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CHAPITRE DOUZIÈME

DE LA PUISSANCE VITALE.— DE L ACTIVITE SPIRITUELLE . — DE l'activité volontaire et LIBRE. — DÉCRIRE LE PHÉNOMÈNE DE LA VOLONTÉ ET TOUTES SES CIRCONSTANCES.

Le mot activité désigne ou le principe des mouvements du corps et des fonctions des organes, c'est l'activité organique, la puissance vitale ; ou le principe des opérations de l'esprit, c'est l'activité spirituelle (1).

(1) J'admets aujourd'hui, contre une opinion antérieure peu approfondie, que ces deux activités appartiennent également k l'âme. Cette unité est plus satisfaisante que le dualisme , et il est légitime de penser que l'âme ne se connaît elle-même qu'en partie, qu'elle est plus profonde que le moi, et qu'elle peut avoir des facul'és dont l'exercice ne soit pas accompagné de la conscience de leurs actes. Voir sur cette question le traité de l'Animisme, par M. J. Tissot, qui, dans cet ouvrage de savante controverse, s'est proposé d'établir le spiritualisme sur une base nouvelle et plus solide. M. Jeannel, de Montpellier, a combattu aussi le dualisme dans plusieurs mémoires.

L — De la puissance vitale.

1. La puissance vitale est une force unique qui préside à Tensemble de la vie organique. C'est par elle que l'estomac digère, que le cœur donne au sang l'impulsion, que les sucs vitaux circulent et s'absorbent, que l'organisme sans cesse en dissolution se répare sans cesse, que la respiration s'opère, que le cerveau reçoit les impressions et qu'il devient lui-même l'origine de la série inverse et du mouvement musculaire.

2. En outre, et c'est ce qui est le plus remarquable, la puissance vitale, dans chaque espèce vivante et dans chaque individu de l'espèce, a son but assigné et dirige constamment et avec une certitude qui lui est propre toutes les ressources vitales dans le sens de ce but. En cela elle fonctionne comme le ferait un principe qui serait à la fois très intelligent et très puissant, qui connaîtrait parfaitement la fin qu'il faut atteindre, les moyens de l'atteindre, et qui les emploierait avec précision et promptitude. Ce qu'un musicien, longuement exercé, fait à son clavier, en frappant les touches avec justesse et rapidité, la puissance vitale le fait dans l'organisme, mais avec une complication autrement grande, et cependant sans hésitation et sans besoin d'exercices préliminaires ; et elle le fait instinctivement, sans se connaître et sans connaître les fins et les moyens au milieu desquels elle se développe. Dans l'abeille elle résou: rV^ problèmes transcendants de géométrie ; dans le castor elle se joue des difficultés les plus graves de l'architecture ; dans chaque animal elle défie par sa perfection relative l'intelligence et le pouvoir de l'homme. Dans tous et dans l'homme même elle maîtrise et gouverne l'or-

ganisme avec une sûreté et une continuité merveilleuses. L'enfant qui écrit, qui parle, opère avec ses doigts, sa langue, les nerfs et les muscles si nombreux et si délicats qui les mettent en jeu, une combinaison de mouvements plus savante, plus régulière et plus habile que le plus grand mécanicien avec la machine la mieux organisée de création humaine.

3. Mais dans tout cela la puissance vitale est sans conscience de ses actes, ei c'est par ce caractère qu'elle se distingue profondément de l'activité spirituelle et qu'elle lui demeure inférieure en dignité, quoiqu'elle lui soit extrêmement supérieure en efficacité.

4. La sensibilité organique n'est que le côté passif de la puissance vitale : c'est la puissance vitale sollicitée. De plus, c'est la puissance vitale qui tient en quelque sorte le système nerveux en état et rend les impressions plus faciles et mieux transmissibles. Aussi, lorsqu'un dérangement local l'oblige de se porter pour ainsi dire tout entière dans le lieu du péril, d'y concentrer ses forces, le reste de l'organisme perd momentanément de sa susceptibilité, de sa bonne disposition, il s'affaisse et s'engourdit : de là les malaises, les défaillances ; delà aussi le sommeil ou suspension périodique des relations extérieures, nécessaire pour la réparation des forces.

5. On sait combien l'exercice normal de la puissance vitale, ou l'état de santé, influe sur la force, la justesse, l'enchaînement des idées, sur l'énergie de la volonté, etc., et au contraire quelle est l'influence défavorable de l'état de maladie. Platon disait : La santé, c'est l'harmonie des facultés de Vâme.

PB l'activité spirituelle. 151

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