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EXPRESSION LOGIQUE DES IDEES

Le langage est le signe de la pensée ; il sert à l’enregistrer, dit Locke; un autre a dit mieux encore, cest le jour dans la pensée.

On a coutume de distinguer le langage naturel et le langage artificiel. Ce dernier n’est que le perfectionnement du premier et se compose des memes élémens. Or ces élémens se réduisent à deux : le geste et la voix.

Personne n’ignore comment dans l’homme sauvage ou dans 1 enfant au berceau, le sentiment se manifeste indépendamment de toute formule apprise, de toute expression artificielle , par des gestes et par des cris. Il est facile d’observer quels efforts laborieux fait la

pensée naissante pour se répandre et se réaliser au-dehors, et comme les moyens naturels qui naissent avec 1 homme suffisent a ses premiers besoins.

C’est le geste avec ses variétés, surtout avec le rire et les pleurs, et les nuances mobiles de la physionomie; c’est la voix avec ses cris interjetés et ses mouvemens inarticulés, qui constituent le symbole de toutes les impressions de l’homme à son berceau.

Mais ce système de signes est infiniment borné; les joies et les douleurs, les modifications sensibles de l âme , les passions douces ou violentes sont tout ce quil lui est attribué de représenter. Sa puissance s arrête au seuil de la pensée ; mais sitôt que l’etre humain s’ouvre à l’intelligence , quand de nouveaux rapports et des sentimens plus compliqués viennent à s’élever dans son ame , il lui faut un secours nouveau qui naisse , croisse et se perfectionne, parallèlement à 1 intelligence , ou en raison de ses progrès. Alors sur le geste, signe naturel des premières lueurs de la pensée humaine, se greffe le système artificiel du geste ; et sur les cris inarticulés , expressions impuissantes de sentimens qui ne sont pas encore la pensée, se base et se déioule,

dans sa magnifique étendue, le trésor du langage parlé.

Que dirons-nous du geste artificiel? Qu’importe que le théâtre s’en soit emparé pour en créer un art magique? qu’importent les merveilleux effets que rapporte Cicéron du mime OEsopus? qu’importe encore que le geste, perfectionné par la logique et par l’art, soit devenu le langage de cette portion, malheureuse de la société à qui la nature a refusé le don de parler et celui d’entendre? Il est évident que 1 art du geste est un langage secondaire , un langage d’exception, dont les élémens sont empruntés à la parole , cette universelle interprétation de la pensée dans le genre humain. Et qu’est-ce en effet que celte science dont Sicard a doté les sourds et muets, sinon une traduction plus ou moins fidèle du langage parlé ?

C est donc seulement de la parole que nous devons nous occuper ici, mais de la parole comme étant cette expression, ce corps de la pensée dont nous parlions tout â l’heure. Et pour cela nous avons à exposer la composition logique du discours , à montrer comment, puisque la pensée ne saurait sans le secours de la parole, et par sa seule vertu,

être manifestée à la conscience, comment, dis-je, et par quel artifice se réalise et se compose : i° le tissu du discours, la forme primitive et pourtant complète de l'intelligence, lorsqu après avoir conçu, elle juge; 2° le mécanisme ultérieur dont 1 esprit fait usage après la conception et le jugement , savoir la dialectique, cette armure inflexible, sous laquelle la pensée primitive sort vivante et invulnérable de l’intelligence initiée à raisonner.

Cependant je n’ignore pas qu’il conviendrait, au moins comme préparation à cette logique du discours , et comme préliminaire aux questions usuelles et pratiques que nous devons traiter, qu’il conviendrait, dis-je, d’exposer la décomposition grammaticale du discours; c’est-à-dire qu’au lieu de prendre la proposition telle qu elle est donnée dans sa forme complète et intégrale, on détacherait chacun de ses termes , pour le considérer a part, pour remonter à ses élémens primitifs, et aborder ainsi la plupart des questions sur l’origine et sur les premiers développemens du langage parlé : questions intéressantes qui constituent ce qu’on peut appeler la philosophie de la grammaire ; mais nous craindrions

de compliquer la simple et pratique destination de ce chapitre, et nous différons pour un appendice à part l’exposé ou plutôt le rapide aperçu de nos idées sur la grammaire générale.

Proposition. • — Argumentation . Voilà donc les deux seules parties sur lesquelles nous devons nous arrêter quelque temps; on voit pourquoi nous ne nous occupons plus du jugement et du raisonnement purs, considérés théoriquement comme facultés, et à part de leur expression : le lieu d’en parler sous ce rapport s’étant rencontré précédemment dans le chapitre des opérations de 1 entendement , dont au reste la plus grande partie de notre logique doit être regardée comme un complément ou un corollaire. A ces deux questions logiques nous joindrons celle des causes d erreurs en général, dans lesquelles les travers du langage ont coutume de jouer un si grand rôle. Ces trois questions renferment tout ce qu’il y a de plus important dans la logique des écoles; or c’est ici la voie battue pour tous, ici plus de système où I on mette quelque chose de sa propre pensée , et on peut dire que toute la perfection de cette partie de la logique, quand on a consenti à y entrer.

consiste à alléger le fardeau des formules inutiles que se transmettaient les écoles , et dont elles se préoccupaient beaucoup trop , au préjudice de la vraie science de l’esprit humain.

i° Jetez les yeux sur une proposition quelconque , et vous aurez embrassé à la fois tous les élémens de la pensée et tous ceuxdu langage. Une proposition est l’énoncé d’un jugement; plusieurs propositions enchaînées selon certaines formes, énoncent un raisonnement.

Toujours la proposition; vous ne sortez de son cercle si borné que pour le recommencer incessamment : et c’est ainsi que toutes les propositions assorties forment la chaîne de la pensée parlée , le sermo , qui n’est autre chose qu’un entrelacement et comme une guirlande de propositions , selon que l’enseigne son étymologie , sertum.

La proposition, ai-je dit, est l’énoncé du jugement, c’est-à-dire est l’affirmation, par le discours, de la convenance ou de la disconvenance de deux idées (i).

(i) Nous devons expliquer cette définition. Quand nous disons, la proposition affirme la convenance ou la disconvenance de deux idées , nous ne donnons qu’une

La proposition se compose de trois parties logiques : le sujet , ce dont on affirme ou ce dont on nie quelque chose; lattribut^ce qui est affirmé ou nié du sujet : alterum cle cjuo

définition à posteriori , et relative à la proposition ou à 1 énoncé du jugement. Car quant au jugement lui-même, qui est à priori par rapport à son expression , nous ne croirions pas devoir nous en tenir à cette définition qui est loin de pénétrer au fond du sujet. Déjà , dans notic cliapitie des operations de 1 entendement , nous avons pu remarquer comment Condillac , en regardant tout jugement comme le résultat d’une comparaison , avait émis une opinion vraie à certains égards , quant aux objets sensibles dont la perception est , selon ce philosophe, 1 élément unique de la cognition humaine; mais opinion fausse et exclusive , en ce qu’il ne nous paiaît pas exact que tous les jugemens que nous foi nions puissent se ramener à la comparaison comme à leur procédé primitif.

