‹ Cours de PhilosophieChapitre 7 sur 33 · SUBSTANCE HUMAINE · texte numérisé non relu

SUBSTANCE HUMAINE

Nous avons ici trois problèmes à résoudre, savoir : s’il y a de la substance ; s’il y en a deux ; de quelle substance ressort l ame humaine, est-elle matérielle ou immatérielle?

i° Demander s’il y a de la substance, c’est s informer si le phénoménal est le dernier mot de toute réalité visible ou invisible; c est demander si , sous cet assemblage indé-

(t) Voici un aperçu des questions qui étaient traitées dans 1 ancienne ecole , sous le titre d’ontologie ou de métaphysique générale. On considérait à priori toutes

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fini d’accidens, de formes, de qualités, qui passent et tourbillonnent perpétuellement sous nos regards, il y a quelque chose qui demeure permanent et identique , qui subsiste, quod substet , lien puissant par lequel tout est contenu , raison d’ètre de tout ce

les questions relatives à la notion et à la possibilité de l’être ; là se trouvaient les discussions sur la puissance et l’acte , la cause et l’efFet . la substance et le mode , le fini et l’infini, le temps et l’espace; puis, envisageant les propriétés de l’être, soit absolues , soit relatives, on traitait d’une part l’unité , la vérité , la perfection ; et de l’autre, les relations d’identité et de distinction, toujours de l’être en général.

De bonne foi , quel procédé scientifique pouvait présider à cet entassement de questions plus ou moins stériles, présentées dès l’abord, et avant qu’aucune question sur la nature et sur les facultés de l’âme eût été posée ou discutée? Au reste , la plupart de ces questions de la vieille ontologie scholastique, que notre philosophie ne refuse point certes d’aborder, se trouvent traitées et disposées dans les diverses parties de ce Cours, selon que les suggère l’ordre analytique de déduction que nous nous sommes imposé.

Par ontologie , nous entendons ce que la raison et l’induction nous font connaître de la nature substantielle des êtres. Mais comme nous avons établi en principe que la philosophie navait pour objet que l’étude de l’être spirituel, nous considérons cet être, particuliè-

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qui se voit, principe qui fait qu’une chose est une chose, et non pas une collection inexplicable et fortuite d’accidens.

S il ny avait pas de substance, que signifieraient tous ces mots empreints dans la racine de toutes les langues, ces mots par lesquels sont exprimées l’action et la passion et toutes les modifications auxquelles est sujette la nature intérieure et extérieure? Pourquoi cette nécessité ou se trouve la pensée humaine se produisant sous le vêtement des mots, d employer toujours les formes substantives, comme si, dès la première page du livre élémentaire de notre intelligence, avait été *

renient dans ses deux grandes manifestations , l’homme et Dieu.

Mais pourquoi disons-nous , Théorie des êtres immatcrieis . La nature humaine et divine n’est-elle donc pour nous qu’une nature négative par rapport à la nature materielle? Ce n’est point cela; mais la matière nous est connue plus clairement que l’esprit, ou pour mieux due antérieurement à l’esprit; car c’est la tendance na me e e nos facultés de commencer en tout par e e tors. C’est donc uniquement pour la méthode

7 “ de moins P^juger dans un titre , que nous emp oyons ce mot; plus tard, et après la démonstratmn, on donne un nom positif à ce qu’on a trouvé

” e“'e Pas matlère > et P<>se la substance spirituelle.

gravée par celui qui nous révéla les éléinens primitifs du langage , 1 inaltérable notion de la substance ?

Oui, si l’opinion de ceux qui nient toute substance, et en particulier la substance humaine, pouvait prévaloir sur le sens commun qui croit à la personnalité, à l’identité, enfin à ce substratum qui fait qu’une personne est une personne, une chose est une chose, je ne voudrais pour ramener à la vérité tant d’esprits qui, en méconnaissant les substances , se renient eux-mêmes, je ne voudrais que les contraindre à parler, à énoncer un mot , une proposition la plus indilférenle, et ce serait assez; caria personnalité humaine est toute entière empreinte dans la plus simple expression de la pensée. L’homme qui pense, le sait, et s’il dit : Je pense , ne voyez-vous pas qu’il se saisit, se nomme je , et qu’ainsi il confesse sa nature substantielle, indépendante des attributs qui le modifient?

