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disposition , et ce rapport du tout aux parties , réciproquement des parties au tout, et cette nature si riche et si féconde dans son iné-
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puisable variété, concourant toute entière at1 même but, accomplissant la seule loi d’obéir à la volonté et au,x besoins de l’homme; et l’homme lui-même enfi,n, cette noble créature, si privilégiée par le tissu de ses organes qui semblent résumer tout ce qu’il y a de parfait dans le mécanisrne de l’univers; plus admiîable encore par sa pensée, maîtresse de tout, dans laquelle se réfléchissent ces trois idées : l’homme , l’univers, et Dieu.
Non, nous ne croyons pas devoir insister sur cet argument emprunté du spectacle de 1 univers. IV avez-vous pas, après Fénélon , le doux et abondant Bernardin de St-Pierre qui déroule, avec son rare talent, les merveilleux ouviages de la nature, et les harmonies
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de cette nature avec les plans du créateur? Les orateurs et les poètes religieux ont reproduit mille fois les magnifiques tableaux de la création ; et , élevant une voix plus haute et plus éloquente, toutes les sciences naturelles sont une confession de sa gloire, un long et sublime commentaire de cette parole du prophète : Les cieux annoncent la gloire du créateur.
Je veux me borner à citer un fragment d’un athée célèbre qui eut des accès intermittens de bonne foi et de génie : cc Convenez , disait Diderot , qu’il y aurait de la folie à refuser à ses semblables la faculté de penser. — Sans doute; mais que s’ensuit-il de là? — Il s’ensuit que, si l’univers, que dis-je l’univers l si l’aile d’un papillon m’offre des traces mille fois plus distinctes d’une intelligence , que vous n’avez d’indices que votre semblable a la faculté de penser, il est mille fois plus fou de nier qu’il existe un Dieu , que de nier que votre semblable pense. Or , que cela soit ainsi , c’est à vos lumières , c’est à votre conscience que j’en appelle. Avez-vous jamais remarqué dans les raisonnemens, les actions et la conduite de quelque homme que ce soit, plus d’intelligence, d’ordre, de sagacité, de conséquence , que dans le mécanisme d un
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insecte ? La divinité n’est-elle pas aussi clairement empreinte dans l’œil d’un ciron , que la faculté de penser dans les écrits du grand Newton? Quoi! le monde formé prouverait moins d’intelligence que le monde expliqué P Quelle assertion ! L’intelligence d’un premier être ne m’est pas mieux démontrée par ses ouvrages, que la faculté de penser dans un philosophe par ses écrits ? Songez donc que je ne vous objecte que l’aile d’un papillon, quand je pourrais vous écraser du poids de l’univers. »
A mon sens , l’existence d’un simple grain de sable au bord de la mer, prouve autant l’existence de l’être suprême, que tout ce firmament et ses globes de feu : car , enfin , il faut expliquer l’existence du grain de sable; et quelle idée intermédiaire placez-vous entre l’idée de sa cause et celle de sa création ?
Création : tout est dans ce mot. Mais qui a créé le grain de sable? Et cependant, on nie la possibilité de la création , nous examinerons tout à l’heure par quel argument.
2° Dieu cause de son idée qui est en nous , et en général des vérités éternelles.
Cet argument se divise encore en deux parties ; la première est ce qu’on appelle
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1 argument cartésien , qui consiste à prouver 1 existence de Dieu, comme cause de son idée que nous trouvons en nous; le voici : Nous sommes des êtres contingens, finis, et cependant nous avons la notion de l’infini, la conception de Dieu. Nous l’avons cette notion , elle se manifeste réellement en nous : et, nier sa présence, ce serait se refuser à une lumière visible, et démentir l’observation psychologique qui nous montre cette idée comme la loi fondamentale, ou plutôt comme la lumière primitive de notre entendement. Or, cette idée, est-ce l’homme qui en est l’auteur? est-ce 1 homme qui l’aurait créée par sa seule et unique vertu, en la puisant en lui seul? Le pouvons-nous imaginer? Quoi! le contingent aurait la puissance de créer l’absolu ! ce qui finit , par soi-même et par sa propre nature finie , comprendrait l’infini !
Non, cela est impossible. La notion de l’infini ne peut avoir été créée par l’être fini. Et pourtant elle a une cause, cette notion ; car relativement à nous qui la possédons ou la concevons , elle est un effet; et cet effet a donc une cause, une cause qu’il faut chercher et trouver hors de nous, puisqu’elle n’est pas en nous, une cause enfin qui doit être
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supérieure à cet effet. Or, qui est ce qui peut être supérieur à la notion d’infini, et, pour parler plus expressivement, à la notion de Dieu qui est en nous? Ce n’est pas nous, ce n’est rien de fini non plus : c’est donc l’être infini lui-même, dont la propre lumière rayonne dans notre âme; c’est donc lui qui est en nous le créateur et l’opérateur de son idée ; lui qui , pénétrant dans notre âme qu’il a créée comme le reste des deux univers , a pu seul y graver son nom.
\oilà , je crois, résumée la preuve de Dieu par Vidée , telle qu’elle se trouve disséminée dans plusieurs écrits de Descartes, et que ses plus illustres disciples, Mallebranche, Bossuet, Fénelon surtout, l’ont développée en divers endroits de leurs admirables traités.
Cet argument de Descartes , que vous ne confondrez point avec celui de Locke, qui prouve Dieu par l’idée représentative que nous en avons, système qui tend à matérialiser Dieu et ses idées , puisqu’il admet que les idées ressemblent à leurs objets : l’argument cartésien, dis-je, me semble affermir sur la base métaphysique la plus profonde la grande vérité de l’existence de Dieu. En vain , pour le réfuter , on alléguerait que
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i’klée n’est point une réalité qui soit dans l’esprit, et qui puisse nous mener à Dieu comme à son créateur, ce ne serait là qu’une vaine difficulté; car cette notion d’infini, que d’ailleurs nous avons reconnue être un attribut divin, est toujours bien un fait, une manifestation dans notre intelligence , dont la cause première doit être cherchée, en qui? En Dieu.
Mais ce n’est pas seulement l’idée de Dieu qui nous conduit à concevoir Dieu comme cause de cette idée en nous; nous pouvons agrandir la théorie, et, considérant les idées nécessaires en général , remonter encore par elles jusqu’à Dieu, comme étant la cause qui les produit dans notre âme , et surtout comme la substance dans laquelle subsistent ces idées.
