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suscopti})le elle-même de gravitation, parce que chacun de ses globules a encore un volume suffisant pour pouvoir ofl'rir à la lumière simple , ou matière élémentaire , un terme de convergence , par conséquent pour qu'il puisse être pressé sur quelques points de sa surface , plus fortement que sur quelques autres. Mais , lorsque la Lumière est devenue subtile au dernier degré, Bes molécules ne peuvent plus élie saisies plus fortement d'un côté que d'un autre ; par conséquent , elles ne peuvent plus être pressées hors de leur route ; elles ne peuvent plus graviter.
Disons maintenant qu'à l'instant où la Lumière échappe à un astre éclatant , tel que le soleil , chacun de ses globules , encore composés d'un grand nombre d'élémens, est encore sous le travail d'une Expansion ardente ; ses élémens cherehent à se dégager de l'association qui les retient -, la quantité d'action que tous ces élémens emploient pour ressaisir leur liberté , est prise sur la vitesse de translation ; c'est-à-dire que la vitesse du globule , qui est une vitesse d'ensemble, est nécessairement inférieure à celle qui appartiendra à chaque élément , aussitôt qu'il aura brisé ses entraves. N'oublions pas que l'Expansion est , dans la matière , une action con-
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staiitc, essentielle, que tout corps composé porte avec lui le Principe de cette action , et qu'elle ne doit jamais être plus vive, plus efficace, que dans un globule de matière déjà très atténuée , qui vient de s'élaborer dans le sein d'un globe très agité , et qui en a jailli par Expansion.
Et ce globe lui-même , agité par l'Expansion, faisant sans cesse effort pour se dissoudre , exécute un mouvement d'ensemble , un mouvement de rotation , qui est le témoignage de son Expansion générale. Or, le globule qui lui échappe exécute un mouvement bien plus rapide que ce mouvement de rotation. Pourquoi n'en serait-il pas de même de l'élément qui échappe au globule ? celui-ci n'exécute encore qu'un mouvement d'ensemble , puisqu'il est encore dans l'état de composition ; c'est en quelque sorte , un petit soleil , eu égard aux élémens que successivement son Expansion disperse.
Ainsi , à mesure que le globule de lumière traverse l'espace , il continue de se livrer à l'action même qui l'a projeté ; et cette action, qui s'avance vers son terme , augmente sans cesse d'énergie ; le moment arrive où la dispersion est achevée ; chaque élément, réduit alors à la ténuité absolue, est , pour cetle raison , rentré en possession de la vitesse absolue ; vitesse qui n'est
pas infinie sans doute , mais qui , comme la ténuité élémentaire, est indéfinie , c'est-à-dire indéfiniment plus grande que tout ce que nos instrumens peuvent apprécier, tout ce que notre imagination peut concevoir , tout ce que nos calculs peuvent constater.
Généralement , dans l'Univers , nous ne pouvons avoir aucun moyen de saisir les termes primitifs , tels que la ténuité absolue , et le plus grand degré de vitesse. C'est à notre raison seulement à nous montrer qu'il y a nécessairement un dernier degré de vitesse , et un dernier degré de ténuité.
Cette dernière pensée me conduit à discuter une Lettre bien écrite, et forte de réflexion, que j'ai reçue depuis ma dernière séance. En voici l'extrait :
K Un seul Principe vous suffit pour expliquer tous les effets de la Nature, l'Expansion, si je conserve un souvenir fidèle de vos expressions , est une force inhérente à tous les corps , par laquelle ils sont continuelleruent invités à s'élancer dans l'espace, et à se répandre dans l'infini. Mais si les corps possèdent cette vertu, il faut, par une conséquence rigoureuse , que chacune de leurs molécules la possède aussi ,
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et devienne un centre d'Expansion. Alors nous voilà dans l'hypothèse du plein , et sous le poids de la difficulté renfermée dans ce vers de Voltaire :
« Comment, tout étant plein, tout a pu se mouvoir. »
Je répondrai , Monsieur , que si vous pouvez concevoir la matière comme susceptible d'une division interminable à l'aide de cette force même d'Expansion qui ne cesse de la pénéti^er , vous n'en venez pas pour cela à penser qu'en se divisant elle augmente de masse , et occupe en réalité un espace plus grand.