Ici , il est vrai, nous ne sommes pas affranchis complètement des langes de la psychologie; nous continuons la recherche et l’analyse des notions qui se trouvent en notre àme, sans prétendre nous élever encore pardelà la sphère de nos conceptions, dans la

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réalité de l’ontologique pur; aussi nous ne voulons pas établir autre chose, sinon que cette notion de substance est véritablement en nous, quelle est universellement admise et conçue par le vulgaire bien avant que les philosophes l’aient constatée et reçue entre les lois nécessaires de l’esprit humain , comme s’exprimeraient Descartes et Reid; parmi les categories de l entendement , comme parleraient Aristote et Kant.

En effet est-il un homme, pourvu qu’il ait reçu le simple degré d’intelligence départi a la plus ordinaire humanité, qui ne sache d’une conscience plus ou moins distincte, ou qui du moins ne comprenne la vérité de cet axiome : Tout phénomène suppose un etre? Et si cette formule paraissait encore quelque peu scientifique, et au-dessus de la compréhension populaire, est-il un entendement qui hésitât, si on lui présentait la même vérité, par exemple sous cette forme élémentaire : tout attribut suppose un sujet ; ou bien sous celle-ci : toute modification suppose un être modifié?

Voulez-vous donc savoir ce que c’est que mer la substance, et particulièrement la substance humaine? Condillac va vous Eappren-

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dre. Vous connaissez la philosophie de Condillac, d’ailleurs si prudente et si discrète à l’égard des conséquences du sensualisme dont ce philosophe est un chef remarquable : d’abord la sensation, comme vous le savez, source de toute connaissance , de toute opération , est un phénomène étendu , et ne se distingue pas de l’univers matériel , dont elle devrait se borner à révéler l’existence.

ce Parmi les sensations que nous devons au toucher, il y en a que nous n apeicevons pas comme une manière d être de nousmêmes, mais plutôt comme la manière d être d’un continu formé par la contiguïté d autres continus, et nous sommes forcés de juger étendue cette sensation même. »

C’est beaucoup : mais cet auteur n’en restera pas la ; car le matérialisme n est pas une position tenable , il faut aller jusqu'au nihilisme.

« Le moi , dit-il ailleurs , et dans ce même traité des sensations, n’est que la collection des sensations que nous éprouvons, et de celles que nous rappelle la mémoire. »

Nous y voici : lame, une pure et simple collection; et rien d’intime, de permanent, d’identique n’existe pour soutenir substan-

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bellement cette collection. Ainsi, brisez l’enveloppe mortelle de cette prétendue âme, et la collection se dissout; il n’y a plus rien, plus de liberté, plus de personnalité, plus d’activité, plus dame; c’est la mort absolue, si toutefois cela peut mourir qui n’a jamais eu vie; or faites-moi connaître la vie d’une collection de sensations.

Eh bien, au lieu d’une collection de sensations, dites une collection de qualités en général, et vous n’aurez encore rien de réel, rien que puisse atteindre l’abstraction la plus pénétrante. Ne semble-t-il pas voir des billes enfermées dans une enveloppe que l’on brise, et les billes se dispersent, et il n’y a plus rien, parce qu’il y avait bien réunion, mais non cohésion substantielle. Ainsi vous vivez dans un cercle d’illusions, et vous demeurez incapable daller au fond, de saisir la réalité par-delà ces phénomènes dont la scène mobile fuit incessamment sous vos yeux.

Je vais plus loin : cette idée de collection à laquelle vous voulez vous tenir, est elle-même une chimère dont vous ne sauriez comprendre * ou expliquer la formation en vous ; car elle suppose, ce que vous niez, qu’il y a un être qui la forme cette collection , un être qui

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énumère ses qualités et en proclame le résultat, en disant, je suis une collection. C’est donc la collection qui s’opère elle-même , sans principe, sans cause; la collection qui se pose, et a conscience d’elle. Oh ! certes, si je ne croyais pas à la substance, je pourrais avoir foi au néant, mais non croire à la collection.

Mais, bien que l’observation la plus simple sur nos pensées nous manifeste l’impossibilité où nous sommes de ne pas croire à la substance, on rejette néanmoins, et à priori , cette croyance invincible; pourquoi? parce qu’on n’a pas vu la substance, parce qu’on ne la connaît pas.

On ne la connaît pas; sans doute vous ne la connaissez pas cette substance, puisque vous ne la voyez pas de vos yeux sous l’étendue , et que vous ne la saisissez pas de votre conscience sous la pensée; mais vous la connaissez par votre raison , c’est-à-dire vous la concevez comme vous concevez votre existence, votre identité personnelle et toutes vos notions intelligibles ; vous ne sauriez pas ne pas la concevoir, et c’est là ce qui vous démontre sa réalité.

