PHIL080PH1E DU DROIT. — T. II
pas qo'un seal autre les poesede. Autrement la conclusion est fausse. pare* qa'elle <fcpa~=e les premisses. — De nii-rae, si j'ai connu on grand nombre detres ayant une exisl-?n< :e contingente et relative, j'^urai boao eliminer par la pensee leur caractere contingent et relatif. je ne pourrai pas leur conferer la quality essentielle el positive d'exister pareu\raemes et pour eux-memes. Leur nombre, aussi aceurmm> qu'on le voudra. n'arrivera jamais a donner au total cotle quality. — Ainsi encore, en operant surdesmultitudesdelres inijuirfaits., je pourrai bien detourner mon regard des imperfections, mais je serai impuissanl a supplier, meme par la pensee, a 1'immense quantity de qualites qui leur manquent pour devenir l'6tre parfait. En concentrant meme, par I imagination, toutes les qualites des 6tres les plus divers. J*' n'arriverai pas a crecrdaiis mon intelligence un etre parUnl. car une serie inde"linie do qualites, imparfaites cbacum: on soi, ne fera jamais surgir un tout complet et debarrasse de touto imperfection. — Enlin, avec des etres linis, aussin^mbroux qu'on veuille les supposer, on ne produira jamais I mfini, parce que 1'infini it 'est pas une somme, un total , maisun 6tre unique et simple. supi ; rieura toute quanti le" connue. o>nnaissable ou imaginable.
Non. Si l'abstraction nous est si facile et nous parait un preceded si nalurel a notre intelligence, e'est unique nieiil parce qu'il cxiste devant ses regards un objet ideal embra>sanl deja dans sa comprehension infinie toutes les poss't* 1 lites qui se presentenl a nos yeux, el permeltant de conMderer a part, des quelle appelle notre attention, telle on telle possibility avec son intfpuisable fecondite\ N suffi' ')'"' j'aie vu deux ou trois triangles, et qu'on m'ait bien expliq 1 "' ce qui les caraclerise pour que j'aperc.oive immediate men le type triangle, embrassant a l'inflni tous les triangles possibles. La vue de quelquea types finis est seulemeot le clu" qui fait jaillir la lumiere en moi ; la perception du fini me fait apparaitre 1'infini ; et elle peut le faire parce que 1 objet inlini preexiste deja dans mon intelligence et n'a besoin q iie d'une occasion pour Hrc apercu. Ce passage primesautier et intuitif dufmi a l'inflni est Ferment essentiel du precede
I'infiQi veritable.
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A* induction, dans ses applications les plus 61ev6es et les plus fccondes. L 'induction temSraire, qui proc&de dans l'ordre desph6nom£nes,et, parexemple, de ce que lesoleil s'estlev£ hier et tous les jours passes conclut qu'il se l&vera demain, De peut sefaire accepter de notre intelligence que comme une imitation lointaine et grossifcre du proc£d£ d'induction veritable et intuitive qui fait la vie essentielle de notre esprit.
Avant d'aller plus loin, il importe de nous mettre en garde contre une exag^ration etde pr^ciser en m6me temps encore plus la nature de Facte d'intelligence. Nous avons dou6 largement r&me humaine en lui reconnaissant pour terme de son acte un objet qui peut £tre Tlnfini lui-m£me et qui, on tout cas, esttoujours par quelque cotcS infini. II faut en mfime temps constater, toujours par Tobservation, une limite essentielle et fondamentale de Tacte intellectuel. Cette limite, c'estque nosid^es telles qu'elles ont £t6d£finies plus haut, n'ont jamais pour objet que des possibility ; notre intelligence n'atteint jamais par elles, et directement, intuitive ment, des r£alit£s. L'idSe de triangle, d'arbre, d'homme, c'est uniquement Tid^e de triangle possible d'arbre possible, d'homme possible. Les mots m&mes de la langue qui d^signent ces iddes n'ont jamais par eux-m&mes qu'un sens abstrait, c'est-a-dire qu'ils ne visent qu'une possibility. Quand nous voulons designer un 6tre r6el ou affirmer son existence, nous sommes obliges de prdciscr le substantif par un pronom indicatif, comme cet homme, chaque pierre de cette maison, ou par une p6riphrase, comme la voiture qui passe, ou le tableau que je contemple. Presque tous les mots du langage, comme les adjectifs, les verbes, les adverbes, ont, de ni&me que les substantifs, ce sens g6n6ral, abstrait, et visent par consequent une simple possibility. Les lois universelles du langage viennent ainsi corroborer Tobservation de fait que nous relevons en ce moment.
En r6siim6 chaque idee est la vue d'un objet, d'un objet embrassant tous les 6tres semblables possibles, mais aussi ne les embrassant qu'en tant que possibles; sans affirmer ou nier quoi que ce soit en ce qui concerne leur r£alit£ effective. Ici encore la langue nous r^vfcle avec exactitude la v£rit6 des choses ; car, toutes les fois qu'on parle d'un objet
■ m APPENDICE
ideal dun etre ideal, on veut signifier un objet on un Mre considere comme simplement possible et concu seulement comme tel par notre intelligence.