A peine l’homme se dégageant avec effort des chaînes de la contingence qui le captive à son berceau , et s’entr ouvrant à la lumière rationnelle, a-t-il aperçu une première vérité nécessaire, soudain, à ce jour nouveau qui se fait dans son âme, il a jugé dune conscience plus ou moins obscure , que cette vérité qu’il n’a point créée, qu’il ne saurait ni détruire , ni altérer , ne représente essen-
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tiellement rien de lui, rien qu’il puisse regarder comme pouvant s’assimiler à sa propre substance ; et alors il conçoit qu’il faut donc oue cette vérité nécessaire , à laquelle seulement il participe , subsiste dans une substance adéquate à elle , nécessaire comme cette vérité est nécessaire.
Rappelez-vous que nous avons essayé d’assister à la formation de ces vérités dans l’intelligence , mais que toujours elles nous échappaient, quand nous voulions les saisir comme œuvres de l’entendement humain, et que nous ne pouvions les surprendre que comme de soudaines et impersonnelles irradiations dans notre esprit , ou elles ne sauraient avoir leur source primitive. Où. et comment étaient-elles ces vérités? Nous l’ignorions, du moins nous n’en avions qu’un pressentiment synthétique (1) ; mais ici, possesseurs que nous sommes de la notion de Dieu, voilà que nous avons comblé cet immense désert de l’intelligence , qui se prolonge hors de nous, en y plaçant la notion d’une substance infinie, dans laquelle coexiste tout l’ensemble de ces vérités nécessaires,
(1) Voyez tom. 1 , chap de l’Intelligence.
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quon peut appeler les phénomènes de Dieu,
parce qu ils présupposeut aussi la substance de Dieu.
Et voilà comment, aux clartés de cette loi admiiable des substances dont il est dominé, 1 homme, qui reconnaît et discerne les vérités, sans comprendre ou s expliquer leur existence, les fait remonter sans effort jusqu’à leur foyer primitif, jusqu a l’être éternel , jusqu’à ce soleil intelligible qui les contient , et d’où, impérissables et sans s’aliéner jamais, elles descendent et se font hommes dans les âmes humaines, comme elles sont Dieu même dans lame divine. Et voilà pourquoi ces memes vérités, au lieu d’être conçues et placées dans le vide, dans l’inconnu, sans raison et sans cause de leur existence , apparaisssent toutes rayonnantes de vie à l’intelligence, qui a trouvé enfin leur source primitive et substantielle. Ainsi nous concevons Dieu, principe des êtres, être des êtres, raison immuable et éternelle de tout ce qui est passager et mortel : plus encore , substance éternelle de ce qui est éternel comme lui.
Clarke, métaphysicien distingué contemporain de Locke, admettait cette théorie
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des vérités nécessaires subsistant en Dieu, et il l’appliquait particulièrement aux notions absolues de l’espace et du temps, lorsque, mécontent des obscures formules de Leibnitz, il établissait avec une grande force de déduction que, puisque l’immensité et l’éternité sont réelles, ce ne sont pas des conceptions chimériques, et que puisque on ne saurait les concevoir comme des substances, ce sont des attributs; et qu’il fallait donc en conclure que Dieu existe, et qu’il est la substance de l’espace et du temps, aussi bien que de toutes les notions d’infini qui se manifestent dans l’entendement humain.
Et Newton , ce philosophe que l’on n’accusera pas de s’être jamais payé de chimères et de mots stériles, préoccupé du même argument , regardait aussi Dieu comme étant la propre substance des idées d’infini, ne voulant pas, comme il s’exprime dans ses Principes , que 1 esprit qui cherche à connaître s’arrêtât à la conception stérile et abstraite de 1 espace et du temps, mais qu il conçût Dieu comme l’être qui dure et qui est partout. Telles sont en effet ses graves et remarquables paroles : Non est œternitcis et injinitas , sed œterhus et infmitus ; non est
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duratio et spatium , sed durât et adest ; durât semper et adest ubiquè , et existendo sempcr et ubiquè , durationem et spatium constituit. (Newt. , Princ .)
Ici enfin, il convient de rappeler les paroles du grand Bossuet, de cet homme qui, dans un style admirable de majesté, donne aux vérités qu’il proclame l’empreinte solennelle des oracles antiques, parce qu’à la conviction rationnelle du philosophe il joint surtout l'inébranlable autorité du prêtre.
Après avoir caractérisé , avec la hauteur de style qui est à lui, les vérités éternelles qui sont, comme il le dit, l’objet de l’entendement et la raison primitive de tout ce qui subsiste dans l’univers, il ajoute : cc Si je cherche maintenant ou et en quel sujet elles subsistent éternelles et immuables comme elles sont, je suis obligé d’avouer un être où la vérité est éternellement subsistante, et où elle est toujours entendue.
» C’est donc en cet être que, d’une certaine manière qui m’est incompréhensible , je vois les vérités ; et les voir , c’est me tourner à celui qui est immuablement toute vérité, et recevoir ses lumières.
» Cet objet éternel, c’est Dieu, éternelle-
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ment subsistant , éternellement véritable , éternellement la vérité même.
» En effet, parmi ces vérités éternelles que je connais, une des plus certaines est celle-ci : qu’il y a quelque chose au monde qui existe d elle-meme, par conséquent qui est éternelle et immuable. Or, quil y ait un seul moment ou rien ne soit , éternellement rien ne sera. Ainsi le néant sera à jamais toute vérité, et nen ne sera vrai que le néant ; chose absurde et contradictoire.
» Il y a donc nécessairement quelque chose qui est avant tous les temps et de toute éternité; el c est dans cet eternel que ces vérités éternelles subsistent.
» C’est là aussi que je les vois ; tous les autres hommes les voient comme moi ces vérités éternelles , et tous nous les voyons; et nous qui avons commencé , nous le savons ,
et nous savons aussi que ces vérités ont toujours été.
» Ainsi ces vérités éternelles, que tout entendement aperçoit toujours les mêmes , et que nous voyons dans une lumière supérieure à nous-mêmes, et qui sont la règle immuable des jugemens variables que nous formons,
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cjs vérités sont quelque chose de Dieu, ou plutôt sont Dieu même.
» Car toutes ne sont au fond qu’une seule vérité. La vérité est une ; celui qui la connaît
en partie, en voit plusieurs : qui la verrait parfaitement , n’en verrait qu’une.
» Et l’homme, qui ne connaît ces vérités que d’une manière imparfaite , doit donc juger qu’il y a quelqu’un qui les connaît dans leur perfection, et que ce sera celui-là même qui aura tout fait : Dieu est cet être , il est la vérité qui se sait parfaitement ellemême.
» Il ny a rien de plus existant, de plus vivant que lui, parce qu’il est et vit éternellement ; parce qu’il possède la plénitude de l’être , ou plutôt qu’il est l’être même. »
( Conn . de Dieu, )
3° Dieu , cause finale et explicatrice du bien et du mal, et rémunérateur de la vertu.
