‹ Cours de philosophie généraleChapitre 18 sur 21 · SIXIÈME SÉANCE · texte numérisé non relu

SIXIÈME SÉANCE

Exorde occasionné par un AiLicUi du Joiunal de Paris. — Nature de la Matière; identité universelle de ï Élément.

Messieurs,

J'ai pris récemment connaissance d'un Article du Journal de Paris, Article où je suis traité avec, la plus honorable bienveillance, qui, pour cette raison, m'autorise à quelques citations, et ensuite à quelques réflexions.

(f Pourrais - je , dit l'Auteur de cet article (M. Fabien Pillet), me flatter de classer et de coordonner toutes les parties d'un Système qui ne tend à rien moins qu'à détruire l'Edifice bâti par Newton , d'un Système qui explique la Pesanteur par l'influence d'une Force stellaire, toujours agissante dans l'espace , et le mouvement général des choses par une Force d'Expansion qui, existant dans tous les corps , ne cesserait jamais de se développer à l'extérieur, si la Force stellaire, ou tout autre obstacle, ne lui opposait pas

ORDRE l'HYSlQUK. 2() I

une force de réaction plus ou moins capable de la comprimer ?

» Je suis étonné , ajoute Fauteur , d'avoir trouvé toutes ces choses fort claires pendant la démonstration que j'ai entendue, et de ne plus me représenter les circonstances de ces phénomènes avec la même précision au moment où j'essaie d'en rendre compte. »

Et moi, au contraire, je suis étonné et flatté de trouver, non une précision rigoureuse dans un exposé si succinct de mon idée principale , mais une approximation tellement avancée cju'elle ne me présente qu'un mot à modifier.

Ce mot est celui de tout autre obstacle , s'unissant à la Force stellaire pour arrétei' l'exercice indéfini de la Force d'expansion.

Il n'y a , dans l'Univers , d'autre obstacle à l'exercice indéfini de l'Expansion que l'Expansion elle - même ; la Force stellaire n'est pas aulie chose , puisqu'elle dérive de l'Expansion des étoiles; et l'Expansion stellaire est le seul obstacle à l'Expansion terrestre , car il est indul)itable que si toutes les étoiles de l'Univers étaient anéanties, si la Terre restait seule au sein de l'espace, elle s'eftbrcerait aussitôt de le remplir; par conséquent, elle se dissoudrait avec une rapidilu effroyable.

Taiulls que si , par une supposition contraire, toutes les étoiles continuant d'exister, et d'être sans cesse en Expansion , la Terre seule perdait sa propriété expansive , à l'instant toutes ses parties seraient pressées vers le centre avec tant de continuité et d'énergie , que tout le globe tomberait aussitôt dans l'état le plus absolu de densité , d'immobilité , et de concrétion : plus d'atmosphère , plus de liquides , plus de vapeurs , plus de végétaux , plus d'animaux , plus d'hommes ; de la glace , universellement de la matière glacée , et au centre comme à la surface , et à l'équateur comme aux deux pôles ; il n'y aurait plus d'ailleurs ni équateur ni pôles , car la Terre cesserait de tourner sur elle-même ; le mouvement de rotation est, dans chaque globe, le premier effet général de l'Expansion.

Il me semble , Messieurs , qu'en faisant ainsi une abstraction alternative de l'Expansion stellaire et de l'Expansion terrestre , en vous indiquant successivement ce qui arriverait si l'Expansion était anéantie , d'abord dans les étoiles , en continuant d'appartenir à la Terre , ensuite dans la Terre , en continuant d'appartenir aux étoiles , je vous indique avec simplicité, avec clarté, ce qui résulte de la eonnexité de l'Expansion dans sous les globes de l'Univers ; chacun est contrôlé

cl réprime par tous les autres , ce qui ne peut ^avoir lieu qu'autant que chaque globe est au centre de l'Univers, est environné de l'infini.

Messieurs , un homme qui est parmi vous en ce moment , un homme d'un savoir éminenl , surtout en Botanique, dont il s'est spécialement occupé (*), me disait hier : Cette idée de l'infini, que vous démontrez , accable ma pensée , la pulvérise, et cependant l'éclairé.

Ce mot est d'une vérité pittoresque; tout s'éclaircit aussitôt que l'on admet cette idée de l'infini, devant laquelle cependant notre âme s'anéantit; mais refuser de l'admettre est aussi impossible que de la comprendie. Si vous recevez mon Système de l'Expansion , elle est évidente , car il est l'igoureusement nécessaire que chaque Etre soit au centre de l'Univers, pour. qu'il se conserve deux instans de suite; chacun de nous a le droit dédire : J'existe : donc l'Univers est infini.

Si vou^ persistez dans le Système de l'attraction , l'évidence de 1 infini n'est pas moins pleine et entière. En effet, si l'Univers est fini , s'il a un centre , et si tous les corps s'attirent , tous doivent se presser vers le centre de cet Univers fini, de ce petit Univers, et ne s'arrêter, dans le u«;

(*) M. Turpin, auteur de V Iconographie végétale.

gravitation mutuelle , que lorqu'ils auront formé un globe bien arrondi , bien immobile , absolument concret ; puisque cela n'arrive pas , puisque les distances respectives des étoiles restent les mêmes , c'est que chacune est attirée par la même masse environnante ; chacune est au centre de l'infini.

Pourquoi , me direz-vous alors , ne pas nous laisser l'attraction , puisqu'elle démontre l'infini dô l'Univers aussi bien que l'Expansion ?

Pourquoi, Messieurs?

Parce que, dans l'Univers, il j a encore autre chose que l'infini a démontrer.

Supposez que l'attraction existe, et que l'Univers soit infini , une seule chose de l'ordre actuel est conservée , c'est la distance respective des étoiles entre elles ; mais chaque étoile , ou soleil , devient un corps concret et immobile, ne tournant point sur lui-même , ne faisant jamais, hors de lui-même, la plus légère émission de substance ; ainsi, dans l'Univers, plus de chaleur; la vie est terminée; plus de lumière; tous les flambeaux sont éteints.

