‹ Cours de philosophie généraleChapitre 17 sur 21 · CINQUIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME SÉANCE

Réponse aujc objections coîitre V eocplication de kl Pesanteur. — Réponse à une Lettre.

Messieurs ,

Nous avons expliqué la Pesanteur ; nous avons fait précéder cette explication de considérations servant à démontrer que la Pesanteur , dans les coi'ps, est l'effet d'une impulsion extérieure , et non une propriété qui leur soit inhérente; car les plus volumineux de tous les corps , les Étoiles , sont sans pesanteur réciproque ; chacune ne pèse que sur les Planètes de son Système ; et les Planètes de chaque Système ne pèsent que vers le Soleil , qui en est le centre ; elles ne pèsent point vers les autres Soleils.

Si la Pesanteur était , dans la matière , un Principe essentiel de mouvement ; si , par exemple , tous les élémens du globe terrestre pesaient essentiellement les uns vers les autres , aucune Force ne pourrait les empêcher d'arriver au but essentiel de cette propriété : limmobi-

i6o COURS DE pirri.osopmE générale.

litc oteniclle, par voie de concrétion , serait le terme général et inévitable; une propriété essentielle ne peut être détournée de son emploi et de son but.

Ce que nous devons trouver dans la nature, c'est une propriété motrice, qui toujours s'exerce , qui soit unique (car deux propriétés motrices, ce seraient deux ressorts ) , qui soit universelle ( car , à cette condition seule , elle peut être unique ) , qui , cependant , au sein de chaque Etre , ou à l'occasion de chaque Etre, se partage en deux exercices opposés l'un à l'autre, l'un de ces exercices produisant , le plus qu'il lui est possible , l'action de chaque Etre ; l'autre exercice produisant , le plus qu'il lui est possible , sa conservation.

Agir et se conserver , tel est , pour un Etre quelconque, l'instinct de l'existence.

D'où il suit, comme vous voyez, que la répression est aussi nécessaire à l'existence que V action.

Mais si la répression n'émanait pas du même Principe que l'action, il y aurait, dans l'Univers, deux Principes , deux ressorts , ce qui est impossible.

Dira-t-on que X action pourrait naitre de la répression , et celle-ci être la Force initiale ?

ORDRE PHYSIQUE. l6l

Une telle pensée ne peut soutenir l'examen. Si tous les Etres ne commençaient par agir, ou du moins par tenter d'agir, sur quoi la répression pourrait-elle être exercée ?

On l'a très bien démontré dans une certaine discussion politique : réprimèrent autre chose que prévenir ; réprimer une action , c'est la supposer antécédente; prévenir une action, c'est Tempécher même de commencer; ce qui, au reste, dans l'ordre social , peut quelquefois être nécessaire. Mais nous sommes encore dans l'ordre physique.

La pesanteui' réciproque de tous les corps est un acte physique qui a pour résultat , leur gêne réciproque , leur répression réciproque; par conséquent, elle doit être postérieure à l'action générale : il y a plus ; elle doit émaner de l'action générale , puisque l'Univers ne peut avoir qu'un ressort, ou Principe d'action.

Ces raisonnemens , Messieurs , sont d'une évidence irrésistible. Ils suffiraient pour nous convaincre que la pesanteur émane directement de l'Expansion , lors même que nous ne pourrions découvrir par quelle voie r£xpansion parvient à la produire.

Mais nous avons découvert par quelle voie l'Expansion pai^vient à produire la pesanteur. Nous avons reconnu , l\ l'aide des Faits, que l'in-

lÔa COURS DE PHlIiOSOl'HIli GÉNKKALE.

iîui de l'espace est 0(x:iipé, et comme coupé, par des corps solides , de forme sphériquc , ne cessant de lancer, par voie de rayonnement, la matière subtile que l'Expansion a élaborée dans leurs parties centrales. Cette matière subtile ne peut s'anéantir -f car rien , dans l'Univers , ne s'anéantit : de plus , elle ne peut s'empêcher de produire le mouvement des corps qu'elle rencontre ; car telle est la Loi imposée à tout corps en mouvement- Or les Faits démontrent que cette matière subtile se croise et se distribue de la manière la plus uniforme dans les intervalles qui séparent les globes entre eux. Il suit de là qu'elle tend à réunir, à grouper, à englober tous les obstacles qui s'opposent à l'uniformité de sa disti'ibution ; quand , de tous ces obstacles , elle a formé un seul corps, un seul globe j, elle continue de le frapper en tous les sens , d'en presser toutes les parties ; c'est ainsi qu'elle les rend toutes pesantes ; et l'on doit voir qu'elle ne peut être pleinement satisfaite que lorsqu'elle a amené, entre toutes ses parties, la plus grande quantité possible de rapprochement, ou même de contact.

Mais comme elle tire sa source et sa puissance de l'Expansion des corps environnans , elle ne peut, nulle part, anéantir sa propre cause. Le

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corps qu'elle presse la repousse par sa propre Expansion ; il se met en Équilibre ; à cette condition seule il conserve l'existence.

Il est essentiel de retenir, lorsque l'on veut se faire une idée précise de la gravitation mu-tuelle de deux corps, de la Lune par exemple vers la Terre , et de la Terre vers la Lune , que lem' tendance à se réunir n'est pas déterminée par une impulsion particulière que ces deux globes reçoivent l'un vers l'autre. En quelque point de l'espace qu'ils se trouvent , la quantité d'impulsion qu'ils reçoivent sur celle de leurs faces qui est pleinement découverte, reste toujours la même. Mais si l'un ou l'autre était seul dans l'espace , toutes ses faces seraient découvertes , par conséquent toutes les impulsions qu'il recevrait se neutraliseraient mutuellement. La présence et le voisinage du second globe ne fait qu'empêcher cette neutralisation mutuelle. De part et d autre , une impulsion qui devait être reçue se trouve empêchée \ de part et d'autre , par conséquent, une impulsion qui était sans effet devient efficace ; c'est celle qui , de part et d'autre , s'applique sur la face pleinement découverte. Ainsi, dans le phénomène de la gravitation mutuelle , c'est réellement une soustraction d'impulsion qui détermine le mouvement.