Nous sommes des êtres moraux ; il y a en nous une loi de devoir à laquelle nous sommes obligés d’obéir. Cette loi suppose nécessairement un législateur ; et comme cette loi est absolue, éternelle, éternel aussi sera celui
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qui laura portée, éternelle sera la cause première de la loi : donc ce sera Dieu.
Vous le voyez, nous retrouvons encore ici la notion morale, notion sublime et féconde qui nous a conduits à trois immenses résultats comme à ses incontestables corollaires, l’immortalité, la liberté, et Dieu. Telles sont les vérités philosophiques, on pourrait dire d elles ce que disait Pascal de l’univers : « Le centre en est pourtout, la circonférence nulle part. » Chacune de ces vérités est un centre qui rayonne sur toutes les autres; ou bien envoie, comme le disait 1 illustre théosophe J. de Maistre : « Toutes les vérités sont une chaîne dont tous les anneaux sont étroitement unis; en détacher une, c’est détacher une loi du monde spirituel, c’est briser ce monde;
car chaque anneau par sa destination soutient le tout. »
Replacez-vous donc en présence de ce principe du mérite et du démérite, que nous avions précédemment analysé comme conséquence de la notion du bien. Ce principe nous disait que celui qui a mérité doit être et sera récompensé; que celui qui a démérite doit subir et subira le châtiment. Or, en considérant ce qui se passe à la surface de
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la terre , nous trouvions qu’il n’en allait pas toujours justement dans les choses humaines. Nous étions frappés de l’inégale répartition des biens et des maux. Il nous semblait que ces deux tonneaux dont parle Homère, qui sont placés aux côtés de Jupiter, et dans lesquels le maître des Dieux choisit et mêle le bien et le mal pour en fondre ou en tempérer les destinées humaines, ne renferment point toujours une juste mesure, et que les destinées sont plutôt réparties par le hasard aveugle, que par l’infaillible main d’une Providence équitable. Quoi ! vous concevez la nécessité de la récompense après le mérite, et cependant, vous, a qui votre conscience a dit : Tu as mérité, vous souffrez, et vous êtes au nombre des infortunés qui traînent ici-bas une vie incessamment troublée! Quel désaccord entre le cri de votre conscience et le sort qui vous est donné !
Alors nous avions trouvé dans ce désordre apparent des choses humaines la preuve d’une vie à venir, dans laquelle l’équilibre serait rétabli, cc attendu, comme le dit Bossuet, que ce monde est un état pénal auquel doit succéder un autre état ou la vertu sera toujours avec le bonheur, et le vice tou joui s
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avec la souffrance ; y> et nous avions reconnu avec pleine clarté la preuve d’une vie à venir, dans laquelle la vie de ce monde ayant passé par répreuve, moissonnera son fruit mûr et
recueillera sa consécration.
Voilà ce que nous disions dans un autre chapitre. Ici , un point de vue ultérieur du même principe nous prouve l’existence de Dieu, comme un corollaire géométrique de ce qui a été établi. Alors, en effet, le problème moral achève de se manifester dans sa parfaite évidence ; car nous allons jusqu’à la source divine saisir l’énigme de la vie mortelle , en découvrir le sens sous le voile mystérieux qui la couvre; et là, nous reconnaissons que Dieu existe, et que s’il n’est point 1 auteur du mal , parce que cela répugne a sa sainteté, il a été conforme à sa justice qu’il le permît, comme l’instrument de la purification des hommes, et afin que la vertu existât : car il est dans la nature de la vertu de paraître au monde enfantée avec douleur.
L’énigme de la vie ! elle est toute entière contenue dans ces deux mots : épreuve et expiation. Epreuve pour celui qui persiste dans la vertu, expiation pour celui qui veut y rentrer. Retranchez des choses humaines ces
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deux mots , où est la vie ? quelle est-elle ? Cherchez, demandez au ciel et à la terre sa signification : le ciel et la terre seront muets, parce que vous aurez effacé du symbole de l’humanité les deux mots qui seuls en donnent l’intelligence. Mais, avec ces deux mots, la vie rayonne d’une inaltérable clarté. Elle est aussitôt comprise; le mal se coordonne dans le bien, et n’est plus qu’un moyen d’y parvenir. Il fallait qu’il y eût du mal , pour que le bien s’accomplit. Le bien même ne pouvait s’accomplir autrement que par la possibilité de faire mal.
Mais qui donc enfin conciliera les deux élémens contradictoires qui sont tout l’homme , et sera l’ordonnateur du mal dans le bien? Et ensuite, qui opérera ce passage de notre existence d’un lieu dans un autre? Qui brisera ces liens mortels et nous transportera dans la région inconnue? Est-ce nous qui aurons cette vertu? est-ce nous qui serons ces consécrateurs de notre propre épreuve accomplie et sanctifiée? Non; il faut admettre l’existence d’un rémunérateur et d’un vengeur , d’un Dieu dont la providence a fait sciemment le désordre de la terre , afin que vous puissiez entrer dans la récompense qu’il a promise , ou subir le châtiment dont il a fait tonner
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la menace dans votre âme; un Dieu dont l’immuable puissance vous maintient dans sa main et sous sa volonté sainte, soit, comme s’exprime le poète sacré, que vous descendiez dans l’abîme, ou que vous vous éleviez au plus haut des jcieux; un Dieu enfin dont la perfection étant votre vie, votre vérité,
votre lumière , est aussi la cause finale et dernière à laquelle vous tendez, comme le fleuve vers 1 Océan : car c est dans son sein que vous remontez incessamment, vous, simple goutte d’eau des fleuves spirituels, et que vous irez vous engloutir, pour vous retrouver vivant et immortel.
Maintenant, pour que la preuve de l’existence de Dieu puisée dans la notion de cause recueillît toute sa force, il faudrait descendre plus avant dans la signification intime et métaphysique de ce mot, cause ; il faudrait considérer non plus son origine, et pas encore son autorité (1), mais en concevoir la notion
(1) L origine de la cause , c’est la question de l’origine des idees et de la priorité du général sur le particulier; et son autorité, c’est le dernier problème de la logique et de toute la philosophie; c’est le problème de la certitude fondamentale.
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sous son aspect intégral et pur, distinguer ce qui est véritablement cause, de ce qui ne porte ce nom que pour l’usage ; c’est-à-dire , discerner cette cause vraie , réelle et vivante, des prétendues causes secondes auxquelles nous avons coutume de rapporter tous les phénomènes qui tombent sous nos sens; il faudrait enfin montrer, qu’en un mot, nulle cause n’est cause, n’est digne de ce nom , si elle n’est intelligente et libre , car telle est la véritable théorie de la causalité.