A quoi d'ailleurs pourraient-ils servir? Il ne peut plus même exister une Planète; la force d'attraction s'exerçant seule , l'impulsion tangentiejle n'ayant pu même jamais avoir lieu ,

toute planète, tout corps secondaire , si son existence était possible, tomberait directement vers son étoile, au lieu de tourner en ellipse autour d'elle ; je le répète , si l'attraction existait , tout rUnivers se réduirait à l'existence de globes en nombre infini, se faisant mutuellement équilibre de pesanteur, mais glacés, obscurs, et inutiles.

iVinsi, nulle part, dans aucun coin de l'espace , n aurait pu être formée cette Terre que nous habitons; nulle part, dans aucun point de l'espace, n'aurait pu exister un globe , centre de chaleur et de dilatation, un globe montrant à sa surface, et une atmosphère qui s'agite , et des eaux li^ quides , et des vapeurs qui montent , et des végétaux qui se développent , et des animaux qui croissent, se meuvent, se multiplient, et l'homme, foyer si admirable de mouvement et d'action.

Oui , Messieurs , voilà ce que non-seulement l'attraction ne pourrait produire ou entretenir, mais voilà ce que, par essence même, elle serait obligée d'empêcher ; en sorte qu'il suflirait à l'Univers d'être frappé d'attraction , pour être frappé d'une stérilité éternelle.

Aussi , l'un des hommes les plus judicieux qui aient honoré la France, l'illustre Fontenelle disait avec sa malice de bonhomme : Tous les songes finissent; le temps viendra où l'on sera bien

étonné, et même un peu honteux, d'avoir cru à l'Attraction.

Je me hâte , Messieurs , de vous rappeler ce que je vous ai déjà dit, dans une autre séance, au sujet du fondateur apparent de ce dogme scientifique. Newton lui-même, ce génie immense, donnait, sans ménagement , le titre d'absurde à l'idée de la Pesanteur, considérée comme propriété essentielle de la matière ; il distinguait soigneusement la Gravitation , Fait général et incontestable , de la cause chargée de la produire ; cette cause lui était inconnue ; il la cherchait , il lie la trouvait pas ; il se bornait alors à désigner le phénomène par la métaphore qui lui paraissait la plus propre à le représenter. Il disait : Si les corps étaient doués d'un attrait mutuel , d'un attrait soutenu , d'un attrait semblable à celui de deux amans, d'un attrait qui augmente de vivacité à mesure qu'il s'effectue , si tous les corps avaient, les uns pour les autres , ce genre de sympathie , ils le manifesteraient par des mouvemens exactement ressemblans à ceux qu'ils exécutent lorsqu'ils tombent les uns vers les autres. Ainsi , pour éviter les périphrases , mettons provisoirement une image vulgaire à la place d'une réalité qui nous est inconnue ; disons : les corps se rendent les uns

vers les autres, comme s'ils s'attiraient , comme s ils s'aimaient.

Ce n'est donc point , Messieurs , l'admirable édifice construit par Newton que nous songeons à détruire , ce n'est point sa gloire que nous voulons affaiblir ; une telle tentative serait autre chose encore qu'un acte d'impiété , ce serait un acte de démence. Dire que la Loi découverte par Newton sur le mode général de Gravitation mutuelle est une erreur , ce serait aussi insensé cp.ie de nier l'une ou l'autre de ces deux propositions : un et un font deux , ou bien : les ti'ois angles d'un triangle sont égaux à deux angles droits. La certitude que la Gravitation mutuelle s'exécute en raison inverse du carré des distances, est égale à celle de ces deux propositions ; et elle leur sera éternellement égale ; car les Vérités mathématiques sont toutes égales , et toutes éternelles.

Mais raconter mathématiquement un Fait , ce n'est pas encore l'expliquer; nous prenons les choses oii Newton les a laissées ; ce grand homme a fait une admirable narration mathématique ; il nous a légué le soin de l'explication.

Messieurs, deux fois par semaine vous entendez ici une narration mathématique pleine de clarté et de précision. Votre Professeur d'Astro-

■.).0(S COURS DE l'lIIT,O.S0PnrE GIÎNKRATF.

iiomio , ot votre Professeur do Physique parrou- ['cnt (Ml propriétaires les domaines de ces deux sciences ; tout ce qu'ils vous racontent est d une vérité absolue ; ils sont sur le terrain de Newton; mais, comme lui, lorsqu'ils se laissent entraîner à en dépasser les limites, lorsqu'ils passent du récit des Faits à l'indication de leur cause , ils emploient , comme Newton , le mot désigné par les apparences ; ils sont trop judicieux pour faire de ce mot l'enseigne d'une réalité.

Il est , au reste , bien naturel que des apparences soutenues , universelles , parviennent à établir dans notre esprit des habitudes opiniâti^es. Ne disons-nous pas habituellement : le soleil se lève , le soleil se couche ? nous savons cependant, et avec certitude, que le soleil reste immobile dans ses rapports avec la Terre, que c'est chaque point de la surface de la Terre qui se présente successivement à la lumière du soleil.

Mais c'est le raisonnement qui nous donne cette certitude, tandis que notre habitude procède du témoignage de nos yeux ; or , nous faisons plus fréquemment usage de nos yeux que de notre raison.

De même , notre raison nous dit que tout corps qui se déplace est poussé par un moteur

qui s'applique sur sa face postérieure ; c'est ce que nous voyons invariablement dans tout déplacement horizontal : il ne peut en être autrement du mouvement vertical ; mais tandis que nous voyons souvent le moteur du mouvement horizontal, le joueur , par exemple, qui, sur un tapis de billard , frappe la bille , nous ne voyons jamais le moteur du mouvement vertical exécuté par tout corps qui tombe ; le témoignage constant de nos yeux , quoique , dans ce cas , ce ne soit qu'un témoignage négatif, nous conduit à l'habitude de penser que les corps qui tombent, tombent d'eux-mêmes, sans intei-vention d'un moteur, sans impulsion.

Et comme nous avons observé , en voyant tomber les corps , que la vitesse de leur mouvement vertical s'accroit à mesure qu'il s'exécute, tandis que le mouvement qui résulte d'une impulsion horizontale n'augmente pas, comme une telle accélération de vitesse ressemble très bien à l'effet d'une sympathie, d'un attrait moral , d'une attraction , nous acceptons ce mot attraction par irréflexion, par habitude; nous finissons par le confondi'e, dans notre pensée, avec le Fait réel , avec la Pesanteur , avec la Gravitation.

