DES PRINCIPES ABSTRAITS
tiennent de très près. Un fils doit respecter son père: absolument parlant, ce n'est pas là un axiome; cependant on ne regarderait pas comme sensé celui qui mettrait cette maxime en doute.
8. On peut même dire que les axiomes seconds sont plus faciles à ériger en maximes simples et populaires que les axiomes premiers dont ils dérivent. Un enfant saisit au premier énoncé que la partie est plus petite que le tout; il lui est moins facile de voir le sens de l'axiome le même égale le même, dit principe d'identité, d'où l'autre dérive. De même, les préceptes de la morale frappent de leur évidence des esprits peu cultivés, à qui les axiomes vraiment premiers paraîtraient peu intelligibles. La paresse est un mal, voilà une sentence plus immédiatement saisissable que celle-ci : le bien d'un être est dans le développement de ses facultés. La première est répétée sans cesse aux enfants et par eux, la seconde n'a sa place que dans les cours de philosophie; et cependant la première tire sa vérité de la seconde.
9. La règle pratique qui sort de ces réflexions, c'est que les axiomes doivent être admis, non sur la démonstration qu'ils sont véritablement tels, mais sur leur évidence.
10. Il faut cependant se tenir en garde contre la facilité à céder à une évidence apparente : ce défaut est celui des esprits irréfléchis ou passionnés. Que de fois nous invoquons de prétendus axiomes ! que de gens on entend s'écrier : Cela est évident, quand la proposition ainsi qualifiée n'est rien moins qu'incontestable !
llî. — Des principes abstraits.
1. Le travail de l'abstraction a pour résultat certaines conceptions qui, sans être étrangères à la réalité, ne la représentent pas, puisque la réalité contient des éléments