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Comme il est toujours utile de rendre les Faits j^énéraux sensibles par des expériences familières, qui ne peuvent être elles-mêmes que des Faits généraux , je suppose qu'une boule d'ivoire repose , immobile , au milieu d'une table de billard ; un joueur est placé à chacune des faces de cette table ; ces quatre joueurs , à un signal donné , lancent leurs billes sur la bille centrale. Ils la frappent au même instant , et les quatre coups , exactement de même force , sont exactement dirigés sur deux lignes qui se croisent à angles droits. Qu'arrive-t- il ? la bille centrale se meutelle ? nullement ; elle demeure aussi immobile que si elle n'eût pas été frappée. Mais en serat-il de même si l'un des quatre joueurs se retire ? non ; la bille recevra un coup efficace ; ce sera celui qui lui sera donné par le joueur situé en face de la place vide ; la bille se dirigera vers cette place vide ; les deux coups latéraux resteront étrangers à sa direction et à sa vitesse.

De même, dans l'acte de pesanteur , c'est , en réalité , une soustraction d'impulsion qui , de part et d'autre , détermine la direction ; et comme , de part et d'autre , cette soustraction augmente à mesure que les deux corps se rapprochent ; comme , d'ailleurs , elle augmente en raison de l'augmentation des surfaces apparen-

ORDRE PHYSIQUE. l65

tes , OU , ce qui est la même chose , en raison inverse du carré des distances qui restent à parcourir , l'impulsion efficace , quoique toujours la même , augmente d'énergie selon cette progression.

Telle est l'explication directe du Phénomène de la Pesanteur; j'ai cru devoir la résumera cause de son importance, et parce que, à l'issue de ma dernière séance, une difficulté qui m'a été opposée par l'un des hommes les plus éclairés de l'époque actuelle ('*'), m'a prouvé que je n'avais pas établi cette explication avec précision et clarté.

Je crois avoir mieux réussi à montrer pourquoi l'impulsion stellaire n'est que très légèrement arrêtée par l'interposition des corps solides , ou liquides, qui composent l'enveloppe de la Terre. L'excessive porosité de tous ces corps, à l'égard de la substance élémentaire , a pour témoignage la très faible déviation que l'interposition des plus fortes montagnes occasionne dans la direction verticale du fil à plomb, ainsi que le faible ralentissement des oscillations du pendule , lorsque l'on descend à une très petite profondeur au-dessous de la surface du globe. Mais

(*) M. dp Blninville.

l66 COURS DE PHILOSOPHIE GÉNÉRALK.

les couches de l'enveloppe terrestre, en se redoublant , finissent par arrêter entièrement l'émission stellairc. Alors Pesanteur nulle, Expansion libre, chaleur la plus violente , agitation excessive, ayant pour but, non -seulement la transsudation de la lumière terrestre, ou du caloriqiie , à travers les enveloppes du globe , mais encore l'érosion impétueuse de ces enveloppes en plusieurs points, et la formation des volcans.

C'est là que nous en sommes restés, et je vous ai annoncé. Messieurs, que nous discuterions aujourd'hui les autres objections qui sont appelées par mon explication de la Pesanteur. En voici une qui est très spécieuse.

La Terre tombe sans cesse vers le centre du Soleil; vous savez que cette gravitation constante est prouvée par l'ellipse presque circulaire que la Terre décrit autour de cet astre. Si elle ne gravitait pas dans chaque moment, elle s'éloignerait du soleil en ligne droite, par obéissance à une impulsion tangentielle qu'elle a reçue au premier instant de son existence ; c'est ce que nous expliquerons dans la suite.

Mais comment la Terre peut-elle graviter vers le soleil? Comment l'interposition de cet astre au-devant d'une certaine quantité d'étoiles pourrait-elle rompre , sur notre globe , l'Équilibre de

pi*ession steIlaire?Le Soleil ne lance-t-il pas vers ce même globe une quantité de lumière bien plus grande que celle des étoiles au-devaiit desquelles il est placé ? Ne devrait-il pas , par conséquent , frapper la Terre ayec plus de force que ne poun'aient le faire les rayons stellaires interceptés? Ne devrait-il pas la faire reculer sans cesse , au lieu de la contraindre à graviter ?

Vous voyez , Messieurs , que je n'ai pas affaibli l'argument.

Plusieurs considérations vont s'unir pour composer ma réponse.

En premier lieu , nous avons vu que si la lumière du soleil a beaucoup plus de volume que la matière élémentaire, elle a aussi beaucoup moins de vitesse ; et chaque élément est un corps plein , d'une densité absolue , tandis que le globule de lumière du soleil est un corps en état d'Expansion ardente, par conséquent très dilaté.

En second lieu , le soleil étant un corps sphérique tournant sur lui-même , il n'y a , à chaque instant , qu'un seul de ses points qui soit centralement en face d'un certain point pris sur la terre ; les rayons latéraux qui peuvent tomber sur le même point, n'y arrivent qu'obliquement, et par l'effet de la divergence du faisceau auquel ils viennent d'appartenir. On peut même dire que

l68 COURS DE PHILOSOPHIE GÉNÉRALE.

la piesqiie totalité de la surface de la Terre, pendant toute la durée du jour, n'est éclairée qu'obliquement par le soleil ; cet astre ne frappe perpendiculairement, dans chaque moment, que le point dont il occupe le zénith.

Ce n'est pas ainsi que tombent les rayons stellaires. Supposons que le soleil n'existe plus ; aussitôt, sur chaque point éclairé jusque là par sa lumière , il tombera directement une quantité de rayons stellaires égale à la quantité de points qui composent la surface du disque du soleil. N'oublions pas, Messieurs, que l'univers est infini; que chaque point de cette voûte apparente à laquelle nous donnons le nom de voûte céleste^ est occupé par une étoile , placée plus ou moins profondément dans l'espace ; qu'à l'égard d'un point pris à une grande distance , sur la surface de la terre, par exemple, ces étoiles sont comme serrées les unes contre les autres , sur un même plan , et de la manière la plus intense; que, dans la réalité, n'étant point sur le même plan, mais à de grandes distances les unes des autres , elles se recouvrent mutuellement à l'égard de chaque point de la surface terrestre, de manière à ce que, de la part de chaque étoile, il ne puisse passer, vers chaque point terrestre, que le rayon qui est en face de ce point, qui, par consé-

ORDRE PHYSIQUE. l6g

queiît, est , à l'égard de ce point, un rayon central.

Quel est donc l'effet de l'interposition du soleil à l'égard de chaque point terrestre? C'est d'intercepter l'impulsion qui serait donnée à ce point par une immense quantité de rayons stellaires , partant , chacun , du milieu d'une étoile , animés du plus haut degré de vitesse , formés d'une succession continue d'élémens pleins, dont la densité est absolue, et qui enfin tombent, sur ce point, avec une parfaite convergence.