Oui, nous croyons à la réalité de la substance parce que nous en trouvons la con-

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ception dans notre esprit, et que l’existence même des attributs les plus manifestes nous paraît inexplicable, inadmissible sans le lien substantiel, sans ce principe premier, cette vXn TÂj'pûTf) qu’avait reconnue Platon , et qu’il concevait comme étant ce qui est immuable et irréductible, dans ce mouvement fugitif des formes et des accidens , parmi ce monde mortel de permanente mutabilité.

2° N’y a-t-il qu’une substance? Cette question, sans se confondre avec la suivante, se trouve traitée avec elle, et, pour l’envisager sons son plus haut point de vue , nous l’aborderons plus loin au dernier degré de l’ontologie, dans la question du panthéisme.

o Quelle est la substance de l’âme humaine? Jusqu ici nous avons admis en principe la distinction de l’âme et du corps; car il est clair que nous n’aurions pu rien établir, ni faire le premier pas en philosophie, à moins de présupposer notre nature spirituelle; or, c est ici le moment d’appuyer sur des argumens cette grande et solennelle vérité.

Nous venons d’établir, comme un axiome psychologique , que ni la conscience ni la perception ne peuvent atteindre la substance, mais que 1 induction seule, appuyée sur la

base de ce principe observé en nous, tout attribut suppose un sujet , pouvait nous amener à cette conception.

Qu’est-ce donc que nous connaissons dans ce monde des réalités contingentes, soit visibles, soit invisibles? Qu’est-ce que nous connaissons par la conscience et la perception qui sont nos moyens immédiats de connaître ce qui se passe en nous ou hors de nous? Je réponds : Nous connaissons les phénomènes et les qualités.

Par conséquent, demander à priori si l’âme n’est point matérielle, c’est faire une question vide de sens , incompréhensible , puisque nous ne connaissons réellement ni matière, ni esprit; seulement des phénomènes et des qualités. Or , ces phénomènes se divisent en deux grands ordres, et se groupent autour de deux faits premiers que les hommes appellent d’une part l’étendue , de l’autre la pensée , résultat que tout ce qui précède dans ce livre a eu pour objet d’établir. Il n’y a donc pour nous, pour notre connaissance expérimentale, que de l’étendue et de la pensée, et toute la question à priori de la matière et de l’esprit doit être précédée de celles-ci : Les phénomènes de la pensée peu-

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vent-iis se résoudre dans ceux de l’étendue? Ce qui est étendu peut-il penser?

Non,, ce qui est étendu ne pense pas; non, l’étendue et la pensée ne sauraient se trouver dans le même être. En effet, l’étendue a pour propriétés essentielles, ou du moins pour ses piopriétés concomitantes, la locomotion visible, l’indéfinie divisibilité, la solidité,

a forme, la couleur, etc. La pensée a-t-ellle ces caractères?

Assurément nous ne concevons pas comment une pensée pourrait changer de lieu , se diviser à volonté, se localiser dans les diverses parties de l’élément matériel, résister au corps qui la presse, avoir figure, couleur, etc. Concevez-vous que cela puisse être ainsi? dites-le , et je n’aurai rien à ajouter; mais si vous ne le concevez, pas, alors reconnaissez que non-seulement il y a de la substance, comme nous venons de l’établir, mais qu’il y en a deux, celle qui correspond à l’étendue et celle qui se rapporte à la pensée; il y a le sujet de 1 étendue et le sujet de la pensée , unité et simplicité d’une part, variété et pluralité de 1 autre; il y a enfin sous le nom de matière et d’esprit deux principes ultérieurs a 1 observation, et que l’on ne saurait con-

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fondre, sans confondre les notions communes du genre humain, qui ne consent point à identifier dans un même sujet les qualités les plus opposées : repugnantia secum.

Ceci se trouvera aisément démontré par quelques points de vue particuliers que nous allons exposer très-rapidement.

i° « Pour comparer , dit Laromiguière , il faut avoir deux idées; or, si la substance est composée de parties, ne fût-ce que de deux , où les placera-t-on? Seront-elles toutes deux dans chaque partie , ou l’une dans une partie, l’autre dans une autre? Il n’y a pas de milieu: si les deux idées sont séparées, la comparaison est impossible; si elles sont réunies dans chaque partie, il y a deux comparaisons à la fois, et par conséquent deux substances qui comparent deux âmes , deux moi, mille, si vous supposez l’âme composée de mille parties. »

En effet, et pour généraliser davantage cette observation d’un auteur distingué , si ce moi qui aperçoit, compare, juge, etc., est une propriété du cerveau, c’est alors une nécessité qu’il y ait autant de moi qu il y a de points dans cette partie de votre organisme qui a été affecté d’une perception ; et si cette

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