IV. — Du principe de la sensibilité
d. L*âme est une force intelligente qui se connaît ellemême, et qui, se connaissant, jouit ou souffre, est dans le bien-être ou le malaise, est heureuse ou malheureuse, en un mot, c'est une force qui se sent. Mais pourquoi cela ? quel est le principe qui, placé en elle, produit le plaisir ou la douleur, la joie ou la peine, le seyitiment?
2. Ce principe, c'est le désir. Comme force, l'âme tend à produire. Comme intelligence, elle tend à savoir. Produire et savoir sont le bien de l'âme, c'est-à-dire sa fin. Or, donnez-lui le pouvoir, la science, mais dans une certaine mesure, elle concevra et désirera quelque chose de plus. Et à ce désir, il n'est pas de limite. Plus il est nourri^ plus il s'étend, et dans tout homme il dépasse toujours et la somme de pouvoir dont cet homme jouit, et la somme de science qu'il possède.
3. Le désir et Varnour de soi sont identiques. Le désir étant sans limite, étant par conséquent le désir de l'infini, est aussi identique à Yamour de Dieu, et en Dieu, du vrai, du bien, du beau, comme aliments éternels de l'âme. Enfin, il est aussi identique à Varnour de nos semblables, précisément parce qu'étant nos semblables, le même désir est déposé en eux, leurs fins sont identiques à la nôtre, et que le désir étant infini, ne peut être satisfait que par la réalisation de la fin universelle de la création.
4. L'âme étant unie à des organes, et servie par des organes, doit se sentir dans ses organes, comme elle se sent dans ses autres facultés. Et de là découle la sensibilité psy-
DU BONHEUR ET DU MALHEUR. yb
chologique, inférieure à la sensibilité morale comme le corps est inférieur à l'âme, mais venant d'une même source.
5. Si l'âme, soit dans ses facultés soit dans ses organes, aspirant au développement de son être, atteint en partie ce développement, alors elle jouit ; si ce développement lui manque ou bien reste disproportionné à ses efforts, alors elle souffre.