II. — De l'odorat et du goût
1. Le cerveau une fois impressionné à la suite de l'émission des molécules odorantes et de l'impression organique, si mon attention est saffisamment excitée et si elle ne se dirige point sur quelque autre objet qui la préoccupe, j'éprouve la sensation, je perçois ou sens l'impression du nez, et je perçois ou j'affirme le phénomène extérieur de l'odeur, cause de l'impression et de la sensation.
2. Ce n'est pas tout. Non seulement je perçois l'odeur hors de moi, mais j'affirme un être en qui cette qualité réside ; l'odeur est différente de l'objet odorant. De même la sensation suppose un être sentant, et la perception suppose un être qui perçoit. Cet être qui sent et qui perçoit, c'est moi. Je distingue cet être de la sensation et de la perception, comme je distingue le corps de son odeur; il y a de part et d'autre distinction de la substance et du phénomène. Ces deux substances sont en même temps distinguées nettement entre elles: l'une est moi et l'autre n'est pas moi. De plus, si, plusieurs fois successivement, j'éprouve la même sensation, je perçois la même impression
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et la même odeur, j'affirme la sensation, l'impression, le phénomène extérieur tantôt comme présents, tantôt comme passés, c'est-à-dire que j'affirme la succession des phénomènes ; avec la succession des phénomènes, j'affirme implicitement la durée des êtres en qui ces phénomènes se succèdent, et par conséquent le temps indéfini qui embrasse les diverses durées. Si enfin je ne sens plus, si je ne perçois plus, je conçois que je pourrais sentir encore, percevoir encore ; je passe du réel au possible.
3. Dans l'exercice du seul sens de l'odorat, je trouve donc tous les éléments suivants : 1° l'émission extérieure ; 2° l'impression du nez, du nerf olfactif et du cerveau ; 3° la sensation ; 4° la perception de l'impression du nez ; 5° la perception de l'odeur ; 6° l'idée de Vobjet odorant, distinct de l'odeur ; 7° l'idée de l'être ou sujet qui sent et perçoit, distinct de la perception et de la sensation ; 8° la distinction de la substance et du phénomène ; 9« la distinction de ce qui est moi et de ce qui n'est pas moi ; 10° l'idée du présent, du passé, du temps ; 11" l'idée du possible.
4. La même analyse est exactement applicable au sens du goût.
Les saveurs et les odeurs sont susceptibles d'une infinité de modifications. On distingue au moins seize saveurs simples, qui, en se combinant deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, produisent une variété infinie de saveurs composées.