Ainsi , en généralisant cette théorie , nous pourrions montrer , avec un illustre professeur , comment cette manière d’envisager le jugement s’applique aux notions purement abstraites, et perd toute sa valeur, sitôt qu’on veut la faire servir aux réalités qui impliquent 1 existence , et qui contiennent en elles-mêmes les attributs dont on ne saurait les séparer, comme fait le jugement par comparaison, en affirmant la convenance. Mais nous retrouverons ce point de vue plus haut dans une question majeure , quand nous entrepren-

loquimiir , alterum quoci loquimur , dit Qu’mtilien ; enfin le verbe ou la copule qui sert à exprimer la liaison du sujet avec 1 attribut.

Considérée quant à sa forme, la proposition est simple, complexe ou composée : simple, quand elle affirme ou nie une seule chose d une seule chose, c’est-à-dire, quand elle n a qu’un sujet et un attribut; complexe , quand le sujet ou l’attribut est expliqué ou déterminé par des propositions incidentes; composée, quand elle a plusieurs sujets ou plusieurs attributs. Il est clair que toute proposition est essentiellement simple , et que si nous distinguons des propositions complexes et composées, nous voulons seulement ex-

drons de déterminer le principe du jugement et son autorité par rapport au critérium de notre connaissance. Ici , comme il ne s’agit point du discours intei îcui ou du jugement pur , mais du discours extérieur et purement énonciatif , soit dans la proposition , soit dans l’argumentation , nous adoptons sans commentaires la définition commune , et nous réduisons cette question à l’art de découvrir la convenance et la disconvenance , sinon immédiatement de deux idées , au moins de deux termes représentatifs de deux idées. Cela pose, nous nous bornons aux plus rapides et aux plus oidi naires résultats.

primer les divers modes de combiner ensemble les propositions simples, soit que I on joigne une proposition subordonnée à une principale dont elle complique et modifie le sens , comme dans la proposition complexe; soit qu’il y ait réellement plusieurs propositions distinctes, isolées, égales, indépendantes, assorties simplement pour l’usage et la rapidité du discours , comme dans la proposition que l’on appelle composée. On distingue aussi plusieurs sortes de ces propositions composées, telles que copulatives, conditionnelles, dis— jonctives , etc.; mais, comme ces distinctions ne portent guère que sur leur forme et sur l emploi des particules qui les unissent, elles tiennent aux théories grammaticales de la phrase et de la période, et il appartient plutôt à la rhétorique qu’à la logique d’en donner une classification exacte et détaillée.

On a coutume aussi de distinguer dans les propositions, comme dans les idées générales, la compréhensoin et l’étendue , c’est-à-dire , et nous l’avons déjà vu, le nombre des idées partielles et le nombre des êtres individuels compris dans la signification de chacun des termes de cette proposition. G est aussi ce qui constitue sa qualité et sa quantité. Or, sous le

premier rapport , sous celui de la compréhension ou de la qualité, les propositions sont dites affirmatives ou négatives , on énonce que l’attribut convient ou ne convient pas au sujet , et on envisage leur vérité et leur fausseté. Sous le second rapport, qui est l’étendue ou la quantité, elles sont dites universelles, particulières , et singulières , suivant que le sujet est pris dans toute son étendue ou dans une partie de son étendue , ou bien que ce sujet indique un objet déterminé, individuel. Vous lirez dans les logiques, si cela peut vous plaire, une foule de détails ingrats et de règles vaines concernant les diverses combinaisons que peuvent subir les propositions soit affirmatives, soit négatives, suivant que l’attribut est affirmé ou nié du sujet , dans sa compréhension ou dans son extension. Vous pouvez lire aussi ce qui est dit du grand art de convertir les propositions. Si en eflet vous souhaitez savoir ce que c’est que la conversion d’une proposition , c est la propriété qu’elle a de pouvoir être renversée , de sorte que son attribut devienne sujet et que son sujet devienne attribut. Alors vous apprendrez que la conversion est légitime , quand les termes de la proposition convertie ne sont

pas employés plus universellement que dans celle à convertir; et vous saurez aussi par surcroît une foule de règles toutes plus subtiles et plus étroites les unes que les autres, qui vous feront connaître par quels procédés on peut appliquer ces principes, selon que la proposition à convertir est affirmative on négative. Le temps est trop précieux et la science trop abondante , pour détourner vers ces misères les loisirs que nous pouvons lui consacrer : difficiles nuga, , disait l’école, et l'école en disant cela se moquait d’elle-même, et elle avait raison.

Cependant, à côté de la théorie de la conversion , s’en trouve une autre d’une utilité plus réelle et vraiment pratique ; c’est celle de l’opposition.

Deux propositions sont opposées , lorsque lune exclut ce que 1 autre établit. L’opposition est dite contraire , lorsque la seconde proposition dit plus qu il ne faut pour réfuter la piemiere : exemple, tout homme est juste; nul homme n’est juste. Elle est dite contradictoire, quand cette seconde dit précisément ce qu il faut pour réfuter la première : exem^ pie, tout homme est juste; tout homme n’est pas juste. Deux contraires peuvent être faus-

ses; de deux contradictoires l une est nécessairement vraie. Or il y a ici à recueillir quelque instruction. Que fait le monde et comment se passent ces discussions interminables qui sont le fonds de la vie sociale? quelle est la forme et le mobile des jugemens? Je réponds : des oppositions. Et quelles oppositions ? Des contraires. C’est qu’on bannit des jugemens la bonne foi et la modération ; la passion règne et nous précipite aux deux extrémités contraires de la discussion. Dès le point de départ on ne s’entend pas, et on a tort des deux côtés. Car si l’un dit : Quiconque est de ce parti est méprisable; l’autre reprend : Tous ceux de ce parti sont également dignes d’estime. Tel est en effet le genre d’équité qui a coutume de présider aux jugemens dans le monde. Gardez-vous donc de ce que la logique appelait des oppositions contraires; la morale saisirait cet aperçu et pourrait le développer utilement.

La logique proposait aussi des observations justes et claires, relativement à deux sortes de propositions qui jouent un rôle bien important dans l’économie de la pensée et du discours ; je veux parler de la définition et de la division. Voici le rapide résumé de ce

qu exposent les traités : La définition est une proposition qui a pour but, non pas d’expliquer ce qu’une chose est, mais bien de la déterminer, d’en tracer la circonférence, de la resserrer dans des limites, comme dit le terme latin, definire . On distingue la définition de nom, qui explique le sens propre d un mot , et la définition de chose, qui énumère les principaux attributs d’une chose, afin de faire connaître sa nature. C’est ainsi qu’on définit un cercle, une figure dont tous les points sont également éloignés du centre. La définition de chose est toujours bonne : celle de nom a des avantages et des inconvéniens dont nous avons pu nous apercevoir plus d’une fois en philosophie, et sur lesquels nous ne nous arrêterons pas, nous bornant à dire que les principales qualités de la définition sont d’être claire, courte, réciproque; c’est-à-dire, de convenir au défini , à tout ce défini , à rien quà ce défini, et de marquer le genre prochain et la différence immédiate. Cette dernière règle, sous son écorce un peu rude et classique^, est fort précise et fort exacte : L homme est un animal , c est le genre prochain; un animal raisonnable , c’est la différence immédiate entre l’homme et l’animal.