Que la bille pousse la bille, elle n’est point cause de l’impression qu’elle communique; la matière ne saurait être conçue comme
agissant réellement sur la matière, car la matière ne recèle point l’action. Notre bras non plus qui a lancé la première bille, n’est point cause de son mouvement. C’est nous qui sommes causes de nos actes , de nos actes libres. Et par exemple, dans le cas des billes, c’est mon âme et la force libre qui sort d’elle, qui est seule cause du mouvement que mon bras a reçu immédiatement, et qui s’est prolongé dans le corps étranger que j’ai voulu mettre en mouvement.
Hume a très-bien démontré que l’on pe pouvait trouver dans la nature et dans l’expe'-'
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rience des sens la notion de cause, mais seulement celle d’une succession plus ou moins constante de faits contingens que n’enchaîne aucune connexion nécessaire ou causale : or, comme son principe avait été de rejeter toute sphère libre et rationnelle, il détruisait, non sans conséquence logique, la notion de cause comme une chimère dénuée de toute réalité. Kant, après s’être long -temps préoccupé de cette difficulté de Hume, n’en sortit qu’en saisissant la cause sous son vrai caractère de vie et d action , et en la subjectivcuit dans la liberté de 1 ame, hors laquelle il n’y a, selon l’opinion du sceptique anglais, que des faits qui se succèdent, que des apparences et des mouvemens que rien ne saurait expliquer ou rattacher à un principe actif.
Mais la philosophie subjective de Kant s’enferme dans un cercle étroit quelle n’essaie pas de franchir. Isolé et recueilli en soimême,! homme de cette philosophie connaît bien la cause humaine; il triomphe dans la conscience quil a de sa puissance intime, inaliénable, de la vertu causative qu’il sent en lui, dans les racines profondes de son âme, et dont nulle force d’argument ne serait capable de le déposséder; et avec cela, il ignore
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la cause divine, parce quil n’a la conscience que de lui , et qu’il s’interdit comme impuissante te'mérité toute hardiesse de vol, pour échapper à ce centre du moi , et pour entrer dans ce non-moi qui le limite comme une barrière, dans cette sphère extérieure dont il ne veut rien savoir, rien par-delà les simples et subjectives conceptions quil en trouve dans son entendement.
Pour nous, qui avons déjà déclaré que nous croyons à une sphère du réel , et qui avons cru pouvoir réaliser en Dieu même 1 existence des vérités éternelles, nous trouvons dans la notion de cause, qui est une de ces vérités, une telle portée, que nous ne saurions pas la concentrer toute entière en nous, bien que nous soyons libres et intelligens : et nous sommes invinciblement entraînés à la réaliser dans une nature autre que nous , mais analogue, en ce quelle aussi est libre et intelligente. Et alors , pour expliquer ce que nous et nos pareils de nature finie et créée n’aurions pu créer, pour nous expliquer nous-mêmes, êtres bizarres, si grands par la diversité, si petits par les limites de nos œuvres, nous montons d un seul bond jusqu à l’infini; et là, dans cette région su-
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blime, inaccessible à tout effort de l’expéiience , nous la rencontrons cette cause première, solitaire, éternellement productrice et conservatrice, dans celui-là qui est par soi, et qui possède aussi par soi 1 intelligence avec la liberté suprême. Ainsi, nous atteignons Dieu non plus seulement en qualité de cause, comme nous l’avons démontré précédemment, mais bien , et ceci est un point de vue ultérieur, en qualité de cause souverainement libre et intelligente.
Ici, vous pouvez envisager un grand et vaste spectacle, la loi la plus simple et la plus générale de toute la création. Voyez-vous cette chaîne indéfinie de mouvemens qui s opèrent sans repos, qui naissent, expirent et renaissent les uns des autres dans toute nature , et impriment à l’universalité des choses matérielles ce caractère de mobilité et de continu renouvellement, dans lequel vous ne sauriez trouver la notion de rien qui soit necessaire ou primitif, et par conséquent de rien qui soit cause?
. Codant cette mobilité n’est point essentielle à la matière, elle ne saurait l’être* car elle est toujours plus ou moins intense,7 plus ou moins prolongée dans les corps; car
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nous la voyons commencer et finir; car son nom même est identique à la plus grande contingence possible dont il emporte l’idée, et il est évident qu’un simple mode, qui augmente et diminue, qui nait et meurt dans les corps, ne saurait être leur essence, et quainsi le mouvement matériel dans son caractère métaphysique n’est autre qu une absence et une négation de ce qui est stable et immobile.
Or, si le repos est essentiel à la matière, si de plus il est évident que la matière , dénuée qu’elle est d intelligence et de volonté , n’est point elle-même la cause première et dernière de son propre mouvement, c’est-adire qu elle n’a pu rompre elle-même son repos et se mouvoir, il faut donc penser que cet univers visible et matériel que nous habitons a été frappé d une originelle et éternelle immobilité , et , comme le voulait Zénon , que tout le mouvement terrestre n’est qu’apparence et songe : ou bien plutôt,
comme parle Bossuet, il faut sortir du temps
et du changement, et aspirer à ce qui est immuable; il faut sortir du monde, pour expliquer le mouvement du monde, et ne plus demander à cet univers et à la prétendue force
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active qu’il ne saurait posséder, la raison qu’il a de se mouvoir , et d étaler aux regards une scène indéfinie de mobilité, et des symptômes perpétuels de changemens et de vie.
Car, si les regards sont intelligens, ils sauront contempler ce que ne pénètre pas l’œil du vulgaire ; devant eux , s’évanouiront comme des ombres ces apparences accumulées d effets matériels et de causes matérielles dont le physicien détermine les lois, et devant lesquelles s’arrête l’athée , s’emprisonnant lui-même dans les chaînes d’une triste et impuissante contemplation. Ainsi Virgile, dans une admirable fiction du second livre, dessillant les yeux de son héros, lui montre les divinités de l’Olympe répandues de tous côtés au-dessus des remparts de la ville assiégée, et présidant elles-mêmes à ces grandes commotions que la foule regarde comme le résultat immédiat de causes multipliées et matérielles. Oui, toute cette causalité d’emprunt se retire devant le jour de la vérité, et il ne reste plus que les causes vraies, pures, réelles, c’est-à-dire, en un mot , les causes spirituelles.
