I. -- Destinée de l'homme
1. La question de la destinée de l'homme n'est autre que celle du plan de la création en ce qui concerne l'homme. Elle se compose de deux autres questions, celle de la fin présente de l'homme et celle de sa fin à venir. La réponse à la seconde de ces deux questions se déduit de la réponse à la première, et celle-ci se déduit de la nature intrinsèque de l'homme et de ses rapports avec les autres êtres. Aii.si la question de la destinée de l'homme est à proprement parler le résumé et la conclusion naturelle de la psychologie et de la théodicée.
2. Par la psychologie (1) nous connaissons l'homme comme un être doué de volonté, de raison, de sentiment, et doué aussi d'une organisation qui agit sur sa nature spirituelle et en reçoit une action réciproque. Ces quatre choses ont entre elles et avec le reste de la création les rapports suivants.
(1) Nous étudions dans ce paragraphe la nature de l'homme connue philosophiquement et sa fin naturelle; le christianisme lui donne une fin plus complète et supérieure, appelée en théologie sa pn sxmiaturdle, qui n'est autre que la participation k la béatitude divine, acquise aux hommes de bonne volonté, par les mérites infinis du Rédempteur.
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3. La volonté n'est point une indépendance absolue; elle trouve sa loi dans la raison. Elle est stimulée par la sensibilité morale et par les instincts de la vie animale; et réciproquement elle peut agir sur les sentiments et sur les instincts, pour les développer ou les modérer. Elle se sert des organes dans certaines bornes qui constituent sa puissance organique; et par eux, elle agit sur les corps et sur les autres hommes, mais encore dans certaines limites qui constituent son influence et sa puissance extérieure, et qui sont déterminées par les lois de la nature et par la connaissance plus ou moins grande que nous en avons.
4. La raison est la loi de Thomme. Cette loi se présente à lui et attire sa foi , son adhésion ; mais elle ne force en aucune façon sa liberté. Nous sommes tout à la fois libres et raisonnables, de telle sorte que lorsque d'autres motifs ne contrarient point les indications de la raison, nous la suivons spontanément; mais elle se trouve fréquemment en opposition avec les sentiments et avec les instincts, bien qu'elle n'ait nullement pour fin de les détruire, mais au contraire de les régler. C'est par la raison que l'âme de l'homme non seulement s'élève au-dessus de son organisation et de la nature, mais les connaît et peut leur commander. C'est par elle aussi qu'elle connaît son divin auteur, et qu'elle voit en lui son père, son législateur et son juge.
5. Les sentiments sont les tendances primitives de notre nature spirituelle. Essentiellement conformes à la raison dans le fond, ils sont souvent en contradiction avec elle dans les applications; les sentiments peuvent donc être désordonnés; alors ils dominent la volonté et obscurcissent la raison; mais lorsque la volonté, éclairée parla raison, les maîtrise, la subordination convenable règne entre les facultés essentielles; l'âme est ce qu'elle doit être, elle a
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tout à lois la liberté, Vordre et la vie. Mais un tel but ne peut être atteint sans des luttes qui sont souvent pénibles.
6. L'organisation arrive à son rang, comme complément indispensable de la nature humaine ici-bas. Elle n'apparaît point comme la faculté essentielle de l'homme, ni même comme une faculté proprement dite, mais comme un auxiliaire et un serviteur. Ses services sont de deux sortes et se rapportent soit h notre vie animale, soit h notre vie spirituelle; et dans les deux cas, ils sont ou spontanés, ou le résultat des ordres conférés par la volonté. Mais comme ce serviteur est aveugle, il agit aussi aveuglément sur l'âme par les instincts. Se laisser dominer par les instincts, c'est renverser l'ordre des choses et abdiquer la nature spirituelle. Les instincts corporels doivent donc être constamment commandés par la volonté, conformément à la raison.
7. Quant à la matière et h la société qui nous entourent, ce sont des forces qui agissent sur nous soit en concourant avec les développements réguliers de notre nature, soit en les contrariant. Nous sommes des forces placées au milieu d'autres forces; nous devons alternativement nous servir d'elles, lutter contre elles; et c'est encore la raison qui détermine ces rapports divers.
8. Il résulte de là que notre fin dans la vie actuelle, consiste à faire régner la raison, par un choix libre de notre volonté, dans tous nos sentiments et dans toutes nos actions ; c'est-à-dire, puisque la raison est une lumière qui vient de Dieu, à soumettre tout notre être à la loi divine. En deux mots, la destinée de l'homme ici-bas est raisonnable et religieuse.
9. Là est la différence profonde qui sépn' '^ Thomme des autres êtres terrestres. Les lois des autres êtres leur sont