S3. — FONCTIONNEMENT DE LA SOCIETE
327. Sur cette question du fonctionnement de la personu-ilite morale, les regies communes h toutes les soctetds sont mVe><airement peu nombreuses, car les details varient h 1 infini suivant la nature et Tobjet de chaque soci£t<§. Les •»«'uU traits prdscntant un certain caract^re de g6n6ralil6 sont
relalifs aux devoirs et aux droits de la societe, qui sont lit consequence et Teffet direct de sa personnalite.
Un grand principe fondamental doit etre degage tout d'abord : la societe ne peut exercer ses devoirs ou ses droit* que dans la sphere determinee par sa fin et precisee (le plus souvent) dans les statuts sociaux.
En effet la societe n'est constitute comnie personne morale (voir supra, n* 314) que parTunion desvolontes des associes en vue du but social. (Test dans cette mesure seulement qu'elle participe h la personnalite des associes, h leurs devoirs, h leur inviolability. (Test, en sommc,la personnalite des associes qui est respectable, inviolable dans la personnalite de la societd ; mais cette inviolability collective ne peut exister que dans la mesure ou Taction de ces personnel est collective ; or Taction n'est collective que dans la mesure oil elle concourt & Tobtention du but social tel qu'il est determine parle pacte fondamental.
Les personnes reelles ont une fin supreme et absolue qui embrasse necessairement toutcs les activates de leurs natures propres. Car, d'une part, e'est dans toutes ces activites qu'elles doivent se perfectionner pour realiser le plus grand developpement de la personne, en se conformant a la hierarchie normale qui doit exister entre ces differentes puissances de la nature ainsi qu'entre elles et la personne ; d 'autre part, toutes ces activites ou puissances doivent contribuer a leur perfectionnement commun et mutuel dans Tordre de cette hierarchie. II s'en suit que rienne reslreint le champ d activite des personnes reelles, si ce n'est les limites naturelles de la puissance humaine. Au contraire, les personnes morales n'ont qu'une fin determinee et restreinte, un but precis en vue duquel les associes ont promis leur collaboration. Poursuivre un autre but au moyen de cette collaboration, ce serait sortir des limites du pacte foudamental ; ce serait demander aux associes ce qu'ils riont pas promis. D autre part, les activites mises & la disposition de la personne sociale sont seulement celles qui peuvent servir comme moyens & Tobtention de la fin proposee par les statuts. Toutes celles qui n'ont pas d'utilite pour cette fin restent etrangfcres k la sphere d'action de la societe; et, qui plus est, n'ont pas ete promises comme apport par les associes. II s'en suit que les associes ne sont nullement engages
LA SOClfiTE 45
. ir^ttre au service commuD ce genre d'activite, qui n'a pas
•:•*" piv\u com me nScessaire dans 1'acte constitutif. M6me
-.'in* I'ordre des activites promises, ils ne doivent que Tespece
, irticuliere dont il a 6t6 fait mention au pacte fondamental,
'l «lan> la quantity pour laquelle ils se sont engages. C'est
u niesure de leur apport ; on ne peut rien lour demander au
i !a. Nul n'a le droit de les forcer k aller plus loin, de leur
i:uander de collaborer pour un autre but ou par des
a*" tens differcnts.
>ans doute, a Vunaniinite, ils pourraient s'engager dans
t : .» vni«» nouvelle, poursuivre un autre but, consacrer a une
» r j!nf»|»rise difTerente des moyens d'action (Strangers a leurs
; revisions premises. Mais alors ce sera une nouvelle society
\\ ils auront fondle d'un com mu n accord ; elle pourra se
:r«tTer plus ou moins sur la pr£c6dente, mais elle en sera
i:*iinrte. Elle sera le produit d un nouveau contrat k cons-
iruire de toutes pieces, et la moindre dissidence empfcchera
•1 nouvelle soci^td de se former. A l'6gard des tiers, si les
"«:n*te> sont soumises k certaines formalins pour les pn$-
**nir, avant qu'elles ne produisent d'effet k leur dgard, toute
■i«' Miration qui etendrait ou changerait la sphere d'action
■!♦'■ la soci6t£ resterait ineflicace tant que ces formalitds ne
^raionl pas remplies.