La Question de la nature de nos ide"es conduit necessairement a celle de leur origine, qu'elle Claire de la plus nve lnmiere Si en effet toute idee est la vue d'un objet embras- Lt tous les etres possibles d'une categorie donnee, sans limitation de nombre et au-dessus de tous les nombres ima- SU si clle a par la meme quelque chose dmfm.s, nos idee* les plus levees se referent meme directen^ «U l'infini soit sous sonnom propre, soit sous le nom et 1 aspect Hp narfait d'absolu, d'infaillible, d'impeccable, de vrai en foi 5 ans restriction, de bien, de beau dans les memes liinn. • l'origine de nos idees ne peut etre que la rela- Tn S e enJnotre intelligence et ua objet reellemen • r -rf cette relation correspond tres exactement dans Se tSriel a ce qu'est la vision dans lordre ma«e-
" Ouel est cet objet infini avec lequel notre intelligence est mise en rapport? La reponse ne saurait etre douteuse si I on SchU qu'U ne peut absolument exister qu'un seul mfiu reel que la coexistence dedeux infini. est contrad.ctoire dans \tTirmes L'etre infini existe necessairement par Iui-menie, !t ,'U tenait son existence ou ses qualites d'un autre etre, uiit necessairement limite par cet etre qui aurait m.s en u Zt ou partie de ce qu'il est. Or, sil y avait deux mfims • Is existant ainsi par eux-memes, tout letre que possede- ■i r«n derail forcement etranger a lautre et ne viendrait "lni Vucun dos deux ne serait done ventablement
F * II nVa q«'« n »"»"' r * el « el cet infini s ' a PP e,le WeU lVi" l 'c it en Dieu qu'il faut chercher l'objet reel de nos idees
: 1* -^ s-<Mro o-o l\b : ot do nos idees n'est pas n£ees-
... \« *• -v r\v\ rw^eiv.ent intini. D'abord ne pour-
^ \, t ^ x \ ** v v rev'v^v •*$'-"* queleonque de rinfini •
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trine, nos idSes ne nous font connattre que des possibles ; Fobjet infmi de nos id6es ne pourrait-il pas Gtre un £tre simplement possible? Ceux qui posent cette question, et ils sont nombreux, proposent simplement d'admettre qu'il y a un effet sans cause. Nous constatons, comme on Ta vu, l'effet produit en nous, connaissance de quelque chose d'infini ; cei eflFet est trfes r£el ; il y faut une cause adequate, c'est-&dire une cause r6elle! Notre esprit se refusera toujours absolumenl h reconnaitre qu'un phSnomfcne puisse se produire sans cause ou qu'un ph^nomfcne rSel puisse avoir pour cause un simple possible, c'cst-i-dire v6ritablement quelque chose qui n'existe pas. L'axiome que tout effet h une cause est un principe aussi Evident et aussi certain que tous les axiomes et tous les thSorfcmes math6matiques ; et les sciences d'observation ne peuvent faire abstraction ni des uns ni des autres. Appliquant sp6cialement cet axiome k nos id6es, je r£sumerai I'argument en disant : voir ce qui n'existe pas, voir le rien, ou ne rien voir, e'est exactement la mfime chose. Or l'infini r6el, et rSellement existant, e'est Dieu. 11 faut done le dire franchement, si Ton veut 6tre vraiment rdaliste : c'estenDieu, et en Dieu seul, qu'il faut chercher la r6alit6 objective qui correspond h nos id6es, qui sont infinies, 6ternellcs, absolues, comme lui.
Nous ne pouvons voir nos id6es g6n6rales qu'en Dieu. Telle est la \6ril6 proclamSe par Malbranche ! , faisant faire un nouveau pas h la doctrine enseign6e par Platon et d6velopp6e successivement h travers les &ges par saint Augustin, saint Anselme, Descartes, Bossuet et F£nelon. Maisilfaudrait bien se garder de dire que nous voyons Dieu dans l'acte essentiel et fondamental de notre intelligence, prise en son Stat naturel et en cette vie. Malebranche ne Ta jamais soutenu. II peut sembler singulier au premier abord que nous puissions voir quelque chose dans un 6tre sans voir l'&tre lui-m&me. Mais on en concevra la possibility en suivant toujours le rapprochement qui a 6t6 fait entre la vision intellectuelle et la vision corporelle : nous voyons les objets dans un miroir sans voir le miroir lui-m6me, dont nous ne percevons que les limites et le cadre. Geci n'est qu'une comparaison pour
1 11 n'a jamais soutenu que nous voyions tout en Dieu, notamment les choses de faits et les v6rit6s contingentes.