La division est la distribution d’un tout en ses parties, ou d’un genre en ses espèces. On appelle la première, partition; la seconde conserve le nom de division. Une bonne division doit être entière, c’est-à-dire, contenir une exacte énumération des parties ou des espèces ; ses membres doivent être opposés , c’est-à-dire qu’un membre ne doit pas être compris dans l’autre. On ne doit pas multiplier les divisions, se souvenant de cette excellente règle d’un ancien : Conjusum est quiclquid in pulverem sectum est. Nous allons maintenant dire quelque chose de l’argumentation.

2° L’ argumentation est l’énoncé du raisonnement. Voici le principe sur lequel repose son procédé.

Axiome : Deux choses égales ou inégales à une troisième sont égales ou inégales entre elles. Au lieu de ce mot, deux choses, mettez deux quantités, deux grandeurs, deux termes, vous aurez à volonté un axiome arithmétique, géométrique et logique.

Or s’il vous arrive, en voulant comparer deux grandeurs, de ne pas pouvoir juger de suite, à priori , leur convenance ou leur disconvenance, n’irez- vous pas chercher une mesure connue que vous appliquerez succès-

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sivement a chacune des deux grandeurs, et, ayant reconnu leur convenance avec cette mesure, n’en concluerez-vous pas la convenance mutuelle des deux grandeurs ? C’est là tout l’artifice du raisonnement. Vous ne sauriez juger de la convenance de deux idées, vous appelez le secours dune idée moyenne, et ainsi votre conclusion sur la convenance des deux idées est le résultat d’une double comparaison , d’abord de l’idée moyenne avec

le sujet, puis de l’idée moyenne avec l’attribut.

Je veux prouver que a = x, et j’établis 1 équation suivante :a = b)X = b, donc a=x. Voilà le raisonnement, sa forme est donnée, reelle, indispensable, inhérente à la pensée humaine., Aristote a pu la décrire , on voit qu il ne Ta pas inventée.

On voit aussi par-là que l’identité entre deux termes peut être regardée, sous nn certain rapport, comme le principe du raisonnement, ou du moins comme le but qu’il poursuit : mais il faut vite reconnaître la chimère d’une identité absolue que l’on supposerait etre la base du raisonnement, comme e le serait celle du jugement ; identité consis- , tant a établir que la proposition est vraie

comme l’argumentation est exacte , lorsque les deux termes dont on cherche la convenance peuvent être pris l'un pour l’autre, et sont véritablement identiques. Non, l’identité ainsi entendue ne saurait expliquer le raisonnement logique , elle ne saurait être obtenue ou réalisée, car les termes ou expressions des pensées ne peuvent ni se mesurer, ni se peser avec une souveraine précision, comme il arrive dans les sciences exactes ou les signes ne représentent aucun objet, aucune idée déterminée. Il n’est pas vrai que 1 on puisse dire d’une manière absolue et sans restriction , raisonner c est calculer , c est additionner et soustraire, c’est trouver la somme de plusieurs choses ajoutées, ou mai" quer la différence de deux quantités. C'est pourquoi cette identité dont nous parlons n’est que l’identité de convenance , de rapport , en ce sens qu’en tout jugement, 1 attribut affirmé du sujet est pris relativement, dans une compréhension et dans une étendue identiques à celles du sujet.

Il y a donc en tout raisonnement , outre la conclusion, une double opération, et pai conséquent trois propositions. Les deux premières représentent le travail de 1 argu-

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mentation, ou la double comparaison; la troisième proclame le résultat de cette double opération.

Ce qui explique clairement et à priori la composition du syllogisme, ou forme élémentaire, primitive du raisonnement, à laquelle toutes les autres formes peuvent se ramener. Les deux premières propositions s’appellent prémisses ; on appelle majeure, la proposition dans laquelle l’attribut ou grand terme est comparé avec le moyen; mineure, celle dans laquelle le sujet ou petit terme est comparé avec ce même moyen; la troisième proposition porte le nom de conclusion.

En employant ces anciennes dénominations de grand et de petit terme , nous leur attachons le sens usuel de toutes les logiques , celui de 1 attribut et celui du sujet ; mais nous ne voulons pas qu’on ignore la controverse à laquelle les logiciens et les grammairiens, particulièrement depuis un siècle en France, ont soumis la doctrine du majeur et du mineur dont l’origine remonte à Aristote : il s’agit encore de l’identité ou de la non-identité des deux termes. Les interprètes de la philosophie péripatéticienne s’imaginant que tous les attributs possibles, toutes les idées

de qualités que l’esprit humain peut conce- ■voir, devaient rentrer dans les catégories imaginées par ce maître, appelèrent naturellement grand terme l’attribut de la proposition , considérant l’attribut comme étant l’espèce, et le sujet comme étant l’individu nécessairement contenu dans l’espèce , et par cette raison justement nommé le petit terme.

L’école de Locke et de Condillac, s'empressant d’écarter du sol les derniers débris de la scolastique, s’avisa, à tort ou à raison, de mettre au jour et de léguer à une longue popularité cet axiome : a Toute vérité est une proposition identique; » c’est-à-dire, est une proposition dans laquelle le même est affirmé du même, et dont les deux termes sont parfaitement conversibles, et peuvent se ramener à ceci, a = a : abusant, comme nous venons de le voir, d’une fausse analogie entre les termes, signes de pensées dans une proposition logique , et les propositions évidemment identiques de l’arithmétique et de la géométrie , comme si des vérités d’ordre si différent pouvaient être atteintes par le même procédé logique, et étaient réductibles au même principe, l’unité ou l’identité.

Plus tard est survenue une troisième opi-

nion, celle du célèbre logicien Destutt de Tracy qui , fuyant à l’extrémité de la théorie, dont Aristote occupe l’autre extrême et Condillac le milieu, établit que, « dans tous nos jugemens quelconques, l’extension des deux idées comparées étant la même , parce quelle est toujours égale à celle du sujet, l’opération intellectuelle consiste à sentir que le sujet comprend l’attribut. » Or, cette nouvelle façon d’envisager la question sous le rapport spécial de l’extension des deux termes, ne manquerait ni de précision, ni de clarté, ni d évidence, si la conclusion de 1 auteur était 1 identité des deux termes , identité réelle et vraie sous certains rapports, ainsi que nous venons de l’exposer; mais on ne comprend pas aisément comment, puisque le point de vue sous lequel il considère les deux idées le mène à l’identité, il en infère que le sujet comprend l’attribut.

C’est pourquoi, et en résultat de tout ceci, quelle que soit 1 imposante autorité des noms auxquels se rattachent, à travers tant de siècles, les discussions que nous venons de reproduire , nous croyons que c'est là une de ces mille et une questions inutiles édifiées sur des pointes d’aiguilles , et dont les logiciens

et les grammairiens ont conservé le privilège de faire et de défaire incessamment les fantastiques ou fragiles constructions. Nous garderons donc la vieille dénomination ; et comme il s’agit ici de détails pratiques, usuels, réductibles à la simple expérience, s’il faut donner à ces mots un sens analogue et tout expérimental, sans trop nous inquiéter si l’attribut est plus grand, plus petit, ou s’il est égal au sujet, le grand terme sera 1 attribut, parce qu’il est le terme le plus étendu, celui qui occupe le plus de place dans la proposition et dans la phrase, et réciproquement du petit terme.