Mais réfléchissons. Est-ce bien l'attraction par 1. i4

2IO COURS DE PniLOSOPIIIK GENKRALE.

exemple , qui , eoiiformémeiit à ce phénomène si bien décrit liier par votre professeur de Physique , courbe sans cesse autour du centre de la terre la surface des eaux tranquilles? Si c'est leur attraction pour la terre , qui les attache à sa surface, pourquoi, au même instant, travaillentelles à s'évaporer, c'est-à-dire à fuir sa surface? Quoi ! le même corps , identiquement le même corps , est doué à la fois d'affection et d'aversion pour celui sur lequel il repose ?

Non , Messieurs , il n'y a , entre l'Eau et la Terre , ni affection ni aversion. Mais partout où une masse d'eau est déposée , elle est placée entre les étoiles qui la pressent uniformément vers la Terre, et la Terre elle-même qui s'efforce de la lancer vers les étoiles. Toute masse d'eau liquide partage son obéissance entre ces deux forces. Celles de ses molécules qui sont surabondamment frappées par les rayons des étoiles restent couchées vers la Terre; celles qui, dans un sens inverse , sont surabondamment frappées par les rayons du calorique , ou lumière terrestre , s'élèvent par un mouvement opposé à celui de la Pesanteur.

C'est ainsi , comme vous le voyez , qu'un seul Fait, une impulsion de même nature, lève toutes les contradictions du mystère ,• c'est ainsi

que la pesanteur de l'eau, et l'évaporation de l'eau, deux Faits toujours connexes, car pour que l'eau ne s'ëvapore pas , il faut qu'elle soit très fortemeut glacée , c'est ainsi , dis-je , que deux Faits opposes qui s'exécutent toujours ensemble , ne sont , comme les branches et les racines d'un même arbre , que le produit simultané d'une même cause , l'Expansion.

C'en est assez, Messieurs; je crois maintenant avoir assez défini ma pensée principale, pour que vous en ayez une idée claire ; c'était , pour moi, le premier point à obtenir j il fallait d'abord que vous connussiez bien le premier anneau de ma chaîne ; et il ne pouvait me suffire de le nommer devant vous ; il fallait encore vous le décrire de manière à vous faire entrevoir du moins que, par ses conditions et sa force, il pouvait répondre à ce titre de premier anneau.

J'ai consacré plusieurs séances à cette exposition préliminaire . Elle était nécessaire ; elle était fondamentale ; c'était les bases de mon Édifice que je plaçais. Vous savez , Messieurs , que l'action de fonder un Édifice est de toutes celles qui servent à le construire , la plus longue , la plus difficile; il faut creuser dans le sol, déblayer les masses superflues , trouver le ferme, y jeter des

312 COURS DE l'HILOSOPHIE OENKR\T.K.

matériaux qui l'aflbrmissent encore ; cette opératiou a beaucoup d'importance , mais peu d'éclat; l'Édifice attire bien plus les regards , lorsqu'il s'élève; et alors, pour l'Architecte, tout est jouissance; presque plus de tâtonnemens, presque plus d'efforts.

Messieurs , nous ne sommes pas encore entièrement parvenus à ce terme ; mais nous y touchons ; je ne vous demande plus que cette séance de gravité forte , d'attention puissante. Les fondemens de mon Édifice ne sont pas. encore au niveau du sol; mais je vais les y amener. Je vous aurai obligation , si vous ne me reprochez pas de vous demander encore une demiheure de raisonnemens généraux ; ce seront les derniers; d'ailleurs, vous savez que je tâche de donner , même aux raisonnemens les plus généraux , un intérêt d'application et de détails qui en adoucisse la sécheresse.

Qu'il me soit permis, avant de passer à cette dernière discussion fondamentale, de renouveler mes remerciemens à l'Écrivain spirituel , judicieux , et bienveillant , qui a parlé de moi , dans le Journal de Paris , de manière à exciter et autoriser tout ce que je viens de dire. Si je suis assez heureux , en ce moment , pour qu'il soit au nombre de mes auditeurs , je le prie de m'é-

ORDRE PHYSIQUE. 2l3

coûter avec les dispositions flatteuses qu'il a déjà exprimées ; je pourrai alors espérer que , selon l'engagement qu'il a bien voulu prendre avec ses lecteurs, il serve une seconde fois la Vérité , en acquérant de nouveaux droits à la reconnaissance de l'Homme qui a consacré sa vie à la chercher, qui croit la posséder, et qui demande aux âmes généreuses de l'aider dans les efforts qu'il fait pour la répandre (*).

(*) L'Article de M. Fabien Pillet est si flatteur pour moi , et si avantageux à ma cause , que je ne résiste pas au besoin d'en transcrire du moins les dernières h'gnes. Mes Lecteurs, dont j'ambitionne si vivement l'estime, me pardonneront de m'être aidé d'un si honorable suffrage pour l'obtenir.

« Tout s'enchaîne dans le Système de M. Azaïs ;

tout s'y coordonne si exactement, du moins en apparence ( j'applaudis bien sincèrement à cette réserve) , qu'il est difficile de lui trouver un seul côté où la force d'Expansion ne soit pas prête à repousser l'action répressive des critiques. L'élocution de ce Professeur est d'ailleurs , qu'où me passe le terme, si heureusement imprégnée de franchise, elle est si précise, si élégante, si brillante d'imagination , que chacun de ses auditeurs est tenté de lui dire, avec le bon Dubriage :

i> Oui , je vaus crois, ami, j'ai besoin de vous croire. »

( Journal de Paris, du 7 janvier 1822.}-

2i4 r.oi'Hs ni-; phiiosoimiik gknkralk.

Messieurs ,

Nous avons démontré que le mouvement de gravitation , semblable à tous les mouvemens qui Se manifestent par le déplacement ou la ti'anslation du mobile , est nécessairement le produit d'une impulsion , et que le moteur universel de cette impulsion est la substance lancée par les étoiles, et réduite, par le progrès du temps et de la divergence , à la ténuité élémentaire. Aussi , en parlant de cet instrument universel de l'impulsion donnée par les étoiles, nous l'avons appelé matière élémentaire; et c'est le nom que nous lui donnerons le plus souvent.

Maintenant , vous m'adressez sans doute plusieurs questions au sujet de cette matière élémentaire , et je trouve une de ces questions dans la lettre très judicieuse que l'un de vous a bien voulu m'écrire , et que je lirai à la fin de cette séance.

Quelle est la nature de cette matière élémentaire ? est-ce une substance particulière dans l'Univers , ayant des fonctions spéciales , un caractère spécial, qui la distinguent de toutes les autres substances ?

