METAPHYSIQUE
numnPES r£gessaires a l'£tude de la phuosophie du droit
A mes yeux, la mStaphysique est, comme la plupart des autres branches des connaissances humaines, une science d'observation. Elle Test autant qu'elles, mais pas plus. C'est-&-dire que, partant de faits observes avec precision, Tesprit humain doit, ici comme partout ailleurs, raisonner sur ces faits et les interpreter k l'aide des lumifcres que lui fournit sa raison, dont les lois inSluctables s'imposent k toute operation intellectuelle. Seulement ici il doit arriver par la science mGme qu'il crdera a justifier les lois en vertu desquelles il aura procdde. La mdtaphysique a cette tdche exceptionnelle entrc toutes, d'etre appelde k fournir sa propre justification en analysant les lois primordiales de la pensgc ; et cela, bien entendu, a la charge de ne pas s'exposer au reproche de supposer acquis ce qui est k d6montrer, c'est-&-dire de^commettre une petition de principe.
Demander qu'on pcrmelte k la m6taphysique de raisonner sur les faits observes, ce n'est pas lui enlever son caractfcre de science d'observation. (Test simplement prStendre qu'elie ne se borne pas k enregistrer des phdnomfcnes, mais qu'elle les coordonne, les synthase etend£gage les lois g£n£rales, quelle en fasse une science. Elle ne manquera pas plus en cela k son caractfcre fondamental que la physique ou la mScanique ne cessent d'fitre des sciences d'observation, parce qu'elles appliquent dans leurs calculs les regies de l'arilhmltique et de la g£om6trie.
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en revue tous les sens possibles du mot, on peut se bonier ici k dislinguer les idees particuli&res et les idees generates, pour limiter T^tude k ces demieres. Quand je dis : « cet homme est courageux », Tidee particuliere renferm£e dans Ics deux mots « cet homme » constitue une notion complexe. Elle se compose d'abord de Yidie. gen£rale d'homme, que vise le substantif et que je sais pouvoir appliquer k tout individu de mon esp&ce. Ensuite elle se particularise par les documents de fait que je poss&de relativement k cet homme special. Ces documents peuvent consister dans des sensations dont j'ai la m&noire, comme sa figure, sa tournure, son regard, la couleur ou la forme des v£tements dans lesquels jc l'ai vu. lis peuvent aussi r£sulter de renseignements puremcnt moraux, comme la connaissance de certains actes accomplis par lui, de certaines paroles, etc. Toutes ces notions de fait sont sans doute des actes de T intelligence, k laquelle la sensation, l'imagination, la m^moire fournissent leur contingent. Mais ces operations de Tesprit ne sont pas Texercice le plus 6le\6 de ^intelligence humaine; elles ne different pas essentiellement de celles dont sont capables les animaux. Ce qui est le propre de l'homme, c'est la raison, c'est-4-dire la faculty d'apercevoir les id£es g£n£rales, de formuler des jugements en ce qui les concerne, d'instituer un raisonnement qui les met forc£ment en jeu. Car, dans tout raisonnement, il y a une majeure, et cette majeure au inoins fait appel k quelque notion d'ordre general, dont la conclusion, par Tinterm6diaire de la mineure, fera Implication a un cas particulier. Le plus simple jugement luimfeme implique chez Thomme l'existence d'id^es g6n6rales; car il ne peut se formuler que par des tnots, et les mots (subslantifs, verbes, adjectifs, etc., a Texception des noms propre,s) ne repr^sentent que des id6es g<5n<5rales. Lorsque nous voulons en limiter la port6e k un objet particulier, nous sorames obliges de les entourer de restrictions, comme dans Texemple cite, cet homme, ou la voiture qui passe maintenant, ou le journal que j'ai hi hier. Comme la raison, et par le meme motif que la raison, le langageest Tapanage de Thomme.
Si les id6es gdnSrales forment ainsi le fond propre de la raison humaine, il est manifeste que les premiei % s principes qui dominent et commandent toutes les operations de la
h Je crimen iinfiT nu den detr-nruer sod attention ; de 1'aficm-r: nt a* J* niw. Lb eUf rrfrouvera toulesaspontaneite', ant a"i"-ii! ii-.ijn. Du-jeavhji tit-K.ee aussijusqu'al'ioslaiit aiii'-ivif t it iK-rajili.OL. juror cbercber la lumiere, pour y hiiuinw *iil o-L- viiot ]«««■ ]**s ieoebres. Mais a I 'instant m-nH- ut jl i«j.T«|fij.aL tje e*i iiopressionnee, comme 1'teil ts mii-uuu;, firr i- pur In Innu t-re- Encore une fois, elle j»er:'.:> l. +■ j*- Df er^ jibs ! .