H faut done conclurc nettement qu'une soci6td x ? a d'exis- '> *«:e eomrae pcrsonne que dans les limites de Tentreprise |»*nmiaire ou autre) pour laquelle elle a dte cr6£e. En d»-hor> de cet objet, elle ne possfcde aucune capacity juridique J"p< ; rer ; tout ce qu'elle fait est nul en droit. Ainsi, pour ne prnn.lrc que des exemples trfcs simples, une socidt6 de chark'nitope ne peut faire une entreprise de transport pour le i'iUic; une compagnie de chemin de fer ne peut se livrer a on»' exploitation agricole ; et une soci6t6 fondee pour cr£er 'JQ hopital ne peut organiser une 6cole. Sauf, je le r£p£te, si ■**s monies personnes sont d 'accord, obtiennent les autori- Mtions voulues, et prdviennent le publicdans les cas oh cela *"*t necessaire, 4 fonder une autre soci<H<5 pareille k la prendre et ay ant un objet different.
Les consequences ! de cette inexistence ne doivent pas 6tre
On en fail souvent des applications tout a fait excessives ; par exemple le ;.".«ff»n suite beige, M. Laurent, en ce qui concerne les congregations relives.
j 46 LIVRE III, TITRE I
3| exag6rdes. Ce qui n'existe pas, c'cst la personne morale;
if mais les associes sont \h ct sont parfaitement capables d'avoir
des droits collectifs. Si la pretendue societe, ou la societe ind&ment etendue, acquiert quelque chose, droit r£el ou creance, en vue du but nouvellement assigne, ce qui aura ete acquis n'appartiendra pas h une personne morale quelconque. Mais, malgr<5 cela, ces biens seront la proprietd de la collectivity h titre de propriete indivise, de communaute ; :j"j[ non h titre de propriete sociale avec les differences signalees
plus haut (n° 308). Et, si la societe primitive a fourni quelque chose pour cetle acquisition, 1'indivision, c'est-adire chacun des coproprietaires, pour sa part, devra a la : ^ society ce que celle-ci aura fourni 1 .
Ce qui vient d'etre dit des droits est egalemcnt vrai des devoirs; et cette rfcgle servira de criterium pour determiner la morale applicable aux socittGs.
328. L'etude des devoirs des personnes morales est done dominee par ce grand principe : la personne morale de In societe rfa de devoirs que ceux qui peuvent s'exercer dan> Vordre d'aclivites dont elle dispose.
Elle est soumise d'abord sans difficulte k tous les devoir> juridiques resultant soit de sa propriete sur le fonds social. 1 soit des obligations contractees en son nom pour les opera-
tions sociales, en tant du moins que sa personnalitd a une j existence a regard des tiers (voir supra y n° 315).
Mais elle a aussi cerlaines obligations purement morales, que nous passerons en revue sous les trois denominations classiques :
Devoirs de bienfaisance. Sans doule une societe qui n'a pas 6te fondee specialement pour cela ne peut pas entreprendre de toutes pieces une ceuvre de bienfaisance, ni v consacrer une grosse part du capital social. Mais il faut reconnattre qu'elle peut et doit consacrer au soulagement des pauvres k peu pros ce qu'un individu proprietaire d'un patrimoine semblable au sien devrait y consacrer. Car, en quelques mains que soit un patrimoine, il y a toujours les m£mes raisons de convenance morale pour qu'une partie
1 On rougit presque d'etre obliggde formuler des id6es aussi simples. Mai> il faut bien afflrraer leur exactitude, puisqu'il s'est trouve des ju rise on suites pour soutenir audacieusement qu'alors les bieos acquis n'appartenaieat a personne et pouvaient deveoir la proie du premier occupant.
-Menus ou des profits qu'il produit soient consacres au
• ..lament des malheureux. Et la collectivity des associes
f rmant le fonds social n"a pas soustrait cette masse com-
•it* a Iobligation generate. Ainsi une compagnie finan-
:-. industrielle, com m ere i ale, peut consacrer sur ses
- '.-nu? une somme annuelle a des dons aux bonnes
■ -t^s ou souscrire pour le soulageraent d'un grand "' in qui a frapp£ une partie de la population 1 . De m£me. .:»• -viciW pout etre tenue comme les personnes physiques
• tVihli^utiun d'assistance mutuelle envers ceux avec les-
■ m- elle est en rapport suivis; soit envers les individus, "irfi^mple envers ses employes ; soit envers des etablisse- ^nl><»u societds similaires a qui elle pourrait, ou devrait T: : nw\ selon les cas, faire des pr6ts ou avances en cas de
-.-*, tout en se gardant de compromettre le capital social :f »1»> mesures imprudentes.