faire comprendre qu'il n'y a pas h cette solution une impossibility logique. En allant au fond des choses, il suffira de considerer encore une fois les faits d'observation constates plus haut. Nos ;id6es n'embrassent jamais que des possibility, elles ne se referent nullement h des r£alit£s. II suffit done, pour qu 'elles apparaissent k notre esprit, que Tobjet qui les contient toutes soit vu par lui comme possible ; il n'est nullement n6cessaire qu'il soit periju comme 4tre reel. Or, lorsqu'on dit que Ton voit un 6tre, cela signifie dans toutes les langues qu'on en constate la r6alit£ par la vue, par les impressions visuelles, combines et contr6l£es au besoin it Taide de Texp^rience. On ne peut done pas dire exactement dans notre doctrine que nous voyons Dieu, puisque nous ne percevons pas sa r6alit6 objective, puisque nous ne constatons pas directement son existence, puisque nous ne voyons par Toeil de notre intelligence que sa possibility et en celle-ci tous les possibles, contenus virtuellement k la fois dans le concept de TEtre infini et dans la puissance illimitee qui est un des attributs de ce concept.
11 ne semble pas que Ton doive 6prouver aucune difficult* k admettre que l'Etre infini r6el puisse fitre per^u par notre intelligence seulement comme possible. Car, si Teffet ne peut Gtre plus grand que la cause, rien ne s'oppose & ce qu il soit moindre. L'Etre infini peut parfaitement ne se r6v£lera nous qu'en tant que possible et non en tant qu'fetre r£el. II est d6j& certain a priori que notre nature, Itant finie, ne peut avoir de 1'infini qu'une connaissance trfcs rfiduite dans son extension et tres imparfaite. Mais, de plus, rien ne s'oppose k ce que cette connaissance soit limitee k un autre point de vue, qu'elle porte sur une simple possibility et non sur la r6alit6 concrete. II faut mfeme constater par robservalion de nos facultds qu 'aucune d'elles, dans l'ordrc naturel, nest adaptde k percevoir directement une rdalitS immaWrielle infinie 1 .
Plusieurs de ceux qui ont profondSment 6tudi6 la notion que nous avons de Tlnfini ont 6t6 tenths de r£sumer l'ob-
1 La thSologie catholique enseigne que e'est seulement dans lordre Bnrnaturelet dans la vie future que nous verrons Dieu comme £tre r£el :« Videmu* nunc per speculum, in a'nigmate; tunc autem facie ad faciem ; nunc cognus™ ex parte ; tunc autem co^nnscam si<uit et cognitus sum. » Saint Paul, !• ad. Corinth. , c. 13 (epilre de la Qninquagesime).
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servation des faits intellectuels en disant que nous percevons une image de Tlnfini. Mais ils se sont heurtes k cette objection qu'une image de Tlnfini devrait 6tre infinie elle-m6me, et que, si on la suppose en dehors de l'lnfini, elle constiluerait un second Infini, ce qui a 6t6 d6montr6 impossible. Au contraire en disant que nous percevons l'lnfini lui-m&me, mais d'une fa^on restreinte, voil^e en quelque sorte comme par un brouillard, dfl en partie k Tinfirmit^ de notre perception finie, en partie k la mesure restreinte dans laquelle il lui plait de se communiquer k nous; en disant que nous le percevons en tant que possible et non en tant que rgel, on rend compte parfaitement des faits observes, et on ne se heurte k aucune impossibility mStaphysique 1 .
Je ne voudrais pas avoir Tair de fonder un argument sur un jeu de mots en disant que, de l'aveu Evident de tout ie monde, nous voyons Dieu comme possible ; que cette proposition est n6cessairement admise, d'une part m6me par la plupart des ath^es, et d'autre part aussi par les th^ologiens les plus scrupuieux qui r^servent pour 1'dtat surnaturel et pour la vie future la vision de Dieu. Cette proposition en effet, pour un grand nombre d'esprits, peut signifier, non pas que nous voyons Dieu, — en tant que possible, — mais seulement que nous voyons la possibility de Dieu. Pourtant, m6me rgduite k ces termes, elle nous fournit un argument trfcs s&rieux. Car oil pouvons-nous voir la possibility de l'Etre infini sinon en lui-m£me? La possibility des fctres finis a sa raison dans l'intelligence et dans la puissance divine; mais la possibility de l'Etre infini ne saurait avoir sa raison hors de lui; on ne peut la voir que Ik ou elle est, et non partout ailleurs oil elle rCest pas.
L'Etre infini est ainsi la lumifere de notre intelligence, la lumifere qui 6claire tout homme venant en ce monde ; e'est cette lumi&re m6me qui nous crde intelligents, qui, suivant Texpression scolastique, nous informe intelligents, par le fait seul de se r6v6ler k noufc dans la mesure restreinte qui a 6t6 expliqu6e plus haut.
1 C'est dans ce sens qu'il faut, suivant moi, entendre rationnellement la throne de VEtreidfal qui serait l'objet de nos idees d'apres Rosmini : Nouuel essai sur VOrigine des idies. Voir aussi Trullet : Examen des Doctrines de Rosmini, etc., traduction par le baron Sylvestre de Sacy, Paris, in-8% Wattelier, 1893; note de la p. 7, in fine.
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