Que fait le soleil, en remplacement de cette impulsion qu'il arrête? Il lance vers le point terrestre un seul rayon , rarement perpendiculaire , environné de rayons divergens , formé d'une succession continue de globules qui, comparés à l'élément , ont peu de vitesse , et sont très dilatés.

Enfin , et voici sans doute la raison principale : l'Expansion et la Compression étant deux Puis sances toujours opposées, toujours en lutte mutuelle , tout secours donné à l'Expansion d'un globe est un affaiblissement porté à l'action qui le comprime. Or les globules de lumière du soleil qui pénètrent dans le sein des premières couches de la terre, et qui, à cause de leur volume beaucoup plus considérable que celui de

lyo COURS m: philosophie générale.

la matière élémentaire , n'y descendent jamais qu'à une très légère profondeur, ces globules lumineux consomment presque aussitôt l'Expansion qui les sollicite ; ils se brisent dans la substance intime des corps qui les reçoivent; ils s'y résolvent en calorique ; une partie de leurs élémens y reste engagée , et provoque leur dilatation ; une autre partie , plus considérable ce semble , s'échappe dans le sens de l'Expansion terrestre, par conséquent neutralise l'impulsion d'un certain nombre de rayons stellaires , en les choquant directement.

Ainsi , des deux faces de la terre , celle qui est éclairée par le soleil est toujours plus expansive que la face opposée ; celle-ci , par conséquent , est toujours plus énergiquement frappée par la Puissance compressive; ce qui doit porter constamment la Terre vers le centre du soleil.

Il ne faut pas oublier que la lumière du soleil ne donne qu'un secours à l'Expansion terrestre , et à la chaleur qui en est le signe le plus sensible ; ce n'est pas elle qui produit directement cette Expansion et cette chaleur. Ne pensez pas. Messieurs, que si le soleil venait à s'éteindre, la Terre fût aussitôt glacée ; la Terre n'en serait pas moins un foyer d'émission divergente , principalement par son équateur et les régions qui l'avoi-

ORDRE PHYSIQUE. I y I

sinent; et la somme générale de refroidissement éprouvé par sa sm-face ne serait pas bien considérable , quoique, dans son état actuel , la supériorité du jour sur la nuit , et de l'été sur l'hiver, sous le rapport de la chaleur, ne dépende réellement que de la lumière du soleil. Cette supériorité alternative n'est qu'une distribution successive de l'Expansion terrestre ; la surface de chaque région pénétrée de la lumière du soleil, se dilate par l'Expansion de cet auxiliaire ; cette dilatation ouvre les voies à l'Expansion intérieure , la rend plus facile ; et comme elle parcourt successivement tous les points de la surface de la Terre , elle appelle successivement l'écoulement expansif vers tous les points ; c'est une sorte d'exutoire que le soleil applique successivement sur toute la surface du globe , excepté sur ses deux pôles ; cet exutoire , comme ceux dont on fait usage pour l'économie animale, excite et attire vivement l'Expansion intérieure, par cela même qu'il est très expansif.

Mais quel effet l'exutoire le plus expansif, ce que nous nommons le cautère le plus violent , produirait-il sur un Etre sans Expansion , ou du moins d'une Expansion très faible, très languissante? C'est ce que l'expérience des Médecins nous révèle tous les jours, et c'est ce qui, trans-

porté à reconomic universelle , reçoit une application frappante.

La Lune, avons-nous dit, ne jouit que d'une Expansion très faible , parce que ce n'est qu'un globe très petit. Voyez si le soleil lui donne de la chaleur, s'il provoque, à sa surface, le moindre mouvement, s'il l'excite seulement à se donner une atmosphère; et cependant elle reçoit fortement la lumière du soleil , puisqu'elle nous la renvoie avec tant d'éclat. Il est vrai que pendant quatorze jours sur vingt-huit, elle est plus loin du soleil que ne l'est la Terre; mais, pendant les quatorze jours suivans, elle se place, au contraire, entre la Terre et le soleil. Elle n'en est pas moins alors aussi concrète, aussi glacée que nos deux pôles.

Prenons, maintenant, un autre terme de comparaison qui complétera l'évidence. Jupiter est beaucoup plus loin du soleil que ne l'estla Terre; mais il a une masse beaucoup plus étendue ; c'est la plus volumineuse des planètes ; c'est aussi la plus expansive. Elle est presque lumineuse à la manière du soleil ; ces bandes laiteuses qui entourent son équateur, attestent la densité de son calorique. C'est à la surface d'un tel globe que l'exutoire solaire doit agir avec une grande énergie; c'est là que tout se meut et s agite, tandis

qu'à la surface de la Lune, tout demeure immobile.

Messieurs, je viens d'emprunter à Fëconomie animale ce mot ejcutoîte, retraçant une image que tout le monde peut saisir; je vais représenter les secours que la lumière du soleil donne à l'Expansion terrestre par une image qui vous est plus familière encore. Lorsque , pendant l'hiver, vous vous placez devant une cheminée dont le feu est ardent, mais récemment allumé , et n'ayant pas eu encore le temps d'échauffer toute la chambre, vous éprouvez bientôt sur toute la partie postérieure de votre corps, un refroidissement qui n'est pas de simple comparaison ; vous souflVez , en ces parties , d'un froid réel , et plus grand que celui dont elles étaient affectées avant que vous ne vous approchassiez du feu. Cela vient de ce que le calorique émané à grands flots de la cheminée, a brusquement dilaté la surface antérieure de votre corps , et , en y rendant votre Expansion vitale plus facile , l'y a appelée , ce qui n'a pu se faire qu'au détriment de la surface postérieure.

Tel est le résultat de l'action du soleil ; il occasionne, en réalité, le refroidissement de la partie du globe qu'il n'éclaire pas , parce qu'il augmente et facilite la chaleur naturelle de la partie

l'74 COURS DE PHILOSOI'IIIK GKNÉRALK.

qu'il éclaire. Le jour et, la nuit, sur l'ensenihle du glol)c , sont toujours en l)alaiiCL'mc'nl mutuel, en parfaites compensations.