b'i<,ir< envers soi-meme. La societe doit maintenir avec -m sa dignity de personne, son honorabilit£, sa respectabi-
'. comme on dit, dans tous les rapports d'affaires relatifs
• l^iitreprise sociale. Ainsi elle ne doit pas user de fourbe- -»• dans les contrats, de moyens bas et deloyaux, comme !•* insinuations calomnieuses; elle ne doit pas, plus que les. ; "«rtKuliers, abuser de ses droits en les poussant h Textr^me ;
it fxemple, congedier des employes anciens sans aucun
ztn\ pour leurs services passes.
tnlin elle a m£me des devoirs envers Dieii. Non pas ;.A\e puisse rendre a Dieu un culte complet, int£rieur ou
it^rieur ; car ce culte ddpasserait les moyens mis k la dis- ; -ition de la personne Active. Les associes ont promis de
• n^crer k Tentreprise sociale une partie, peut-£tre consi- :• rable. de leur activity exterieure et de leurs forces; ;* n'ont jamais mis au service de la soctetg le fond de leur -.r.i*\ de leur cceur, les puissances les plus intimes de leur •diligence, celles qui sont en jeu dans le culte rendu h la f wnite. Mais la societe doit t6moigner en toute occasion **n respect pour la divinity en s'abstenant de toute manif-^Lition injurieuse. Elledoit accompiir les devoirs aff^rents -; »*< ialement h Taction qu'elle exerce comme soci6t6; par
' f* zrxnd* dtablissements de Paris donnent a cet 6gard un exemple qu'on •* vinrait trap Jouer. — Tissot nie trop absolument cette faculte" ou ce '••■ if : Court de Droit natur., p. 438.
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la. soci£t£ 49
> .rtWique. industrielle, mise dans l e fonds social,
- U m »me concevoir pour la soci«« des droits acquis
'; tonnes belles ; non pas en vertu du titre de la
J« qui ne pent se reiser maisen vertu de \ occur
, M «erait en droit naturel, le cas d'adoption d un
••mrim* oe'uvre de bienfaisance constitute personne
-Hie est en droit positif, la tutelleou curatelle con-
-'..* hospices ou aux 6tablissements d'alienes sur les
•ibies hospitalises.
:;j Gjb.ixa.he: Inegalit6 entre les soci^s. -Toutes les
^,,.s reelles sont cgales, c cst-a-direqu elles ont la
- . vakur au point de vue moral, qu elles mentent au
" "."• litre et en tant que personnes, les sympathies, les
••. le concours des autres personnes. La raison de cette
.' cVt quVlles ont toutes la meme fin, 6galement res-
• ,!, ch<z toutes ; fin au-dessus de laquelle on n'en con- ^ dautreplus clevee, puisque c'est 1 mfim lm-meme,
• -Ll au il peut Giro possedd par un etre humain. Aucune -, Jut rivaliser avec cclle-la et ne peut lui etre supe- -, Doii il suit qu'aucune personne ne peut avoir une
-'•:r absolue supeneure a aucune autre.
' n en est pas de meme des personnes morales. L objet " • irune d'elles est necessairement fini ; c'est unbien sp6iu* ion vent obtenir par la collaboration, parmi tous
• in* qui peuvent faire l'objetde la possession humame; ', t,ii special, quelque importance et quelque 6ten-
- .,u"on lui suppose, est necessairement fini, limite'. Par . Lui «iue ces bicns sont finis en eux-memes, lis sont sus-
t,l..s davoir une importance tres inegale ; et, en con-
*n.-i. les societes qui les prennent pour objectifs ont
• i-ar nipn«'rt a lautre une valeur tres inegale ; elles ne
. ".-at pas toutes etre traitees par les autres personnes sur
.. -d de lY-galite.
•, u*. solution s'appuie sur une regie de conduite qui doit
- '»r toutes les actions humaines : l'homme, tendant ' ."..irn a la fin supreme, se propose dans la vie diverses
:,.,v,ndaires, qui sont des moyensplus ou moms directs . wrv^nir a cette fin derniere. II est evidemment oblige" de
■• .1^ ** * la. wuie nature humaine.
r^ir.+ormz dc droit. — t. n.
•^VRK It.
^ti** *•*•■* *i.n ^ \ ;;;\ ^ ■ j r*» a t: , .v- i * tt- :;i ir*-u»*r** I** n.-:
la soci£t£ 51
SECTION HI
Theories divergentes
331. On chercherait vainement chez les auteurs qui ont uritsur la philosophie du droit qiielque doctrine a opposer i vile qui a ete developpde dans les pr6c£dentes sections. lis •■•at en effet dun laconisme d6sesp6rant sur le priucipe et le i riJenient des socidtes, ou leurs vues sont tout a fait superuu^Hes ou banales. Les points tr&s rares sur lesquels ils •nt apporte un peu de lumifcre ont 6X6 signals en leur lieu "l place.
