‹ Cours de philosophie du droit, professé à la Faculté de droit de ParisChapitre 16 sur 68 · LA SOCIETE CONJUGALE · texte numérisé non relu

LA SOCIETE CONJUGALE

\ *ut faire passer ces id6es dans la pratique et les donn*r pour guide kune legislation positive, que, sans prendre cne situation aussi nette que celle qui resulte d'un nouveau ;u triage, le conjoint survivant peut se rel&cher beaucoup de si tidt ; lite a la mtfmoirc de Tautre, s'abandonner k de nou- \AU*s affections et perdre peut-6tre un peu de son attacheait-nt m£me envers ses enfants. Tout cela nest nullement fj.-c#'s^aire 7 mais est possible, et peutdevenir probable, dans .m certain £tat des mcaurs d'une nation. Aussi le legislateur •in droit positif agira-t-il souvent prudemment en restant un f"*u au-dessous du programme trac6 plus haut, en ne donfiint. par exemple, de plein droit au survivant que la moit*» ; df rusufruitsur les biens du pr6d6c6d6, laissanta celui-ci ie soin d'apprecier avant de mourir, si, dans le present, son «.»fjjoint montre encore envers lui les mSmes sentiments '1 union complete qui ont du exister autrefois, et s'il y a pro- L'lhililt* qu'il persiste dans ces sentiments apres la separation. On admettrail alors ce conjoint k disposer par testament de la seconde moiti£ de Tusufruit au profit du survivant 1 . Et nous voudrions que cette faculte de disposer fut r»*ci"»nnue au conjoint m&me en presence de descendants ou •1 ascendants, sans tenir compte du droit de reserve ordimirement attribud k ces deux categories d'h^ritiers. Cette ^►lution paraitra seule rationnelle si Tonadmet, comme nous I avons fait, que, m6me ab intestat, le conjoint dut normalelut-nt avoir I'usufruit integral de tous les biens du pr£de- « ^Jt*, m£me en presence des heritiers que nous mettons pour le moment en conflit avec lui 2 .

1 O-l re qui resulte de la loi francaise du 9 mars 1891, alors du moins

Ml n v .*i pas d'h6ritiers a reserve.

: Le "lriri slate ur franc ais de 1891 n'a pas 6t€ aussi loin, puisqu'il r6duit a 1/4

fiart du conjoint enprtfsence d'enfants et ne pennet pas de disposer de la

r»tme a son profit- — II maintient d'ailleurs le droit r6duit qu il concede,

.i ur apr*-s un second mariagedu survivant, pourvu quil n'y ait pas d'en-

',..:«. — Cmt volontaireuient que nous avons n6glige ici l'hypotnese plus

•".p!eie ou le conjoint premier mourant laisse des enfants a*un precedent

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LA SOClfiT^ PATERNELLE 107

rt-Wver les aspects particuliers que presentent en elle ces • aracteres.

!• II y a un bien commun, cherchd dans la famille par la "•llaboration dc ses membres.

Lassistance des parents est un besoin physique absolu jMjur les enfants dans le jeune &ge ; sans elle ils ne vivraient \c\* une heure. La famille n'est done pas seulement naturelle a I homme : elle pr^sente le caractfcre d'une necessity absolue. Les parents apportent leur concours sous forme dune collaboration active au premier chef, d'une collaboration realisant un rdsultat qui serai t impossible sans I union des efforts. — Dans la suite de la vie de Tenfant, le o»ncours des parents est presque aussi ndcessairc pour toute >a formation et son education; on sait combien le temps est long avant qu'il ne puisse se sufCre a Iui-m6me.

L enfant n'est pas moins un element puissant de bonheur j.our ses parents. Et il Test, dans le jeune Age, par les soins m£mesqu'il leur demande, de sorte que Taction toute d^voude d*s parents collabore &la fois et paries m&mes actes a leur bonheur et h celui de I'enfant. Le manage, avec Tespoir dune posterite, est en effet pour les parents le couronnement n^cessaire du dSveloppement de l'fttre humain. Leur personnaltte, une fois qu'elle s'est complStee elle-m£me par ('acquisition de tous les moyens d'action qui lui sont utiles pour atteindre sa fin dernifcre et ses fins secondares en ce mondc, par la conqufite d'une position assur£e dans la vie sociale exterieure, 6prouve alors le besoin d'une expansion nouvelle. La monade humaine, comme l'a dit Leibniz, est essentiellement une force active, toujours active; la cessation d'activite est pour elle la mort. Cette activity «^t sans repos, tant que 1'homme n'a pas atteint la limite de m>s forces ; car 1'homme a des aspirations vers Tinfini, pour lequel il est fait, et son coeur ne sera jamais satisfait tant qu'ilne l'aura pas atteint. Lors doncque sonactivit£ ne trouve plusd'objet suffisant en lui-m6me, elle tend invinciblement a s'dpancher k l'exl&rieur. II se sent incomplet s'il ne oonquiert pas cette nouvelle extension, s'il ne se donne pour objectifde d6velopper chez d'autres cc qu'ila ddvelopp6 chez lui, et s'il ne trouve pas dans ce nouveau travail un aliment a J activity incessante de ses faculles. 11 aspire k faire surgir sutour de lui de nouvelles vies, a les voir se dGvelopper sous

