DESTINÉE DE L HOMME
imposées, ils les subissent sans les connaître et sans en connaître l'auteur, ils les exécutent fatalement; les lois de l'homme lui sont proposées; c'est à lui de s'y soumettre et d'obéir volontairement à Dieu; et cette soumission qu'il peut refuser fait son honneur et son mérite (1).
10. La fin présente de l'homme ainsi conçue est absolument inséparable de l'idée de V avenir qui lui est promis comme suite certaine du bon emploi de ses facultés. L'idée de mérite n'est pas plus nécessaire que celle de récompense. La raison divine qui nous fait concevoir h loi morale et religieuse de la vie humaine, nous présente avec la même autorité la fin à venir que nous devons poursuivre de nos désirs, de nos efforts et de nos espérances : le bonheur dans une antre vie par la vertu dans celle-ci.
Réflexions supplémentaires sur la destinée de l'homme.
Ce qui précède est une théorie lirée de la psychologie dans sa plus grande généralité, et abstraction faite de certains faits qui intéressent cependant directement la question actuelle. A prendre les choses du point de vue purement spéculatif où nous venons de nous placer, le monde ne serait pas tel qu'il est. On y verrait la volonté humaine énergique et raisonnable, la loi morale ordinairement réalisée et exceptionnellement violée, et l'homme assez généralement heureux. Or le spectacle de ce monde contredit en grande partie une telle spéculation, parles trois faits généraux appelés la faiblesse humaine, Vignorance humaine et la misère humaine.
Non seulement la volonté humaine n'est pas générale-
(1) On a dit quelquefois que la grandeur de l'homme consiste à pouvoir faire le mal. Cette forme est un peu paradoxale, il faut l'entendre ainsi : la grandeur de l'homme consiste k faire le bien, quoique pouvant faire le mal.
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ment remarquable par son énergie et par une puissante et habituelle conformité à la loi de la conscience; mais elle est, dans un grand nombre d'hommes, paralysée et facilement vaincue par les passions. L'oisiveté serait sans contredit l'état habituel de la plupart des hommes, sans les aiguillons continuels du besoin. Nous ne sortons de notre mollesse native que par l'impérieuse nécessité, ou, chez les peuples civilisés et surtout chez les peuples chrétiens, par l'action soutenue de l'éducation. Encore sait-on bien que les meilleures éducations ne produisent pas toujours des effets durables. En un mot, la virilité, le déploiement énergique de la volonté, et sa domination au dedans de l'homme comme au dehors, ressemblent moins à un gouvernement qu'à une conquête : c'est une domination perdue et recouvrée par des victoires.
La raison est l'attribut par excellence de notre nature ; elle n'est rien moins que le sceau de notre origine divine. Mais ses imperfections sont visibles. Sans parcourir l'histoire, ni les grossières croyances des peuples, ni les aberrations philosophiques, et sans traverser les mers pour compter les trop nombreuses peuplades soumises encore h. d'incurables erreurs, il nous suffit de nous sonder nousmêmes et de regarder aussi un peu autour de nous. Récapitulons les efforts, les douleurs de notre enfance et de notre jeunesse pour arriver à quelques idées justes, avec le secours incessant de l'éducation et de la civilisation au milieu de laquelle nous sommes nés. Sans doute, la science pour avoir du prix doit être soumise à la condition du travail. Mais il semble que cette condition devrait être plus douce. L'attention nous épuise et n'est pas efficace et féconde en proportion de ses peines. De combien s'en faut-il que chaque effort soit fructueux et que notre science soit en raison des travaux qu'elle nous a coûté !