C est seuiement a propos de la Soci£t6 civile que beaucoup ■!•* theories diverses ont 6i6 soutenues; c'est en £tudiant « v lt* matiere que nous les discuterons.
II ne faut pas s'adresser non plus aux jurisconsulles ; on n v trouvera aucune doctrine un peu approfondie et 'fiibrassant Tensemble du sujet.
332. II n*y a d'important a signaler ici qu'une doctrine toute speciale, fort originate, tellement originate qu'elle jtraitra aux lecteurs une plaisanterie ou une gageure, et f l'elle dcvrait fctrc tenue pour telle si elle n'dtait pas soul-nue sans rire par des esprits des plus s6rieux. Cette doctrine consiste k considdrer les societes comme des okgamsmes. hi mAoie titre que les animaux ou les vdgdtaux. Elle est 'fiirniee par ses adeptes avec tant de cr&nerie que Jceger Vit tigurer les socidtes dans son Manuel de Zoo/ogie, et que F»cillee recommit, outre les trois regnes classiques (mineral, v^lal, animal), le regne social { . Ils ont en vue principalem*at la Socidt£ civile ou TEtat ; mais leurs raisons sont de future a s'appliquer k toute society et sont sou vent appliqnees par leurs partisans k des socidtSs moins 6lev6es et ravins comprdhensives.
D'apr&s Fouillee, le plus brillant parmi les defenseurs :* ents de cette doctrine en France (Science sociale content- I'orain^y p. 108) : — le syst&me nerveux de cet 6tre nouveau
S:i*nce sociale contemporaine, liv. II, chap, vi, p. I."
est la connexion des cerveaux des individus; — les penseurs et les savants sont les cellules perfectionnSes du cerveau ; — les families et les citds sont les ganglions nerveux ; — le$> villes constituent les vertfcbres ; et la capitale le cerveau, qui n'est qu-'une vertfebre grossie et devenue dominante ; — enfin (ibid., p. 135) les ^changes par contrats entre les hommes repr^sentent les ^changes de mouvemonts et dali— ments entre les cellules ; et le fait que les viscfcrcs £chappent a Taction des centres nerveux volontaires constitue un argument p6remptoire en faveur de la politique liberate (p. 135-137).
Car ces auteurs courageux ne reculent pas devant la consequence logique, et m6me voulue, de leur systfemc : les lois de la physiologic, animate on v£g£tale, rggissent les organismes sociaux ; et c'est au nom de F unite dc la science qu'Espinas revendique l'6tude des soci<H6s humaines, aussi bien que celles des soci£t6s animates, pour la zoologie 1 . Par suite on peut voir dans Fouill£e 2 toute une s6rie de regies mSdico-politiques relatives k la conduite et k la th£rapeutique des soci£t6s. II n'admet pas la rtSciproque : k savoir que la politique doive s'introduire dans Thistoire naturelle, et que les soins k donner aux individus doivent £tre caiques sur les traitements applicables aux soci<5t6s. On ne voit pas pourquoi ; et Ton s'6tonne a bon droit qu'il n'ait pas une confiance absolue dans un discours d'un ministre conservateur pour calmer une fifcvre dont un individu serait atteint et pour remplacer Tantipyrine. D'autres, comme Jceger, Wirchow, Hoeckel, poussent k cet 6gard la logique jusqu'au bout; on ne dit pas si leur sant6 s'en trouve meilleure. — On peut signaler encore, comme une conquGte faite au nom de Tunit6 de la science, Tassertion que la biologie refute les opinions voulant absorber l'individu dans l'Etat, par la raison que les cellules gardent leur vie propre au milieu de Tensemble de Torganisme corporel 3 .
Au point de vue de la classification, cette doctrine fournit encore des donnges prdcieuses. C'est ainsi qu'en tenant compte de la centralisation Jaeger distingue les sociMs
1 Les SociMs animates, 2* 6d., p. 7-8.
3 Science sociale contemporaine, p. 128 et suiv.
3 J bid., p. 250, 252. — Voir aussi Spencer, Principes de Sociologie, t. II, p. 19-20.
la soci£t£ 53
i/^es el les societes acephales : les premieres, 6tant les
\ ''iurc\i\es„ el les secondes les ddmocraties 1 . II est suivi
n Ma yar Kenan; mais Fouill6e est plus timide 2 . Le tem-
• runonV des soci6t6s peut encore fournir de bons 616m en ts
\i c\&ss\Rcalion ; aussi Spencer 3 distingue des soci6t6s de
\: At el des soci6les inoffensives : la Prusse, la Russie sont
• 4 . -» carnassiers ; la Norvfege, la Suisse, la Belgique sont des
riminauls.