son action tutelaire ; et il faut que ces vies soient un objeclif digne de ses efforts, soient des personnes ayanten elles, si Ton peut ainsi parler, l^toffe de l'lnfini, capables de porter les plus vastes espGrances, de donner un aliment aux rfives les plus beaux, de justifier les ambitions les plus 6lev6es. Le jeune age des enfants, la puissante vitality de Ieur nature dans toute sa fraicheur, Tapparition progressive des ressources indpuisables de leurs facultds d'esprit et de coeur, ou les parents retrouvent leurs propres aptitudes revivifi6es et rajeunies ; tout encourage le zfclc infatigable des parents pour roeuvre nouvelle qu'ils ont entreprise, et transforme en jouissances profondes les travaux m6me les plus p^nibles de lour tache. A mesure que lcnfant grandit, les espoirs s'affirment et se fortifient par l'£panouissement de ses facult6s; les soins de son education et de son instruction rappellent lattention des parents sur les principesde toutes les vdrites intellectuelles el morales, que le tourbillon de la vie Ieur a trop souvent fait perdre de vue. Les parents rctrempent leurs intelligences et leurs coeurs dans le cristal lirapide de ces jeuncs Ames ; et, en elevant Ieur esprit et Ieur volont£, aspirent a monter eux-m&mcs toujours plus haut dans Ieur ddveloppement intellectuel et dans Tanoblissement de leurs sentiments.

Quand Tenfant est form£, quand il est devenu capable non seulement de se suffire, mais de jouer un role actif dans le monde, les parents trouvent en Iui un auxiliaire pr6cieux qui 6tend Ieur puissance d'action autour d'eux; les travailleurs ruraux voient se multiplier les bras qui Ieur faisaient dgfaut; les industriels ou les commercants sont second£s dans la direction de leurs affaires ; ceux qui exercent des professions libcrales savent a qui transmettre les traditions que Inexperience pratique ou scientifique Ieur a fait acquSrir. Tous voient s'ouvrir dans la vie des perspectives nouvclles, un but nouveau a Ieur activite insatiable ; ce but peut se rdsumer dans la formule classique: bien etablir sa faniille, par les fonctions, les honneurs, les alliances, les influences, etc. Enfin les parents, a loutes les phases de cette Evolution, trouvent Toccasion dun epanouissement corrElatif des plus hautes qualites du coeur; ils corroborent en eux par une pratique incessante, et quelquefois hdrolque, les plus hautes vertus, le besoin de d£vouement, d'abn6gation pour

LA sOCltrt PATERXELLE ,09

ii««''" r d ' !,u,r '>i A rwntcnt plus vivement a chaquc '■■."m" 1 '"*.'"*"' satisfaction de voir lcs aulres

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110 ■ L1VRE III, T1TRE tl, CHAPITRE II

et sceurs que lcur dereloppemcnt respectif constitiie un profond element de bonheur. Ghacun jouit, mime dans l'age lc plus tendre, des progres de 1'autre ; ils son! la pour cuoillir If s premieres marques d'intclligencc et d affection ; ils se developpent mutuellement dans lcurs jeux, et d'une manierc beaucoup plus efficace qu'un regard supcrlicicl ne le croirait d'abord ; ils stmt heureux les uns par les autres ; la pratique incessante d'une collaboration aussi efficace lcur assure un concours de"voue" et illimite" pour toutes les circonstances de leur vie.

355. 2° On trouve dans la famille des moyens communs, employes a l'obtcntion du bonheur de tons. C'est lc concours de toutes leurs facultes de l'esprit et du cceur a tous les instants de la vie ; de sorle qu'il ne saurait y avoir, sauf entre opoux, unc collaboration plus intense et plus efficace. La part de contribution des parents est facile a apercevoir; elle frapperait meme l'observateur le plus superliciel : c'est une sollicitude incessante des besoinsde t'enfani, un ddvouement absolu a sa conservation et a son dtWeloppcmcnt ; cc sont les soins moraux alternant sans treve avec les soins inale"riels ; ennn c'est le labcur acharne" de la profession qui doit gagner le pain de la famille. Lc role des enfants est pculeirc moins apparent; il est longtcmps inconscicnt, mais il n'en est pas moins reel. Leur nature, par sa puissance mcrveilleusc d'expansion, est sans cesse en travail pour pro Titer des soins donno*s par les parents, pour utiliser les mille ressourccs raises a sa porte'e et profiler des moindres impulsions; pour developper, grace a tous ces secours, IVnsrmble de leurs facultds corporelles, iotellectuelles el morales. Leur contribution au bonheur des parents se realise par le fait scul de ce deWeloppement, inconscient chez eux, SUrveille' attentivement par les parents, et source pour eux de joies sans cesse rcnouvelees. Comme l'a dit admirableiii' ■])! Emile Augier :

