‹ Cours de PhilosophieChapitre 12 sur 33 · SUBSTANCE DIVINE · texte numérisé non relu

SUBSTANCE DIVINE

On a coutume de ramener les preuves cle 1 existence de Dieu à la preuve par le principe de causalité ; c’est en effet la notion absolue de cause qui nous conduit à connaître Dieu. Or nous divisons en trois ordres les objets ou les idées qui nous élèvent à Dieu comme à leur cause, savoir :

i° Dieu cause de nous et de l’univers.

Il y a deux parties dans cette proposition ; la première est celle-ci : Nous connaissons Dieu comme étant la cause de notre être. En effet nous nous connaissons , nous avons saisi notre nature spirituelle sous les accidens qui la modifient; nous savons que nous avons

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une âme douée de vie, de liberté, d’intelligence, et en même temps tout nous annonce que nous sommes des êtres contingens, et que nous avons cet 2

que nous ne pouvons pas avoir puisée en nous-mêmes.

Mais comment le savous-nous, que nous ne sommes pas causes de notre propre etre ? Aisément, car nous avons commencé d exister, et nul sophisme ne pourrait nous ôter la conviction de cet axiome, que « tout ce qui commence d’exister a une cause, et n est pas sa propre cause. )) Cest pourquoi, persuadés par conscience que nous ne sommes pas notre propre cause, nous nous en allons la cherchant, cette origine, cette cause, partout au dehors de nous ; nous la quêtons par l’univers, et 1 univers est muet; nous la demandons à nos pères, et nos pères nous parlent de leurs aïeux, et les annales des aïeux nous donnent le nom d’un premier père , devant lequel il faut bien s’arrêter, et qui pourtant n est point la cause première du genre humain, puisqu’il ne saurait avoir été sa cause à luimême, et que ce n’est pas lui qui s’est dit : ci O homme, lève-toi du néant, vis, et que la race humaine, accomplissant une loi immuable,

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sorte de ton sein ; sois le père et la source des générations, dont on ne pourra pas t’appeler le créateur. »

Et ainsi j en vain nous reculons aux époques les plus lointaines, si nous ne sortons pas des existences contingentes , si nous ne franchissons pas la limite des générations humaines, nous remonterons de degré en degré une échelle dont nous ne trouverons pas l’extrémité , car toujours un homme supposera un homme, un descendant aura toujours eu son aïeul tandis que si nous entrons immédiatement et sans transition dans le nécessaire, dans l’infini , là nous nous reposerons, car là est la cause première, infinie, créatrice; et nous, puissance mortelle, qui recevons et transmettons l’ètre, sans le donner jamais nous n’étions pas faits à la mesure de cette’ puissance éternelle, qui de rien a créé tout. Et alors la conscience, revêtant de. son inaltérable sanction cette vérité métaphysique, crie au fond du coeur de chaque lomme, et fait entendre à toute intelligence cette parole sacrée : Scitote quoniam ' Deus ipsejecit nos, et non ipsi nos. (Psalm. )

Ainsi l’homme se considérant, et se voyant contingent comme il l’est, non-seulement

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dans l’individu, mais encore dans toutes les générations qui l’ont précédé, reconnaît qu’il n’est pas l’être en soi, l’être premier, cause de ce qu’il est et de ce quil voit; et ainsi, dominé par cette pensée que le fini suppose l’infini, que le contingent suppose le nécessaire , il sait qu’un être nécessaire et infini peut seul expliquer l’homme, et donner le secret de son existence contingente et

finie.

Et à mesure qu’il descendait dans son ame, pour en observer les phénomènes et les attributs , il était frappé du caractère d imperfection qui était encore trop manifeste , dans les belles et glorieuses facultés qui sont la dignité de sa nature : or, connaître ce qui en lui était imparfait, le savoir, c’était déjà pressentir le parfait , dont l’imparfait n est évidemment que la négation et la privation. C’est pourquoi, dans l’impossibilité où il se trouvait de substantialiser en lui-meme ces attributs sous leur point de vue d infini , il se voyait amené à les réaliser dans l’être qui seul existe par soi, en Dieu, substance infinie des attributs infinis.

Cette considération des attributs ou des qualités finies de notre âme, est donc déjà un

degré sublime et comme un marche-pied, h l aide duquel, illuminés que nous sommes par la claire vision de l’intelligence , nous nous sentons transportés hors de nous, et nous entrons dans la sphère de Dieu (i).

Et maintenant, passant à la seconde partie

(i) Ici se présenterait un problème préalable auquel nous ne nous arrêtons pas. INous connaissons Dieu comme cause ; mais est-ce comme cause de notre être, ou bien comme cause de l’univers , qu’il nous est d’abord manifesté ? J’ai exposé ailleurs le système de Descartes sur cet objet (i). L’homme échappé au doute, qui est le point de départ de la philosophie cartésienne , se prend à son être , qu’il saisit dans son attribut primitif qui est la pensée * et dans ce fait même du doute de son être , qui est lui-même un fait palpitant d’existence. Mais , avant de franchir le passage du moi au non-moi , de l’interne à l’externe , Descartes trouve en lui la notion de Dieu, qu’il fait sortir du célèbre argument que nous verrons tout à l’heure ; or cette même notion de Dieu contient dans ses corollaires la réalité du monde qui apparaît à ses regards. Ainsi , selon Descartes, voici l’ordre : lui , Dieu, et l’univers.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce système ; on pourrait examiner si nous acquérons la notion de notre propre existence, à priori , c’est-à-dire immédiatement, et comme première aperception du moi ; ou si la notion

(0 Études du Cartésianisme, page i?5.

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de ce premier problème, serait-il necessaire, pour vous faire croire à 1 existence de Dieu, de dérouler devant vous les oeuvres de la création matérielle; d exposer les lois physiques de 1 univers , invariables et conservatrices du monde , ces lois de l’attraction et de la gravitation que découvrait Newton, et de-

de cette existence , la simple possibilité de dire : Je pense , donc je suis , ne suppose pas la condition que l’on s’est d’abord distingué de l’univers , distingué de ce qui n’est pas soi , afin de se concevoir soi et identique ; si, en un mot, pour s’atteindre clairement, il n’a pas fallu un acte de distinction. Dans ce cas , on ne croirait pas en Dieu avant d’avoir atteint le monde sensible , et l’acquisition de ces trois grandes connaissances ne s’opérerait plus dans le même ordre que l’expose Descartes ; ce serait : le monde , le moi , et Dieu ; Dieu conçu comme créateur , et cause à la fois du sujet qui connaît , et de l’objet qui est connu.

Nous n’approfondissons point cette question qui est une question de priorité ; nous ne nous demandons pas si nous obtenons la notion de Dieu avant d’avoir celle du monde extérieur , ou bien si c’est la connaissance du monde qui nous élève à la conception de Dieu. Toujours est-il que Dieu nous est donné comme cause des choses existantes , en un seul mot , cause de l’univers ; car , après tout , nous sommes une de ces lioses.

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vant lesquelles ce grand homme s’humiliait , ne trouvant pas assez d’adoration pour l'ordonnateur de ces merveilles? Puis, descendu sur la terre, faudrait- il , parcourant avec vous l’échelle des trois règnes, démontrer le progrès sensible de l’être dans ces trois classes, qui contiennent toutes les choses terrestres ? Serait-il besoin de décrire et cette admirable

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