U ne restail plus qu'i trouver un sexe pour TEtat. liunt-chli n'y a pas manqu6 4 . II affirme qu'il est m&le, Un.lU que VEglise est du sexe f6minin. Malheureuseraent il omet de nous dire si cette determination est fondle sur <]»*$ considerations anatomiques ou physiologiques. Peut- ^Ire a-t-il la pensee de les marier ensemble !
533. Cette doctrine est d'origine toute r6cente, quoique i*«»n puisse en trouver des traces rudimentaires dans des 'cmains ant6rieurs, surtout en Allemagne. C'est Auglste Cmmte. qui, cherchant h soumettre les faits, jusqu'k lui «'»n-id« ; res comme spirituels, aux proc6d6s d'investigation et <]- mesure des sciences positives, et voulant les embrasser hns une vaste synthase, a cr66 comme branche de la science U Socioloyie. II a 616 suivi par une 6cole importante en An^lfterre, ou le positivisme s'est uni h Vutilitarisme^^i •j a Hlebert Spencer a consacr6 k cette science nouvellc de Lombreux et vastes ouvrages. En France, il faut citer pour • -l onlre de recherches Espijus, qui, dans son livre sur les Sjfietr* anima/es, a expos6 sous forme d Introduction Ten- ^mble de la doctrine et son histoire. II pr6tend la trouver 'i'j.t chez les sophistes grecs, dans Platon, dans Arislote , 'iiLs Hobbes, dont le Leviathan repr6sente TEtat 7 ; clans >jnit»za, Hegel, Montesquieu, etc. FooillEe a consacr6 h la ni'-rae science en 6vitant le barbarisme, hybride gr6co-latin, 'J- sociologie) son livre intitul6 la Science sociale contcmt^rnine, ou il a la pr6tention de transformer la doctrine en
* Pis flatteur pour les democraties ! de se voir companies a ces mollusques. ' ta ia T\f %e confine entre deux ec ail les et dont les plus nobles font bonne .&\t+ 4<jr nos tables entre un citron et une bouteille de vin blanc.
1 V«/ir Science sociale confemporaine, p. 238-240.
* Pnncipe$ de Sociologies chap. il.
* Throne generate de CEtat, liv. I, chap, i, n" 7.
* Benstnl, Vlndividu et VEtat, n" 147, p. 238, 239.
* Sandal lot. Ia soctelSest un virant. xl C<3ov ; et il en tire des consequences. ' CMDptrvr Lherminier, Phil, du Droit, p. 280.
s'Slevant k Tid^e hdteroclite, et hybride elle-mftmc, on pout le dire, cTorganisme contractueL Ces deux auteurs donnent la main h Bluntschli, qui resume et synth6tise k la fois Tecole historique et le panth&sme a]lemand ! :de m6me que le monde, pour les panth6istes, n'est qu'un seul 6tre infini se devcloppant ind6finiment dans le temps, de m&me 1'bumanit6 se d^veloppe comme un 6tre special, partie du grand tout; de mfeme aussi chaque nation, dou6e ainsi d'unc vie specialised, comme chaque individu animal ou v£g6tal. Dans sa Th&orie ginirale de VEtat (p. 15), il 6nume,rc les analogies entre l'Etat et les organismes ; ici, m^nageant son lecteur, il ne parlc que d'analogie, mais en maints autres endroits il admet une identity plus complete.
Pour Bluutschli (m6me p. 15), chaque nation a proprement une dine, de rnfcrne que chaque socitH£ a une 4me, que chaque ordre de fonctionnaires a une Amc*. Les sociologues, etaht avanttout mat6rialistes, ne par] on t pas d'ftmo, mais d'unitd de conscience, de conscience collective ; ce sont les termes d'Espinas, a chaque page de son ouvrage 3 . Mais, pour lui, il suffit que deux 6tres aient la m6me perception. la m£me representation (il ne peut pas dire la m6me pens6e), pour avoir la m£me conscience unique, une conscience collective. Alors 1'assassin et son juge qui dcoutent parler Tavocat ont une seule et m6me conscience. Grand merci pour le juge! 11 ne peut pas non plus parler de volonte commune dans les soci<H6s; e'est toujours l'identit<§ de perception, de representation. II lui faudra done dire que tons ceux qui entendent un coup de canon, ou ceux qui regardent une dclipse des quatre coins de la terre se trouvent instantan^ment on 6tat de sociotd. Toutes ses demonstrations no sont que des jeux de mots continuels sur la confusion entro les phdnom&ncs et les (Hres qui les per^oivent ; sur la confusion entre des notions que distingue la psychologic la plus
' Voir Beudant, Vlndividu et VEtat, n-147, p. 238, 239.
