II. — Du raisonnement
1. Le raisonnement consiste à déduire un jugement d'un autre jugement. Je raisonne si j'affirme d'un individu ou d'une espèce un phénomène ou une qualité que je sais appartenir à l'espèce dont cet individu fait partie ou au genre qui contient cette espèce; comme lorsque je dis les hommes paresseux sont vicieux, donc tel paresseux est vicieux, ou les corps sont pesants, donc les gaz sont pesants; ou bien si j'affirme qu'une cause produira dans un cas particulier l'effet que je sais être dans sa nature de produire, comme lorsque je dis le quina coupe la fièvre, donc il coupera la fièvre de telle personne; ou bien encore si, connaissant la similitude de deux phénomènes ou de deux effets entre eux, je compare un troisième phénomène ou un troisième eff'et avec l'un d'eux, et le trouvant semblable ou dissemblable, j'affirme qu'il est aussi semblable ou aussi dissemblable avec le second, comme lorsque je dis puisque toute vertu est louable et que la tempérance est une vertu, la tempérance est louable, etc.
2. Dans tous les cas, le raisonnement renferme trois jugements, savoir celui duquel je déduis, celui que je déduis, et un jugement intermédiaire qu'on se dispense le plus souvent d'exprimer et qui autorise à déduire l'un de l'autre. Dans les exemples ci-dessus, il est facile de mettre en évidence ces trois jugements : le premier raisonnement serait alors sous cette forme précise et rigoureuse : les hommes paresseux sont vicieux, or, un tel est paresseux: donc un tel est vicieux, et ainsi des autres.
3. Le langage étant nécessaire à l'expression du jugement, l'est à plus forte raison à l'expression xiu raisonnement. Dans la suite des raisonnements, on fait souvent