Or, et afin de poursuivre, car nous ne pensons pas que l’on nous fasse un blâme de ces incidens, puisque notre objet dans ce Cours est de faire toujours marcher de conserve , et autant que faire se peut, l’histoire à côté de la doctrine : revenons à étudier la forme de l’argumentation.

Nous n’entrerons point dans les détails que contiennent beaucoup de logiques sur les règles du syllogisme, sur les diverses combinaisons que peuvent recevoir les propositions ou les termes qui le composent , sur ce que l’on appelle ses modes, ses figures, etc.

Rappelons seulement quelques principes qui sont manifestes, incontestables, et que l’on peut regarder comme les axiomes de la syllogistique. Un syllogisme ne doit avoir que trois termes ; le moyen terme ne doit pas se trouver dans la conclusion ; les deux termes ne doivent pas être pris plus universellement dans la conclusion que dans les pre'misses. — Si une seule prémisse est négative , ou si les deux le sont, on ne tire aucune conclusion,* si les deux prémisses sont affirmatives , la conclusion sera également affirmative. • — Observez que ces dernières règles syllogistiques reviennent exactement à la règle élémentaire des signes en algèbre, + x + == +, etc.

Mais surtout il ne faut pas oublier la règle unique appelée règle des modernes , par laquelle on juge infailliblement de la bonté d’un syllogisme. Il est nécessaire que l’une des prémisses contienne la conclusion , et que 1 autre indique qu elle la contient. Par exemple, dans le syllogisme suivant : • — - tout vice est odieux, or le mensonge est un vice, donc le mensonge est odieux, — la majeure, tout vice est odieux, renferme la conclusion, et la mineure se borne à faire connaître qu elle y est contenue, en faisant voir que le men-

songe n’est pas une chose difFe'rente du vice.

Et ainsi, en résumé, l’opération du raisonnement sous sa forme ordinaire qui est le syllogisme, consiste donc : i°dans l’évidence intuitive et isolée de trois propositions enchaînées; 2° dans l’observation par la mémoire du lien déductif qui unit ces propositions; 3° dans l’application du principe rationnel que nous avons établi, qui fait conclure de leur convenance avec un moyen terme, et après comparaison , la convenance des deux termes entre eux. De cet ensemble d’opérations résulte la démonstration , qui n’est point, comme on le voit, une opération simple, mais complexe , par laquelle on embrasse par la pensée, et on réduit à l’unité, l’évidence intuitive de plusieurs propositions formant un syllogisme ou une chaîne de syllogismes.

Les formes d’argumentation autres que le syllogisme sont ; l’enthymème, qui est un syllogisme brisé dans lequel on sous-entend une proposition trop claire pour être exprimée : il peut arriver aussi qu’au lieu d’une prémisse, on sous-entende la conclusion ; le prosyllogisme, composé de cinq propositions qui contiennent deux syllogismes disposés de manière que la conclusion du premier est une des

prémisses du second; l’épichérème, un argument dans lequel chaque preuve est place'e à la suite de chaque proposition , il constitue ce qui est proprement la démonstration; le sorite, appelé aussi gradation, qui se forme de propositions tellement enchaînées, que 1 attribut de la première devient le sujet de la seconde, l’attribut de la seconde devient le sujet de la troisième, et ainsi de suite, jusqu à ce que dans la conclusion le sujet de la première proposition se trouve joint a l’attribut de la dernière : observez qu’il n’y a point dans le sorite plusieurs moyens termes, ce qui seiait contradictoire avec le principe du raisonnement , mais seulement des essais successifs, des transformations du moyen-terme, jusqu à ce que la dernière transformation ou traduction étant difinitivement adoptée , permette au syllogisme de se régulariser et de se conclure, la valeur de cet argument consiste dans la fidélité de ses traductions successives; le dilemme, argument qui contient deux propositions différentes ou contraires, dont on laisse le choix à l’adversaire, afin de le convaincre également, soit qu’il adopte l’une ou l’autre : la règle évidente de cet argument est que le sujet soit divisé en

toutes ses parties; enfin l’induction, qui consiste à rassembler des propositions singulières, pour déduire de leur réunion une conclusion générale : nous retrouverons ailleurs cet argument, c est plus qu un argument, c est toute une méthode.

Telles sont les diverses formes d’argumentation; vous les retiendrez, aisément, parce quelles sont peu compliquées, et que d’ailleurs chaque terme contient dans son ougme étymologique son explication. 11 était nécessaire de jeter un coup dœil généial et rapide sur le mécanisme intérieur de 1 argumentation ; car ces procédés sont véritablement le procédé naturel de l’esprit humain se dirigeant à la recherche de la vérité : et Aristote a fait une grande chose, lorsqu il a disséqué et ramené à leurs procédés élémentaires , en leur donnant des noms , ces fibres et ces nerfs de la pensée dialectique; seulement, dans ses longues descriptions du syllogisme , dans l’examen qu’il fait de ses espèces et de ses règles, de ses modes, de ses figures, on peut lui reprocher d’avoir fait une trop grande part aux développemens stériles qui tiennent dans la mémoire la place de ce qui serait vraiment important, et d’avoir livré à la pâ-

ture des écoles ces alimens sophistiques dont le moyen âge faisait si ample moisson dans les écrits de cet ancien. La plupart des erreurs des hommes viennent bien plutôt de ce qu’ils raisonnent sur de faux principes, que de ce qu’ils raisonnent mal suivant leurs principes. C’était le grand tort de la logique scolastique de ne s’attacher qu’à la rigueur du raisonnement, et de ne s’occuper guère de ses principes. Ils ne voyaient pas assez, ce que pourtant établit Aristote lui-même, que tout raisonnement présuppose un jugement primitif posé comme axiome, lequel ne saurait lui-même être prouvé par déduction , et qui n est pas non plus regardé comme une déduction \ car autrement il n’y aurait jamais de raisonnement légitime, ou du moins il faudrait toujours prouver les prémisses et îemonter a 1 infini, jusqu’à ce que l’on trouvât un principe pleinement évident : chaque prémisse deviendrait elle-même un problème dont il faudrait démontrer la solution par de nouveaux argumens. C’est donc surtout sur ces vérités d intuition , sur les jugemens , qu’il faut appeler 1 attention des disciples, en leur montrant par l expérience des livres et par le spectacle des égaremens des hommes, que

ceux-là memes qui se sont le plus profondément égarés , sont précisément ceux dont il est le plus difficile d’entamer les raisonnemens, parce qu’ils ont trop bien déduit de justes conséquences d’un ou de plusieurs principes erronés. Il faut leur apprendre en effet que le principe doit être vérifié avec encore plus de soin que la conséquence ; que la solidité de la construction n’est rien, si la base chancelle et menace ruine 5 et qu’enfin, en bonne logique, l’art de penser, de juger , est supérieur, comme il est antérieur à l’art de raisonner .

Puis, l’histoire leur apprendra comment devant le double génie de Bacon et de Descartes, après les ténèbres de 1 école, les échafaudages sont tombés, et la pensée, enfin émancipée, a comme secoué ses chaînes, et a fait effort pour briser ces moules de la scolastique, ces formes impuissantes dans lesquelles la pensée libre se débattait depuis si long-temps emprisonnée; et comment alors on a compris et applaudi ce vers de Molière si rempli de sens :

Toute raison n’est pas dans le raisonnement.