* 11 cite a Tappui 1'esprit rommun qui les anime, ce que nous appelons. nous, croyant naivement faireune metaphore, Yesprit de corps. II cite a rappui de son dire l'exemple de fonctionnaires dont le caractere a et6 elev6 et transforme par leurs fnnctions. Les ignorants disent simplement que e'est rinfluenrc du milieu. Touto cette doctrine c6toie la notion mal eclaircie de la personality morale.
3 Voir notamment pages 332, 333; 532-541. oil il cherche a demon I re r Texistence do consciences collectives, mais sans precision et avec une obscurity qui ne puralt pas etre le fait dc l'expression sculement.
u»'ntaire, representation c£r6brale, perception, pens6e, * ' ntt ; .
r«»uillre, au contraire, combat absolument l'id6e d'unc 'i^'u-nco sociale x ; de mi>me que celle de Y esprit incons-
- '/. d»* la ro/onte inconsciente de la nation pr^conisee paF
- Allcmands - ot par Dluntschli en particulier. Ce qu'on ""ii»u*» a ces causes est, suivant Fouillee, « leffct non
v ;Iu il*> eirconstances multiples » ; la refutation est aussi - 'nniaire que facile. II met a la place de cette idee son orga- .iHi* < out nit fuel*. II definit la soci6t6 : « Un organisme ni •*• realise en se concevant et en se voulant lui-m6me. » Kin^i done voila un organisme qui n'existe pas encore, ;-:i-*ju'il a besoin de se r^aliser, et qui, ndanmoins, se con- < »t »»l se veut. (Test toujours le fond de la doctrine pan-
-»M>le: ce qui nest pas a, pour produire un effet et m6me ; ur faire apparaitre un £tre nouveau, une puissance que
: a pa< ce qui est. Cette doctrine se rattache k sa th£orie
* ir los i<1 vrs- for res (de Y influence cles (dies sur leur realisa- ■'• « \ ou Ton voit « un annel£ devenant un vert6br6 sous
* u.tWncc d'un desir prolong^ 5 ». Et e'est au nom de la -•m»-iicc positive qu'on veut nous faire accepter de pareillcs Series. L'influence des idees sur leur realisation est un •a it tres r£el, mais qui n'a pas 6i6 d£couvert par Tauteur; *\ *^t banal en morale et en litterature : e'est en son nom |ii»* la morale nous recommande d'dcarter la pensde du mal, m nous ne voulons pas le commettre, et la literature le met
* n actum en nous montrant N6ron ou Othello cedant a la Mi^e^tion de confidents perfides. Seulement cette influence a*' >e produit que dans les Gtres libres et dans Texercice de iMir liberte 8 . C'est ce que les d^terministes ne veulent pas a;»»reevoir.
Suivant Fouillee, Torganisme et le contrat sont comme !♦• rorps et Tesprit de la soci6t<§. Car celle-ci dillere essenti-lli-mrnt des autres organismes en ce qu elle est volontaire ••t rousciente. Mais cela n'empfeche pas qu'clle ne suit un
' <rtrnce sochtle contetnporatne, p. 158, n. 1 ; surtout p. 227 et suiv.
: Voir les citations, ibid. y p. 199.
: /'•.//.. rhap. ii. n* III, p. ill et suiv. ; ct Conclusion, n° II, p. 392 et suiv.
* >t-tfnre s'/cinle c<>nfeniporaine,p. 115 et suiv; 112-173; 207, 222-223 \Elude /#»» nlre*- forces [Heme philosophique de juillet 1879;.
• v##»wr<* social* conlemporaine, \i. 172-173. « \.»ir *upra, n* 19 et 20.
organisme; car, dit-il, « la conscience de l'organisation ei de Involution ne detruit pas l'organisation et Involution m&me ».
