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La sensibilité morale se développe après l'intelli

(1) Oq dit^ il est vrai, sentir un corps; mais nous avons expliqué que sentir est alors synonyme de percevoir; tandis que dans l'expression aimer son père, aimer est pris en son sens propre. Ce qui a pu faire croire que le sentiment n'a pas d'objet, c'est que son objet est d'abord celui de 1^ connaissance : je connais mon père avant de l'aimer.

gence. Elle suppose des idées; mais il n'est pas nécessaire que ces idées soient fort avancées. Au contraire, et c'est là ce qu'il faut remarquer très particulièrement, les idées qui précèdent les premiers sentiments sont des idées acquises instinctivement, par un développement spontané de notre activité intellectuelle. Mais les idées acquises par une attention volontaire, un travail consenti de l'esprit, ces idées-là à leur tour présupposent des sentiments, n'arriveraient point sans eux, et se proportionnent à leur intensité. Car pourquoi sommes-nous attentifs ? parce que nous désirons connaître. A quoi sommes-nous attentifs ? à l'objet que nous désirons connaître. Et comment sommes-nous attentifs ? en proportion du désir que nous avons de connaître. Ainsi, deux rapports de la sensibilité morale à VintelUgence: i"" elle se manifeste après l'intelligence instinctive ; 2° mais elle se développe avant l'intelligence volontaire.

il. Cela explique bien des choses. Pourquoi réussit-on dans une étude ? parce qu'on s'y applique. Et cela ne veut pas dire seulement parce qu'on y est attentif, mais parce qu'on l'aime. On a vu, on voit assez souvent des intelligences ordinaires, à force de désirs, d'amour du vrai, et d'efforts engendrés par cet amour, s'élever à des hauteurs que d'autres plus distinguées d'abord, mais froides, indifférentes ou perverties, ne savent point atteindre. L'amour seul inspire, les grands esprits sont passionnés, et le génie est fils de V enthousiasme.

18. Nous pouvons aller plus loin dans cette observation, et donner une grande lumière à un point qui est ordinairement assez mal éclairci.

Les réalités auxquelles nous croyons sont au nombre de trois : la matière, notre âme, et Dieu.

Or la raison logique de notre croyance à ces trois réalités est absolument la même. La certitude de l'une est précisé-

ment égale à la certitude des autres, et on ne peut logiquement admettre l'une et rejeter les deux autres sans une contradiction formelle : nous le verrons en son lieu. Et cependant il n'arrive jamais qu'on refuse de croire à Vexistence des corps ; ou si cela est arrivé à quelques philosophes dans une spéculation audacieuse, ils se sont constamment démentis eux-mêmes dans la pratique. Tandis qu'il est commun d'entendre nier ou révoquer en doute la spiritualité de Vâme et Vexistence de Lieu. On peut bien dire qu'à cet égard on se donne aussi à soi-même par les affirmations du langage de perpétuels démentis ; mais, en adoptant même cette contradiction du langage et de la pensée, il n'en est pas moins vrai qu'il est rare de trouver un homme qui nie la matière, tandis qu'il est fréquent de trouver des gens qui nient l'âme et Dieu. A quoi tient-il donc que de trois affirmations parfaitement semblables et égales en valeur, l'une soit toujours admise, les deux autres souvent rejetées? La certitude de la matière est d'une évidence frr^'sistible ; au contraire, on peut résister à l'évidence de l'âme et de Dieu, quoique tout aussi réelle. La raison de cette diff'érence est dans le sentiment, dans le cœur. L'évidence des corps est sans condition. L'évidence des réalités spirituelles est soumise à une condition qui leur est propre : ç^^st que nous aimions les vérités de cet ordre. Les faits le prouvent. Quels sont les déserteurs des croyances nobles? Il suffit d'un peu d'expérience pour répondre à cette question.

19. Et en général les grandes erreurs sur les choses du monde spirituel viennent du défaut de sentiinent, ou du sentiment dépravé. Sans doute, on fait voir aussi que ces erreurs ont une cause logique, systématique ; mais les systèmes et les raisonnements par lesquels on cherche à établir l'erreur, ne viennent que comme auxiliaires. On trouve facilement des preuves, spécieuses du moins, pour ce qu'on

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