Le grave et judicieux auteur de la Logique de Port-Royal, qui lui-même expose avec

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scrupule tout le détail des règles qui constituent la dialectique de l’école , reconnaît dans son discours préliminaire que « Futilité de ces règles ne s’étend pas bien loin , quelles sont seulement utiles en ce quelles servent d’exercice à l’esprit qui, à moins qu’il ne surmonte cet éloignement et ce dégoût naturel lorsqu il s agit de choses qui paraissent un peu âpres et subtiles, se retire insensiblement, et se rend incapable de comprendre des choses plus utiles et également épineuses. » C’est aussi sous ce dernier rapport que nous conseillerons volontiers à ceux qui exercent l’état laborieux de l’enseignement, de ne pas tiop négliger, au moins comme une gymnastique salutaire pour les jeunes esprits qu’il leui est donne d exercer et de tremper comme des lames d’acier sur l’enclume, de ne point, dis-je, négliger ces aspérités qui ne sont point toujours aussi stériles quelles sont ingrates; et c’est à eux à voir ce qu’ils pourront faire des règles des propositions, des catégories, des figures du syllogisme, et de 1 ancienne méthode classique d’argumentation , et de tout ce vieil arsenal aristotélique sur lequel il y aurait quelque suffisance à se prononcer d’une manière absolue; ils juge-

35o logique.

ront après tout s’il ne serait pas possible de réaliser à cet égard ce que dit Horace : ex jumo dure lucein.

Passons maintenant à la troisième des questions générales que nous nous sommes , proposées comme objet de ce chapitre.

5° La question des causes d’erreur peut être regardée comme le complément de celle du raisonnement; car il est fort peu important d’avoir raisonné conformément à toutes les règles de la syllogistique , si 1 on ne s est pas garanti de ces causes d’erreur qui , indépendamment des jugemens erronés et des argumens faux, offusquent l’intelligence et la détournent du vrai , lors même quelle raisonne avec le plus de rigueur : nous savons que le syllogisme, régulier dans sa forme, peut être vicieux au fond, et ce serait peu d’avoir énuméré les règles ou les conditions qui font son exactitude matérielle ou apparente , si on oubliait de rappeler les causes supérieures qui peuvent rendre sa conclusion

fausse ou même absurde.

Envisagée de haut, cette question présente une vaste carrière ; on pourrait en faire un traité complet de morale, qui contiendrait comme la statistique de toutes les faiblesses

’ de l’esprit , et de toutes les déviations qui l’entraînent dans les mille sentiers de l’illusion. Là, dans ce tableau trop fidèle, chacun pourrait puiser des secours contre sa propre tendance à l’erreur, et considérant en quoi chaque esprit tend à s’éloigner du centre de gravitation qui est la vérité, et par quelles causes multipliées se renouvellent les erreurs de chaque jour, apprendrait à les corriger, à en prévenir les retours, à en détourner les résultats funestes. Mais ce traité, chacun peut le faire avec soi , c’est l’œuvre de chaque heure et de tout le détail de la vie ; car celuilà est loin d’avoir perdu sa peine, qui a tiré de l’étude de lui-même ce simple résultat, qu’il connaît l’erreur à laquelle son esprit est sujet, et qu’il peut diriger contre cet ennemi toute la pénétration de son intelligence et toute l’énergie de sa volonté.

Cette tâche serait difficile; elle serait le fruit d’une réflexion constante, assidue; car les causes d’erreur sont partout, et rejaillissent de tous les pores de la constitution humaine. C’est donc dans toutes les puissances de l ame qu’il faudrait porter le flambeau , afin de découvrir ce qui en chaque objet est cause des

faux jugemens que nous sommes enclins à' porter.

Nous ne tracerons que les divisions et l’esquisse de cet important travail. L’homme est composé de trois principales facultés autour desquelles se groupent toutes les facultés secondaires : il est sensible, intelligent et volontaire ; sensibilité , entendement, volonté sont donc les trois grands faits qui constituent tout le spirituel de l’humanité ; la psychologie les explore tour à tour, et la logique , si elle veut diriger vers le vrai cette simple et complète triplicité de notre nature, doit montrer comment l’erreur surabonde dans la sensibilité, dans l’entendement et dans la volonté.

Et d’abord prenez successivement tous les sens , surtout le tact et la vue , qui suppléent les trois autres et donnent seuls la connaissance du monde externe : que d’innombrables causes d’erreurs ne sont pas recélées pour vous dans l’exercice de ces deux sens , bien qu’ils soient aussi les canaux nécessaires par lesquels vous arrive tout ce que vous connaissez du monde extérieur ! Et , pour n’en citer qu’un exemple , quelle erreur de nos

logique. 353

sen- que celle qui nous ferait volontiers prendre des inondes errans dans l’espace pour des diamans semés sous la voûte du ciel? Toutes les sciences naturelles ne sont autre chose qu’une guerre ouverte de la raison contre les déceptions de la sensibilité , et un continue! passage de l’obscurité à la lumière • cest-a-dire quelles ont pour objet de réformer les erreurs de nos sens, et de substituer es reahtes de la science aux apparences fac- >ces que nos sens nous suggèrent. C’est ce

que Lafontame a très-bien exprimé dans les vers smvans :

Quand l’eau courbe un bâton, œa raison te redresse, etc.

Que serait en elTet ce faible privilège eue nos sens ont reçu de connaître les objets ex eneurs, que serait notre vue fragile pour

, ’ a imissa,|ce de la géométrie ou les

merveilles de l’optique ne venaient , à l’aide des mstrumens de mesure ou de vision , mul-

'Ptei, centupler les proportions réelles de ta nature visible faire io.'ii: , ; des mu h if î r* J 1 Ir a nos regards -es multitudes detres dans l’eau, dans l’air

que noire vue croit être absolument vides ’

ou bien, reculant les bornes de l’immensité^

nous découvrir une foule de mondes qui, sans ce secours emprunté , resteraient à jamais inconnus dans ce ciel que les premiers pythagoriciens , fidèles croyons à la simple perception sensible, regardaient, dit l’antiquité, comme une voûte de c< istal ;

On peut ranger parmi les causes d erreur qui proviennent des sens, les illusions de la mémoire. La mémoire en effet est le résultat des perceptions sensibles, soit conservées dans l’âme, soit retrouvées en elle : la mémoire est la perception du passé. Quand cette perception a été acquise par suite d’une attention scrupuleuse sur les données sensibles, le dépôt en demeure fidèlement , selon que les sens lui ont fait un rapport plus ou moins fidèle et exact : mais la perception du passé n’est pas toujours manifeste comme celle du présent; c’est un miroir, un prisme; ce n est plus la première vue, c'est la seconde, et sous ce rapport l’illusion est bien facile.