Ce dernier argument est un pur sophisme : apr£s avoir donne k l'organisation la double quality d'etre volontaire et consciente, Tauteur ne donne plus d'cxplication que sur le caractfcre conscient qu'il lui attribue ; il oublie complement qu'elle est aussi volontaire suivant lui-mftme, et que volontaire veut dire en franca is ayant pour origine la volont6. Or c'est precisement cette origine, prise dans la volontd humaine, qui caracterise ce genre d'organisation, et qui donne & son Evolution une nature essentiellcment diff£rente de celle des organismes animaux ou vegetaux. II confond, lui aussi, la conscience et la volonte, parce qu'il est deterministe et ne veut h aucun prix reconnattre la libertd, qui caracterise la seconde de ces facultes. Par suite, il m£connait presque forc£ment la difference essentielle entre Forganisme social et les autres, difference qui reside dans la cause de l'unite de l'organisation ; cette cause, dans la societe, est une cause entifcrement spirituelle, et nullement materielle comme dans les autres organismes. Qu'il ne l'appelle pas cause lihre, s'il ne le veut pas ; mais du moins qu'il ne confonde pas la conscience de revolution, qui est consecutive de celle-ci, avec la volonti de cette evolution, qui la precede, comme la cause precede Teffet.
334. Cette distinction fournira la reponse fondamentale et commune h toutes les formes que peut prendre la doctrine exposee ci-dessus. Nous ne nierons pas qu'il y ait une organisation, m&me, si Ton tient au mot, un organisme dans la societe ; mais ce que nous nions, c'est que ce soit un organisme purement physique ou physiologique. Ce qui fait l'unite du corps social, ce qui en unit et en hierarchise toutes les parties, c est uniquement un lien moral ; ce sont des rapports moraux, intellectuels, entre les esprits et les volontes des associes, et non des rapports simplement physiques, materiels, comme ceux que Ton constate entre les diverses cellules dun corps organise 1 . II y a sans doute des
1 Je pense qu'entre les cellules d'un organisme vivant il y a des relations qui depassent les simples relations matenelles, parce qu'il y a une action vitale, et que la vie suppose un principe d'unit6 qui ne peut rtsider dans la matiere essentiellement compose'e. Je n'admeis done pas que les rap-
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^.l.Uhins pYrysiq\ies entre les hommes qui composent une «->U»; mais ces relations physiques ne sont que la maniwition des relations morales, et, si celles-ci ont besoin de >"umt»\tre & certaines conditions physiques, c'est uniquely nt parce que Vhomme ne communique avec les autres : -mines que par son corps et au moyen des choses ext6ri-ures. Mais il faut une forte distraction pour croire que ces rations physiques sont le fond des rapports sociaux. Si je *ui> oi>lige aujourd'hui de prendre un omnibus pour me Ma4re a Venierrement du fils d'un de mes amis les plus iW>, ce n'est pas Tomnibus qui constitue le fond du lien d 'affection qui m'unit h lui.
En ce qui concerne specialement les soci<§t6s, la preuve que le lien qui les forme est essentiellement intellectuel et moral resulte de l'analyse d£taillge qui a 6te faite de leur n> ; eani*me et de leur personnalit£ depuis le commencement le ce chapitre. 11 y a Ik un ensemble de faits absolument precis et certains, aussi faciles h constater que les faits materiels les plus £l6mentaires. Tant pis pour ceux qui, n'ayant fait aucune 6tude juridique, abordent ces questions *ans avoir 6clair£ leur lanterne ! La constatation de ces faits e*t, k nos yeux, la refutation essentielle et fondamentale de U doctrine que nous discutons. Je prie mes lecteurs, s'ils »;*muvaient queiques doutes, de relire, k ce point de vue, tout ce commencement de chapitre.
Mais il sera utile, malgr6 cela, de discuter la doctrine a«!vt*rse en plagant le debat sur son propre terrain, en Gtudiant **< explications au point de vue de Thistoire naturelle pure 1 . Or. a ce point de vue, pourmeborner &ressentiel,je signale •J*ux differences fondamentales entre les soctetes et les '•nrdnismes physiologiques.
D'abord, dans ceux-ci, il y a essentiellement une unite mnterielle continue : c'est un corps, v6g£tal ou animal, qui «-»>n stitue essentiellement cet organisitie ; toutes les molecules
r- rtf physiologiques soient des rapports purement physiques. Mais je parle 10 U lariffue de mes adversaires, et ce n'est pas le lieu de discuter la grande 'jc*->ti.-.n de la Tie.