<' lis ii'unUju'a vivre heureux pour n'fitre pas ingrals. »

Pour utiliser toutes ces ressourccs, pour que ces moyens lirnt re"ellement communs entre tous les membres de la 'lillc, il faut la vie commune au mfime foyer. Elleestabso-

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ltiiuenl necessaire pendant les premieres ann£es des enfants. LIU* resle tou jours trfcs utile pendant toute la durde de l-'ir education ; la direction des parents y est plus complete, j.Ius vigilante ; et Ton sait que le soin dans les petites choses, ! attention k pr£venir les moindres hearts d&s 1'instant ou il t uimi-ncent a se mani fester, est d'une importance capitale dun* Education, et que la ndgligence sur des details en aj»I>arence insignifiants peut avoir quelquefois les consequences les plus funestes. C'est seulement en cas d'impossi- Lilile que ces soins peuvent 6tre d6l£gu£s h d'autres paries prvnts, et que Tenfant pent 6tre 6le\6 hors du foyer domesti«jue.

<> lien materiel doit ndcessairement se rel&cher peu & peu. h mesure que Tenfant se d£veloppe, qu'une legitime initiative doit iui 6tre laiss£e dans ses actes, ne fdit-ce que [*>ur Iui apprendre par la pratique Texercice de sa liberty. Le b*?soin d'une instruction plus large et plus complete exij»*ra souvent qu'il s^loigne du foyer pour chercher ailleurs !«'S resources qui Iui manquent. L/exercice d'une profession lappellera aussi souvent loin du toit de la famille. M&me •l.mscet etat de separation materiellc, Tunion morale, celle •!u rirur, doit encore persister, et ces liens moraux doivent se r**>»*rrer en proportion du rel&chement des liens materiels. II doit subsister tou jours entre les parents et les enfants » ; loi£n£s un 6change incessant de t£moignages d'affection, la.^istancc m6mep£cuniairc, de conseil donn6 avec une solicitude £clair£c, demanddsel reQus avec deference et reconnaissance.

La famille n'est pas seulement une societe d acquisition, «'»mme on vient de le voir, e'est encore une socitte de ]>.ni<sanee des biens acquis, de toutes les quality naturelles, •u d£veloppees par la famille elle-m6me chez tous ses menibres. Les parents ne sont nulle part plus heureux •jn'au milieu de leurs enfants ; tous leurs plaisirs y sont derupb»s par la jouissance en commun, par la vivacite, la fraicheur d'impression avec laquelle les enfants ressentent et expri merit toutes les sensations qu'ils Gprouvent. L'enfant est comme un rayon de soleil qui illumine, non seulement le foyer, mais tous lesagr£ments qu'ilrenferme. Les enfants ywssent egalement de la presence des parents, de leurs en- ^ignemenls, de la reflexion que ceux-ci leur font faire sv

112 LIVRE III, TITHE |[, CRAPITRE II

[curs impressions de facon a en augmentcr la puissance. lis jouissent aussi par t'echange qui se fait avec leurs freres et soeurs de leurs sensations, de leurs sentiments, de leurs observations, de leurs joics ou de leurs tristesses. Grace a ce centre de communications incessantes et rapides, toutes les puissances vi tides s'epanouissent die/ tous les membres d« la famille ovec la satisfaction qui, suivant uneloi de noire nature, accompagne toujourscet epanouissemenllorsqu'il est aisc ct puissant. Ce sont les forces du corps, la sante, la vigueur, 1 'en train ; ce sont les puissances de I'intelligence, la memoiro, la vivacite a" esprit, la grace ties reparties ; ce sont les qualities du cceur developpees par les marques d'affecUon, les caresses, les regards purs et contiants, qui reflelcnl leurs Ames candides ; par leurs verlus naissantes et lours efforts pour corrigcr leurs (Infants ; ce sont les facnltes rslh<Miquess'epanouissant par l'analyse des impressions pro duites a la viie des belles choses, par la culture en commun des arts, par ['appreciation des travaux de chacun.

(Iraceacette jouissancc en commun sont centuples lesbiens spirituels de toute sorte, biens procures par la connaissan.ee du vrai, la jouissancc du beau, la pratique du bien ; jouissances de Tespril, jouissances du cceur, jouissances morales ; elevation de ['intelligence par ('instruction, clargissemenf du rarur par les saintesaffections, paries pures emotions qui; soiileve en Itii I'aspcct du beau"; le tout se compliant par la rectitude de la vnlonte, invariablement attachee au bien ct a la vertu. dominant en souveraine toutes les mauvaiscs passions, respectant tout ce qui, autour d'clle, est digne de sen respects et mettant son activile au service de (out ce qui est )>on et saint.

Cos jouissances sont d"autant plus vivos dans la famille qu'il y a entro les faculties de Ions une certaine ressemblance iimcniuil une certaine concordance d 'impressions, et en memo temps line certaine diversity prevenant la monoto-

i |oi analogies de nature portent a sa plus haute valeur le iltklr iintiirel que I'liomme trouve dans l'exercice de sa

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