Non, Messieurs, la matière est identique; il n'y a pas une substance particulière qui soit lu-

ORDRE PHYSIQUE. Ï?l5

mièrCj une. autre qui soit calorique , une auti^e qui soit élément de Yair , ou de ïeau , ou du sa-hle y ou d'un métal. Tous les corps de l'Univers sont composés d'un Elément absolument e'gal à lui-même par le volume et par la forme ; en sorte que Tidce la plus générale de l'Univers est celle-ci :

Un seul Principe , l'Expansion ; une seule Loi, l'Équilibre; un seul sujet, l'Élément.

ÎNIais , me direz-vous , cette vue générale de votre esprit n'est-elle pas une hypothèse^ du moins dans sa dernière partie? Qui nous en garantira la réalité , lorsque tant d'apparences , ou même tant de- Faits , montrent dans la matière une diversité si marquée , et une diversité si opiniâtre , si indélébile ?

Messieurs, pour guider nos recherches sur la nature des choses, employons toujours en concuiTcnce, et le raisonnement, et les Faits.

Si nous avons démontré , et je crois qu à cet égard nul de vous n'est encore dans le doute , si nous avons démontré que l'Expansion est, dans l'Univers, le seul Principe réel, possible même, d'action et de mouvement, nous avons démontré que le sujet universel de cette action, \ Élément matériel, est nécessairement conduit, par elle, à l'identité absolue. En cftel, ecUc action a pour

2i6 COURS DE riiiLo.soi'HJE géinérall;.

<!xcrcice essentiel de diviser la matière, de 1 alte- «luer, de la projeter, jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée par le manque d'espace ou de liberté. Or comme cette action, n'étant pas un Etre matériel , est nécessairement égale à elle-même dans tous les points de l'espace , il est impossible qu'elle ne s'exerce pas d'une manière rigoureusement la même sur son sujet universel ; il est impossible qu'au terme de son exercice entier et absolu , elle n'ait pas réduit son sujet à la même forme , à la même ténuité.

Messieurs , ce raisonnement sera de toute cei litude pour ceux d'entre vous qui ne voient nulle part plus de certitude que dans l'enchaînement rigoureux des vérités premières. Ce sentiment d'une certitude sans hésitation est, en pal'eil cas, le caractère des esprits justes. Pour cette raison , tout esprit juste voit, sans hésiter, pleine certitude dans la pensée suivante :

En fait de Constitution universelle , la plus simple possible est la seule Constitution possible , parce qu'elle est la seule parfaite au degré absolu; or, pour l'Univers, la Constitution simple et parfaite au degré absolu est évidemment celle-ci : un seul Principe, l'Expansion; une seule Loi, l'Equilibre; un seul sujet, l'Elément.

Jléfléchissez , Messieurs, cherchez, méditez;

ORDRE PHYSIQUE. 2iy

si VOUS découvrez , par la pensée , un mode de Constitution universelle qui, en répondant à tous les effets , soit plus homogène et plus simple , celui que je vous présente ne sera plus, de mon aveu, qu'une création illusoire; je lui substituerai aussitôt celui que vous m'aurez présenté.

Mais j'entends l'observation que plusieurs de vous m'adressent , Je viens de dire , en définissant les caractères essentiels de la Constitution universelle , qu'elle doit répondre à tous les effets. Est-il bien certain , me direz-vous , que vous rendrez raison de tous les effets Physiques et Physiologiques , en n'admettant jamais , dans la nature, qu'un seul Élément ?

Oui, Messieurs î Si vous suivez, avec gradation et attention , le développement du Système dont j'achève , en ce moment , de poser les bases , vous trouverez que tous les effets Physiques et Physiologiques peuvent être expliqués par l'application d'un seul Principe d'action à un seul Sujet, à un Élément identique. Vous trouverez, que tout effet matériel d'un genre quelconque n'exige, pour condition nécessaire, pour condition unique, que la mobilité de la matière : toute autre condition , telle que la diversité de grandeur, ou la diversité de figure, peut distinguer

2l8 COURS DE PHILOSOPHIE GÉNÉRALE.

ehirc cu\ les divers t:orps composes ; mais, entre les Elemcns , celte distiiictioti est inutile , superflue, par conséquent n'existe pas ; car là où là simplicité sulïit, la complication est écartée ; vous réconnaissez sans doute la vérité de cet axiome.

C'est donc le Système entier des Faits Physiques et Physiologiques que je m'engage d'avance à vous fournir comme témoignage de cette Vérité universelle : l'Élément est partout égal à luimême , il est universellement identique ; car , pour se prêter à la production de tous les Faits d'un genf^ quelconque , il n'a besoin d'être varié, ni par là grosseur , ni par la figure ; il n'a besoin que de cette qualité qui lui est nécessaire pour êti'e ^jet du mouvement , pour exécuter ses impulisions ; il n'a besoin que de mobilité. Or la mobilité n'est pas iin Etre matériel j c'est une propriété imînatérielle; par elle-même , elle n'est susceptible ni de plus ni de moins ; elle est néioessairement revêtue d'identité.

Mais, Messieurs, à la démonstration rationnelle des Vérités générales ajoutons immédiatement l'c^jepositiort de quelques faits simples et marqiiatis-; c'est, comme vous avez rpu le reconnaître , la marche habituelle que je m'impose.

Je citerai d'abord chacun de vous en témoignage. Chacun de vous est un vase organique , dans le sein duquel s'exécutent sans cesse un grand nombre d'opérations chimiques très délicates. La digestion de vos alimens , la respiration de l'air que vous admettez dans votre poitrine , sont suivies de résultats , de compositions matérielles , que le Physicien peut ensuite soumettre à l'observation. Or vous connaissez cet axiome de Physiologie : il y a beaucoup d'alimens; il n'y a qu'un aliment. Cela veut dire que ce qu'il y a d'essentiel dans la substance de l'homme se compose toujours , quels que soient les alimens dont il se nourrit. Ainsi , la fibre musculaire, et les os, sont demétne nature dans tous les hommes. Or le squelette entier, ou la charpente osseuse, est formé principalement de Phosphate calcaire, c'est-à-dire d'une combinaisott de phosphore et de chaux ; cette combinaison est également la base de l'épiderme , des cheveux , des ongles. Faites , maintenant , l'expérience; nourrissez un homme , exclusivement, et pendant long-temps , de substances , telles que le pain, l'eau distillée, l'air pur, dans lesquelles l'analyse chimique ne vous montrera ni chaux ni phosphore j cet homme n« se donnera pas moins une charpente osseuse , un épidémie ,