* M Durckeim (Revue philosophique, 1886, p. 29, 30) exige la connaissance dc '"^•K.ire naturelle « pour pouvoir integrer les sciences sociales dans le systeme z-U'T\\ des sciences naturelles ». Les etudes suivies auxnuelles je me suis u\r«- depuis mon enfance sur les diverses branches de 1 histoire naturelle t* Unique, geologic, zoologie conchyliologique),me donnent peut-etre quelque ijtaijte pour soutenir la discussion sur ce terrain.
ou les cellules de ce corps communiquent ensemble par des contacts materiels 6troits, chacune avec scs voisines et par ses voisines avec le reste * ; il faut une suite non interrompue de ces contacts pour que les ^changes vitaux puissent so faire, et, si une cellule se trouve isolee des autres, elle cesse de participer a la vie de Torganisme. Ou Lien elle mourra, ou bien, dou£e d'une vie ind£pendante, elle reproduira un organisme semblable au premier; mais, en toutcas, elle sera complement 6trangfere h celui-ci. Onne peut trouver rien de pareil dans les soci6t6s, les individus que Ton assimile aux cellules ne sont pas en contact fixe et permanent avec tels ou tels autres; et Tun d'eux peut s'eloigner du corps de la nation, jusqu'aux solitudes les plus d^sertes, jusqu'aux extr6mit£s du monde, il ne cesse pas de faire partie do la nation qui lui a donn6 le jour. Une unite materielle ne pourrail 6tre cherch^e que dans le territoire de la nation qui en relic tous les membres, et ou iis se meuvent, pourrait-on dire, comme les molecules du sang dans les arteres. Mais la comparison serait absolument incomplete et inexacte. En eflet le territoire d'une nation peutne pasfetre continu ; on pourrail citer de nombreuses principautcs de TAUemagne du Nord dont le territoire dtait et est encore trfcs morcel6 ; les colonies doutre-mer font sou vent partie d'une mftme organisation sociale avec la m&re-patrie. Enfia, ccqui est plus demonstratif encore, une nation peut se sfparer compl&tement d'un territoire donnd ct perdre toute assiette fixe ; c'est ce qui se produit au moment des migrations des peuples ou des tribus. Nous avons dans cette discussion suivi nos adversaires sur le terrain qui leur est le plus favorable, en parlant des grandes soci6t6s qu'on appelle les nations ; mais I'objection serait encore bien plus forte si Ton veut consid6rer les mille soci<H6s beaucoup plus modestes qui s'enchevfctrent au sein des nations et qui n'ont aucune attache fixe ou mfcmc temporaire a aucune parcellc de territoire, qui mauquent,
1 On pretend, je le sais, que les molecules premieres des corps meme les plus compacts sont extreinement distantes les unes des autres par rapport a leur volume propre. Mais, a supposer que Ton puisse fournir une demonstration mathltnatique de cette amrmalion, ce qui est tres douteux, jamais on n'a pu constater dircctement un pareil fait. 11 restcra done toujours acquis que, dans les limites des observations accessibles a nos instruments les plus perfect ionnes, il y a une dUlerenoc radicale entre les organismes physiologiques et les societes.
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.r o>Ds«>quent, de lout rudiment d'une unite mat&rielle.
II y a une autre difference a signaler entre les organismes
• U-< societes. C'est que, dans les organismes v6g6taux ou
•r..maux, on constate une determination precise des formes,
^ nproduisant identiquementpour tousles organismes d'une
■v me espece et se modi 6 ant (lorsqii'il y a des transforma-
i. ns. e* h qui est frequent) dans un ordre determine et avec
•!>• succession tout k fait constanteetr^guliere. Aucontraire,
*a k)ien les society's n'ont aucune forme precise (on ne peut
-a av*i£iier a celles qui n'ont pas de territoire) ; ou bien elles
•kI d**s formes qui varient a I'infini et qui ne prdsentent
uu*une relation avec la nature spdciale de chaque societd :
ax monarchies auront sur la carte les configurations les
[•la* disparates ; et au contraire Tune d'elles peut ressembler
it aucoup a une democratic D'autrc part, deux socieles de
tui'-me genre, et qui seront par hasard arrivdes a se res-
-<mbler, n auront nullement passe paries mftmesddveloppe-
nii-nls mat£riels. Entin une society £man6e d'une autre, une
« »lonie devenue inddpendante, par exemple, ne pr6sentera
.uiciine analogic qui la rapproche dans sa forme de la society
tn«-re. Les organicistes r^pondent qu'il y a certains organismes
•l»»nt les formes ne sont jamais definies, par exemple les
p-.Ivp^s 1 ; et, si on les pousse un peu, on les force bien vite
d il«»scondre aux Sponges 2 et, plus bas encore, aux amibes ou
aiyviniycMes 3 , sorte de pourriture vivante qui se traine sur