DE LA FOI NATURELLE
inutile d'insister pour faire comprendre que cette foi aveugle est souvent nécessaire, afin que Thunianité ne soit pas sans cesse à tâtonner au lieu de marcher, à hésiter quand il faut agir.
7. Enfin, la foi en Dieu, en sa providence, est fondée sur la foi même que nous avons en notre raison : et cependant, par une prérogative singulière, mais dangereuse, nous la donnons librement comme nous donnons notre foi à nos amis. Nous sommes libres de la refuser ; elle ne nous est point arrachée, quoiqu'elle soit évidemment la plus raisonnable de toutes. Dieu sans doute tenait à l'hommage de nos cœurs.
8. La foi en nos destinées morales, étroitement liée à la précédente, nous est aussi abandonnée en partie. Nous ne sommes pas toujours libres de retenir notre admiration pour la vertu, de ne pas confesser implicitement la spiritualité et l'immortalité; mais nous sommes libres de faire ou de ne pas faire des actes de foi explicites à ces diverses vérités.
Il suit de là que la foi naturelle est tantôt involontaire et tantôt libre, et aussi tantôt légitime et tantôt illégitime (1).
(1) Il n'est pas nécessaire d'avertir que la foi dont il s'agit dans ce paragraphe n'est pas la foi dans le sens chrétien du mot. Cette dernière suppose l'autre, et^ comme il a déjà été dit ailleurs, elle y ajoute de nouveaux éléments et de nouveaux objets.
Il aurait été convenable d'ajouter aux caractères de la raison celui d'être soumise à la condition extérieure du langage et de l'éducation, et par suite, dans l'humanité, à la condition de la révélation. Mais cette condition sera traitée dans un autre chapitre.
QUESTIONNAIRE
De la raison.
■ 1. Quelles sont les deux faces de la faculté de connaître?
2. Comment l'expérience et la raison sont-elles inséparables?