des ongles , des cheveux ; toutes ces parties de son Etre n'en seront pas moins composées, comme les vôtres, de chaux et de phosphore, de ces deux substances réputées simples par les Chimistes , parce que , dans nos laboratoires, on ne peut , ni les composer , ni les décomposer. Mais , vous le voyez , dans le laboratoire merveilleux que chacun de vous porte en lui-même , la Nature emploie et bien d'autres vases , et bien d'autres agens ; elle opère avec une flexibilité , une délicatesse , auprès desquelles tous les efforts , tous les soins de notre industrie chimique ne conduisent qu'à de grossières ébauches. Nous le verrons, en pénétrant graduellement dans tous les actes physiologiques ; les Etres vivans, en comprenant sous ce titre , non-seulement l'homme, mais les animaux et les plantes , les Etres vivans sont , par tous leurs organes , des ateliers d'une élaboration plus ou moins féconde , d'une fabrication plus ou moins soutenue, d'où sortent des produits que les ateliers inorganiques ne donnent pas , qui cependant ne puisent leurs matériaux, comme les corps inorganisés, que dans le réservoir universel de la matière.

Commençons donc à fixer nos idées. Votre Professeur de Chimie vous a signalé quaranteneuf substances réputées simples , et il vous

donne successivement l'histoire de chacune avec une parfaite clarté ; mais comme c'est un liomme aussi judicieux qu'éclairé, il a eu soin de ne pas affirmer que ces quarante-neuf substances soient, par elles-mêmes , indécomposables ; il a dit seulement que, dans l'état actuel de la science, nos instrumens ne pai'venaient pas , du moins encore, à les décomposer. Il est vraisemblable que le plus grand nombre se refusera éternellement à nos décompositions artificielles. Mais vous venez de voir que nous portons en nous une puissance de composition naturelle qui produit de ces substances réputées simples , qui par conséquent nous démontre que ces substances sont formées d'autres élémens.

Passons maintenant à un autre ordre d'expériences , et écoutons les révélations importantes qui en jailliront.

Prenez des flacons d'un verre pur et épais ; enfermez dans ces flacons une très petite quantité d'eau soigneusement distillée , et des gaz , soit atmosphériques, soit formés chimiquement; bouchez ces flacons soigneusement avec le mastic le plus imperméable, placez-les ensuite, à demi enfoncés , dans une couche de fumier très chaude, abondamment renouvelée , et exposée elle-même

2 2:î cours de PHILOSOPHFE GÉNÉRALE.

à un soleil ardent; tenez-les dans cette position pendant un certain nombre de jours : vous obtiendrez des dépôts terreux plus ou moins abondans, mêlés de cristaux solides, plus ou moins apercevables ; vous observerez , en même temps, qu'il s'est opéré une diminution très sensible de l'eau que vous aviez enfermée , quelquefois même l'eau aura entièrement disparu.

Voilà donc des terres et des cristaux composés avec de l'eau, des gaz, du calorique et de la lumière.

Étendons l'expérience. Enfermez les mêmes gaz dans les mêmes flacons, mais avec une plus grande quantité d'eau , et placez les flacons dans les mêmes circonstances : alors , une partie plus ou moins considérable de l'eau sera toujours conservée ; mais , au lieu de matière terreuse , vous verrez , à l'aide du microscope , se mouvoir rapidement , dans le sein du liquide , un grand nombre de corpuscules, de forme globuleuse ; et si vous débouchez le flacon, si vous en retirez l'eau , les corpuscules la suivront , mais , presque aussitôt , ils éclateront et se dissiperont.

La première idée de ces expériences remarquables est due à M. Fray, physicien très habile, très attentif, qui les a faites à Toulouse , pen-

dant un été brûlant ; qui les a ensuite poursuivies pendant plusieurs années , en les variant ingénieusement, et les soutenant avec autant de soin que de patience ; il a fini par obtenir des résidus terreux qui , portés sur la langue , y causaient la saveur du muriate de soude ou sel commun, qui, de plus, étant bien desséchés, se montraient ferrugineux, car l'aimant les attirait. Voyez que de substances réputées simples , composées avec de l'eau, des gaz , du calorique et de la lumière !

Mais, direz-vous, de telles expériences sontelles positives?

Je répondrai , en premier lieu , que je connais, à Paris, un expérimentateur très éclairé (*), qui a répété celles de ces expériences que le climat de Paris rendait possibles , et qui les a trouvées tellement exactes qu'il n'a point douté de l'exactitude de celles qu'il n'a pu vérifier.

En second lieu , comme la iNature reproduit en grand , dans une foule de circonstances , les expériences que nous venons de citer, comme ces expériences ne sont , en réalité , que l'opération naturelle la plus générale , mais faite dans

(*) M. Le Baillif , tn-sorier à la Préfecture de Police.

2^4 COURS DE l>IlIIX)SOPHIE GÉNÉHALE.

un petit espace, dans un vase transparent, et dans les circonstances les plus simples, je ne puis que les considérer comme authentiques , et il ne me reste qu'à les expliquer, c'est-à-dire à chercher comment le Principe universel , comment l'Expansion , parvient à les produire.

Vous avez enfermé dans des flacons exactement bouchés, de l'eau, substance au degré moyen d'Expansion , et des gaz , substances d'une Expansion plus avancée ; les flacons , à demi enfoncés dans des couches de fumier très chaud, et exposés , par leur partie supérieure, à la lumière d'un soleil ardent , se trouvent soumis à la pénétration de torrens continus de lumière et de calorique.

Chaque globule de ces fluides est un corps très subtil, puisqu'il a traversé le verre; mais c'est réellement un corps , c'est-à-dire une association d'élémens , sollicitée par l'Expansion la plus ardente, par conséquent très près de se dissoudre. Pendant que ces globules si nombreux, si impétueux , traversent le vase, ils projettent tumultueusement autour d'eux-mêmes une partie de leurs fragmens , ce qui imprime aux molécules de l'eau et à celles des gaz, l'agitation la plus violente.

