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Il est donc vrai rigoureusement que la raison, c'est-à

(i) A proprement parler, la facïlté homaine appelée raùon n'est pas impersonnelle, car alors elle ne serait pas une de nos facultés. Ce qui est impersonnel, c'est la réaliïé absolue, objet de la raison , que, par une métonymie naturelle, on appelle aussi la raison. Enfin, la raison divine, source et modèle de la nôtre, est éminemment, et si on peut le dire, substantiellement la raison impersonnelle. Ceci soit dit pour éviter des malentendus et pour satisfaire à quelques critiques.

dire la vérité absolue, est un rayon de rintelligence divine, la pensée de Dieu illuminant notre pensée. En ce sens, il n'y a pas autant de raisons qu'il y a d'êtres pensants ; il n'y a qu'une seule raison, la raison de Dieu, brillant plus ou moins dans chacun, comme il n'y a qu'un soleil éclairant tous les regards.

4. Malheureusement, aux caractères qui précèdent^ il faut en joindre deux nouveaux qui n'appartiennent pas à la raison même, mais aux circonstances qui entourent son apparition dans notre nature imparfaite.

5. En premier lieu, la raison est limitée. Tout ce qu'elle dit est vrai, éminemment vrai; mais elle ne dit pas tout le vrai. Elle nous fait concevoir plutôt que connaître. Elle nous dit avec une autorité souveraine que tous les changements viennent d'une cause ; mais elle se tait sur la nature des causes. Elle nous élève jusqu'à Dieu, mais elle nous le montre voilé, et nous concevons ses adorables attributs, nous ne pouvons les comprendre. Sur toutes les révélations de la raison se trouvent des nuages, elle ne nous laisse point livrés au doute, mais elle ne nous découvre, pour ainsi dire, la vérité que de loin et d'un seul côté.

6. En second lieu, la raison ou la vérité impersonnelle, se mêle en nous aux éléments personnels. Infaillible en soi, elle donne lieu à des applications faillibles. Sous sa forme générale et axiomatique, elle est vraie de toute sa vérité. Mais dès qu'il s'agit de redescendre de ces hauteurs, d'appliquer la raison à l'expérience et de rentrer dans le domaine des vérités partielles, il nous faut user d'une infinité de précautions contre notre faiblesse, notre précipitation, nos passions. Les longs tâtonnements, les preuves, les contre-épreuves, le contrôle mutuel, de l'expérience humaine, sont le cortège indispensable de toute vérité nouvelle, c'est-à-dire de toute application nouvelle de la raison;

DE U FOI NATURELLE. lÔI

non qu'il ne soit possible enfin d'arriver au vrai, hors de la sphère des axiomes, cette assertion est démentie par nos convictions de tous les instants ; mais nous n'y arrivons plus d'emblée et comme d'inspiration, et le caractère de certitude se fait souvent attendre fort longtemps. Les vérités avec lesquelles nous sommes aujourd'hui le plus familiers, n'ont été dans le principe formées que lentement, progressivement, et souvent après de longues hésitations. 7. Si donc la raison est absolue, et si elle nous ouvre des aperçus précieux sur l'infini, sur Tincréé, néanmoins elle est bornée, et ce n'est qu'en partie qu'elle dissipe l'obscurité de notre ignorance native ; et si elle est de sa nature infaillible, ce n'est qu'à des conditions lentes et pénibles, quoique sûres, que cette infaillibilité peut passer dans les applications.

ni- — De la foi naturelle.

1. L'adhésion profonde, spontanée, que nous donnons aux vérités rationnelles, est ce que l'on appelle la foi naturelle. Nous avons foi en l'évidence, ou, ce qui est la même chose, nous y croyons. Sans la foi, ainsi entendue, il n'y a nul développement de la pensée humaine. Les mathématiques reposent sur la foi aux axiomes; la physique, les autres sciences, sur la fT)i à l'immutabilité des lois qui régissent les êtres; les arts, sur la foi au beau; la vertu, sur la foi au bien.

2. Ce fait de la foi, pris dans toute son étendue et dans toutes ses applications, est-il un fait purement intellectuel? et croire ne diffère-t-il en aucune façon de connaître certainement ? Il est facile de s'apercevoir qu'il y a une différence entre ces deux choses et que la foi est un fait complexe. La foi, c'est la confiance. Croire, c'est se fier (confidere). Et la confiance, ce n'est pas simplement la connaissance de l'être

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OU de la chose en qui nous nous fions, ce n'est pas même la connaissance de ses litres à être cru, c'est aussi un sentiment et aussi souvent un acte réfléchi ou irréfléchi de notre volonté. En effet, la foi, la confiance, peuvent être mal placées, n'être pas motivées, être aveugles et dépourvues de certitude.

3. Nous avons foi 1° en nos facultés, et premièrement en la raison ; nous avons foi 2" dans les autres hommes ; nous avons foi 3° en Dieu et en nos destinées spirituelles.

4. La foi que nous avons en notre raison est spontanée, involontaire, et n'a aucun besoin de preuves : et il le fallait, car si ces preuves étaient nécessaires, qui les donnerait (1)?

5. La foi en nos facultés, en nos jugements ou applications que nous faisons des données de la raison, en nos affections, en notre puissance, a besoin d'être motivée. Mais, ces motifs étant donnés, elle est aussi légitime que la précédente.

6. La foi dans les autres hommes a besoin de même d'être motivée, attendu leur imperfection certaine et leur mauvaise volonté possible. Dans cette sphère, la foi est souvent aveugle. Un enfant croit aveuglément ses parents, un ami son ami, etc. Le secret du» grand général est d'inspirer une foi aveugle à ses soldats; le génie subjugue et impose aussi une foi souvent aveugle ; un chef de parti exerce la même puissance sur ses adeptes, etc. Et il est

(1) Kant a élevé une grande question que beaucoup de philosophes croient insoluble : celle de savoir si la vérité humaine est la vérité réelle. Cette question est très difficile à traiter, mais nous croyons que le bon sens la résout péremptoirement, et regarde comme évident que Yévidence ne réclame aucune démonstration. L'évidence est un postulatum à l'égard du raisonnement; elle n'en est pas un à l'égard d'elle-même. Cela dit, nous laisserons cette questionqui n'est pas élémentaire.

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