VRAIE MÉTHODE PHILOSOPHIQUE
leurs passions exagérés. Voilà pourquoi le progrès, bon en soi, s'accomplit généralement entre deux excès, qui sont la témérité et la résistance. Le déisme qui anéantit la foi au profit de la raison, fut l'exagération illégitime d'un mouvement légitime.
id. Ce mouvement a produit la science moderne, et s'est personnifié dans plusieurs hommes de génie, dont Bacon et Descartes sont regardés comme les chefs. Bacon appela les savants à l'étude du monde matériel, comme l'avaient fait Thaïes et Pythagore ; mais avec cette différence essentielle, qu'il n'abandonna point les recherches au hasard et au caprice des hypothèses, mais qu'il enseigna à les régler par la nature même des choses. Il posa le principe qu'il n'y a de vraie science que celle qui repose sur Inobservation. Descartes promulgua ce même principe dans les recherches sur le monde spirituel. Depuis deux siècles environ, la méthode d'observation a entièrement pénétré dans les sciences cosmologiques; elle s'introduit de jour en jour dans les sciences noologiques.
ni. — De la vraie méthode philosophique.
Donc trois méthodes :
1. La méthode di hypothèse, qui consiste en définitive à régler la réalité sur la manière dont nous concevons les choses, au lieu de régler nos conceptions sur la réalité. Les créations que produit cette méthode sont souvent grandioses, mais aussi souvent chimériques, et, lors même qu'elles sont vraies, elles sont toujours illégitimes.
2. La méthode de raisonnement et d'autorité, qui consiste en définitive à ne pas chercher les principes du raisonnement, mais à les accepter. Si l'enseignement qui les donne
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vient des hommes, cette méthode est plus ou moins sûre, ou plus ou moins trompeuse ; à certaines conditions qui seront indiquées au chapitre du témoignage des hommes, elle peut conduire à la certitude, mais elle n'est jamais scientifiqîie. Si renseignement vient de Dieu, la méthode d'autorité est évidemment sûre et légitime^ mais elle n'est pas non plus scientifique.
3. La méthode à* observation, qui consiste en définitive à régler nos conceptions sur la réalité, quelles que puissent être nos répugnances à y accéder, ou notre empressement à lui substituer nos propres inventions (i).
4. La méthode d'observation enseignée par Bacon s'entend, dans son sens ordinaire, de la marche ascendante par laquelle l'esprit s'élève des faits aux lois; mais elle peut, dans son sens le plus large, s'entendre également de la marche descendante par laquelle on descend des principes aux conséquences. Les deux marches ne sont bonnes qu'autant que les faits desquels on remonte aux lois sont connus et affirmés tels qu'ils sont, et que les principes desquels on descend aux conséquences ne sont pas arbitraires.
5. Dans les deux cas, observer (observare) c'est garder la vérité, la respecter, ne pas prétendre créer des faits ou des principes suivant sa fantaisie, mais conformer ses pensées aux vrais faits et aux vrais principes. Or, les vrais
(1) Il est utile de remarquer l'identité parfaite qui se trouve entre ce qu'on appelle la méthode d'observation et le principe de la foi catholique : ce principe peut être exprimé exactement dans les termes que nous venons d'employer ici comme définition de la méthode d'observation. Il y a donc la plus complète analogie entre la vraie science et la vraie foi, l'une et l'autre consistant à soumettre son esprit aux vérités établies par le genre de preuves qui leur est propre; et aussi la plus complète analogie entre la fausse science ei Vhérésie, l'une et l'autre consistant à substituer des affirmations arbitraires à des faits et des hypothèses à des principes légitimes.