Celles-ci, vivement aidées dans leur Expansion naturelle, tendent beaucoup plus rapidement à

se dissoudre ; mais, comme elles sont enfermées» leur dissolution , coercée à l'instant même où elle s'entame , est forcée de se réduire à un changement d'agrégation et de forme ; les corpuscules gazeux , à demi brisés , se replient sur le calorique même qui les agite; si l'eau que vous avez enfermée dans le flacon est d'une quantité un peu considérable, comme elle résiste un peu plus que les gaz à l'impétuosité dissolvante du calorique et de la lumière , elle sert de refuge à un grand nombre de corpuscules gazeux . Ceux - ci reçoivent alors de la densité de l'eau une prison qui se referme sur eux , et , au premier instant , les presse , les contracte ; mais comme ils sont en Expansion vive, et que l'Expansion est une force que rien ne peut anéantir, au second instant, ils réagissent contre le liquide ; ils se dilatent ; par cette réaction, ils pressent à leur tour le liquide contre les fluides cxpansifs ; ceux-ci refoulent le liquide, qui de nouveau refoule les globules enfermés : seconde contraction , suivie d'une seconde dilatation , réprimée par une troisième résistance , à laquelle succède un nouvel effort ; en un mot, lutte continue entre l'Expansion et la répression , ou suite continue d'oscillations par

sistole et diastole

Je m'arrête. Messieurs; si je ne me trompe.

226 COIIUS DK l'IlILOSOPHIK. GÉNÉRALE.

VOUS \oyv.r ici l'aurore des plus lumineuses explications. Oui , Messieurs, elje pose déjà le Fait f^énéral , conséquence si vaste du plus VâSte Principe :

Toutes les fois qu'un corps en Expansion ardente est subitement coereé par une enveloppe d'une densité supérieure, qui, par conséquent , devient, à son égard, l'auxiliaire de la force répressive , il entre aussitôt dans Yétat vibratoire y état qui lui appartient essentiellement, qui, par lui-même, est interminable, car l'Expansion éSt une action interminable , qui , par conséquent , ne cesse que lorsque le prisonnier sort de prison .

Une immensité de faits en Physique et en Physiologie , je dirais presque , toute la Physique et toute la Physiologie se rattacheront à cette lutte vibratoire de l'Expansion et de la Répression.

Rappelez - vous maintenant. Messieurs, l'une des conditions de l'expérience qui nous à conduits à ce Théorème si important : lorsque vous d'ébouchez le flacon , lorsque vous en retirez l'eau dans le sein de laquelle se débattent ef vibrent tant de globules , fespace est augmenté , leur prison n'est plus sévère ; ils éclatent et se dissipent; ils consomment leur Expansion; c'est par l'Expansion que tout finit dans la Nature.

Reprenons le flacon , Si vous n'y avez enfermé qu'une très petite quantité d'eau, alors cette eau sans profondeur, aisément attaquée, jusque dans sa substance intime , par les fluides expansifs , entre elle-même en Expansion ardente ; ses fragmens , fi'oissés par mille chocs , disputent aux substances gazeuses un espace étroit que chaque globule voudrait à lui seul remplir ; tous sont réduits à économiser cet espace qui leur manque ; tous les débris , et d'eau et de gaz , contractent de fortes adhérences ; ce qui donne naissance à des résultats concrets.

Phénomène qui , comme l'état vibratoire des globules enveloppés , est d'une importance majeure; c'est encore ici la clef d'une immensité de Faits; c'est ici le second et grand Théorème.

Je l'exprime et je l'explique, en disant : L'Expansion étant le seul mode essentiel de mouvement , est nécessairement la seule force productive; par conséquent , toute concrétion est le fruit direct d'une Expansion coercée par le défaut d'espace ; c'est-à-dire que , partout où des obstacles inrvincibles gênent l'évasion d'élémens que l'Expansion a désunis , et qu'elle cherche à dissiper, cette force d'Expansion se change en force de pression , qui contraint ces élémens à rentrer de nouveau en agrégation mutuelle. Nous le ver-

2 28 COURS DE PHIT.OSOPHIK OKNÉRALE.

rons bientùl : les corps les plus durs que nous puissions produire , l'acier par exemple , résulte d'un coup de feu expansif , pressant avec violence, contre un obstacle formidable, des corps très divises.

Et voulez-vous produire brusquement du marbre très dur, avec de la simple craie pulvérisée? répétez l'expérience de Hutton , célèbre Physicien anglais ; enfermez cette craie dans le fond d'un canon de fusil qui n'ait point de lumière ; pressez-la par les moyens les plus forts dont vous puissiez disposer, et tenez toujours sur elle un obstacle énergique ; placez ensuite le bout du canon dans un brasier très ardent; lorsque le fer sera devenu incandescent, les matériaux calcaires, agités à l'excès , et cependant manquant d'espace pour se mouvoir, seront réduits à prendre l'agrégation mutuelle la plus intense ; l'excès du mouvement les conduira à une très forte concrétion.

Il nous est donc maintenant facile de définir l'une des deux grandes opérations de la nature , celle qui compose des corps ; elle découle immédiatement de l'opération qui les décompose; celle-ci est initiale ; c'est le Principe universel ; c'est l'Expansion; mais l'Expansion n'est pas toujours libre

de s'effectuer, du moins en étendue , en divergence ; partout où elle rencontre des obstacles , ses produits ne peuvent plus diverger; ils s'accumulent alors , ils se pressent les uns contre les autres ; des agrégations se forment , s'augmentent ; les compositions s'étendent jusques aux limites fixées par la force expansive de l'agrégation elle-même; ainsi, pour citer d'avance l'exemple le plus marquant de composition , lorsqu'une étoile disparaît , ce qui est arrivé déjà en plusieurs points du ciel depuis que l'homme a armé ses yeux d'un télescope , lorsqu'une Etoile disparait , c'est qu'ella a éclaté par l'effort long-temps accu mule de son Expansion intestine ; ses fragmens se dispersent dans tous les sens ; chacun , à une distance plus ou moins éloignée du point de départ , passe dans le prochain voisinage , ou d'une Étoile, ou d'une Planète, ou d'un autre fragment d'Étoile ; si c'est d'une Planète, telle que la Terre, que ce fragment s'approche , le moment arrive oii l'Expansion stellaire le fait graviter vers le centre de cette Planète ; il y tombe d'un mouvement plus ou moins rapide, plus ou moins direct; voilà l'une des sources de ce Phénomène effrayant , si constaté aujourd'hui, si long-temps révoqué en doute, de ces masses solides, tombées du ciel, que l'on a nommées AevoUthes j, et dont

23() coins DL l'JlJLOSOl'UlK CÉNÉRALF.

le vrai nom est Cosinolu/ies , car elles vienticul d'un point indéleraiiné dans rUiiivcrs ; c'est ce que nous traiterons avec detiiils.

