‹ Cours de philosophie généraleChapitre 10 sur 21 · DEUXIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SÉANCE

( 8 déccmhn! 1821.)

Ih'poiise à fivis lettres. — Idée géne'rale ilii Système.

Messieurs ,

A l'instant où je me présente devant vous pour la seconde fois, je reçois trois lettres qui se raj>portent sans doute aux pensées fondamentales que j'ai déjà exposées. Les personnes qui, cédant à mon invitation , ont bien voulu entrer ainsi en conférence avec moi , sont vraisemblablement au nombre de mes auditeurs. Je vais lire ce qu'elles m'ont fait l'honneur de m'adresser; je mêlerai à cette lecture les commentaires et les réponses qui me seront inspirées par le désir de les satisfaire ; je ne crains pas d'annoncer que j'ai l'espoir d'y parvenir.

PREMIÈRE LETTRE [anonfme) (*).

« Monsieur,

w Vous posez en tait, si j'ai bien saisi ce point de doctrine, que tous les êtres tendent à disperser leurs parties , plutôt qu'à se maintenir autour d»' leur centre. Sans les résistances qui y mettent obstacle , un grain de sable se gonflerait iude'ûnimcnt pour remplir, à lui seul, l'immense espace dont lo temps est le cadre mobile. La pensée, qui est cependant ce que nous connaissons de plus expansif , ne saurait ici suivre le vol de la matière.

)) Lh où toute idée expire, commence l'infini. Notre entendement ne conçoit que des forces finies ; l'Expansion a donc aussi ses limites. »

Réponse.

Non , Monsieur ; l'Expansion , considérée comme Action, et indépendamment des Etres sur

(*) Je passe le préambule ; et , généralement , je m'abstiendrai ici de transcrire les expressions flatteuses dont j'ai été personnellement l'objet. Toutes les lettres que j'ai reçues, quoique presque toutes sans signature, ont eu le caractère et le ton très bonorables;jene dois fixer que dans ma reconnaissance ce qui est étranger au sujet de mes discussions.

52 COURS I)K l'IlILOSOI'lIIK OÉXÉRALt.

lesquels elle s'exerce, ne peut avoir de limites ; car une Action n'est pas un corps,- et dès l'instant où vous placez des bornes, oîi vous limitez une étendue , vous prenez aussitôt l'idée fixe , positive , d'un corps dont vous dessinez la figure. Cherchez, réfléchissez : vous resterez convaincu que tout ce qui est limité a une forme , et que tout ce qui a une forme est nécessairement matériel, est nécessairement un corps.

L'Expansion s'exerce sans doute sur la Matière ; celle-ci est, comme nous l'avons dit, le sujet de l'Expansion; nous ne saurions même concevoir comment l'Expansion pourrait encore s'exercer, si la matière était anéantie ; il n'en est pas moins de toute certitude que 1 Expansion n'est point un Etre matériel ; elle n'a point de formes, par conséquent point de limites; vous ne sauriez en dessiner l'idée; pour la représenter abstraitement, vous manquez absolument d'expression ; si vous tentez de la décrire , vous êtes obligé de vous borner à faire la description de ses effets.

L'Expansion , avons-nous dit , est un mode d'action, un mode de mouvement. Or, le mouvement lui-même , le mouvement le plus simple , le mouvement de translation, celui qui promène sur une table une boule d ivoire , est-il un Etre matériel? Vous le peignez vous sous une

forme circonscrite? dites- vous : Le Mouvement est un Etre spliérique , ou un Etre prismatique ? Lui donnez-vous, dans votre esprit, ces propriétés si essentielles à la matière , l'étendue , la figure ? Non , sans doute ; vous vous bornez à dire : Cette boule d'ivoire était tout à l'heure immobile; je l'ai frappée, je l'ai mise en mouvement; quel changement matériel s'est-il opéré dans la boule ? Je n'ai pas augmenté sa masse d'un atome de matière, et je n'ai apporté à sa forme sphérique aucune altération.

Or, vous le savez, Monsieur, car votre lettre annonce un hor Tie éclairé, vous savez ce que les Géomètres et les Mécaniciens démontrent : si un corps en mouvement ne rencontrait jamais d'autres corps , soit immobiles, soit moins rapides que lui, si, en un mot, il n'avait jamais à traverser que de l'espace entièrement vide , il conserverait éternellement la totalité de son mouvement.

La Géométrie et la Mécanique se réunissent donc pour attester que , par elle-même , toute Action, toute Force est sans limites, est infinie. Ce caractère doit nécessairement appartenir à l'Expansion. L'infini de l'espace est son territoire, son apanage.

L'Espace lui-même ne saurait être figuré , 1. 3

Page 1