Qu'une sphère de métal d'un pied de diamètre devienne subitement le seul corps existant dans l'Univers , il est indubitable qu'elle éclatera en fragmens , qui chacun éclateront encore ; et les molécules de ces fragmens se diviseront aussitôt en molécules plus petites , qui éprouveront surle-champ une division encore plus avancée, et ainsi de suite , sans terme possible , ni dans l'espace , ni dans le temps.
Mais cette progression sans terme possible , cette division continue de la matière ne sera j amais néanmoins une création de matière ; plus le nombre de molécules augmentera , plus la ténuité de chacune sera augmentée ; l'espace réellement occupé restera constamment le même ; il pourra
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toujours être mathématiquement représenté par un espace sphérique d'un pied de diamètre dont tous les points seraient contigus.
Ainsi, Monsieur, la Force expansive universellement imprimée à la Matière ne pouvait point, non-seulement produire le plem de l'espace , mais diminuer, le plus légèrement possible, le rapport de la matière à l'espace, ou de l'espace occupé à l'espace vide. Ce rapport est un Fait primitif, incontestable et permanent : primitif, car si , à l'origine des choses , la matière eût pleinement rempli l'espace, c'est bien vainement que la Cause suprême l'eût pénétrée d'Expansion ; elle serait demeurée pleinement et éternellement immobile. D'un autre côté, si le rapport de la matière à l'espace n'eût pas été rendu permanent par la Cause même qui l'instituait; s'il se faisait, à diverses époques , soit une création de matière, soit un anéantissement de matière , il n'y aurait rien de stable dans aucun ordre de phénomènes, parce qu'il n'y aurait rien de stable dans l'exercice du Mouvement.
Mais le Créateur ayant fixé la quantité de matière , et selon un rapport tel, que l'espace qu'elle occupe est très inférieur à celui qu'elle n'occupe pas, il en est résulté, pour la matière, une faculté de mouvement et d'atténuation très étendue et ce-
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pendant limitée . Aussitôt que l'espace a été universellement plein de matière en mouvement , le plus haut degré' de vitesse du mouvement de la matière, et le dernier degré de ténuité de l'élément, se sont trouvés irrévocablement fixés.
Répétons maintenant , en résumant l'objet principal de cette séance , que la matière lancée, par les étoiles, réduite par le progrès de l'Expansion à cette ténuité qui ne peut être augmentée , et en possession de toute la vitesse qui peut être acquise, et qui est en rapport avec cette ténuité, est l'agent universel de cette Force compressive , de laquelle résultent tous les effets de pesanteur ou de gravité.
Je substitue , comme vous le voyez , dans l'explication de cet ordre de phénomènes , une Force dimpulsion dont l'instrument est connu , à cette Force d attraction dont l'idée ne reposant sur l'existence d'aucun agent matériel, sur aucun moyen mécanique d'exécution, ne pouvait être qu'une chimère. Et c'est bien ainsi que Newton l'avait considérée ; s oici ce qu'il écrivait au docteur Bentley en 1693 :
(( La supposition d'une graiu'tc' innée , inhé- » rente à la matière, tellement qu'un corps puisse )) agir sur un autre , à distance et au travers du » vide , sans aucun intermède qui propage de
)) l'un à l'autre leur force et leur action récipro- » ques, cette supposition, dis-je, est pour moi » une si grande absurdité que je ne crois pas qu'un » homme qui jouit d'une faculté ordinaire de » méditer sur les objets physiques, puisse jamais » l'admettre. La gravité doit être causée par un )) agent qui opère constamment selon certaines )) lois. » (Bibliothèque Britannique, tome i4- )
Newton chercha cet agent de la gravité : il dit dans son Optique ( préface, édition de 1717) •' f( Pour montrer que je ne prends pas la gravité » pour une propriété essentielle des corps, j'ai )) ajouté une conjecture sur sa cause. »
Mais n'ayant pas été satisfait lui-même de sa conjecture , il se borna à étudier les lois constantes selon lesquelles ï agent qui lui était inconnu opérait la gravité. Ayant besoin ensuite de représenter, par un seul mot, le caractère des relations que l'agent inconnu établissait entre les corps, il imagina le mot attrait ou attraction; mais il ne prétendit en faire qu'une image , une métaphore ; il laissa aux siècles qui devaient le suivre la découverte de la réalité.
Cette réalité , Messieurs , est le Fait universel dont je vous occupe; c'est l'émission stellaire; nos discussions prochaines ne laisseront à cet égard aucun doute , aucune obscurité.