Mais quand nous indiquons les causes d erreur qui proviennent de la mémoire , nous sommes immédiatement conduits à donner quelques développemens sur celles qui naissent de l’imagination. Qu’est-ce en effet que cette imagination considérée sous son point

de vue externe et objectif, sinon la mémoire des images? Bossuet dit en propres termes, et plus que nous ne saurions approuver : (( L’imagination est la sensation continuée. » Les données sensibles acquises par la perception, retrouvées par la mémoire, sont assorties et combinées par l’imagination. Les créations les plus originales de la pensée se composent d’images acquises, d’informes éîéniens mêlés et conservés dans les magasins de la mémoire, et qu’ensuite l’imagination soumet à ses capricieuses et changeantes compositions. C’est la magie de l’art ; Anoste avec l’Hippogriffe aurait pu l’enseigner. Ma:s souvent il arrive que l’opération n a pas réi-ss ; le prisme a perdu ce don primitif qu’il avait reçu d’ordonner la confusion, de former d harmonieux contours avec des formes élémentaires anguleuses et stériles. Lest alors i égarement de l’art , c’est le tableau dont parle Horace, risum teneatis ,

a miCl > et 1 pagination ayant ainsi franchi sa limite, devient une véritable cause d'erreur dans l’art, car partout le faux commence là

ou finit la vraisemblance ou la possibilité d illusion.

Mais au-dessous de cette région des esprits

privilégiés, et dans le cercle ordinaire de la vie, l’imagination, faculté décevante, exerçant son empire habituel, devient une source constante d’erreurs quand elle n’est pas dominée par la raison, quand la nature extérieure l’entraîne et la captive, et lui ote l’indépendance austère que la liberté de lame peut encore lui donner. Elle enveloppe comme d’un voile lumineux les choses de * 1 vie, et tous ne sont pas assez torts pour soulever ce voile et aller droit a ta léalu - ues choses. Tantôt c’est 1 art, la poésie don 1 âme se préoccupe et s’émeut; c’est l’éloquence, cet art dont le privilège est d’enlac v plus souvent que de convaincre, cet ar< -e *es Grets avaient comme déifié, et dont pourtant, avant le triomphe momentané de? sophistes , ils avaient reconnu la dangereuse influence quand leur tribunal de l’aréopage évoquait devant lui les causes judiciaires , la nuit et sans plaidoirie, afin de faire sortir la vente plus pure, en écartant le prestige sensible dont les solennités de la justice ont coutume d’être environnées et prévenues.

L’imagination nous enchaîne à 1 autorité des hommes. Par elle, nos opinions souvent sont des noms propres; c’est elle cpn nous

lait peser les autorités plus que les raisons , elle qui nous éblouit par des éclairs de style et de génie; comme si les égaremens du génie dont 1 histoire est pleine n’attestaient pas assez que la vérité n’a jamais fait avec lui un pacte permanent; comme si l’intelligence de chaque homme n’était pas d’un prix trop haut pour se rendre captive du talent ou du génie, ce cercle magique doué de plus d’éclat que de réalité, et pour s’enchaîner librement et sans conviction au char d’un triomphateur.

Souvent il ne faut pas tant de choses pour que l’imagination nous égare , elle est eliememe chose si légère, dit Platon; souvent meme ce n est pas elle qui va devant, et nous entraîne , cest nous qui courons après elle, et sans fatigue, sans repos, la poursuivons partout ou la mènent ses caprices. On dirait 1 enfant à la poursuite d’un papillon , et s égarant a travers mille détours pour atteindre l’insecle ailé qui fuit, et qui , s’épanouissant aux feux du soleil, se rit de notre course vaine. Et les causes , partout hors de nous et autour de nous en sont si pressantes, si multipliées! C'est l’attrait d’une lecture, le charme d’un entretien, l’entraînement de la

coutume, la séduction de cent mille circonstances si légères, si ordinaires, mais dont la vie est faite; c’est enfin la chaîne qui associe nos pensées et les fait couler comme des flots après des flots. Oui, l’imagination trouve surtout son exercice dans la liaison de nos idées , dans cette association constante et nécessaire qui, bien ou mal dirigée , fait tout le bien ou tout le mal de notre entendement, et en qui la métaphysique place justement la force et la pénétration de la pensée; la morale, la plus grande source de nos faibles joies , comme de nos abondantes douleurs; la logique, la plus fréquente cause de nos erreurs ( i )

L’imagination vient encore placer son rayonnement d illusion jusque dans le champ austère des démonstrations et des définitions scientifiques. Combien de fois nous croyons avoir démontré, défini, et nous navon^ fait que décrire, nous avons fait de la démonstration épique, lorsqu on nous demandait quelque chose qui se rapprochât des formes précises et austères de l’algèbre ou de la

i) Lisez dans D. Stewart , un excellent chapitre sur l’association des idées.

LOGIQUE. 35q

géométrie? Sommes -nous toujours sûrs, quand nous définissons, d’avoir limité la circonférence totale de notre objet ? Mais toujours nous le croyons, et nous ne voulons pas avouer que notre imagination n’ait pas une assez vaste portée pour embrasser un vaste ensemble, et nous allons hardiment en avant, oubliant tout ce que nous laissons en arrière. Ou bien il arrive que cette même imagination a grossi à nos yeux la réalité de Tobjet ; nous le voyons sous la loupe exagératrice : et alors, comment le connaissons-nous , comment le définissons-nous , et quelle description fidèle en pouvons-nous donner? Quelquefois, quand nous devions définir une pensée, c’est à un mot que nous nous attachons , et ce mot est une image, et cette image nous la prenons pour une réalité métaphysique , et nous la poursuivons à outrance; et alors que d’erreurs! Nous avons trouvé là 1 histoire du matérialisme et celle de l’idéalisme. Parcourez la mer des opinions philosophiques, à chaque naufrage d’un système, vous en trouverez la cause dans cette tendance de l’esprit à substituer l’imagination à la raison, et par exemple à ne s’attacher qu’à l’analyse et à

l'interprétation du mot image, en négligeant la pensée pure et abstraite.

Assurément, en reconnaissant à combien de déceptions l’imagination subordonne la vie humaine, c’est avec grande raison que le philosophe Montaigne représentant toutes les facultés de l’âme comme le personnel d’une maison bien réglée où chacune a son rôle à jouer et son département à administrer, caractérise cette faculté capricieuse et mensongère, en l’appelant la folle cle la maison.

Voyons maintenant les erreurs qui peuvent provenir de lintelligence. Ici sont comprises les innombrables déceptions auxquelles nous rendent sujets les diverses facultés de notre entendement au-dessus desquelles la raison plane, régulatrice et souveraine. C’est là qu’il faut classer les sophismes proprement dits, dont l’usage est si fréquent dans le monde , et qui dénotent un esprit faux , ou que la logique n’a pas réglé. L’énumération des sophismes occupe assez justement une grande place dans les anciennes philosophies. Aristote les a formulés avec scrupule et les a transmis à toutes les générations de logiciens. L’excellente Logique de Port-Royal les re-

cueille, et donne à leur sujet des développemens qu’il est bon de lire, parce qu’ils contiennent les meilleurs principes pratiques pour la vie intellectuelle et morale. Dumarsais en énumère douze sur lesquels il s’arrête avec étendue et clarté. Nous citerons Ses huit plus ordinairement énumérés.