Mais je puis appeler le soleil lui-même en te'moignage de cette faculté que je lui attribue, de refroidir, par compensation, les lieux voisins de ceux qu'il échauffe. Lorsque le temps est serein, quel est , à la surface de la terre , le moment le plus froid de la journée ? c'est celui où le soleil va paraître sur l'horizon. D'où cela vient-il? de ce que déjà il augmente l'Expansion de la partie supérieure de l'atmosphère ; toute l'Expansion atmosphérique tend dès lors à se porter vers la région où elle est rendue plus facile ; les régions inférieures, momentanément abandonnées, sont plus fortement soumises a la puissance de condensation. C'est un effet ressemblant à cette condensation momentanée de la partie postérieure de votre corps, lorsque, dans une chambre non encore échauffée , vous vous placez en face d'un brasier récemment allumé; et de même que votre sensation de froid cesse lorsque toute l'atmosphère de la chambre où vous êtes s'est pénétrée ^ la chaleur du foyer, de même, lorsque le soleil s'est élevé , lorsque ses rayons ont favorisé l'Expansion de toutes les régions de l'air, le froid de la couche inférieure est terminé.

Les rapprocliemens que je viens de faire. Messieurs , m'écartent sans doute de la méthode rigoureuse; j'anticipe sur des explications qui n'auront toute leur force que lorsque j'aurai exposé, à leur place, les Faits qui déjà me les fournissent , et alors ces explications auront toute leur force , paixe qu'elles naîtront dn simple récit des Faits ; mais , en ce moment , il m'est utile de rappeler ces Faits qui , pour ainsi dire , sont de notoriété vulgaire ; ils vous portent à entrevoir d'avance ce que j'espère vous démontrer : que tout s'enchaîne et se ressemble , parce que l'Univers ne peut être qu'un système de Faits dirigés et liés par une seule Cause.

Une nouvelle idée me vient; c'est encoi'e une excursion ; mais vous me la pardonnerez.

Pourquoi la Lune est-elle un globe constamment glacé? Nous l'avons dit; c'est parce que, n'ayant qu'un très petit diamètre , elle a beaucoup de surface relativement à son volume , ce qui donne , à son égard , beaucoup d'énergie à l'impulsion stellaire. Si la Lune reposait immédiatement sur le globe terrestre , elle y formerait une saillie exhaussée , dont la partie supérieure , ayant encore beaucoup de surface relativement à sou vdiuiiie , resterait dans l'état concret ; sa

partie inférieure seule , se confondant avec le globe terrestre, participerait à son Expansion.

Une grande montagne est précisément dans la situation que je viens de .décrire; c'est une saillie du globe , confondant sa base avec l'enveloppe terrestre, mais exposant librement son sommet à toute l'énergie de la compression. Aussi, le sommet des grandes montagnes est toujours glacé ; vainement le soleil les frappe de sa lumière. J'ai gravi le pic de N cou -Vielle dans les Pyrénées ; c'est une montagne de 1 700 toises de hauteur au-dessus du niveau de la mer; on la nomme Néou-yielle , vieille nei^e , parce que l'on trouve toujours de la neige à son sommet; j'y en ai vu des masses énormes, et à toutes les expositions ; elles semblaient aussi dures que le rocher , aussi anciennes que le monde ; cependant, le jour où je m'élevais à cette hauteur dans l'atmosphère , la chaleur de la plaine était étouffante; c'était un 12 juillet; le thermomètre, à Bagnères, se tenait à 22 degrés.

Et les grandes montagAes volcaniques , telles que le Ténériffe , présentent un spectacle encore plus frappant : les vomissemens du cratère se répandent en torrens enflammés sur des couches épaisses de neiges éternelles ; ces torrens sillonnent à peine la surface du lit glacé qui les reçoit.

ORDRE PHYSIQUE. l'J'J

Rapprochement bien digne, Messieurs, d'occuper votre imagination et votre pensée : l'Expansion terrestre et l'Expansion stellaire sont là en présence , chacune dans toute sa force. Des entrailles du globe s'élance avec fureur la matière enflammée ; elle perce le sommet du cône, et là toute sa violence expire , et l'enveloppe du cône reste froide et immobile par la puissance des étoiles; c'est la fable des Titans réalisée ; c'est l'enfer en courroux, enchaîné par le ciel.

Il ne me reste plus à examiner que trois légères objections contre l'explication que je présente du phénomène de la pesanteur.

Première objection.

La pesanteur d'un corps est déterminée par l'excès de la compression qui tend à le porter vers le centre du globe , sur l'expansion qui tend à rélever ; pourquoi donc n'est-elle pas incomparablement plus faible à l'équateur, où tout s'évapore , qu'à la surface des régions polaires , où tout demeure glacé? Il y a une différence sans doute ; mais elle est très légère ; et elle devrait être immense.

Réponse. L'évaporation des liquides, à la sur-

lyS COURS DK pi>ij.o$oi'Hif; c^:néralf;.

facq lie l'équatcur; esi irès rapidii , ln\s abondante; cl elle est presque nulle à la surface deb régions polaires ; mais les corps solides ne s'élèvent pas ; ils sont retenus par une pesanteur presque égale à celle qu'ils auraient si on les transportait à I4 surface des régions polaires ; et une ma^se de liquide même pèse, à 1 equateur comme aux pôles, en raison à peu près de son volume; enfermée liermétiquement dans un vase , elle ne diminuerait que faiblement de pesa»iteur, en parcourant successivement les degrés d'un même méridien.

Ce ne sont que les molécules arrachées du sein du liquide par l'impétuosité du calorique ascendant , qui s'évaporent ; en sorte que c'est , en réalité, le calorique qui braye, en ces molécules, l'action de la pesanteur ; le même effet a lieu dans nos climats , et à la surface des régions polaires, lorsque l'on ei^pose un liquide à l'action d'un feu ardent.

Ainsi , pour mesurer la quantité d'action que la pesanteur exécute à la surface de chaque point du globe , il faut uniquement s'adresser aux corps solides , et apprécier comparativement la vitesse de leur chute. Le pendule e§t un instrument très favorable à ce genre d'appréciation ; on voit , en effet , que ses oscillations s'accélèrient , qup par

conséquent il tombe plus vite, à mesure que l'on s'avance de Tequateur vers chaque pôle.

Mais d'où peut procéder cette augmentation de pesanteur? Uniquement de la forme du globe teiTestre. Si ce globe était exactement sphérique, la pesanteur serait absolument la même sur chaque point de sa surface; mais il est renflé à son équateur, et ce renflement est progressif depuis chaque pôle. Une telle condition doit produire sur le pendule un effet semblable à celui des hauteurs parsemées sur la surface du globe, avec la différence que sa cause se trouve progressivement étendue sur un espace beaucoup plus considérable , ce qui rend l'augmentation d'effet beaucoup moins rapide. Une lieue en hauteur perpendiculaire , con^espond , sous ce rapport , à un grand nombre de lieues dans le sens horizontal.

