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SENSIBILITÉ PSYCHOLOGIQUE

4. Le caractère de la sensibilité pstjchologiqiie est d'être fatale. On entend par là que le bien-être, le malaise et toutes les manières d'être qui résultent en nous des impressions faites sur nos organes, ne dépendent pas de notre volonté.

5. Mais il faut se garder d'étendre cette dénomination de fatale aux déterminations mêmes de notre volonté qui sont provoquées par nos sensations. Il ne dépend pas du gourmand de ne pas trouver aux mets un goût agréable, mais il dépend de lui de ne pas céder à une tentation séduisante.

6. Il est évident que les états de l'âme qui suivent l'impression organique n'ont avec elle aucune ressemblance, et que ces faits si complètement différents l'un de l'autre ne sont unis si étroitement l'un à l'autre par aucune raison scientifiquement compréhensible; la cause seconde de cette union, si elle existe, nous échappe.

7. Il n'en est pas de même du but de cette union, ou du motif pour lequel Dieu l'a établie. Ce but ou ce motif, qui se rattache au plan général de la création, est saisi par le bon sens et confirmé par la science : c'est la conservation de l'être organisé. Le plaisir et la douleur, a-t-on dit, sont les sentinelles du corps. Les plaisirs des sens sont donc un moyen et non pas un but. Il est utile d'avoir du plaisir à manger, mais il est insensé de manger pour avoir du plaisir.

8. Enfin, il est évident que la sensibilité psychologique est antérieure dans son développement à l'intelligence, à la sensibilité morale et à l'activité réfléchie.

III. — De la faculté d'éprouver des sentiments ou de la sensibilité morale.

1. Les sentiments ressemblent aux sensations en ce que ce sont des états de l'âme qui n'ont pas leur cause dans notre volonté, qu'ils sont souvent agréables ou pénibles, quoique souvent aussi indifférents, et qu'ils sont, avec les sensations, mais mieux qu'elles, les éléments du bonheur et du malheur.

2. Ils en diffèrent par trois caractères essentiels : 1° de n'être rapportés à aucun organe ; la faim se rapporte à l'estomac : les saveurs au palais, etc. ; mais l'amitié, l'enthousiasme, etc., ne se localisent point dans le corps ; 2° d'avoir pour objets ou notre propre fin morale, ou nos semblables, ou Dieu, c'est-à-dire des objets qui ne tombent point sous nos sens ; 3° de supposer ces objets déjà plus ou moins connus; l'amour du bien suppose qu'on a quelque idée du bien, etc. ; les sensations au contraire sont antérieures même aux perceptions, et bien plus encore aux autres connaissances.

3. La sensibilité morale présente trois divisions naturelles d'après ses objets : 1° l'amour de soi ; 2° l'amour de ses semblables; 3" l'amour de Dieu. A l'amour de soi se rapportent l'ambition, l'émulation, etc. A l'amour de ses semblables, la sympathie, l'amitié, etc., et leurs contraires qui ne sont que des négations. A l'amour de Dieu, l'adoration directe et les sentiments qui en sont le cortège ; et, de plus, toute inclination de notre âme vers les choses impersonnelles, exprimées collectivement par les trois mots de vrai, de bien et de beau.

4. Ces trois espèces de sentiments n'agissent pas toujours séparément, le plus souvent même ils sont mêlés, et

les sentiments réels et complexes de la vie ne s'expliquent bien qu'en faisant par l'analyse la part de chacun d'eux.

5. Qu'il y ait notamment de l'amour de soi constamment combiné avec les deux autres amours, c'est ce qui est vrai le plus souvent. L'amour de la mère pour son fils est incontestablement la plus désintéressée des affections de la seconde espèce : or, ne s'y mêle-t-il pas le plaisir de la maternité, le plaisir de commander, Tespérance d'un amour réciproque, quelquefois l'ambition, etc.? Dans l'amour même de Dieu, le plus pur de tous, n'y a-t-il pas aussi, comme accessoire, de l'am.our de soi? Et d'une manière générale, en aimant, quel que soit l'objet de notre amour, ne cherchons-nous pas notre bonheur ?

6. Ce point a été généralement admis, souvent même exagéré. Ce qu'on sait moins et qui mérite bien d'être indiqué, c'est qu'un certain amour de Dieu est aussi inhérent à toutes nos affections légitimes que l'amour de soi à nos affections en général. Car l'amour, quand il n'a pas Dieu directement pour objet, a pour objet le fini ; mais le fini en quoi mérite-t-il d'être aimé, si ce n'est par sa participation avec les attributs de l'être infini ?

7. Aimer le vrai, c'est au fond aimer Dieu ; aimer le bien, c'est au fond aimer Dieu; aimer le beau, c'est au fond aimer Dieu. La science, la vertu, l'art et la poésie qui s'alimentent par ces trois amours, sont, en un sens, trois modes d'adoration. Sans doute, l'homme, par sa faiblesse, oublie souvent que l'infini est le complément absolu du fini, et ne sait pas assez remonter à ces sources sublimes ; mais cette imperfection ne change rien à la réalité, et tout savant, tout homme de bien, tout poëte, chacun à sa manière, poursuit de son amour la réalité surhumaine, éternelle, divine.

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