D’une part, et au premier degré, c’est
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l’homme, inhabile à causer par création, mais capable de causer par formation ; 1 homme qui, en s’ébattant dans cette nature, et l’assujettissant à ses formes , lui communique sa chaîne de mouveinens imparfaits si vite propagés au dictamen de sa volonté, si vite arrêtés dans la carrière étroite qu’il lui est donné de parcourir. D’autre part , au second et dernier degré, par-delà ce peu de profondeur que l’homme peut fouiller à la surface de son globe terrestre, par-delà cette atmosphère immédiate qui l’environne , et dans laquelle, secouru par les mille instrumens que l'industrie ajoute à ses bras, il prolonge sa puissance éphémère; d’autre part, dis-je, c’est Dieu lui-même, planant et régnant dans l’univers , c’est Dieu qui gouverne les mouvemens de tous ces globes du ciel éclos à sa parole, et qui, dans une sphère plus humble et limitrophe de la nôtre, suscite les vents, les pluies et les orages , déchaîne les volcans et les tempêtes, ou bien, semant et prodiguant les germes de vie dans les entrailles delà terre que lui seul peut remuer, produit ainsi la richesse et la fertilité des saisons; de sorte que lui -même est véritablement la
cause de tous les accidens de cette nature qu’il a créée, et dont il est encore le modérateur.
Ainsi ôtez la spiritualité; et le monde , s’il peut exister, demeure immobile et mort dans l’immensité où il est seul : puis, replacez celte vie spirituelle qui vient de l’homme et de Dieu, et qui s’infiltre à travers toutes les parties et pour ainsi dire tous les pores de 1 univers, aussitôt le monde jaillit et s’anime, et la nature vit , et elle salue un maître dans 1 homme, ce vice-roi de souveraineté si courte et si fragile , et elle confesse son roi suprême en Dieu, cet arbitre universel, sans la volonté duquel il ne tombe pas une feuille sèche d’un arbre dans les bois, pas plus, comme il 1 a dit, qu il ne se détache un des cheveux qu’il a comptés sur votre tête, à vous, homme son ministre , qu’il a créé du néant avec tout ce domaine terrestre, dont il a pu vous confier l’administration pour un jour.
Enfin, et pour conclure, je désire que la pensée s’arrête un instant sur cette formule simple et dernière, par laquelle nous rentrerons dans le principe fondamental de notre psychologie. Deux mondes , deux attributs essentiels : la matière et 1 esprit , la passivité
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et l’activité; mais celle-ci, permanente quelle est dans l’esprit qui est une force active, se répand et se joue dans la passivité matérielle, et par une puissance étrange et inexpliquée, seule elle suscite au sein de la nature une succession infinie de mouvemens, dont cette matière, qui les reçoit et les communique, ne saurait être cause, attendu, nous le répétons, que la causalité ou la force ne se rencontrent qu’avec lintelligence et la liberté. Et voilà cette loi de la création et de la conservation de l’univers par le mouvement, dont nous parlions tout à l’heure (i).
(i) Et que l’on ne dise pas que la conception d’un effet dernier produit par une cause première est une contradiction ; que l’on ne dise pas que cette première cause présuppose une cause antérieure dont elle sera l’eftet immédiat , et que toujours il restera à poursuivre les causes de la cause , à moins qu’elle ne soit à elle-même sa propre cause : dernière supposition qui est bien contradictoire , dit-on , attendu que , si Dieu est un effet ayant sa cause en lui , il est donc à la fois et à ce double titre inférieur et supérieur à lui-même , il est donc double , il n’est donc pas.
Cela est vrai, il y aurait là une contradiction, si Dieu pouvait être conçu comme les êtres finis et contingens ; Mais si vous procédez par une autre voie que l’cx-
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Join cirai-je à ces preuves de l’existence de Dieu, par Je principe métaphysique de la causalité, celle du témoignage universel, qui dans toutes les nations proclame cette vérité souveraine , et place Dieu à la base de tous les pactes sociaux, comme l’éternelle sanction de
perience et la succession , si , recueillant dans votre intelligence l’idée que vous en trouvez, vous posez immédiatement letre infini , et , comme on disait dans l’école, nécessaire par cela seul qu’il est possible , vous reconnaîtrez très-manifestement le sophisme; en effet, la cause première, n’ayant pas commencé d’exister, nest à l’égard d’elle-même ni effet ni cause, selon La teneur de l’axiome : « Tout ce qui commence d’exister a une cause. » Dès que vous avez atteint le nécessaire , que cherchez-vous une cause ultérieurement ? Reconnaissez que là le cercle se clôt , que là se trouve le commencement et la fin , parce qu’alors se trouve réalisée dans sa plénitude cette idée de l’être nécessaire et par soi .
, , ail eUrs n a<lmettre que des causes secondes , c’est n admettre que des effets, puisque chaque cause seconde est elle-même un effet par rapport à la cause qui
7St \T^ediatement supérieure. Or, que signifie cette nonon d effet , sans celle de cause qui lui est corrélative ?
S d n y a point d’effet , il n’y a pas de cause ; et alors on ne peut comprendre l’existence d’aucune chose, car e simple bon sens confirme cet axiome : « Si l’être
ZiStSaile’ Prim,Üf et par SOi n’it3k pas’ iamais rien ne
Wall, »
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toutes les conventions humaines On ne sait
trop jusqu à quel point un sauvage, seul, isole
dans h univers, vivant comme une bête farouche au milieu des forêts , pourrait s’élever à l’existence d’un Dieu créateur. Il est possible que quelques êtres dégradés , ayant perdu le sceau de la dignité humaine , se rencontrent ainsi épars et perdus dans quelque solitude du nouveau monde. Mais 1 hypothèse d’une société de sauvages purs, n’ayant aucune loi, aucune lumière , aucune notion de moralité et d’être suprême, est une hypothèse impossible à admettre, et un fait qui n'a jamais été rencontré. Par-là seulement qu’il y a société d’hommes, il y a une civilisation commencée, au moins à son berceau ; il y a communauté de pensée, de langage; il v a déjà , au fond de ces âmes , quelque jour par où jaillit la foi et l’adoration à l’Etre
suprême.
Le sauvage errant aux bords du grand fleuve de l’Orénoque , ou régnant en dominateur dans ses forêts éternelles comme le monde , conçoit qu’il n’a point été jeté là comme un spectateur impassible , ou comme un acteur qui joue son rôle, sans le comprendre; mais cette immense nature est pour lui une echelle
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ilont les degrés transportent son âme dans la région qu’habite le grand esprit. Le sauvage reconnaissant des biens qu’il a reçus , chanté I hymne au Dieu bienfaiteur : dans ses vertus genereuses ou barbares, il a conscience du mente moral, et par conséquent d’un séjour meilleur où il sera transporté par une main souveraine, et où il retrouvera, avec ses ancêtres et ses parens, un ciel permanent, des forets plus immenses, des fleuves plus rapides, et la possession de tout ce qu’il chérissait sur la terre.
