‹ Cours de philosophie élémentaireChapitre 142 sur 271 · PE LA DIVISION · texte numérisé non relu

PE LA DIVISION

lï. — De la division.

1. Au premier coup d'œil que Ton jette sur les choses que l'on se propose d'étudier dans une science quelconque, on s'aperçoit de leur multiplicité, et, ne pouvant aborder toutes à la fois les questions qui surgissent de toutes parts, on les sépare et on les réserve dans l'ordre que détermine l'esprit général de la méthode. C'est ce procédé qu'on appelle division.

2. Les premières divisions se déterminent naturellement par les traits les plus saillants qui distingueftt les objets de la science. En philosophie, par exemple, nous avons du premier coup d'œil distingué la science du monde spirituel fini, humain, de celle du monde spirituel infini, divin, ou la psychologie de la théodicée. Puis, nous avons distingué dans la première la partie théorique de la partie pratique, ou la psychologie proprement dite de la logique et de la morale; ces deux parties elles-mêmes se séparant naturellement, l'une comme règle de la pensée, l'autre de la conduite, etc. En abordant ensuite les parties ainsi séparées, l'étude même qu'on en fait introduit de nouvelles divisions et subdivisions.

3. On distingue deux sortes de division : 1<» celle qui porte sur un tout réel, tottim, et consiste dans Ténumération ou le dénombrement de ses parties; telle est la division géographique du globe, etc.; 2° celle qui porte sur un tout collectif, omne, et consiste dans une décomposition graduelle des points de vue.

4. Quand les divisions portent sur un grand nombre d'objets, elles prennent, surtout en histoire naturelle, le nom declass'fication. Mais ce dernier mot indique surtout la formation des groupes en allant du bas en haut, et le

mot division le rapport de ces groupes dans le sens descendant.

5. La division est soumise aux trois règles suivantes : 4° les caractères doivent être entièrement distincts ; â'^ les parties ne doivent pas rentrer les unes dans les autres ; 3" la division doit embrasser la totalité de son objet.

1. La première connaissance nécessaire aux développements intellectuels de tous genres, c'est la connaissance d'une langue, et cette connaissance renferme, entre autres, celle du sens des mots de la langue. Examinons comment on détermine le sens des mots.

2. Si les objets désignés par les mots tombent sous l'expérience externe, le sens des mots se détermine à mesure que l'expérience a lieu.

3. Les phénomènes de conscience se dénomment facilement, à la condition de se manifester par quelque effet extérieur: c'est ainsi qu'on apprend aux enfants le sens des mots pitié, colère, sagesse, etc.

4. Les mots qui expriment des rapports, les prépositions, conjonctions, etc., reçoivent leur signification d'une manière analogue.

5. Enfin, comme la raison nous fournit les idées nécessaires à l'occasion de l'expérience, les mots qui expriment ces idées, tels que ceux d'espace, de temps, de cause, etc., reçoivent implicitement leur signification par l'emploi des phrases où ils sont compris et mêlés à des expressions relatives aux objets de l'expérience.

6. Quant aux objets qui échappent à la connaissance directe de celui qui apprend la langue (par exemple les objets matériels qui sont hors du cercle de son expérience), le sens

des mots qui désignent ces objets est déterminé en rattachant, s'il se peut, ces objets à des idées générales formées dans ie cercle de la connaissance directe, avec une désignation accessoire qui les en distingue.

7. Enfin , en apprenant les mots d'une langue à Taide d'une autre langue, le sens se détermine par la traduction.

8. A mesure qu'un mot acquiert par l'un des moyens précédents une signification déterminée, il est défini.

9. D'où les règles suivantes pour la définition des mots (i) : l'' S'il s'agit d'un objet matériel, autant que possible

montrez le ;

'2° Si cela ne se peut, donnez-en l'idée par la comparaison d'objets connus, en signalant les difi'érences;

3" S'il s'agit d'un objet de l'ordre spirituel, autant que possible montrez-le dans ses eff'ets. Pas de vague, pas de mots incompris substitués à des mots incompris (défaut bien commun) ; des faits, les plus simples, et le mot ensuite;

4° Quant aux mots qui expriment des rapports et à ceux qui expriment des idées rationnelles, leur sens s'apprend dans les phrases, par leur emploi simultané avec les autres. Ici les définitions seraient des logomachies.

10. Il est important de remarquer qu'aucun mot de la langue n'est défini d'une manière précise et rigoureuse par l'usage qu'on en fait. Il y a des cas, et ce sont les plus nombreux, où on voit clairement si tel mot doit ou ne doit pas être employé ; mais la limite qui sépare ces cas n'est pas nettement déterminée. Soient par exemple les mots dedans ou dehors. Il n'y a pas d'hésitation possible pour

(1) Les définitions mathématiques sont ordinairement rangées dans les définitions de mots. Nous pensons qu'on ferait mieux de les appeler définitions d'idées ou définitions abstraites. Quoi qu'il en soit, elles résument le travail de l'abstraction et n'ont de sens que pour celui qui a fait effectivement ce travail.

l'emploi de ces deux mots, s'il s'agit de désigner la position d'une personne qui est au milieu d'une chambre et d'une autre qui est à un mètre en avant de l'entrée ; mais que l'une d'elles se dirige vers l'autre en s'arrêtant à chaque pas, il viendra un moment où on ne saurait si l'on doit dire qu'elle est dedans ou dehors. Tous les mots de la langue sans exception donneraient lieu à des difficultés semblables, et la majeure partie des discussions qui s'élèvent entre les hommes n'ont pas d'autre cause.

il. Il s'ensuit qu'il est indispensable de préciser la limite de l'emploi des mots, avant de s'en servir pour la discussion et le raisonnement.

12. C'est par cette précision obligée que les définitions dans les sciences de raisonnement, en mathématiques par exemple, diffèrent essentiellement des définitions purement grammaticales.

13. Dans tous les cas, l'emploi d'un mot est une chose essentiellement de convention. Mais il n'est pas permis de détourner un mot de sa signification convenue, sans avertir de ce changement et de la nouvelle acception qu'on donne au mot.

14. La définition dont nous venons de parler est la définition des mots. La définition des choses est difî'érente, et n'est plus de convention.

15. Autre chose est de connaître les mots de la langue et de savoir les employer, autre chose de connaître scientifiquement les objets désignés par ces mots. L'emploi du mot air n'embarrasse aucun de ceux qui savent le français. Mais il faut avoir quelque notion de chimie pour savoir comment l'air est composé élémentairement et pour pouvoir donner la définition exacte de cette substance, etc.

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