L- cimr.tTt tcmc.TMi df l'd-jet de nos idfes apparait «i'-:.re j.'ns c-'.tir-ement. j .trsqne a :<ds observons direelement an nature. te:i? qn>i> s* mi'Utre a nous par une analyse attentive de la perception. Lb encore, c'est un simple fail d'observation qui j-ervira de base k Louie la science mctapbvsique. Reflecbissons ~ur queiques-unes de nos idces les plus simples et le= plus rulgaires. par eiemple l'idee de triangle ou I idee d'arbre. L'ne idee de ce genre comprend lous ies etres qui peuvent la realiser. tous ceux qui onf ex isle et tous ceux qui existeront indeJinimenl, lous le> triangles possibles et tous les arbres possibles. Quand meme a chaque instant depuis le commencement du monde u se serait produit un arbre ou un triangle different de lous les etres anterieurs, et quand meme nous les connailnon* lous, noire idee ne serail pas cpuisee: elle comprcndrail encore virtuellemcnt une serie infinie d'autres etres seniblables. Voila done les idees les plus ni»desles. celles dont {'extension est p&ffaitemenl imitee el meme restreicte dans des bornes lre» e~troite.fi, un triangle, un arbre, douses ncannioins dune comprehension indclinie, plus grande que ioale limite assignable, par eon sequent reellement infinie. Car ce que nous voyons rlaircmenl comme devant parlout et l° u " j'.urs depasser taute limite assignable est bicn en r6alit£ un vrai infini. Ce n'esl pas settlement I'iiideliiii : I'indefmi estu»<*
chose dont nous ii'iipercevons pas la limite, mais cettc ■■ : ■ i : : ! i ■ . 1 1 negative,, que la limite nous exhappe, ne nous
iiuene pas a uflirmer que eelle limite n'existe pas; bicn au
■ P'.n Urd, elle srttn BtuWtW Iniji'ment, si etle est douec d'une grande ^liuU ; tile comlilnrm in lilt<t>ii pmir en fairc aortir des theories philoao- -ujgti ; ihj elle oniiiliuiiTii awe .lies ilea [alls observes pour ilablir les ',#«, eiwles ou iihv-imifi, >>ii liii'n encore elle tes animera par lea i '■■ iiiiJi^init(tiiu'|i»iir itiit ill's u'uvres d'arl, Mail, dans toulesccs '.:•:.■ "• 5i iii«er%e». In ninti^ir (m-iniere lui sera fournie du dehors ; et lei 'tit hup portion i ■ i'r;Uilc, la plus fond nuienl ale, de celte aMen premier*.
MfeTAPHYSIQUE 431
contraire, notre raison continue h affirmer 6nergiquement que cette limite existe. Ainsi nous ne pouvons apercevoir la limite du nombre des grains de sable de la mer, ni celle de Tespace occupy par le monde stellaire, mais nous n'affirmons pas pour cela que ce nombre et cet espace n'ont rSellement pas de limite. Au contraire, nous affirmons sans hesitation que le nombre des grains de sable de la mer est limits, quoiquc inconnu de nous; c'est le type de Tind6fini. Pour Tdtenduc de Tespace intrastellaire, sa limite n'apparait peutcMrc pas aussi clairement h tous les esprits, mais on y arrive par la r& flexion en songeantque la proposition contraire impliquerait la possibility de Texistence actuelle d'un nombre infini, ce qui est inadmissible et contradictoire dans les termes (voir infra p. 433, note 1). La consideration de Tinfini mathSmatique permet de mieux voir encore cette distinction entre l'ind£fini et Tinfini : lorsque nous affirmons que deux parallels prolong^es a Tinfini ne se rencontreront jamais, nous ne constatons pas seulementque nous n'apercevons pas le point oil elles pourraient se rencontrer, quelque effort que nous fassions pour y atteindre par la pens^e (formulc negative, caracteristique de TindSfini) ; mais nous affirmons avec une conviction absolue qu'il est impossible qu'elles se rencontrent, quelque prolongates qu'on les suppose ; nous faisons intervenir une notion positive Irks certaine; nous voyons, rSelleraent et tout a fait clairement, une id6e sup6rieure a toutes les r6alites possibles, et nous affirmons avec certitude les conditions dans lesquelles cette idde peut se rdaliser et celles ou elle ne peut pas se produire.
