DESTINÉE DE L*HOMME
Si on passe en revue les divers états de civilisation des peuples, les relations mutuelles de ces peuples sur la plus grande partie du globe, et surtout la position individuelle des hommes ici-bas, on voit partout des résultats qui contrarient l'idée théorique et utopique qu'on se fait de l'humanité. Chez l'homme seul il y a désordre et malheur à l'état chronique. La fraternité générale n'est encore, même au sein de notre civilisation européenne, qu'un rêve irréali^ sable, quoique ce soit incontestablement l'idée la plus noble, et en même temps la conséquence la plus simple et la plus évidente de la commune origine des hommes. Chez les peuples les plus éclairés, il y a encore d'indicibles ignorances; chez les plus fortunés, d'incalculables misères. Dans notre France, la première des nations, vous trouvez autour de vous assez de moralité apparente; mais que de corruption réelle ! et combien peu de grandes vertus, pour faire équilibre à l'égoïsme, à la ruse, au mensonge! nous passons pour avoir une large part dans la distribution soit des lumières morales, soit des "ressources matérielles, mais combien il existe parmi nous d'hommes à qui, dès leur enfance, n'ont été accordés qu'avec une extrême parcimonie, et achetés par les larmes et la douleur, le vêtement, le pain et l'enseignement fécondateur des intelligences!
Sans aller plus avant dans cette analyse, il est clair que l'état du monde actuel est bien loin de la conception qui nous est fournie par l'étude de la nature humaine considérée en soi. Les utopies des philosophes, les images sous lesquelles la jeunesse aime à se représenter l'humanité, images dont plus tard elle apprécie à regret l'inexactitude, ce ne sont point là des visions : non, c'est la conception de la nature humaine telle qu'elle aurait dû être, mais, hélas! telle qu'elle n'est point.
Ces considérations peuvent bien faire conclure à la phi-
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losophie, à côté du dogme du bonheur par la vertu, celui de la déchéance primitive et de la réhahilitation, plus coûteuse nécessairement que ne l'eût été le bonheur par la vertu dans un état régulier de notre nature.
Le christianisme alors ne ferait que compléter ces idées et leur donner une sanction admirable, en nous enseignant que Dieu même a entrepris la réhabilitation de l'homme, et qu'après lui chacun de nous est appelé à y coopérer. De là deux buts, l'un individuel, l'autre social : la réhabilitation de chaque individu, qui doit porter ses conséquences audelà de la tombe, et la réhabilitation sociale, qui porte ses conséquences dès ce monde et enfante la civilisation et le véritable progrès introuvables hors des sociétés chrétiennes»
n. — Preuves de l'immortalité de l'âme ^1).
4. Le dogme de l'immortalité de l'âme peut s'établir par des arguments tirés ou de la nature du corps, ou de la nature de l'âme, ou de la nature de Dieu, et qui forment la preuve physique, la preuve métaphysique et la preuve morale.
2. La preuve physique est en partie négative, en partie positive. Sa partie négative consiste à dire que l'âme étant distincte du corps, il est impossible de conclure la cessation de la vie de l'âme de la cessation de la vie du corps; que l'on considère la vie comme une propriété de l'organisation ou plutôt comme une force qui l'anime ; que l'on regarde cette force comme distincte de l'âme (dualisme), ou comme une faculté inconsciente de l'âme (animisme), peu importe. Dans tous les cas, on peut mettre au défi de prouver que
(1) Voir le développement de ces preuves dans le livre de la Vie future de M. Th. -H. Martin, ou dans l'édition abrégée de cet important ouvrage (Paris, librairie Dézobry-Delagrave) .
372 PREUVES DE l'immortalité de l'ame.
l'âme meurt avec le corps. On ne voit même pas que cela soit moins absurde que si, lorsqu'une montre s'arrête, on en concluait que celui qui s'en servait cesse d'exister.
3. La partie positive de la preuve physique se compose de deux arguments : 1° tout ce qui est simple (c'est-à-dire sans parties) est indécomposable : or l'âme est simple, donc elle est indécomposable (à l'opposé du corps, qui est composé de parties et qui se décompose après la mort). 2° Aucun être simple ne cesse d'être. Or l'âme est un être simple, donc l'âme ne cesse point d'être.
4. Ces deux arguments sont imparfaits en ce qu'ils établissent la persistance de la substance de l'âme, mais non celle de la conscience et de la personnalité, sans lesquelles il n'y a pas d'immortalité véritable. Le second argument est imparfait encore en ce qu'il établit seulement (jue l'anéantissement de l'âme est contraire aux lois de la nature physique; mais il reste à établir qu'il est contraire à la nature de l'âme elle-même (preuve métaphysique), et au gouvernement de cet univers (preuve morale).