i° C’est l’ignorance ou l’oubli de la question, lorsqu’on s’attache à prouver autre chose que ce qui a été mis en question ; 20 la pétition de principe et le cercle vicieux , lorsqu’on établit une proposition sur une autre proposition qui a le meme sens ou qui la suppose , ou lorsqu’on veut prouver deux choses l’une pai 1 autre ; o° la fausse cause , lorsqu’on at— ti îbue un effet a des circonstances qui ne Font pas produit, mais qui seulement Font accompagné ou suivi ; 4° la confusion du sens îelatif au sens absolu, qui a lieu toutes les fois qu on tire une conclusion générale et absolue d'une proposition vraie seulement sous certains rapports et selon certains faits accidentels; 5° la confusion d’un genre avec un autre, quand on applique ce qui est vrai d’un genre, d’une espèce ou d’un ordre de choses, à un autre genre, à une autre espèce, ou à un ordre de choses tout différent ; c’est aussi dans ce sophisme qu’il faut ranger la

confusion du naturel et du surnaturel, et 1 explication des phénomènes de la nature visible par ceux de l’invisible, et réciproquement, source de tant d’illusions et d’égaremens en matière de religion et de métaphysique; 6° le faux supposé, qui consiste à supposer pour vrai ce qui est faux, pour certain ce qui est incertain, et à raisonner ensuite avec confiance d’après cette supposition : à ce sophisme on peut joindre celui-ci , le passage du pouvoir à l’acte r a posse ad cLCtum non valet consequentia , qui a lieu quand on donne de la réalité à des êtres chimériques qui sont seulement dans l’ordre des possibles; 7° le dénombrement imparfait, qui a lieu lorsqu’on tire une conclusion générale dune ou de quelques vérités particulières : il est clair que ce sophisme n’est guère autre chose qu’une induction inexacte ; 8° enfin , le passage du moins connu au plus connu , lorsqu’on veut expliquer ou attaquer le certain par l’incertain : par exemple, celui qui objecterait contre l’immortalité de 1 âme humaine , la destruction possible de celle des bêtes, combattrait le certain par l’incertain, ou du moins passerait du moins connu au plus connu, et

tomberait dans le sophisme.

Le maître de logique arrêtera 1 attention

de ses auditeurs sur ces huit sophismes qui sont la plus heureuse et la plus féconde énumération de l’école. Il ne lui sera pas difficile de montrer comment, soit dans les discussions ordinaires qui ont lieu parmi le monde, soit dans les écrits des philosophes, toute erreur plus ou moins accréditée, tout système qui s’est éteint après avoir brillé, et avoir joui de quelque vogue, a sa racine et son point de départ dans l’un des sophismes qui viennent d’être exposés.

On pourrait rattacher à la grande classe des erreurs qui ont leur cause dans l’entendement, la section des préjugés ou des jugemens qui nous viennent d’autrui, avant que nous ayons pu les vérifier nous-mêmes, en exerçant notre raison indépendante. Ils tiennent au commerce intime, perpétuel, dans lequel nous vivons avec les hommes, par la

loi de notre nature sociale.

Etres d un jour , jetés sur cetle terre pour paraître et disparaître et accomplir notre destinée grande et fugitive, nous ne savons rien que ce que nous avons appris, que ce que les hommes nous ont enseigné par leurs entretiens et par leurs livres. Nous ne sommes quelque chose , nous ne sommes existons dans

ce monde social , que par la vertu de ce merveilleux lien de la parole, qui unit les hommes aux hommes, les nations aux nations., aussi bien que les voisins et les relations les plus proches, en même temps qu il perpétue les souvenirs du passé et qu il ensemence le champ de l’avenir. Due savons-nous de rien , si des milliers de

fois en notre vie nous ne consentons pas à croire ce que Ton nous dit, si la tradition des hommes ne nous fait pas vivre en arrière de nous, bien en-deçà de cette barrière rapprochée qui a été le seuil de notre vie , si enfin les annales des voyages et les monumens de l’histoire ne se chargent pas de faire fraterniser par la pensée contemporaine et concitoyenne , les peuples lointains et les races évanouies? Puis donc qu’il est impossible aux hommes de se soustraire à cette influence mutuelle, puisqu il faut qu’ils se croient les uns les autres , et qu’il est dans la condition de l’homme d’avoir livré sa foi primitive toute entière aux récits de sa nourrice, et d’avoir recueilli par le meme instinct le lait, nourriture du corps, et les premiers jugemens qui doivent sustenter , dès le commencement, la Vie spirituelle; oui, puisque telle est la condition de tous, lùt-ce même

Je ce Descartes qui plus tard, reagissant avec une généreuse audace, soumettra à un redoutable contrôle ce qu’il appellera les préjugés de son enfance, il est donc bien nécessaire que la logique établisse des règles qui puissent servir comme de digues contre l’abus d’une chose dont l’usage tient à la plus intime constitution de notre nature morale. Or, c’est à cela qu’il est pourvu par les règles qui fondent l’autorité du témoignage humain et de l’histoire.

Nous en dirons quelque chose ailleurs : ici nous voulons seulement que l’on apprenne à discerner et à éviter les écueiis ; c’est pourquoi nous nous bornons à les analyser par une vue rapide, en constatant les principales causes d’erreur qui ont coutume de faire chanceler notre esprit.

C est ainsi que la logique vous apprend à secouer ce joug de l’autorité auquel votre imagination vous plie; sitôt que l’intelligence en vous aura suffisamment grandi pour mériter d’être émancipée , la science vous affranchira de tutelle, et, en vous recommandant l’estime et le respect des autorités i espectables , elle vous dira de ne pas leur attribuer plus de poids qu’aux raisons , et ,

vous appelant à une juste mais salutaire, quoique modeste indépendance, elle-même écrira sur votre bannière cette parole d’un maître : Nullius jurcire in verbci magistri.

Ici encore cette logique, considérant les erreurs que vous avez recueillies étant entant dans votre éducation première, et devenu homme, dans les liens de la coutume , ainsi que les déceptions où vous entraînent les mobilités d’un caractère que la nature a fait heureux ou malheureux, par tant de causes secrètes à peine entrevues par les hommes, cette logique reconnaîtrait que c’est la tache des moralistes de vous détailler le réseau d’illusions qui vous enchaînent ; et alors, après vous avoir adressé, par exemple, à l’auteur d 'Émile, et à celui des Caractères , elle se bornerait à examiner vos principales opérations intellectuelles, afin de montrer combien vite elles peuvent dévier de leur destination première , et se convertir pour vous en lueurs fausses et perfides , elles qui vous sont données comme des phares lumineux pour vous diriger sur la route de la vérité. Et pour ces détails de pratique importante qui trouveraient ici leur place naturelle, je suis encore obligé de m’en référer aux excellens auteurs

Tj

qui ont le mieux montré combien sont souvent fragiles et défaillantes les meilleures facultés de l’esprit humain.

Enfin, et en troisième lieu, il resterait à envisager les phénomènes de la volonté : c’est précisément cette thèse morale dont je parlais tout à l’heure, et dont les développemens me sont interdits par les limites étroites que m’impose ce simple essai de logique. Ne pouvant pénétrer au fond d’une si riche ou si abondante matière, je me bornerai à quelques observations empruntées au logicien S’Gravesande.

