II. — Devoirs envers l'Etat
i. Nous sommes tous nés au sein de la société, par le fait de la société. Demander si nous avons constitué la société dans laquelle nous avons pris naissance, c'est poser une question absurde ; et comme il en est de même de tous les hommes, il s'ensuit immédiatement que la société est aussi peu de création humaine que l'homme lui-même (1).
2. De là cette vérité simple, que chaque homme étant uni étroitement et nécessairement au tout social, a envers ce tout social des devoirs aussi naturels et aussi rigoureux qu'envers lui-même et envers les hommes en général ou sa famille en particulier.
3. Mais où est pour lui ce tout social, cette société? Elle ne se borne évidemment pas à la famille, puisque cette famille est elle-même environnée d'autres familles qui reçoivent d'elle et exercent sur elle une certaine action, soit dans le cercle de la vie physique, soit dans celui de la vie morale. Elle s'étend donc d'abord à cet ensemble de fa-
[\) Nous ne pouvons donner ici les autres arguments de cette vérité. On les trouvera parfaitement développés dans le premier volume de V Unité spiritudle, par M. Blanc Saint-Bonnet*
DEVOIRS ENVERS L ÉTAT. fil 5
milles qui ont : 1** un certain territoire commun, avec des intérêts matériels communs ; 2*» et aussi des idées et des croyances communes. Dans les limites les plus resserrées, cela forme ce qu'on nomme précisément la coînmune. Mm comme les communes elles-mêmes ont aussi entre elles un certain territoire commun ou renfermé dans l'intérieur de certaines grandes limites naturelles, et des idées et croyances communes manifestées par la communauté de la langue, on voit comment de degré en degré on s'élève de la simple commune jusqu'à ce qu'on nomme le pays.
4. Mais le pays n'est pas le territoire. Le territoire commun n'en est que le lieu ; les idées communes, le langage commun, et par dessus tout, ce qu'il importe de signaler d'une manière particulière, une fonction commune réservée aux hommes de ce pays, et que tous ne voient pas clairement, mais à laquelle tous se sentent liés, tout cela forme ce qu'on peut appeler Vâme du pays Or pour nous, hommes, les choses de l'ordre spirituel doivent recevoir une expression visible et corporelle pour entrer dans l'ordre des réalités pratiques. Quel est donc le corps du pays? C'est VÈtaty c'est-à-dire : l°Ies institutions et les lois du pays, lesquelles sont écrites ou peuvent l'être, et s'appliquent aux faits journaliers de la vie, sont par conséquent sous une forme sensible et saisissable; 2" les hommes investis de l'autorité; car il n'y a point de lois possibles sans pouvoir, et point de pouvoir sans hommes qui représentent le pouvoir.
5. Envers les institutions et les lois, le devoir de tous les citoyens, y compris les hommes appelés autorités, et qui par la nature même de leurs fonctions sont les premiers citoyens, c'est-à-dire les plus obligés, ce devoir se résume dans le dévouement. Or chacun doit se dévouer suivant les prescriptions mêmes de la loi et la place qu'il occupe dans l'ensemble. Pour tous indistinctement c'est ia soumission à