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Je vais terminer cette séance par répondre à une objection très judicieuse qui m'a été présentée verbalement par un de vous , Messieurs , à l'issue de ma séance précédente :
« Si l'état d'Expansion continue est essentiel à » la matière , cette faculté de se mouvoir par » elle-même, cette faculté active n'est-elle pas » incompatible , dans la matière , avec V inertie, » faculté négative que toute la Mécanique dé- » montre , et dont vous avez vous-même posé » ainsi la définition : indifférence au repos et au » mouvement? »
Réponse. Toutes les impulsions accidentelles qui peuvent être données à un corps composé sont de l'un ou de l'autre de ces deux genres : elles le mettent en mouvement de translation , ou bien elles le mettent en mouvement de ivta" tion. Le mouvement de translation sans rotation est imprimé, lorsque l'impulsion a été donnée centralement , de manière à se distribuer, avec uniformité, dans le sein du corps frappé. Il est évident qu'une telle action et l'Expansion intime ne sont nullement incompatibles; celleci ne peut en être gênée; partout où le corps se transporte, il continue d'être sollicité par la force propre qui cherche à le dissoudre ; et cette
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dissolution s'opère, pciidanl qu'il se déplace, avec la même aclivité que s'il était en repos. z\insi, l'Expaiisiori intime d'un corps composé est réellement indifférente , soit au repos, soit au déplacement de l'ensemble de ce corps. D'ailleurs il n'est point de corps dans l'Univers qui ne soit actuellement et constamment en mouvement de translation.
Le mouvement de rotation est imprimé à un corps composé , à un globe , par exemple , lorsque l'impulsion accidentelle est donnée à la fois avec égalité, mais en sens inverse , sur les deux extrémités d'un de ses diamèti^es , et alors il tourne sur lui-même sans se déplacer; ou bien le mouvement de rotation résulte dans ce globe de l'impulsion destinée à le mettre en mouvement de translation , lorsque cette impulsion n'a pas été donnée central ement , c'est-à-dire , dans le sens exact d'un des diamètres du globe ; alors elle s'est distribuée inégalement; une moitié du globe l'a reçue plus vivement que l'autre moitié, ce qui a contraint l'ensemble à tourner sur lui-même pendant qu'il s'avançait dans l'espace.
11 est aisé de voir que dans l'un et l'autre cas , soit que le globe en rotation ne se déplace pas , soit qu'il se déplace , ce mouvement de rotation
n'est rien moins qu'incompatible avec l'Expansion intime, puisque au contraire, ou bien il la favorise, ou bien il s'en montre le résultat. Citons l'expérience.
Les journaux du mois de juillet 1816 ont raconté l'explosion violente d'une grosse meule de grès qu'un homme tournait rapidement dans la cour d'une maison (rue iMontorgueil) , et qui , de l'un de ses»débris, tua un enfant. On remarqua, par la dispersion en tous sens des débris de la meule , qu'ils ne s'étaient point échappés par la tangente du cercle de rotation ; ce qui aurait eu lieu si le mouvement de rotation avait seul produit l'explosion ; la projection des débris s'était faite en rayonnant autour du centre.
Et dans les ateliers voisins d'Aix-la-Chapelle , où l'on s'occupe à former les pointes des aiguilles à coudre , et où , pour cela , on les présente à des meules que l'eau fait mouvoir avec une grande rapidité, on observe souvent des effets semblables , et toujours les explosions sont rayonnantes ; les débris sont lancés dans tous les sens.
Ces faits démontrent que le mouvement de rotation imprimé à un corps composé devient une faveur accidentelle, qui précipite seulement la dissolution à laquelle le corps entier serait
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parvenu , mais plus lentement; ce mouvement de rotation ne fait que presser le (;orps de se dissoudre.
Mais voici un Fait plus universellement obsei'vé , et qui conduit encore plus directement au Principe que nous voulons établir.