Les géomètres observateurs ont trouvé, diaprés la comparaison des oscillations du même pendule porté successivement sur tous les points d'un même méridien , que la pesanteur diminuait de chaque pôle à l'équateur, proportionnellement au carré de l'augmentation de la pei'pendicukire à l'axe de rotation ; or c'est précisément ainsi qu'est établi le renflement du globe; ce qui démontre mathématiquement? que la diminution

l8o COURS T)F. PHILOSOPHIE GÉNÉRALE.

progressive de pcs.intonrrsl immédiatement causée par ce renflenieiil. La rotation du glohe , ou ce que l'on a appelé la force centrifuge , n'est pour rien dans le pliénomène ; car la rotation du globe n'est qu'un effet général de son expansion générale , effet qui , par conséquent , se distribue, dans chaque corps , en raison de sa densité ; mais la rotation est la cause .du renflement; ce qui fait que la diminution de pesanteur lui est également proportionnelle .

Seconde objection.

Puisque la matière élémentaire, qui n'est autre chose que la lumière au dernier degré d'atténuation , se porte constamment vers chaque point de la Terre avec une si grande abondance , et une parfaite convergence , pourquoi ne pouvons-nous ni la voir ni la sentir, tandis que nous voyons et que nous sentons la lumière du soleil ?

Ici encore, je suis obligé d'anticiper sur des explications futures , et de vous dire que nous ne voyons la lumière du soleil qu'à l'aide de l'Expansion même qu'elle porte dans notre organe; cela est si vrai, que nous cessons de la voir aussitôt que notre organe lui-même cesse d'être expansif; or les molécules de matière élémen-

ORDRE PHYSIQUE. nS î

taire n'ont plusd'Expansiou à communiquer, parce qu'elles n'en ont plus à éprouver ; leur incidence convergente n'a plus , au contraire , pour objet que de réprimer ou ralentir la dissolution des corps vivement expansifs.

C'est pour la même raison , mais plus générale encore, que nous ne pouvons sentir, par aucun de nos organes , l'action de la matière élémentaire; la raison seule peut nous en révéler l'existence : sentir, de la part d'un de nos organes quelconque , est une opération qui exige , pour condition nécessaire , l'expansibilité actuelle , et de notre organe, et du sujet de notre sensation ; c'est ce que j'exposerai avec détails , et, j ose le dire , avec évidence ; j'ajouterai ici , et encore par anticipation , que , de notre part , sentir^ même dans les cas les plus simples, c'est faire en nous-mêmes un acte de comparaison ; c'est ce qui fait que nous ne pouvons connaître , nonseulement ce qui n'a jamais d'action sur nous, mais encore ce qui exerce sur nous une action continue et toujours égale à elle-même; nous manquons alors de termes de comparaison. Si nous savons que l'air existe, c'est parce que, dans certains momens , nous sommes exposés an passage d'une quantité d'air plus grande que la quantité ordinaire. Cette action des vents avait révélé

lS2 COURS DE I'lIIIX)SOPHIE GÉNÉRALE.

à l'homme l'existence de l'air, avant même qii'il n'inventât une maclilne qui parvient à le soustraire d'un certain espace.

Mais l'action exercée sur nous par l'impulsion de la matière élémentaire, a été constante depuis le premier instant de notre existence; et la force de cette action a été, par elle-même ^ invariable; ce qui a seulement varié en nous, c'est la force et l'abondance des mobiles expansifs que nous avons opposés à la compression extérieure : aussi, nous ne cessons de J^e/ii/r notre Expansion, qui n'est autre chose que notre vie ; nous en apprécions tous les accroissemens , toutes les dégradations , toutes les vicissitudes ; mais la Puissance extérieure nous enferme toujours dans son action permanente; nous lui sommes trop constamment et trop universellement soumis pour qu'il nous soit possible de l'apercevoir.

Dernière objection.

D'après les définitions mêmes que nous avons données des fonctions et des mouvemens de la matière élémentaire , on peut encore opposer cfue chaque point , dans l'espace , semble devoir être le centre d'une sphère dont les rayoiis sont en nombre presque infini. Quelle confusion! que

OftDHÈ PHtSiQtJE. T(S5

de chocs doivent se faire ! comment le vide de l'espace n'est-il pas obstrué par la matière élémentaire? Comment cette substance peut -elle se rendre vers les corps sur lesquels elle doit agir ?

Une expérience ti'ès simple rendra ma réponse facile. Si vous percez une carte avec une épingle, et si vous regardez un paysage par cette petite ouverture , vous verrez nettement le paysage en entier. D'apfès les lois de l'Optic^ue , cela prouve que chaque point du paysage adresse lin rayon de lumière à la petite ouverture ; en sorte qùè des rayons , eu nombre immense , entrent par cet étroit passage ^ et se croisent mutuellement , presque sans se déranger.

Ce mouvement de la lumière du soleil nous présente une image du mouvement de la matière élémentaire à chaque point de l'espace ; et nous ne saurions oublier que la lumière du soleil a beaucoup moins de ténuité et beaucoup moins de vitesse que la matière élémentaire.

Cependant , on a sans doute raison de le penser ; il se fait , dans l'espace , un grand nombre de chocs entre les molécules de la matière élémentaire ; mais , sans cloute aussi , l'excessive ténuité de cette substance fait qu'elle se meut danfe l'espace avec beaucoup de liberté; c'est ce

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qui passe directement ; e'est du moins la portion de cette substance (|ui aboutit , avec un mouvement plus ou moins fort , sur les glol)es , qui produit à leur surface les effets de compression. Que deviennent les elémens qui se choquent ? ils perdent, en totalité ou en partie, leur première direction ; l'instant d'après, ils sont rencontres par d'autres élèmens qui leur impriment une direction nouvelle ; un élément ainsi détourné va peut-être éprouver encore un grand nombre de déviations, avant de rencontrer un corps composé ; que de combats ! que de résistances ! cela doit-il entraîner l'iiTégularité d'effets et le désordre ? non sans doute ; l'univers est infini ; chaque globe y est habituellement en équilibre entre sa propre Expansion et l'Expansion de tous les globes qui l'environnent. Cela prouve, comme nous l'avons dit, que dans l'espace vide en apparence , dans ces immenses intervalles qui séparent les globes , la matière élémentaire est partout en mouvement et en disposition uniforme ; s'il n'en était point ainsi , rien n'existerait dans l'espace que le désordre et le chaos; non-seulement la Terre , par exemple , ne conserverait point, deux instans de suite, le même mode d'existence, mais un fait très remarquable et rigoureusement constaté , la périodicité

parfaite de ses deux mouvemens , serait impossible. Ne craignons pas de le répéter : pour que cette périodicité du mouvement diurne et du mouvement annuel soit d'une exactitude absolue, il est nécessaire que, dans tous les points de son immense courbe autour du soleil , la Terre ne rencontre jamais que la même quantité de matière élémentaire ; pour peu qu'il y eût inégalité dans la distribution de la substance au sein de laquelle elle est constamment noyée , son mouvement sur elle-même et son mouvement de translation seraient nécessairement altérés.

