L'induction, qui est évidemment l'une des formes de
(1) Voir dans le P. Gratry l'étude approfondie de ce merveilleux procédé de l'esprit humain. {Connaissance de Dieu, Connaissance de Vâme et Logique.)
dOO DES PRINCIPES PAR INDUCTION.
la raison, peut se traduire, quoiqu'imparfaitement, par les axiomes suivants :
Premier axiome : Des lois gouvernent les êtres.
Deuxième axiome : C'est en vertu de ces lois que les êtres sont doués de certains caractères par lesquels ils se ressemblent ou bien ils diffèrent, et forment des classes.
Troisième axiome : C'est aussi en vertu de ces lois agissant ensemble ou séparément que se produisent tous les faits ou phénomènes ; et ainsi les faits ou phénomènes sont les produits, simples ou composés, des lois.
Quatrième axiome : Les lois, celles qui produisent les classes et celles qui engendrent les phénomènes, celles qui gouvernent le monde spirituel et celles qui gouvernent le monde matériel, sont immuables, du moins dans l'ordre actuel de l'univers (1).
3. C'est de ces axiomes, ou plutôt c'est de la conception rationnelle des lois et de leur immutabilité, conception que nulle proposition du langage ne saurait rendre identiquement, que l'esprit tire à l'occasion des individus et des faits, toutes ses notions de classes et de lois.
4. On peut donc dire que les classes et les lois sont conçues par le concours de deux éléments, l'un phénoménal, individuel, contingent, relatif; l'autre rationnel, général, nécessaire, absolu.
5. Il est facile de tirer de la nature même de l'induction les règles de la légitimité de ce procédé.
Première règle. Il y a deux modes d'induction, celui qui conduit aux classes, celui qui conduit aux lois. Le premier se nomme classification, le second plus particulière-
(1) Dieu seul est nécessaire ; l'ordre actuel du monde ne l'est pas, et une bonne philosophie ne saurait admettre le monde ni comme infini, ni comme éternel, ni comme le meilleur possible. (Voir Th. -H. Martin, Examen d'un problème de Théodicée.)
ment induction. (Voir le chapitre spécial de la classification.)
6. Deuxième règle. A l'égard de l'induction proprement dite, il est clair que nulle induction n'est légitime, si dans l'affirmation générale il entre plus qu'il n'était entré dans les affirmations particulières qui lui servent de point de départ. En termes d'école, l'induction dépasse l'observation en extension j mais non en compréhension.
7. Troisième règle. Il est clair encore que l'affirmation générale n'a de valeur que si l'affirmation particulière est légitime ou le résultat d'une observation bien faite. (Voirie chapitre de l'observation et de l'expérimentation.)
8. Quatrième règle. L'affirmation particulière ne donne droit à l'affirmation générale qu'autant qu'elle se rapporte précisément aux caractères communs (spécifiques ou génériques) par lesquels le fait ou l'individu observé appartient à l'espèce ou au genre auxquels on étend l'affirmation. (Appliquer cette règle à quelques inductions de la physique prises pour exemples.)
QUESTIONNAIRE
Des principes.