PRÉFACE. IX
musulman, s'il est un peu croyant) pourrait-il admettre qu'en parlant de l'âme et de Dieu d'après les lumières de la réflexion et de la raison, il lui soit interdit, au nom de la méthode, de dire un seul mot de ce que la tradition religieuse lui fait connaître sur ces mêmes grands objets? Platon, ce modèle immortel du philosophe, Platon, qui n'avait à son service que des débris souvent informes et travestis de la tradition première, mais qui recueillait ces débris avec respect et qui, dans un magnifique pressentiment, appelait un Dieu fait homme au secours de la philosophie impuissante, Platon aurait trouvé cette interdiction odieuse, et le prétexte de la méthode puéril, Oii a-t-on vu, en effet, que les divers ordres de la connaissance doivent mettre le plus grand soin à ne pas se consulter les uns les autres? Où n'a-t-on pas vu le contraire? L'arithmétique n'est-elle pas sans cesse consultée par l'algèbre, la géométrie par la mécanique, la physique par la chimie, l'histoire naturelle par la médecine, la littérature par l'histoire, et toutes les sciences par toutes les sciences? Et la révélation ne devrait jamais 1 être par la philosophie? La révélation, qui a inspiré tant de grands philosophes depuis saint Clément d'Alexandrie jusqu'à Leibniz (1); qui a créé la prédication permanente et populaire des plus subhmes enseignements sur Dieu, sur l'âme et sur l'éternité; qui, ferme et inébranlable au milieu des incertitudes philosophiques, se rattache sans interruption au berceau du monde, et dont les preuves, tenant les unes aux autres mieux que les pierres d'un édifice bien cimenté, sont irréfutables de droit et ont toujours été irréfutées de fait?
(1) Elles sont de Leibniz ces deux belles sentences : « La raison est une révélation naturelle; la révélation est une raison surnaturelle. »