Généralement, tous les globes, le Soleil et les Étoiles comme les Planètes, sont habituellement fixés dans l'enceinte de leurs mouvemens périodiques. Ainsi, dans tous les points de l'espace , tout se passe habituellement de même ; toutes les irrégularités sont habituellemeîit semblables , en même nombre ; il n'y a donc point d'irrégularités.

Mais qu'il me soit permis d'insister de nouveau sur une vérité majeure ; un tel état de fixité n'est qu habituel , du moins pour nous dont la durée est si passagère ; il n'est point éternel. A l'aide du temps et de l'espace, qui, l'un et l'autre, appartiennent à l'univers, tout change et se renouvelle ; en divers points plus ou moins

l86 COURS DE PHItOSOPmË GÉNÉRALE.

éloignés les uns des autres , et à des intcrVilUes de temps plus ou moins prolongés , des globes éclatent , d'autres se forment ; des irruptions soudaines jettent des masses plus ou moins fortes dans le voisinage de certains globes dont tous les mouvemens sont alors troublés. De telles perturbations ne portent à l'ensemble aucin» désordre ; car , provoquées par une action antérieure dont elles sont le balancement , elles sont balaftcées , à leur tour , par la réaction méhie (Qu'elles provoquent. Ce n'est que le changement de formes qiii suit son cours.

Je termine ici l'otamen du phénomène de la Pesanteut', et de sa cause immédiate ; j'occuperai le reste de cette séance en répondant à une Lettre que l'un de vous , Messieurs , tii'a fait ré-*cemment l'honneur de m'écrire.

En voici l'extrait :

u L'iijpoihèsc du mouvement résuliani de

deux forces égales et opposées, me paraît difilcile à concilier avec les lois de la Statique j îe défaut de simultanéité dans le commencement de leur action peut produire à la vérité des oscillations plus on Ttfôins longues, mais ne change rien- aux lois' de l'Équilibre.

» C'est ce que l'on observe dans une balance sensible chargée de poids égaux ; en rompant l'Equilibre par une force cxte'rieure, on pourra la faire osciller plus ou moins long-iemps, mais elle finira par se fixer.

» Deux forces égales et oppose'es produisent dont, malgré toutes les perturbations, l'Equilibre de repos, et non l'Equilibre du mouvement ; je clierclie vainement, dans les phénomènes qui se passent sous nos yeux , un résultat contraire. Veuillez bien dissiper mes doutes , en en citant quelques-uns. »

Réponse.

Cette Lettre me met dans robligatioii de revenir sur mie question fondamentale que je ne dois pas avoir posée assez clairement. J'ai dit :

L'Equilibre de repos est essentiellement le but vers lequel l'Expansion universelle ne cesse de tendre ; mais elle ne peut y parvenir , parce que le trouble qu'elle a éprouvé à l'origine des choses , est devenu une action permanente , éternelle, universelle , qui ne peut jamais cesser de s'effectuer; l'Expansion réagit universellement el sans cesse contre ce trouble éternel et universel ; mais elle ne peut réagir qu'au degré du besoin que le trouble même lui imprime ; c'est ce qui établit dans l'Univers cette liOi si authentiqucment proclamée par Descartes , Newton et tous

l88 COUKS DK THILOSOPHIK CKNKRALK.

les philosophes : il s'exeeute toujours dans l'univers deux sommes égales de mouvement, l'une (ïactio?f , l'autre de réactioji.

Mais il ne faut point chercher les témoignages de cette loi dans chaque point de l'espace , ni dans chaque moment de la durée d'un Etre quelconque. Lorsque l'égalité absolue entre l'action cxpansive et la réaction compressive existe dans le sein d'un Etre, elle n'y est que fugitive, transitoire , elle n'a que la durée d'un instant, parce qu'elle résulte du croisement des deux Forces marchant en sens inverse. Avant ce croisement précis , tout corps d'une nature quelconque est , ou bien sous la prépondérance de l'Expansion , ou bien sous la prépondérance de la Compression.

Ainsi, la pierre qui s'élève est, tant qu'elle s'élève, sous la prépondérance de l'Expansion, prépondérance graduellement décroissante ; son mouvement ascendant se termine aussitôt que la prépondérance expansive est entièrement épuisée par la résistance soutenue de la réaction compressive ; à ce terme , les deux forces sont rigoureusement égales , mais l'égalité ne dure qu'un instant mathématique ; la prépondérance passe aussitôt du côté de la réaction compressive, et cette prépondérance augmente progressivement de manière à former une branche descen-

dante égale , par toutes ses conditions , à la branche ascendante qu'elle a remplacée.

Une balance en repos ne figure nullement le balancement mutuel de l'action expansive et de la réaction compressive ; une balance en repos n'est autre chose qu'un corps solide continu , dont les deux moitiés sont de masse égale , en sorte que leur obéissance à la force compressive , ou leur pesanteur , est la même ; c'est un seul corps qui tombe parallèlement à lui-même , et avec égalité.

On pourrait construire une balance expansive qui aurait les mêmes caractères , mais en sens inverse. On pourrait unir , par un conduit flexible , deux ballons d'une capacité égale, et que l'on remplirait du même gaz. Si l'atmosphère était paisible , ce ballon à deux bassins s'élèverait parallèlement à lui-même , en sorte que ses deux moitiés seraient toujours de niveau, et leur lien commun se tiendrait toujours dans la situation horizontale. Pendant tout le temps que cette balance monterait , elle attesterait l'égalité de distribution de la force expansive ; lorsque les gaz auraient consommé leur expansion , la balance redescendrait parallèlement à elle-même ; ce serait alors une balance ordinaire , indiquant l'égalité de pesanteur ou de compression.

1C)0 COURS I)F. PHILOSOPIIIR GlïNKRALE.