LiseZ les voyageurs, tous vous diront que partout ils ont trouvé des notions religieuses. i j osais citer un romancier, qui Jem enterait pourtant par la vérité locale de ses peintures, par le soin qu’il a pris de tracer avec toute la vraisemblance désirable les moeurs et le développement intellectuel des Peuplades où il place plusieurs de ses fables je vous recommanderais l’Américain Cooper’ Les peintures qu’il trace de plusieurs ££ plades sauvages, de leur doctrine morale de sent Pr°f0nje ^ adoration du grand être, suffi-
fausses d/l’^'r ^ de Pâtures
hausses cle 1 état sauvage tant i-
Stériles s! c ° ’ * 1 de dlvagations
tentes s. souvent reproduites par les beaux
esprits du dernier siècle
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Comment le sauvage, disons mieux, comment l’homme ne connaîtrait-il pas 1 être suprême? Ne sait-il pas lire clans les merveilles des cieux chaque lettre de son sublime symbole? Car, comme dit Massillon , avec tant d’éloquence : a Les peuples les plus grossiers et les plus barbares entendent le langage des cieux : Dieu les a établis sur nos têtes comme des hérauts célestes qui ne cessent d’annoncer à tout l’univers sa grandeur ; leur silence majestueux parle le langage de tous les hommes, c’est une voix entendue partout ou la terre nourrit des habitans. Oui, qu on parcoure jusqu’aux extrémités les plus reculées de la terre, nul lieu dans l’univers, quelque caché qu’il soit au reste des hommes, ne peut se dérober à l’éclat de cette puissance qui brille au-dessus de nous dans les globes lumineux qui décorent le firmament. »
Et ce n’est pas, comme le voulait Lucrèce, la crainte qui a fait les dieux , deosfecit timor. Outre que ce sentiment suppose l’existence d’une cause puissante , redoutable , dont on a l’idée dans l’esprit, la tradition des premiers âges proteste contre cette assertion impie : car, excepté peut-être citez quelques sectes religieuses appartenant à une civilisation très-ancienne et déjà déchue, comme
chez les Indiens , ce que les hommes ont adoré dans la pensée de Dieu , c’est le bienfaiteur, le père des mortels, et non la cruelle personnification d’une fatalité inflexible; et jamais , dans aucune théologie vulgairement répandue, meme pas en Perse, cet antique berceau de la superstition et de la magie, Arïhmane , génie de la terreur et du mal, n’a prévalu sur Ormuz , père des hommes , source de la lumière, dieu du bien et de la vérité.
Et ce ne sont pas non plus les institutions des peuples qui ont fait les dieux ; on ne peut pas dire, comme dit encore le Romain Varron, dans les fragmens que le temps a conservés de ses nombreux ouvrages : « Les xiiles sont antérieures aux dieux qu elles ont inventés, comme le peintre au tableau qu’il a créé. » Civitates cliis quos ipsœ ïnstituerunt , ut pictor tabellâ, priores surit. Il faudrait, pour établir cette opinion , démontrer comment les peuples ont consenti à se soumettre au joug sacré du premier imposteur qui est venu, en leur apportant le nom nouveau et inouï de Dieu, enchaîner leurs intelligences, et asservir leurs passions; il faudrait expliquer pourquoi le temps qui détruit tous les
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mensonges, comme le dit Cicéron, elles quœ hominum delet commenta, n’a point usé cette antique erreur , qui s’est toujours trouvée pure, vivante et toujours nouvelle sous la rouille invétérée des religions superstitieuses. Après cela , nous leur ferons grâce de la question d’histoire , et nous n’exigerons point qu’ils nous apprennent le nom du législateur qui institua Dieu, et le siècle qui vit éclore cette loi merveilleuse, la seule qui soit demeurée inaliénable, et que le temps n ait point encore, que je le sache du moins, abrogée.
Irai-je enfin réfuter cette autre objection, que ce sont les premiers physiciens qui , dans leur impuissance de découvrir les causes naturelles des effets naturels, ont jugé plus facile de les expliquer par des causes surnaturelles, et ainsi ont imaginé Dieu, pour se dispenser de poursuivre la chaîne des causes , fît pour faire accroire que nulle science ne dépassait leur propre science ? comme si au contraire tous les progrès de la science , dans les temps modernes, en démontrant la beauté et l’harmonie de cette nature , n avaient pas pris soin de confiner en tous lieux, et de siècle en siècle , ce cri du genre humain qui annonce et confesse une cause première et
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suprême. Mais c'est assez argumenter ; et aussi bien n est-il pas téméraire d oser prêter le frêle appui des argumens à une vérité si solide, quelle a ses racines dans le fond le plus intime de la conscience de chaque homme , et si lumineuse, qu’on devrait craindre de l’obscurcir par ses discours , tant elle illumine toute âme douée d’intelligence (i)?
(i) Voici la suite des argumens que, sous l’ancienne division «n preuves physique, métaphysique et morale , la philosophie de Lyon , ce type des philosophies scholastiques, a reproduits. Sous le premier chef, Dieu est prouve : i 0 comme créateur de la matière qui ne s’est pas donné l’existence , qui ne l’a pas reçue du hasard , qui n existe pas nécessairement ; car si elle existait nécessairement , chacune de ses parties et chacun de ses modes seraient également nécessaires ; 2° comme auteur du mouvement de la matière , qui n a pu se donner le mouvement à elle-même , qui ne l’a pas reçu du hasard, et en troisième lieu à qui il n’est pas essentiel , attendu qu’il n’est pas constant et invariable; 3° comme auteur de l’ordre et de l’harmonie de la nature , ordre qui n’est pas non plus l’œuvre du hasard, et n’est pas essentiel à cette nature. Sous le second chef: i° existence d’un être nécessaire , qui n est pas la matière ; 2° merveille de notre nature spirituelle, union de notre âme et de notre corps , excellence
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C’est pourquoi revenons-en donc, ilA le faut, à répéter ces belles paroles de Cicéron :
« Nulla gens est tàm immansueta , neque tàm fera quce non , eti ainsi ignoret qualem Deum habere deceat , tamen aliquem habendum sciât, y) Et cette observation puise son autorité dans cet autre axiome du même Cicéron : Omni in re, consensio populorum lex naturœ putanda est.
Dois-je, maintenant que vous savez que Dieu est, que son essence est éternelle, que son nom est écrit dans le symbole universel de l’humanité, dois-je énumérer chacun de ses attributs , et démontrer leur convenance avec la substance éternelle ? Quoi ! nous prendrions de la peine pour établir par argumens réguliers que Dieu est un, immuable; qu’il est intelligent, sage, juste et bon; qu’il est la providence.... Il ma toujours semblé que rien n’était plus puéril, dans les
de la faculté de penser. Sous le troisième chef : i° argument de la conscience morale ; 20 consentement universel des hommes. Tous ces argumens peuvent avoir leur importance , mais j’ai pense que les principaux , avec quelques autres , se retrouvaient dans notre classification , d’autant plus que la plupart se rangent aussi sous l’argument général de cause , dont ils procèdent.
