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CHAPITRE SEPTIÈME

DE l'observation DE CONSCIENCE ET DES SYSTÈMES PSYCHOLOGIQUES.

1. Les faits que nous pouvons connaître sont de deux sortes : les uns sont nos propres manières d'être, les autres sont les phénomènes extérieurs. Chacune de ces deux espèces de faits tombe sous une espèce d'expérience qui lui est propre; il serait absurde de chercher avec les sens ce qui se passe en moi, comme de chercher avec la conscience ce qui se passe hors de moi.

2. Il est clair aussi que chacune de ces deux espèces d'expérience a la même autorité, et qu'on doit admettre l'une absolument au même titre que l'autre, et ne pas essayer de réduire les sens à la conscience et la conscience aux sens, comme l'ont fait certains philosophes.

3. Il importe donc bien de ne pas perdre de vue que les faits qui nous sont révélés par la conscience sont d'une nature non seulement différente de celle des faits sensibles, mais absolument incompatible avec elle. Les faits sensibles supposent tous l'étendue, l'étendue répugne au contraire aux faits dits de conscience. Si quelques expressions semblent supposer dans les phénomènes internes quelque chose d'analogue à l'étendue, c'est pure métaphore : c'est ainsi qu'on dit, l'étendue d'une idée, le poids d'une opinion, etc., expressions dont chacun comprend très bien qu'elles ne doivent pas être prises à la lettre, sous peine d'absurdité.

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4. Faute d'avoir réfléchi à cette différence essentielle des faits internes et des faits externes, et par rinclination naturelle de l'esprit à désigner les premiers par des images empruntées aux seconds, on a souvent été conduit ou à très mal comprendre les faits internes, ou à les nier. En effet, si on les assimile aux faits externes, on les dénature ; et si alors on vient à s'apercevoir qu'il ne leur. ressemblent en aucune façon, on en conclut qu'ils sont sans réalité.

5. C'est là l'origine de ce scepticisme commun, qui consiste à déclarer que les objets de la réflexion sont de pures chimères, ce qui veut dire en dernière analyse que ces objets ne tombent pas sous les sens; mais ils tombent sous une observation tout aussi réelle que celle des sens; et l'on n'a pas plus le droit de nier les faits de conscience parce qu'ils ne tombent pas sous les sens, que réciproquement de nier les faits sensibles parce qu'ils ne tombent pas sous la conscience.

6. La conscience est spontanée ou réfléchie aussi bien que la raison; à l'état spontané, elle est obscure et complexe; h l'état réfléchi, elle est claire et analytique. Jl s'en suit que dans ce second état, elle n'est point aussi complète que dans le premier. C'est ce qui fait que la réflexion est souvent exclusive, et que, préoccupée du point de vue qu'elle envisage, elle nie les autres. C'est à la conscience spontanée sans cesse interrogée à redresser ces exagérations. La parfaite identité de la réflexion et de la conscience spontanée serait le type d'une psychologie parfaite.

7. Qu'est-ce qu'une erreur en psychologie? Dans le principe, c'est tout simplement la préoccupation exclusive d'un point de vue, d'une classe de phénomènes. De là les divers si/stèmes.

Tous les systèmes psychologiques peuvent être ramenés aux suivants.

ET DES SYSTÈMES PSYCHOLOGIQUES. il3

8. Certains observateurs n'ont pas même pénétré jusqu'à la conscience, et se sont arrêtés aux phénomènes organiques. Ils ont dès lors confondu les sensations et les sentiments de l'âme avec les impressions des nerfs, les actes de l'esprit avec les effets de la puissance vitale, et la pensée avec les instincts. C'est là au fond l'anéantissement absolu de la psychologie, absorbée dans la physiologie, et la négation des fonctions spirituelles assimilées aux fonctions corporelles : c'est le matérialisme.

9. D'autres ont pris dans la conscience la classe des phénomènes qui sont liés le plus immédiatement aux impressions organiques, savoir les sensations; concentrés dans l'observation de cette classe, ils y ont ramené les autres, ont pris les sentiments pour des sensations, les idées et les actes de l'esprit pour des sensations transformées. C'est le sensualisme.

10. D'autres, pour remédier aux lacunes du sensualisme, ont poussé un peu plus loin, et trouvant dans lessentimei't'', une analogie avec les sensations, ils ont étendu le sens du mot sensibilité, et ont essayé de nouveau l'explication complète de la nature humaine à l'aide de ce seul point de vue. Seulement, moins grossiers que les sensualistes, ils ont admis des sens internes destinés à remplir à l'égard des choses morales le rôle que les sens externes remplissent à l'égard des corps. Ce système qui confond la raison avec le sentiment, et la volonté avec Vinclination, n'a pas reçu de nom particulier. Jouffroy nomme sentimentaux ceux qui le professent.

11. D'autres ont reconnu dans les volitior.s de l'esprit un cai'actère particulier qui ne permet pas de les confondre avec les sensations et les sentiments; elles m forment la contre-partie et se rapportent à un principe li])re qui possède en lui-même le pouvoir déterminant. C'était là une

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