HopivMioris la ])alancc ovdinaire , la l)ala)ice à «Iciix ])assuis. Cette pesanteur uniformément répandue dans tout le corps de l'appareil n'empêclie pas que la matière dont il est formé ne soit en Expansion tacite. Si un liquide, tel que l'eau, repose en masse égale, dans chacun des deux bassins, l'évaporation de ce liquide se fera d'une manière insensible ; si elle est égale des deux côtés , la balance continuera de rester en repos ; si l'évaporation est inégale , si , par exemple , on a placé sous l'un des bassins , un réchaud de charbons ardens , l'évaporation du liquide en sera plus rapide ; la masse , de ce côté de la balance, diminuera plus promptement que celle de l'autre côté ; celui-ci , bientôt , aura plus de poids; il fera pencher la balance.

H n'en serait pas de même si les deux bassins étant en métal , et d'une masse forte, persistante, n'étant d'ailleurs chargés d'aucun liquide, d'aucun corps étranger , vous placez sous l'un des bassins , le même réchaud de charbons ardens. L'Expansion du calorique émané du réchaud dilatera sans doute la substance de ce bassin ; maiis si elle ne l'amène pas à l'état de fusion , elle ne le- rendra pas plus léger , parce qu'elle lui laissera toute sa quantité de matière. Cette permanence de pesanteur explique celle de la pesanteur

ORt)BE PHYSIQUE. ^9^

(les corps solides déposés à la surface de l'équateur. Généralement , un corps restant dans le même lieu, ne peut y devenir moins pesant qu (SU perdant une certaine quantité d© matière .

Cependant si chaque bassin de la balance était d'une feuille très légère de métal , celui qui serait exposé à rémanation d'un calorique très a])ondant pourrait s'élever un moment , le calorique faisant alors, sur lui , l'office de moteur ; un léger coup de vent produirait le même effet ; mais , ni dans l'un ni dans l'autre cas , l'effet ne serait durable, et on ne devrait jamais le considérer que comme un accident.

Rétablissons maintenant l'égalité des deux bassins ; les voilà à la même température , et en plein repos. Frappez d'un coup vertical l'un des bassins; ce coup vertical est un secours donné à l'impulsion stellaire ; le bassin frappé doit tomber , et soulever l'autre bassin ; mais votre action n'a été que d'un moment ; elle a ressemblé à votre action sur une pierre que vous lancez ; cette action n'est également que d'un moment ; les effets doivent être les mêmes. En frappant l'un fies bassins, en le contraignant à s'abaisser, vous i^ve^B soulevé le bassin opposé ; celui-ci a dû monter d'un mouvement uniformément retardé ; il a cessé de monter lorsque toute votre

ig2 COURS DE PHILOSOPHIE GÉNÉRALE.

percussion a été consumée par l'impulsion stellaire ; à ce terme , l'impulsion stellaire a agi seule, elle a fait retomber le bassin soulevé; et le bassin que vous aviez abaissé n'a point résisté à ce retour , parce que votre percussion était épuisée. Le bassin que vous avez soulevé a donc suivi la loi de tous les corps graves , il est retombé d'un mouvement accéléré. Parvenu à la ligne horizontale , a-t-il pu y demeurer ? non sans doute , car il s'est trouvé chargé nonseulement de son poids naturel , mais encore de l'accélération acquise ; et quelle a été la mesure de cette acquisition de vitesse ? votre percussion antérieure ; car le degré de force avec lequel vous avez frappé est ce qui a déterminé le degré de hauteur auquel est parvenu le bassin que votre percussion a soulevé.

Or il faut que toute action s'exécute ; la vitesse acquise s'est exécutée ; le bassin précédemment soulevé est tombé au-dessous du niveau , et le degré de son abaissement a été nécessairement égal au degré de soulèvement antérieur. C'est maintenant le bassin que vous aviez frappé qui a été soulevé , mais d'un mouvement uniformément retardé ; il s'est arrêté , lorsque la vitesse acquise par le bassin en chute a été consumée ; une nouvelle oscillation a commencé ; elle s'est

ORDRE ptïvsiq[:e. iq5

également composée de deux mouvcmens égaux vt correspondans. A cette seconde oscillation ont succédé une troisième, une quatrième, une cinquième , et ainsi de suite ; oscillations toutes égales , par conséquent sans terme , comme les oscillations du pendule. Et en effet , les oscillations d'une balance , accidentellement écartée de la ligne de niveau , ont exactement la même cause que les oscillations d'un pendule accidentellement écarté de la ligne verticale ; les unes et les autres seraient éternelles sans la résistance de l'air et celle du point d'appui. Faites osciller une balance dans le vide , et affaiblissez le plus qu'il vous sera possible , le frottement du point d'appui , vous verrez les oscillations se maintenir beaucoup plus long-temps.

Cette discussion éclaire , comme vous voyez , le point fondamental de la Théorie universelle. Toute action est par elle-même éternelle, c'està-dire que , par elle-même , elle ne saurait se terminer; la percussion que vous avez imprimée à l'un des bassins d'une balance ne se termine pas ; seulement elle passe à l'air qui touche toute la surface de cette balance , et au point d'appui qui la suspend. De proche en proche , votre action se propage, s'étend , parcourt indéfiniment l'espace , au sein duquel toujours elle se con- 1. i3

If)4 COLHS UK PHILOSOPHIE GÉNÉRALE.

serve. Sur sa loulc , en loul sens, elle balancera , au clef»rë de sa force, les diverses actions ([u'elle rencontrera; elle Jie produira plus l'oscillation de la balance , précisément parce qu'elle sera entrée dans l'oscillation universelle.

Mais votre action même , celle que vous avez exécutée lorsque vous avez frappé l'un des bassins de la balance , d'où l'avez-vous tirée ? De votre Expansion personnelle; dans l'état de sommeil , dans l'état de paralysie , vous n'auriez point donné cette percussion.

N'entrons pas encore dans la définition de vohe Expansion vitale ; nous dirons avec détails comment elle s'exerce , comment elle s'alimente. En ce moment, bornons-nous à rappeler, comme axiome fondamental , cette pensée de l'illustre Descartes; il ne s'exécute jamais, dans l'univers, que la même somme de mouvement; ajoutons : l'Expansion est le mode universel et unique de ce mouvement ; l'Expansion agit en tout sens , et réagit en tout sens ; elle a par conséquent deux directions opposées qui , constamment et universellement , se croisent avec égalité de puissance , qui cependant ne se neutralisent pas , qui , au contraire , s'emploient mutuellement à se conserver, parce que l'une est initiale, l'autre succède et provoque le retour de la première, qui pro-

ORDRE PHYSIQUE. Iq5

voque la seconde à son tour , et ainsi de suite , sans terme possible, ni dans le temps, ni dans l'espace.