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philosophies, que d’amener l’argumentation sur un semblable terrain. C’est la faire entrer, profane qu’elle est, dans les mystères du sanctuaire, tandis qu’elle doit s’arrêter sur le seuil. Que pouvons-nous prouver en effet de Dieu, après que nous l’avons nommé par son nom, après qu’il a été regardé par nous comme la substance même de l’infini et de tout ce qui est perfection? Tout est ici; creusez et voyez ce que contient cette profondeur.
La philosophie n’a point reçu de flambeau pour vous conduire; elle ne saurait vous dire comment existent ces attributs en Dieu , comment et de quelle manière Dieu est juste, bon, sage, connaissant et libre. Mais la philosophie , sachant que nous sommes faits à 1 image de Dieu , recueille les attributs qui sont en nous, elles place en Dieu; et c’est le seul moyen par lequel elle peut se faire une ombre d’idée des attributs de la divinité.
Je m explique. Dieu fit l’homme à son image, est-il écrit: qu’est-ce que cela signifie? Evidemment, Dieu fit Y esprit à sa ressemblance. Voilà bien un mot capable d’épouvanter la pensee devant sa propre grandeur; car qu’est-ce que Dieu jurait pu faire de plus
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pour toute créature, et quoi de créé peut être conçu plus grand que ce qui est l’empreinte du créateur?
Or il est si vrai que l’homme, en tant qu’il est esprit, est fait à la ressemblance de Dieu, que pour nous représenter les attributs divins, nous ne pouvons faire autre chose que de regarder en nous, comme dans un miroir, afin d’y recueillir, ainsi que des fragmens de lumière, les attributs qui constituent, notre propre force, notre propre moralité, et de les rapporter, comme à leur type infini, à l’être souverain qui nous a créés. Ainsi, à notre tour, nous créons Dieu à notre image, en lui donnant les attributs qui sont nos propres attributs. Mais que bien vite nous nous mettons à notre place, et nous nous humilions sous notre maître! Car sitôt que nous venons à placer entre Dieu et nous, entre sa substance et notre substance, l’idée d infini, dès-lors cette intelligence, cette bonté, cette justice, en nous, qualités si imparfaites, si impuissantes, si finies, nous les concevons en Dieu, souveraines, absolues, rayonnantes de splendeur et de vérité. Alors , au lieu de nous enorgueillir, au lieu de remonter de nous au créateur , nous savons que nous ne sommes
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de lui que des images effacées, des empreintes finies et mortelles, et que, vains simulacres de l’essence infinie, nous vivons dans notre sphère étroite, nous agitant, petits que nous sommes, nous réfléchissant de sa vie, ne nous expliquant nous-mêmes que par lui, ne comprenant le sens de nos qualités imparfaites que par celui de ses attributs éternels. ,
Il est trop évident que tous les attributs dont on a coutume de prouver l’existence en Dieu, conviennent à l’idée que nous avons de lui , pour qu il soit besoin de perdre son temps et ses discours à prouver l’un après l’autre ces attributs. Car enfin Dieu est; et qu’est-il, sinon souverainement parfait, et par conséquent doué de tous les attributs dans lesquels nous imaginons la perfection infinie?
Mais l’erreur est venue de ce que, non content de savoir que ces attributs sont réellement en Dieu , on a voulu savoir comment s opérait leur conciliation ; et parce qu’on ne s’est pas rendu compte aisément des secrets les plus essentiels de la nature divine , on 11a pas craint de rejeter comme impossibles des résultats que proclame la conscience de tous, et que légitime la raison de chacun.
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Et pour ne citer qu’un exemple, combien d’esprits se sont brisés contre le difficile problème d’accorder l’existence du mal avec la providence de Dieu! C’est un fait que le mal règne , ou du moins est répandu et plane sur la terre, que le mai existe comme le bien existe, et il a fallu expliquer cela. Alors est venu le système oriental du Persan Manès qui, refusant de croire, avec raison, que Dieu fût l’auteur du mal, avait imaginé deux divinités également puissantes, également souveraines, l’une auteur du bien, l’autre auteur du mal : système, au reste, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, puisque le principe s’en trouve dans l’antique théologie de l’Inde, ou l’on voit encore un / V iclniou créateur et un Shiva destructeur , et dont il n’est pas nécessaire de démontrer la folie. Serait-il besoin en effet de répéter et de démontrer que deux divinités ne peuvent exister sans se limiter l’une l’autre, et par-là ne peuvent exister lune et l’autre, également infinies; et que si toutes les deux sont également puissantes , ni l’une ne permettra que le bien s’opère, ni l’autre n’autorisera le mal à désoler l’univers : qu’enfin, hors de l unité, il n y
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a que confusion, désordre, rien de nécessaire » rien d’infini, rien de Dieu?
Et dans les temps plus modernes, tandis quo ie sceptique Bayle, au commencement du dernier siècle, rendait quelque vogue à la doctrine manichéenne, en l’appuyant de quelques nouveaux argumens puisés dans son génie sophi tique , voyez l’optimiste Leibnitz apporter aussi sa tentative d’explication universelle, par cette doctrine anti-providentielle et inflexible, qui enchaîne Dieu dans l’immuable nécessité de son préarrangement primitif; de sorte que le bien et le mal seraient conséquences, causes directes et immédiates l’une de l’autre, et que de cet enchaînement absolu et fatal résulterait le meilleur système possible, le meilleur des mondes que Dieu ait pu créer.
C est que Bayle et Leibnitz, malgré leur opposition, étaient deux explicateurs , dont l’un explique par une impiété, et lautre par un songe; c’est qu’il ne fallait point chercher à pénétrer les voies insondables de la providence, et comment elle s’exerce à travers les obstacles que lui oppose le mal sur la terre. Il fallait se borner aux lumières que la solution du problème moral donne sur l’existence
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et sur la raison du mal. Et, quant à son origine ontologique * et aux considérations ultérieures sur sa répugnance avec la bonté de Dieu, par exemple, si l’on venait demander pourquoi Dieu, juste providence, a donné l’être à des créatures qu’il sait devoir abuser un jour de leur liberté, de ses dons, de sa grâce, et comment il n'a pas brisé au berceau l’ouvrage de ses mains, et éteint le souffle de vie qui devait être si fatal à celui qui l’aurait reçu; ou bien encore, pourquoi les biens et les maux de l’ordre moral, les prédispositions accidentelles au vice et à la vertu, sont si inégalement répartis ; oui , devant ces spéculations effrayantes, il serait sage de reculer, ou plutôt de passer outre, et de puiser dans l’immense clarté que se prêtent mutellement et tous ensemble les attributs de Dieu, de puiser, dis-je , la force de s’élever au-dessus de ces difficultés que suscite devant notre faible intelligence l’insensée volonté de comprendre, dans leurs procédés extérieurs, toute l’étendue des attributs providentiels.