Si un certain nombre de ces Cosmolithes arrivent, les uns vers les autres, de diverses directions, et se rencontrent en un point de l'espace à peu près également éloigne' de toutes les Étoiles environnantes, ils s'agrègent ensemble par obéissance à l'impulsion stellaire ; ils forment un noyau d'abord très petit , par conséquent très condensé , et obscur; mais ce noyau est devenu un centre de gravitation pour tous les Cosmolithes qui passent dans son voisinage ; à l'aide du temps , il grossit ; sa masse augmente ; pour la même raison , sa surface diminue proportionnellement d'étendue ; le moment arrive où son Expansion centrale , protégée par les enveloppes mêmes que la compression stellaire lui a données, s'effectue avec une efficacité prononcée ; successivement , de nouvelles additions lui sont adressées , et en tous sens , car nous ne saurions oublier que l'Univers est infini , et que , dans ses profondeurs en tout sens, il y a toujours, sur chaque direction, de grands corps qui se détruisent. Le noyau central , dont nous avons vu la naissance , est donc destiné, à l'aide du temps, c'est-à-dire à l'aide d'un nombre indéfini de siècles , à devenir assez volu-

mineux pour jouir d'une Expausign ardente , forte, abondante, pour être, en un mot, une nouvelle Étoile, un nouveau Soleil.

Et, pour cette composition éclatante et immense , qu'a-t-il fallu ? vous venez de le voir : du temps et de l'Expansion.

Messieurs, je ne fais ici que tracer les premiei'S traits de cette Cosmogonie continue , toujouis égale à elle - même , toujours en même somme d'effets, en comprenant l'ensemble du temps et de l'espace ; voulant vous montrer , d'une manière générale, comment les corps se composent, je devais commencer par l'histoire générale de la composition des corps les plus vastes. Lorsque nous entrerons dans l'ex^amen de tous les Faits que les Astronomes nous ont fait connaître , nous donnerons avec précision les détails de cette histoii'e générale ; nous expliquerons , et toujours d'après le Principe unique , d'après l'Expansion , toutes les conditions de l'existence des Etoiles , des Planètes , de leurs, Satellites , et des Comètes. Cette partie du Système universel sera même la plus satisfaisante pour les esprits qui ont besoin de trouver, dans les raisonncmens et les preuves , une rigueur mathématique ; la Mécanique céleste étant la seule partie des sciences humaines

dans laquelle l'instrument des mathématiques puisse être employé avec une absolue précision.

En ce moment , revenons aux bases de la Science générale , à la Physique terrestre.

Nous avons été déjà conduits par le raisonnement, et par une expérience aussi simple que remarquable , à établir que la matière première de tous les corps , que l'Elément primitif, est universellement identique ; et je vous ai annoncé , Messieurs , que toute la Physique , que toute la Physiologie, s'emploieraient à la démonstration de cette Vérité; je dois, par anticipation , vous indiquer l'immense secours que nous tirerons, à cet égard, de la Physique et de la Physiologie.

Vous savez déjà que le rôle majeur, dans les Faits dont se compose le domaine de ces deux sciences, appartient au Magnétisme , à l'Electricité, au Galvanisme , qui ne sont essentiellement que le même ordre de Faits. Lorsque nous aurons défini en quoi consiste Yétat magnétique ou Yétat électrique des corps solides qui le manifestent, lorsque nous aurons montré que tous les corps solides de la nature sont susceptibles de cet état, lorsque saisissant ensuite les résultats

immédiats de l'action magnétique ou électrique , nous aurons découvert que cette action n'est autre chose que leur Expansion intestine , que cette Expansion, non-seulemeut tend à les dissoudre , mais qu'elle les dissout en réalité , c'est-à-dire qu'elle ne cesse de résoudre leur substance propre, leur substance intime, en fluides subtils, qu'elle projette hors de leur sein; enfin, et c'est ici le point essentiel , lorsque l'expérience nous aura démontré que ces fluides sont absolument , et universellement, de même nature, quels que soient les corps qui les produisent, nous aurons porté jusqu'à l'évidence l'identité de toute la matière.

Or c'est là l'engagement que la Physique entière et la Physiologie entière nous fourniront les moyens de tenir.

Ce n'est pas cependant , Messieurs , que les corpuscules qui composent les fluides magnétiques , ou électriques , soient parvenus à ne plus être que de la matière élémentaire. Non; chacun de ces corpuscules est encore une association d'élémens; mais, puisque l'ensemble des Faits démontre que ces corpuscules, magnétiques ou électriques , sont universellement resscmblans entre eux , quels que soient les corps d'où ils

234 COURS DE PlULOSOPHIE GÉNÉRALE.

émaneut , 1 élément qui les forme doit , ;t plus forte raison , être revêtu d'identité.

Kt nous irons plus loin dans nos découvertes; les Faits nous apprcndont encore que les Fluides magnétiques , les Fluides électriques , le Calorique et la Lumière , ne sont que la même substance ; en sorte que dans ce fluide lumineux , produit immédiat de l'Expansion des étoiles, et dans ce calorique, ou lumière planétaire, produit immédiat de l'Expansion des Planètes , nous ne pouiTons voir que de l'Électricité abondante et rayonnante , composée de corpuscules toujours ressemblans.

Je viens de vpus dire que les corpuscules, électriques ne sont pas encore parvenus à ne plus être que de la matière élémentaire ; ce qui le prouve , c est que les fluides électriques , ou magnétiques , ainsi que la lumière , ainsi que le calorique , sont encore susceptibles de gravitation et de comt)m^son; une telle faculté démontre que chacun de leurs globules a encore une masse suflisante pour pouvoir' être saisi et coercé par la matière élémentaire.

Mais à sçn départ, soit des étoiles , soit 4es planètes, cette lun^iière , ce calorique , cette cl|ectricité , ne sont refoulés et retenus qn'en ti^ès petite partie par l'incidence convergente de la

matière élémentaire; la plus grande partie s'échappe par rayonnement aperçu ou inaperçu; alors les faisceaux qui forment ces rayons, et les globules qui forment ces faisceaux, se divisent progressivement, en suivant leur route dans l'espace ; le moment arrive où chaque rayon n'est plus formé que de matière qui ne peut plus être divisée , de matière élémentaire ; chacun de ces rayons alors s'apprête à aller concourir aux effets de compression sur un des globes de l'univers.