5. La preuve métaphysique se compose de plusieurs arguments qui peuvent se résumer dans l'argument tiré du désir. Le désir, qui est placé au fond de notre âme comme principe de notre sensibilité morale, n'est rien autre que l'aspiration vers l'infini. Or une telle aspiration serait un contre-sens dans notre nature, une tendance sans but, si l'âme, avec la conscience et la personnalité, était destinée à l'anéantissement. Donc elle ne sera point anéantie, et conservera sa conscience et sa personnalité.
6. La preuve morale se compose de deux arguments tirés, l'un de la sagesse divine, l'autre de la justice divine. L'argument tiré de la sagesse se confond, pour le fond, avec la preuve métaphysique. L'être souverainement sage n*est point trompeur et ne fait rien sans but. Or la créa-
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tion de l'homme avec le désir de l'infini serait une œuvre sans but, et ce désir inné serait une tromperie, si l'homme n'avait d'autre existence que la courte durée de cette vie. Donc l'existence de l'homme se prolonge au-delà de cette vie. 7. Le second argument de la preuve morale, tiré de la justice divine, peut être exprimé ainsi : Quiconque fait le bien mérite une récompense , quiconque fait le mal mérite un châtiment ; cette récompense et ce châtiment ne sont point décernés ici-bas d'une manière régulière et complète: donc il est nécessaire qu'il y ait une autre vie où toute chose se fasse suivant l'ordre réclamé impérieusement par la conscience. Si l'homme cessait d'exister après la mort, sa vie serait un véritable non-sens, le plan de la création serait une œuvre inconséquente, la vertu un dévouement inutile, la conduite de Dieu à l'égard de l'homme vertueux une injustice et un défaut de foi, le vice une infraction sans répression des lois morales, et par rapport à Dieu une insolence impunie; la conscience avec ses promesses et ses menaces, un mensonge. 11 faut choisir entre ces absurdités et la croyance en l'autre vie (1).
(1) Les preuves métaphysiques et la preuve morale, étant déduites de nos facultés essentielles , mais en tant que ces facultés s'élèvent au-dessus des fonctions relatives à la vie animale, Vintelligence au-dessus de la perception par Vidée de i'infini, la sensibilité au-dessus de la sensation par le désir, et VarJivité au-dessus de Yinstinct et de Vintérét par le devoir, qu'y a-t-il d'étonnant à ce que les hommes qui réduisent ces facultés aux proportions étroites de la vie actuelle, perdent de vue la conviction de leur immortalité ?
A la question de l'immortalité de l'âme se rattache celle de l'immortalité des corps ou de la résurrection. Cette question a été traitée philosophiquement par Ch. Bonnet dans sa Palingénésie. L'idée fondamentale de ce philosophe est que le corps actuel n'est que l'enveloppe grossière d'un corps subtil oa machine éthérée située dans le cerveau et placée immédiatement sous la dépendance de l'âme. Cette machine , composée d'une matière ignée, survivrait à la décomposition du corps grossier, et surgissant dans un temps déterminé par des lois inconnues, se dévoilerait par de merveilleuses propriétés.
Destinée de l'homme.
1. Comment se décompose la question de la destinée de l'homme,
et comment se rattache- 1- elle à la psychologie et à la théo dicée?
2. Quels sont, en résumé, les éléments de la nature de l'homme? 1°,
3. Quels sont, en résumé, les rapports de la volonté avec la raison,
la sensibilité et le monde extérieur?
4. Quels sont, en résumé, les rapports de la raison avec la volonté,
la sensibilité et la nature ?
5. Quels sont, en résumé, les rapports de la sensibilité avec la rai-
son et la volonté ?
6. Quels sont, en résumé, les rapports de Vorganisation avec les fa-
cultés de l'âme?
7. Quels sont, en résumé, les rapports du monde extérieur avec nos
facultés?
8. Quelle est donc, en résumé, la fin de l'homme dans la vie actuelle ?
9. En quoi cette fm diffère -t-elle de celle des autres êtres terrestres? 10. Quelle est, par conséquent, notre fin à venir 1
Preuves de l'immortalité de l'âme.
1. Comment se démontre l'immortalité de l'âme? Quelles sont les di-
verses preuves que l'on en donne?
2. En quoi consiste la partie négative de la preuve physique?
3. En quoi consiste la partie positive de la preuve physique? 1" ar-
gument, 2e argument.