépendance, en toute licence. Cette conception, en éveillant l’orgueil de l’esprit, a passé dans la volonté, qui a voulu la mettre en pratique, et de là toute une Iliade de maux. Les hommes prétendirent pouvoir se passer d’une direction supérieure, d’une direction providentielle, parce qu’ils se croyaient assez forts pour prendre tout le fardeau de là vie sur leurs propres épaules ; mais alors chacun , par une conséquence naturelle du principe posé, fit, vis-à-vis de tous les autres, ce que tous avaient fait vis-à-vis de Dieu. Le lien rompu entre la Divinité et l’humanité devait entrainer la destruction du lien dans l’humanitc même. Chacun s’imagina qu’il pouvait être l’artisan de sa fortune sans avoir besoin de l’appui réel de ses frères; la spontanéité égoïste , en étendant son empire sur tous les rapports sociaux , finit par rétrécir la sphère de l’intelligence et ne laissa plus à l’homme que l’étroite carrière des intérêts particuliers. L’unité du cercle vital de l’humanité étant ainsi brisée comme du verre, les hommes s’isolèrent et se dispersèrent, ou s’ils restèrent ensemble, la spontanéité la plus forte et la plus énergique établit une domination intellectuelle et physique sur celle de tous les autres.

Cependant, comme je l’ai dit dans la leçon précédente, l’humanité avait absolument besoin de faire un apprentissage; les

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divers éléments qui sont appelés à entrer plus tard dans la recomposition harmonique de l'humanité, devaient se dessiner, se formuler d’abord; les individualités, les nationalités des peuples devaient se faire jour, fût-ce à coups de tonnerre ; et c’est cette vérité qui rend sainte et sacrée la cause de toutes les véritables nationalités, en même temps qu’elle condamne toute domination étrangère, quelque douce, quelque accommodante qu’elle puisse être.

Origène disait très-sensément à Celse : « Le monde ayant été créé par la Providence , il faut nécessairement que le genre humain ait été mis , dans les commencements , sous la tutelle de certains êtres supérieurs , et qu’alors Dieu déjà se soit manifesté aux hommes. » C’est aussi ce que l’Écriture sainte atteste (Cenèse xvm), et il convenait, en effet, que, dans l’enfance du monde, l’espèce humaine reçût des secours extraordinaires, jusqu’à ce que l’invention des arts l’eût mise en état de se défendre elle-même et de n’avoir plus besoin de l’intervention de la Divinité (1).

Ce n’est pas à dire, toutefois, que, dans ce second âge, que nous avons qualifié d’antithèse, Dieu abandonne entièrement l’humanité; nous prétendons seulement que, d’après la loi divine du salut, elle doit, avec l’aide et sous la protection de Dieu, conquérir et développer son indépendance. Ce qui est propre à cet âge de croissance de l’humanité, c’est qu’elle n’y connaît pas ses rapports avec Dieu, qu’elle ne s’y cultive pas en pleine connaissance de ces rapports; que, dans les buts qu’elle veut réaliser, elle ne comprend pas ces rapports ; qu’en un mot, elle n’a pas universalisé ses conccpiions religieuses.

(I) De Maistre, Soirées , t. I , [>. 122.

C’est pourquoi toute la sphère vitale de ces siècles se borne à la compréhension de la nature et de l’humanité au moyen des cinq sens; mais la clairvoyance du premier âge se perd peu à peu et n’est plus que la propriété de quelques individus, prêtres, magiciens ou médecins. Toute l’attention de l’humanité est dirigée vers ce qui est individuel et ce qui tombe sous l’empire des sens.

Les plus anciens livres des plus anciens peuples à la main, nous avons prouvé historiquement l’existence de l’unité humanitaire dans un lieu déterminé. Les mêmes livres indiquent très-clairement les migrations des différentes races humaines après la dissolution de l’unité et nous mettent à même de les suivre.