« Les passions troublent la tranquillité de notre ame; elles lui ôtent par conséquent la faculté de considérer avec soin tout ce dont la solution d’une question exigerait l’examen. Celui qui est agité de quelque émotion vive n est guère sensible à d’autres idées qu’à celles qui ont du rapport avec l’émotion qui le trouble; a peine aperçoit-il les autres idées. Parmi les passions qui influent davantage sur la volonté et conduisent celle-ci à adhérer au sophisme ou à l’erreur, il faut surtout considérer d’abord la paresse : car la plupart des hommes s’épargnent volontiers un examen long et difficile ; ou bien ils s’imaginent qu’un

examen superficiel suffit , et la moindre con~ venance entre les idées les leur fait envisager comme si elles s accordaient en tous points. D autres ne s’appliquent qu’aux choses dont la connaissance leur est exclusivement nécessaire , et ne prennent cœur qu’à l’opinion qu’ils ont embrassée, par cela seulement qu’ils l’ont embrassée, et qu’ils ne veulent point s’exposer à recommencer le travail d’apprendre. Ils reçoivent leur opinion d’après l’autorité de ceux qui la leur suggèrent, et à cet égard ils sont de bonne composition , car la moindre probabilité est pour eux toute la lumière qu’ils peuvent désirer.

» Quant à l'orgueil, il n’y a pas de source si féconde d’erreurs; on ne cherche point la vérité, mais la gloire, et à défaut de la gloire qui appartient à un si petit nombre, on cherche la renommée, l’estime, la vanité. 11 en est qui se passionnent pour ces chimères, et c’est à cet attrait qu’ils sacrifient. Ils aiment mieux extravaguer que paraître ignorer. D autres dédaignent tout ce qui est facile et à la portée du grand nombre , et ne s’appliquent qu’à ce qu’il y a de plus obscur et de plus difficile dans les sciences; mais comme ces notions vulgaires sont la base de

LOGIQUE. 36g

ces connaissances plus relevées dont ils sont jaloux, ils ne savent même pas celles-ci, et ils ne parviennent qu’à remplir leur tête d’idées confuses et mal assorties. »

Pour ce qui concerne les passions vicieuses ou malfaisantes, on sait comment, en influant sur la volonté, elles détériorent autant qu’il est en elles l’intelligence. Lame active et libre s’enveloppe de ses passions, et s’en fait un inexpugnable rempart contre les lumières de la îaison ; et c est ainsi, nous l’avons déjà remarqué, que le plus funeste et le plus criminel sophisme que les hommes aient prononcé, ce blasphème non est Deus , est un sophisme non de l’intelligence , mais de la volonté.

àlais quand il aura considère l’une après 1 autie les diverses causes d’erreurs auxquelles noîre nature infirme est sujette, le disciple logicien reconnaîtra que nulle cause n’est plus influente sur nos jugemens que les travers du langage. Sans doute il ne dira point, avec certains philosophes exclusifs, que toute science n’est qu’une langue; que toutes les vérités, toutes les erreurs, toutes les disputes sont purement verbales : il accordera la part, dans 1 acquisition des erreurs et des vérités , à l’in-

iluence immédiate de la pensée pure et primitive, aux tentatives de la raison et de l’expérience; il croira à la chose signifiée, avant de croire à l’efficacité du signe qui représente cette chose. Mais, s’il ne va pas jusqu’à dire que le langage crée la pensée, crée l’esprit humain, il avouera que ce même langage joue le plus grand rôle dans Y art de penser ; et alors les préceptes généraux de la grammaire lui apparaîtront commeune branche importante et comme le procédé naturel de cet art ; et le dernier résultat de toutes ses considérations logiques et gramaticales sera de s’arrêter à ce précepte : évitez surtout l’ambiguïté et l’impropriété des expressions : il n’y a pas de plus fréquente occasion d’erreurs; car, pour trouver la convenance des idées aux idées, recherche qui est l’objet du jugement et du raisonnement, il est nécessaire de constater d’abord cette convenance entre les mots et les idées.

Et, après avoir reconnu ce qu’il y a de faux et d’exclusif dans la tendance d’une certaine école, il étudiera néanmoins ses auteurs, en rendant justice à ce que cette école a vulgarisé de vrai et de juste depuis un siècle, à l’égard de la théorie des signes, et de leur îap-

port aux idées, c’est-à-dire à l’égard de l’intervention des mots dans la formation des idées générales, abstraites, et dans la plupart des idées et des opérations de l’esprit.

C est en effet 1 école de Condillac qui a mis surtout a 1 ordre du jour la nécessité de perfectionner la partie philosophique des langues , ces instrumens de découverte , ces moyens de communication, ces méthodes piopres a faire naître des idées nouvelles, selon les diverses dénominations que leur donne cet auteur. G est cette école qui, par de nombreux et importans travaux dont on peut voir les principaux résultats dans l’Encyclopédie, a essayé de jeter les fondemens du grand art de bien J aire les langues, en les rendant surtout analogiques, déductives et analytiques; en imprimant aux mots le caractère de précision rigoureuse et de convenance parfaite avec les idées qui, bannissant toute équivoque, toute obscurité, ne permet

plus à l’esprit de flotter indécis entre la vérité et l'erreur.

Il conviendrait de s’arrêter quelque temps sur ces résultats théoriques qui peuvent être convertis en pratique et en règles. Mais nous

y reviendrons dans l’appendice qui doit terminer cet ouvrage, et nous nous bornerons ici à constater le dernier terme où en est venue la doctrine de Condillac sur les langues et sur leurs rapports avec l’art de penser , lorsqu’il les appelle de pures méthodes analytiques. Car l’examen de ce principe trouvera tout naturellement son lieu et son application dans le chapitre suivant.

Toutefois, avant de clore le trop rapide tableau des causes de nos erreurs , il convient de rappeler l’originale et poétique classification imaginée par le chancelier Bacon. Ce célèbie philosophe, envisageant la vérité comme devant être l’objet de notre culte , présente les erreurs sous l’emblème d’une multitude de vaines idoles vers lesquelles se détournent l’encens et l’adoration des mortels, et dont il distingue quatre espèces principales : i° les idoles de la tribu , c’est-à-dire les erreurs générales qui sont communes à tous les individus de l’espèce humaine; elles comprennent les erreurs de nos sens et celles qui proviennent de nos facultés mal réglées. 20 Les idoles de la caverne, comprenant les erreurs individuelles qui proviennent des fausses associations de nos

idées; là se trouvent plusieurs des sophismes énumérés précédemment, les fausses inductions, et surtout le sophisme si commun de la fausse cause. 5° Les idoles du barreau , qui contiennent surtout les erreurs dépendant du langage, les abus des mots qui donnent lieu à de nombreuses déceptions , lorsqu’on ne s’applique pas assez à fixer le sens des mots , lorsque l’on veut puiser la vérité, non dans les idées, mais dans leurs signes, oubliant ce que dit encore ce grand homme, les mots n’engendrent que les mots. 4° Les idoles du théâtre, contenant les erreurs qui viennent de l’esprit de secte en toute science et en toute espèce d’opinions : ces erreurs sont précisément les résultats des préjugés, et la volonté y a beaucoup de part, puisque le grand nombre de ces erreurs vient de la mauvaise foi. Il y a quelque chose de si puissant et , si je puis le dire , de si vivant encore dans 1 imagination de ce père de la philosophie moderne, que la science doit conserver au moins dans ses souvenirs ces fortes classifications dont il a donné l’exemple, qui sont un de ses titres à la célébrité, et qui tendent à resserrer toutes les branches de

la connaissance humaine dans des cercles lement détermine's, que toute science enchaîne et s’y assujettit sans effort.

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