Telle est donc, Messieurs, la destination ultérieure d'un corps quelconque , de cette feuille de papier par exemple. Ce corps est, sans cesse, en Expansion, non-seulement sollicitée , mais effectuée; son Expansion a pour but ultérieur, de le résoudre en ses élémens primitifs , et elle y parviendra à l'aide de plus ou moins de temps ; lorsqu'elle y sera parvenue , les parties de ce corps , réduites à la ténuité absolue , les élémens de ce corps, tous égaux de forme et de volume, n'appartiendront plus qu'à l'espace; ils le traverseront avec le plus haut degré de vitesse; ils voyageront ainsi, peut-être, pendant lin grand nombre de siècles , avant de rçncQntrei' une étoile ou une planète ; mais enfin , comme l'Univers est infini , ils feront celte rencontre, les

uns plus tôt, les autres plus tard. Alors, ou bien ils frapperont une surface qui les repoussera , et les lancera de nouveau dans l'espace, ou bien ils pénétreront dans les profondeurs du globe qu'ils auront rencontré ; arrêtés, dans leur retour, par ceux qui ne cesseront de leur succéder , ils descendront vers le centre de ce globe , surtout si c'est par les pôles qu'ils sont arrivés ; parvenus au goufïVe central, ils j seront agités, pressés par l'Expansion , seule souveraine de ces régions intérieures; là l'Expansion, dominatrice encore plus impérieuse , encore plus exclusive , encore plus violente, que dans l'intérieur de ce canon de fusil dont je vous ai parlé tout à l'heure, l'Expansion, devenue force de pression extrême, les contraindra à rentrer dans de nouvelles combinaisons , h concourir à la composition de corps nouveaux; et l'Expansion, après avoir produil ces corps nouveaux , cherchera sans cesse à les lancer vers la surface du globe ; c'est à quoi elle parviendra plus tôt , ou plus tard , soit par la voie soutenue de l'émission lumineuse , soit par la voie impétueuse des volcans.

C'est ainsi que les Élémens de ce corps, que je vous montre en ce moment , après avoir été arrachés, par l'Expansion , à l'existence composée, seront rendus, par l'Expansion, à une nouvelle

ORDRE PHYSIQUE. lîSy

existence composée, pour passer de nouveau à l'existence isolée et simple, pour rentrer de nouveau dans l'existence composée, pour se séparer encore, s'isoler, se réduire à la ténuité élémentaire, et ainsi de suite, sans terme possible dans l'espace ni dans le temps.

Vous voyez la succession alternative et interminable de ces deux états. Cette succession alternative et interminable est l'histoire éternelle de chaque Elément; et quelle infinie variété dans cette histoire éternelle ! à chaque phase de combinaison , association différente de celle qui Ta précédée. En ce moment, les Elémens de ce corps font partie d'une composition d'origine organique ; mais à quels Etres n'ont-ils pas appartenu dans les temps antérieurs ? de quels Etres ne seront-ils pas, dans l'avenir , partie intégrante? Aujourd'hui tissu végétal, autrefois tissu animal, rocher , métal , vapeur , gaz , sel , cristal , lumière; et, pendant la durée infinie des siècles futurs ; que de vicissitudes! un jour, à la surface d'une autre planète , ou peut-être de la Terre même , les Elémens de ce corps reposeront dans la substance d'une rose, ou bouillonneront dans le sang d'un tigre , se cacheront dans les haillons de l'indigence , ou brilleront dans les diamans d'une couronne , tomberont , en douces larmes ,

(les yeux d'un enfant timide , ou porteront , enfermés dans une horhhe, 1 épouvante et la mort.

Messieurs, je le répète: ce Tableau n'est pas de la Poésie ; c est de l'IIistoire ; la Métempsycose éternelle de chaque Élément est la nécessité de son sort. Si chaque Élément n'entrait pas alternativement en combinaison et en liberté, l'Équilibre de l'Univers serait impossible; car l'Équilibre de l'Univers n'est autre chose que le balancement continu des actes de composition et des actes de destruction.

Majis , nous venons de le voir , comment l'Expansioif parvient-elle à faire rentrer sous l'esclavage de combinaison l'Élément qu'elle-m^me venait de conduire à un entier isolement , à une liberté absolue ? C'est en l'adressant vers un corps déjà composé, en le faisant pénétrer dans son sein, en l'y l'etenant sous ses enveloppes, en l'y ag'itant avec lîtië vivacité extrême , et en concurrence avec d'autres Élémens qu'elle a également introduits dans cet étroit espace. Il suit de là que des corps antérieurement composés sont néces- Sàitès à la formation de corps nouveaux!; car, pbW exercer sa faculté composante , ri faut à l'Expaïtfefott lé séCoiïrs dé matiices mternés, qui' ai la

fois protègent son action , lui permettent de se porter au plus haut degré de violence, eten même temps fassent obstacle à ses divagations. 11 a donc existé des corps composés , avant même que l'Expansion entrât en exercice utile ; avant qu'elle fût chargée de produire , à elle seule , tous les effets , tous les corps , il y a eu des corps , des effets ; et de quelle Cause ? de quelle Puissance ?

Ici , de nouveau , que notre intelligence s'abîme; elle peut parvenir à comprendre le mode actuel de l'existence de l'univers ; c'est l'objet de notre étude; mais elle n'a aucun moyen de comprendre les temps antérieurs à la Constitution actuelle, ni l'Etre qui lui a donné l'existence.

Restons donc , Messieurs , dans la sphère de nos possibilités intellectuelles ; elles sont bien assez étendues. Voir l'Univers, tel qu'il est constitué aujourd'hui , en ce moment ; comprendre , par notre pensée , l'ordre de tous ses mouvemens , et les rapports mutuels de toutes ses parties , concevoir cet ordre et ces rapports comme étant d'une simplicité absolue, par conséquent d'une perfection absolue , par conséquent désormais stables , immuables , éternels : tel est le magnifique emploi permis à notre intelligence ; acceptons-en l'utililé et l'honneur! L'utilité! la Vérité

24<> COURS DE ]'lIIT,OSOPHIE CKiNÉRALE.

pourrait-elle ne pas êlre un grand bien pour riiomme et pour les peuples? L'honneur! cherchez , Messieurs , pour rintclligence humaine , un plus sublime honneur que celui de comprendj'C et admirer l'Univers î

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