DANS LES RECHERCHES PÎHLOSOPHIQUES
mier lieu, ces observations ne furent point faites par esprit de méthode, et avec conscience de la légitimité du procédé; et en second lieu, elles furent souvent dénaturées par les suppositions et les exagérations qui s'y mêlaient. La philosophie parcourut encore ici un cercle de systèmes, quelquefois de divagations, et aboutit à une dissolution semblable à celle qui avait précédé Socrate.
5. Les philosophes d'Alexandrie (2« siècle de l'ère chrétienne) changèrent l'objet de leurs recherches, ils étudièrent Dieu et cherchèrent dans une inspiration soudaine la vérité que les philosophes des siècles précédents avaient cherchée dans Vhypothèse. Mais au fond, cette inspiration que l'esprit exalté s'imagine devoir à la divinité, ne diffère pas de l'hypothèse.
6. Dans cet intervalle avait paru le christianisme, qui n'était point une science humaine, mais un enseignement venu d'en haut, destiné, non à faire naître dans l'intérieur des écoles d'interminables disputes, mais à répandre dans les masses et h travers le monde entier, des doctrines toutes faites, des solutions simples et saisissantes, sublimes et populaires, sur l'origine de l'homme, sur sa destinée, sur ses liens avec Dieu. Le christianisme ne supprima point la philosophie, mais en apaisant sur des points importants le besoin de savoir, il rendit l'esprit humain moins inquiet. Les pères de l'Église donnèrent l'exemple de l'alliance de la raison avec la foi, sans laquelle il n'y a guère en philosophie qu'agitation et stérilité.
7. L'invasion des barbares, les longs bouleversements, la formation des Etats nouveaux, conduisirent l'Europe jusqu'au neuvième siècle, époque qui ouvre le moyen âge et se personnifie dans Charlemagne. La philosophie reprit naissance; pendant plusieurs siècles elle fnt surtout un commentaire souvent plein de génie (témoin saint Thomas