Lorsque l'on soumet un métal tel que l'argent à l'opération que l'on appelle Y essai ^ on en place un morceau dans une coupelle; c'est un petit mortier fait en poussière d'os ou d'une autre substance difficile à fondre; on dépose dans la même coupelle un petit culot de plomb. On met la coupelle ainsi garnie dans un feu ardent ; lorsqu'elle s'est pénétrée de chaleur , on la retire avec des pinces ; on voit alors que le plomb est déjà absorbé par la coupelle ; mais l'argent est soumis à un mouvement extraordinaire ; la masse entière est irradiée avec violence dans tous les sens; en même temps elle tourne sur ellemême avec une excessive vitesse ; cette irradiation ou distribution irrégulière de la lumière , et celte rotation , ou distribution irrégulière de l'Expansion, se soutiennent jusqu'au moment de la corruscatioîiy c'est-à-dire jusqu'au moment où la petite masse d'argent jette un éclat extraordinaire et homogène; alors elle tombe subitement dans une parfaite tranquillité ; l'Expansion
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est distribuée uiiiforniëment dans toutes les parties de la petite masse; Ycssai est terminé.
Il est aisé de prévoir combien cette expérience pourra nous guider dans l'explication de la formation des Astres et de leur mouvement de rotation ; en ce moment , bornons-nous à en tirer la conséquence la plus rapprochée ; c'est que l'Expansion , dans un corps composé , bien loin de résister au mouvement de rotation qu'une cause extérieure cherche à lui imprimer, suflit au contraire pour le provoquer, lorsque ce corps est libre et hétérogène.
Ajoutons maintenant que toutes les fois qu'un coi^s composé reçoit une impulsion accidentelle, c'est toujours lExpansion qui est la source immédiate de cette impulsion même : ainsi uu corps en mouvement de chute en frappe un autre ; c'est l'Expansion stellaire qui a mis le premier en mouvement de chute. Une vapeur s'élève , elle frappe les corps qu'elle rencontre ; c'est l'Expansion terrestre qui a mis cette vapeur en mouvement d'ascension. Un homme pousse devant lui un obstacle ; c'est l'Expansion vitale qui donne à l'homme cette faculté dimpulsion.
Or, il faut bien que la Cause essentielle s'effectue; tout corps frappé n'es! autre chose que celui dans le sein duquel s'exécute une partie plus ou
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luoiiis grande de l'Expansion d'un corps, ou de plusieurs autres corps. 'rril)utaire force de cette action étrangère , il n'en conserve pas moins le principe de son action intime ; l'impulsion étrangère fait seulement qu'il change de place ; il va porter et effectuer ailleurs sa propre Expansion.
Je n'ajouterai qu'une réflexion sur ce mouvement de rotation que l'Expansion imprime nécessairement à tout corps isolé et hétérogène.
Vous savez, Messieurs, que la rotation de la Terre est maintenant un fait démontré , et vous n'ignorez pas quels chagrins Galilée eut à souffrir pour avoir trouvé, dans la rectitude de son jugement, les preuves invincibles de cette découverte; elle combattait à la fois des apparences si frappantes et des dogmes si respectés ! Pour oser même discuter silencieusement , et avec soimême , de telles apparences , il fallait cette hardiesse de pensée qui est l'un des caractères du génie.
« Mais, disait Galilée (je reproduis son raisonnement d'après M. Biot), n'est-il pas infiniment plus simple de supposer à notre petit globe un mouvement de rotation déjà indiqué par l'aplatissement de ses pôles, que d'imaginer la masse immense du soleil décrivant chaque jour autour de nous une circonférence dont le contour surpasserait deux cents millions de lieues?
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quelle force énorme ne faudrait-il pas pour le contenir, et balancer sa force centrifuge ? Mais cela n'est rien encore ; il faudrait supposer des mouveniens semblables dans les planètes, dans les comètes , dans les satellites , mouvemens exactement proportionnels à leurs distances , tous parfaitement» d'accord et comme concertés ; ce qui est bien plus , il faudrait les étendre à cette multitude détoiles dont le ciel est parsemé j et tous ces corps , dont la distance est si grande qu'il nous est impossible d'en concevoir l'idée , tourneraient ensemble chaque jour autour d'un point imperceptible avec une régularité inconcevable , et avec une vitesse qui effraie l'imagination! »
De tels argumens sont irrésistibles, et cependant encore ils ne sont, pour ainsi dire, que le commencement de celui que maintenant le Système universel découvre. Nous avons démontré que l'univers est infini , que le nombre d'étoiles, de planètes, de comètes, est nécessairement sans limites. Or, un de ces globes, qui n'est jamais qu'un point , peut tourner sur lui-même au centre de l'infini , mais l'infini ne peut tourner autoiu" d'un point; toute lévolution se fait dans une enceinte ; là où il n'y a point d'enceinte, il y a impossibilité de révolution.
104 CODES DE PIIILOSOI'IIIK (iK.NÉIULE.
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