Une de ces tribus descendit l’imaüs vers les sources de l’Hoanghi, et conduite par Fohi, entra dans la province de Chensi pour se répandre de là sur la Chine, où une autre tribu, sous Kiang-IIoy, peupla Tonkin et la Cochinchine. Une autre tribu côtoya le Tsampi ou Brahmapoutra pour descendre dans le bas Thibet, puis le Ménam pour se répandre dans Ava, Siam et la Malaisie, et pour tarir, à l’est, dans la noire tribu des Papous, dont le chef mythique, avec ses cheveux crépus et son caractère nègre, est Bouddha. Plus loin, on vit marcher le long du Gange et de l’Indus, sous la conduite de Brahma, ou Manou, ou Rama, une famille qui occupa la péninsule antérieure après des luttes sanglantes avec une tribu nègre, qui y avait voulu pénétrer par l’ile de Ceylan ; elle resta entièrement maitresse du terrain. Une route coupe transversalement et la Perse et l’Arabie heureuse ; cette route fut suivie par les races noires jusque vers les hautes régions de l’Arabie, d’où elles se propagèrent peu à peu sur cette partie

de la terre. Vers le nord, il y eut une vaste expansion de peuples sur les larges plaines de Kachgar, de Cholen et de Kokonor. Tatarisés dans ces steppes immenses et multipliés tellement qu’ils ne trouvaient plus de subsistance suffisante, ils se précipitèrent les uns après les autres hors des gorges de l’Igour et de l’Altaï. La souche orientale de ces peuplades, qui avait le plus d’analogie avec les Chinois, passa avec l’Amour ou fleuve Blanc dans la Mongolie et de là en Corée et au Japon ; une autre suivit la Léna jusqu’à la mer du Nord ; les Tonguses et les Samoièdcs longèrent le Jénisei en parlant de Touran, tandis que les Finnois et les Slaves chevauchèrent vers l’Oural. A l’ouest, une autre race fondamentale s’était détachée du milieu commun pour se camper autour de cette autre montagne centrale, le Caucase. C’est là que toute l’Asie occidentale et toute l’Europe ont jeté leurs racines et établi leurs demeures premières ; tout un système de migrations s’est fondu, s’il est permis de parler ainsi, autour de ces hauteurs. En quittant la mère patrie, les races chaldéenncs descendirent, vers l’Euphrate et le Tigre, dans la Mésopotamie, et avec leurs tribus collatérales, les Juifs et les Phéniciens, dans la Syrie; mais voici caracoler le long de la chaine de montagnes, sur les bords de la mer Rouge, les cavaliers arabes, si vifs, si agiles, si nerveux ; parmi eux se distinguaient les Hémyarites; ils peuplèrent l’Arabie et le pays de Saba, puis à une époque très-ancienne, ils franchirent la mer Noire pour prendre pied en Ethiopie et pour répandre dans tout l’intérieur de l’Afrique leurs pasteurs nomades, qui partout percèrent à travers les migrations épaisses des nègres. Ils avaient fait aussi irruption en Égypte, où, après s’ètre emparés des basses terres, ils finirent par être assujettis,

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exterminés ou chassés. Le torrent roula plus loin, vers les eûtes septentrionales de l’Afrique, dans la même voie qui conduisit plus tard le mahométisme en Espagne. Les pentes du Taurus, la Cappadoce, la Pisidie, la Phrygie jusqu’à l’Hellespont, l’Asie Mineure jusqu’en Thrace, virent les merveilleuses populations qui pénétrèrent en Grèce, en Italie et probablement dans les Gaules et l’Espagne, pendant que les fédérations germaniques, groupées septentrionalement autour de la mer Noire, se portaient au delà du Dniepr et des Carpathes, les vieilles Riphées, à l’ouest, et qu’au nord, les Scandinaves s’étendaient le long du Volga et de sa chaine de montagnes. A l’Orient enfin, les Iraniens, sous Giamschid, avaient fondé l’antique empire de l’Iran, au pied des Paropamisades, empire qui bientôt rompit ses barrières et, comme un torrent fougueux, se précipita sur les vieilles dominations de Babel et de l’Inde. Toute l’espèce humaine, ainsi dispersée, commença à se développer dans l’Asie postérieure, vers le Thibet et Kachgar, comme dans ses cotylédons ; la nature sépara de la masse globale les peuplades des Slaves, des Mongols, des Chinois, de l’Inde postérieure et des nègres ; on eût dit que les racines du grand arbre voulussent se plonger dans la terre, sous les cotylédons; et la vie purifiée, pour ainsi dire, par cette noire descente, lança gaiement sa tribu de prédilection vers l’Occident, pour qu’elle y développât les fleurs brillantes de la civilisation européenne. Le point de traverse avait été fait dans le Caucase. L’irruption vers le nord eut lieu par les portes caspiennes. Le Caucase devint ainsi un second centre mythologique, l’Iran en étant le premier. C’est là qu’est situé l’Asgard de l’Edda, la citadelle des dieux des Ascs, d’où Sigge et Odin prirent leur essor vers la Scandinavie. Là se trouve la