Pour concevoir ce premier et universel mystère , représentez-vous foute la matière ne formant que des balances en repos. La Puissance suprême a frappé, au même instant, un des bassins de chacune ; par cet acte dans l'infini , Elle a établi un nombre infini de bassins en mouvement de chute ; ce qui , simultanément , a établi un même nombre de bassins en mouvement d'ascension.

Et comme toutes les balances étaient contiguës , comme de plus elles étaient inégales de grandeur , comme enfin chacune a reçu un degré particulier d'impulsion accessoire , l'échange universel et éternel s'est constitué par voie de balancement invariable.

N'est-ce pas ici , pour l'esprit de l homme , l'occasion la plus vaste et la plus frappante de s'écrier : mystère incompréhensible , et cependant démontré !

Une percussion instantanée dans l'infini î et pourquoi , avant que cette percussion fut donnée, ces temps éternels d'un repos uniforme ? Je l'ignore , ni aucun de vous. Messieurs, ni aucun homme ne pourra jamais répondre. Nous

H)() TOURS m-. PUIT.OSOPIUF, T, KNKTl AT.F .

dirons sculcnienf : lo Inil cssonlicl dti mouvement, loi qu'il est constilné , c'est-à-dire par expansion uniforme , esl le repos universel. Puisque ce but n'est jamais atteint , c'est qu'il a été primitivement et définitivement cmpêclié. Or, quelle peut être la nature de la Puissance plus forte que la Matière, plus forte que le Mouvement ?

On trouve dans les traditions anciennes, l'idée de l'état naturel de la matière , et de l'acte par lequel la Cause suprême mit fin à cet état. L'Écriture dit : V Esprit de Dieu reposait sur les eaux. Cette liquidité d'une plaine paisible et infinie est l'image ébauchée du repos universel.

Et puisque nous sommes dans ces questions confuses, immenses, inaccessibles, demandonsnous de nouveau qui a fixé le rapport de l'espace occupé à l'espace vide , ou de la matière à l'espace , et à quelle époque ce rapport a été fixé. Sans doute , si la matière eût égalé la capacité de l'espace , si elle l'eût entièrement rempli , le mouvement fût demeuré à jamais impossible ; mais nous concevons comme non impossible, cette abondance pleine et univerj'^elle de la matière; il nous sufïit, pour cela, d'ajouter, par notre pensée , à celle qui existe y.

ORDRE PHYSIQUE. IQy

cl dajoiiter encore jusqu'à ce que chaque point de l'espace soit occupé. Pourquoi ce qui pourrait être n'est-il pas?

Et pourquoi , au contraire, la quantité générale de matière n'a-t-elle pas été moindre que celle qui existe ? Si nous anéantissons par t^ pensée la moitié de la matière dont l'Univers se compose , le mouvement général devient deux fois plus rapide , la ténuité de l'élément deux fois plus grande, tous les effets ont deux fois moins de durée ; une autre Liarmonie s'établit , moins parfaite sans doute : l'Homme , ce résultat adjiiilable d'un mouvement moyen , n'est plus qu'un Etre deux fois plus mobile.

Et si , dans un sens opposé , nous doublons la quantité générale de matière , si , par la pensée , nous en plaçons , au sein de l'espace , deux fois plus que , dans l'état actuel , l'espace n'en contient , aussitôt le mouvement général , perdani la moitié de sa liberté , perd la moitié de sa vitesse , l'élément primitif conserve une masse deu^c fois plus grande, tous les effets éprouvent deux fois plus de difficulté; c'est encore une harmonie, mais formée de rapports deux fois moins nondireux ; l'Etre , i)lacé au sommet de la gradation, ne possède plus que des facultés deux fois moins étendues dans leur emploi, deux

ig8 COURS DF, PHILOSOPHIE OKNÉRALE.

fois plus lentes dans lenr exercice. Dans les deux cas , dans la mol)ilité donblcc , comme dans la gravité doublée, ce n'est plus réellement l'Homme qui existe; l'Univers ne possède plus un Etre doué d'une intelligence forte , d'une imagination soutenue, d'un sentiment créateur. Le chefd'œtivre de la nature n'a plus que la pesanteur du quadrupède le plus morne, ou l'agitation insignifiante de l'oiseau le plus vif.

Mais cette absence de l'Homme , dans l'Univers , n'était pas , par elle-même , une chose impossible. Quelle est donc la Puissance généreuse qui a voulu que l'Univers fût constitué de manière à avoir pour résultat supérieur, un Etre si éminent ? quelle Sagesse , forte de choix et de prévoyance, a établi les seuls rapports qui pussent conduire l'existence universelle au but le plus élevé ? quel Etre sublime et bienfaisant a organisé l'Univers de manière à ce que l'Homme fût produit ?

Ici , Messieurs , tout ce que peut faire notre âme accablée , mais reconnaissante, c'est de'bénir et admirer.

Messieurs, vous voyez où je me suis laissé conduire par l'enchaînement des hautes pensées; je viens de dessiner, à vos yeux, le cou-

OKDRK PHYSIQIIK. ! C)f)

ronnemeiit de l'Edifice que je cherche à élever. L'Homme, fruit de l'Univers! l'Homme, doué, au degré le plus éminent , de sensibilité et d'intelligence, produit universel de tous les mouvemens , de tous les rapports ! l'Homme , complément de l'harmonie universelle , mais seulement lorsqu'il s'élève jusqu'à cet honneur par la noblesse de ses sentimens et la beauté de sa conduite : voilà ce que nous apprendrons en étudiant gi^aduellement les Faits, et en découvrant les liens qui les unissent ; tel est le but de cette construction philosophique , à laquelle j'ai consacré trente ans d'eiTorts, préparés, aidés par les travaux de tous les peuples , et le concours de tous les siècles.

Tous les Faits constatés, je les ai saisis; toutes les pensées généreuses, je les ai admises; dans tout ce qui a satisfait le cœur ou la raison d<î l'homme, j'ai vu un élément de Vérité.

Voici donc, Messieurs, le grand objet qui nous rassemble : c'est de réunir en faisceau tons les sentimens humains, aussi bien que toutes les connaissances humaines , c'est de metti'e de l'ordre dans un immense héritage; à ce titre seul , nous aurons mérité de le recueillir.

200 ;:()uus i)K i'iiJi.o.s(;i'iUK GEMiiui.i:.

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