Toutes nos iddes pnSsentent done une comprehension infinie, du moins dans Tordre du possible, qui est, comme on le verra plus loin, leur domaine propre. C'est la un fait d observation inddniable. Un autre fait d 'observation int£rieure, c'est que nous nous sentons nous-m&mes comme des Gtres finis, limitds, n'ayant, ni en r6alit<§, ni m6me en puissance possible, aucun trait qui nous rapproche de Tinfini, encore moins qui permette de nous identifier avec lui. D'oii la conclusion n^cessaire que toute idde, mOme la plus simple, nous met en relation, d'une maniere qui restera k pr^ciser, avec un objel qui n'est pas nous, puisqu'il nous dGpassc de toute la hauteur qui sSpare Tinfini du fini. C'est cette relation, qui nous apparait, dfcs la
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*.— - *5 t.-.^-.^:---§- .=i:.^il:s. £z*. D':uar F ^rait clairc- -*'•. ;~* I * -- :^ :^s iiT*s n>>t zasur-us. qu'il ritsl P* s -**--- zuM r."-^ 1, :i5 :r zr^zi-rct en nous, si nous con-
- . - J .a r a A « nVPC
d^iis s-:n a:*.e premier et non avef ^.-▼-eiLLIe «i«> -=i*>s n;t::as aoquises. Nouvelle confirmation -.^-*-iL:*:ire Jela definition premierv de l'idee; confirmation c;: r**su!ie de deux oh^n:ations aussi simples et aussi di* T mH'*s que possible, et qui no laisse aucune place a Ferreur.
A.iT I»i*rour« de la m*lhodr 4* parti e. n* \ : Meditations, 4 # ,n~ 15et s«i v « ■- «v*nn/'t«v;»^r de Dieu et de toi-meme. chap, iv : « Art. 5: Llntelligefl^ . Tk-.ir «»b>et de> Terit^i eternellet qui ne sont autre chose que Dieu mcW, . \ * ^i»nt ti»n oiiri subsistantes et toujours parfaitement enlendues. >
7x7,/, ,ir lEriAtenee de Dieu, partie 11, chap. 11, seconde preuve «tirte dc ' i 4 .». ,-mt nous avons de I'lnfloi ».
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A cette deduction si claire et si naturelle que pourrait-on opposer ? Une seule doctrine a tentd de rendre raison autremeni des faits constates. C'est la theorie de V abstraction. Nous ne recevons, dit-on, du dehors que des notions particulifcres, mais de ces notions particulifcres nous extrayons, en vertu d'une faculty sp£ciale de Intelligence, tout cp qu'elles peuvent avoir de commun; etde ce faisceau abstrait de notions particuli&res nous formons les id6es g£n£rales. Ayant vu dix, cent ou mille arbres ou triangles, et les ayant compares abstractivement, nous arrivons k percevoir les traits communs qui se retrouvent dans toutes nos impressions, et de ces traits communs nous construisons Timage abslraite de l'arbre en gdnSral ou du triangle en gdndral. Xous pouvons, ajoute-t-on, experimenter ce proc6d6 k chaque instant; cette faculty d 'abstraction est done bien un fait d'expSrience, un attribut essentiel de notre intelligence. De niSme, ayant observd une s6rie d'Gtres finis, nous faisons progressivement abstraction des limites qui bornent leur existence ou leur puissance, et nous arrivons k la notion d'infini ; l'observation d'Gtres contingents ou relatifs, d'Gtres imparfaits, nous conduit par le m&me procSdd d^limination a la conception d'un 6tre absolu et parfait. U n'y a pas besoin <T autre explication.
Cette analyse est absolument insuffisante. Elle mdconnait ce principe 6lementaire de tout raisonnement que la conclusion ne peut pas contenir plus que la majeure; ce qui Concorde avec cet autre principe, aussi fondamental dans Tdtude des 6tres, que TefTet ne peut rien avoir qui ne soit pas dans la cause. Ces principes sont ici ce que les math6matiques sont pour les sciences physiques; et, de m&me que les observations de Tordre materiel ne peuvent pas s'interpnHer en faisant abstraction des lois mathdmatiques, de mfime les observations de Tordre immatdriel ne sauraient 6tre expliqudes par une violation des lois de la logique ou de l'ontologie. Je dis que, dans l'explication proposde, la conclusion consent plus que la majeure, Teffet contient plus que la cause. Jai beau avoir vu dix, vingt ou dix mille triangles et en avoir extrait les caractfcres qui leur sont communs, jamais je ne serai autorisd k conclure que tous les triangles possibles auront toujours les monies caractfcres. Je puis conclure legitimement que ces dix mille triangles les ont, mais non