montagne où fut enchaîné Prométhée , là l’Ararat des Hébreux, là la montagne merveilleuse de Mahomet, là l’Albordi du Zend-Avesta, autour duquel roule le ciel étoilé et qui est tout or et tout prière (1).

L’Éden, la division et la migration de "ces peuples ont été parfaitement décrits par Moïse. On a appelé en témoignage contre ce philosophe l’histoire, la chronologie, l'astronomie, la géologie, toutes les sciences. Mais les objections ont disparu devant la véritable science, et la Bible est regardée aujourd'hui comme la source la plus pure et la plus authentique de l’histoire primitive du monde. Je n’ignore pas que des esprits superficiels veulent subtiliser, mais qu’importe qu’on puisse opposer à des vérités prouvées certaines arguties dont le raisonnement ne sait pas se tirer sur-le-champ? Il n’y a pas de moyen plus infaillible de donner dans les erreurs les plus grossières et les plus funestes que de rejeter tel ou tel fait, uniquement parce qu’il souffre une objection que nous ne savons pas résoudre. En face d’une vérité démontrée l’objection mathématique même doit être méprisée : elle sera, sans doute, une vérité démontrée ; mais jamais on ne pourra démontrer qu’elle contredise la vérité antérieurement démontrée. On disait jadis au célèbre Copernic : Si votre système était vrai, Vénus aurait des phases comme la lune ; elle n’en a pas cependant, donc toute la nouvelle théorie s’évanouit. C’était une objection mathématique dans toute la force du terme. Suivant une ancienne tradition, il répondit : J’avoue que je n’ai rien à répondre ; mais Dieu fera la grâce qu’on trouvera une réponse. En effet, Dieu fit la grâce (mais après la mort du grand

(1) Côrre», Mjlhcngeschkhle (1er asialisehcn Wclt, t. I, p. 49-55.

homme) que Galilée trouvât les lunettes d’approche avec lesquelles il vit les phases ; de manière que l’objection insoluble devint le complément de la démonstration (1).

Cet exemple fournit un argument qui me parait de la plus grande forcedansles discussions épineuses. Ainsi, au xvin c siècle, on jeta à la tête de tous ceux qui avaient foi dans la vérité historique de la Genèse des preuves que l’on disait d’une trempe indestructible et qui n’étaient qu’absurdes -, on voulait les embarrasser avec de prétendues antiquités chinoises, avec l’incomparable savoir d’un peuple à qui les jésuites apprirent à faire les almanachs à la fin du xvi* siècle (2), et aujourd’hui la géologie est à genoux devant ce philosophe qui le premier rompit en visière aux impostures de l’Orient et se fit un devoir de faire connaître la vérité aux masses.

Rentrons dans la question par où nous en sommes sortis.

Le second âge principal de l’humanité, son âge de croissance, se subdivise, comme celui de l’individu, en périodes ou âges subordonnés qui répondent aux trois âges principaux. Tous les trois se trouvent placés sous l’action du second âge principal. L’idée de la première période consiste en ce que l’essence propre, l’être de l’humanité se pose et s’exprime dans toute sa diversité. L’idée de la seconde période consiste en ce que cette formation s’opère librement en vue de l’unité supérieure, qui est Dieu, Être primordial. L’idée de la troisième période consiste en ce que l’humanité éprouve l’indispensable nécessité de rapporter son développement intérieur tout entier à Dieu et d’arriver ainsi au troisième âge principal.

(1) De Maistre, Soirces, 1. 1, p. 198-197.

(2) Idem, ibid., p. 72.

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