J’ai parlé ailleurs de la difficulté de concilier la prescience de Dieu avec la liberté humaine , problème dont la métaphysique n’a pu nous donner toute la solution. Ecouter
et vouloir résoudre toutes les difficultés, c’est s’engager de gaîté de cœur dans un labyrinthe sans issue. Vous croyez que Dieu existe et qui] est doué de tous les attributs de perfection ; d un autre coté , vous vous êtes aussi démontré que vous êtes libre. Eli bien! qu importe que vous ne conceviez pas l’accord de ces deux grandes vérités? laquelle rejetterez-vous? Ni l’une ni l’autre, assurément j car vous ne sacrifierez pas la vérité à l’impuissance de f expliquer. En toute doctrine, mettez le pour et le contre dans les deux bassins d’une balance , et décidez-vous.
Voilà tout ce que nous dit la philosophie sur les attributs de Dieu ; elle les reconnaît et s’arrête, car ce n’est point à elle qu’il appartient de livrer les attributs ultérieurs de cette connaissance. Dans ce champ, il n’y a pour ainsi dire rien a démontrer, et il y a tout à adorer. Aussi voyez comme les démonstrations philosophiques sur les attributs divins, essayées par Fénélon dans son admirable Traité, s achèvent et se fondent en de pieuses et sublimes contemplations! C’est qu’en effet la religion, s’élevant au-dessus des vaines espéiances de la raison , et laissant en arrière la philosophie , cette dernière exprès-
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sion de la science et de la raison humaine ; la religion, riche de ses traditions sacrées, puissante de l’autorité quelle a reçue d’en haut, révèle ses mystères, et, recevant l’initié sur le seuil, l'introduit au sanctuaire et l’entraîne, comme une barque qui dérive librement sur un fleuve , à des contemplations que la science ne saurait plus diriger.
Ici, en effet, la plupart des philosophies des écoles traitent des questions que nous ne voulons point aborder, afin de laisser à la théologie tout son domaine, et de nous arrêter autant que possible à ce point où la philosophie de l’esprit humain établit elle-même et reconnaît ses barrières. Ainsi nous ne parlerons point du culte que la créature raisonnable doit au créateur qui la soutient et qui la conserve : dette légitime et sacrée que l’homme a contractée au sortir du néant, et qu’il doit commencer à payer dès que son regard s’élève au ciel pour y lire écrit sur la voûte immense l’auguste nom du maître et du bienfaiteur, et qu’il ne finira d’acquitter qua son jour suprême, quand, serviteur trouvé fidèle, il sera appelé à recueillir le fruit immortel d’une veillée laborieuse et sainte.
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Si nous voulions pénétrer dans ces considérations, nous pourrions examiner si ce culte n est pas double : intérieur d’abord , tt s exhalant en adoration et en amour, sous la forme de la prière , de la prière qui jaillit dans le fond de lame en esprit et en vérité, et, sans se répandre au-dehors, aspire au ciel vers le souverain bien , vers le seul bien dont les autres biens sont l’ombre, et de qui toutes les créatures empruntent leur beauté et leurs droits a être choisies et aimées; puis extérieur, attendu que l'homme doit à Dieu 1 hommage de tout son être, et que si l’intelligence est en rapport avec la divinité dans le culte intérieur, il faut, aussi réduire la sensibilité et le corps même à l’état d'hommage permanent, devant celui qui a donné au limon dont est pétri l’homme matériel, la noble mission d’être le ministre de l’âme, et
par-la, de concourir avec celle-ci à publier la gloire du Très-haut.
Et nous pourrions chercher si la nécessité du culte extérieur n’est pas aussi fondée sur cette autre considération, que Dieu, en consentant à descendre et à s’incliner vers l’homme sous des formes sensibles, et par les détails i un culte dont les touchantes cérémonies sont
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un symbole expressif des émotions les plu, pures et les plus intimes de l’âme , prête ainsi appui à la faiblesse , et supplée par l’ effusion des sentimens à l’aridité de 1 intelligence , qui seule, réduite à elle-menie, et sans aucun des rites mystiques que les religions consacrent, demeurerait immobile, fière et incapable de commander aux genoux de s incliner, ou aux regards de se soulever à la contemplation des attributs divins de l’être suprême.
Ensuite, et en suivant toujours certaines traditions des traités en usage, on pourrait demander quel est, entre tous, ce culte exté- ' rieur que 1 homme n’a pas du produire, et qui doit avoir été prescrit par la divinité même, parce qu’elle veut être adorée par 1 homme tout entier. Et, en descendant dans la question historique, de laquelle rejaillit de toutes paits et avec une immense clarté l’inébranlable certitude de la religion chrétienne, on finirait par se demander dans quel siècle et chez quel peuple il a plu au maître de la terre de parler à la terre, de lui promulguer sa loi, et de lui révéler les secrets de sa nature impénétrable.
Mais ces questions nous conduiraient tiop loin, et île plus, elles n’ont que des rapports
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indirects avec les attributs de Dieu, et n’y tiennent que comme des conséquences éloignées à leurs principes. D’ailleurs celui qui, du haut d une simple chaire classique, a reçu mission d’enseigner les principes fondamentaux et constitutifs de la nature humaine, de rechercher les lois primitives de la science et de lart, d’établir les axiomes de la moralité, les bases conservatrices de l’ordre social , les cioyances consolatrices d’une vie à venir et d’un Dieu créateur et protecteur, celui-là peut bien se renfermer dans ce vaste champ , et laisser le soin des corollaires purement religieux à ceux qui tiennent leur mission de plus haut, et qui ne craindraient point de compromettre par les faiblesses du discours une cause sacree, parla raison que leur autorité' n’est point empruntée à ce qui fait la force et la faiblesse du reste des hommes , et qu’ils ont recueilli cette parole qui a été dite une fois et transmise jusqu’à eux depuis 18 siècles I
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Cependant il est une autre science qui est à la fois limitrophe de la théologie et de la philosophie générale de l’esprit humain, et qui meme tient de l’une et de l’autre; c’est la morale, non plus considérée dans son principe
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fondamental, mais dans ses applications diverses et pratiques aux actions des hommes et aux circonstances multipliées de la \ie humaine. La morale , ainsi conçue , est une science à part , elle est le plus verdoyant rameau qui sorte du tronc de la métaphysique. Prudente dans sa marche, austère dans ses développemens , elle s interdit les recherches téméraires qui ne font qu éblouir, et paitant de l’existence de Dieu et de ses attributs infinis , c’est dans ce centre divin qu elle attache le premier anneau de cette chaîne immense des devoirs, qui embrasse le monde entier, des devoirs qui sont le lien indéfectible de l’homme, comme être religieux, pur et
sociable.
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