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monie, l'arrangement, et réalise la notion d un tout parfaitement harmonique, tel que le révèle larchitecture. Or, la matière organisée telle que le cerveau, n’est-ce pas un tout composé ou notre conception trouve une admirable harmonie? je dis notre conception, car encore une lois , selon la nature , il n’y a pas de matière organisée. Et ainsi cette conception de la matière organisée ou de l’organisme cérébral dans lequel on suppose la propriété de la pensée , étant une œuvre de cette pensée, la supposition est donc impossible, car la pensée ne peut pas être dans ce qu’elle crée, savoir dans la conception du tout composé. Non, cela ne se peut; car autant vaudrait identifier une flûte avec l’accord des sons quelle produit, ou placer dans l’arc-en-ciel l’origine des rayons du soleil.
Remarquez comme il y a un cercle vicieux dans le point de départ des matérialistes : ils commencent par raisonner; devraient-ils raisonner ? Car c’est au moyen de la raison , qui est la toute-puissance spirituelle, qu’ils s’en vont attaquer cette raison, la réduire à rien, la fondre et l’anéantir dans l’étendue.
Etendue et mouvement, voilà les idées élémentaires dans lesquelles on peut résou-
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dre tout ce qui peut convenir à ce qui est composé. L’étendue est l’élément , et le mouvement est la source de tous les changemens qui sont dans la nature. Ces deux principes se montrent dans la composition sous mille formes variées, et représentent dans la nature corporelle la chaîne infinie des merveilles de la création, depuis le dernier atome jusqu a la magnificence des sphères qui peuplent et décorent l'immensité; cette foule immense d’objets qui composent ce que nous appelons l’univers matériel ont cela de commun , que leur élément constitutif est l’étendue, et leur activité est le mouvement.
Mais apercevoir, comparer, raisonner, désirer, vouloir, sentir, jouir et souffrir, tout cela demande un autre élément que 1 étendue, une autre activité que le mouvement. Ici je ne reconnais ni étendue, ni couleur , ni mouvement, ni espace, ni temps; mais un être intérieurement actif, qui voit, combine, sépare, rapproche, compare l’extension et la couleur, le repos et le mouvement, 1 espace et le temps, et qui fait une foule d’opérations qui n’ont pas le moindre rapport à 1 étendue et au mouvement : plaisir et déplaisir, désir et aversion , espérance et
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crainte, conscience du présent, souvenir du passé, pressentiment de l’avenir, notions immuables et éternelles, toutes ces choses ne se réduisent pas à des mutations locales de misérables atomes. L’humanité , la piété , l’amour et tous les nobles sentimens du cœur, sont quelque chose de plus que l’ébullition du sang et le battement des artères; le remords , les avertissemens de la conscience coupable sont quelque chose par-delà le déchirement d’entrailles qu’ils causent , et qu’il appartiendrait à la physiologie de décrire. Au reste tous ces phénomènes accompagnent ordinairement les pricipes moraux ; mais des choses de si différente nature et de si différentes propriétés ne peuvent être confondues sans une grande contradiction.
Il est temps d’aborder les objections qui ont pu être faites contre le dogme de la spiritualité de l ame, sans nous engager à discuter les difficultés plus ou moins subtiles dont on a coutume d’envelopper toutes les questions philosophiques, et qui, d’ailleurs, se ramènent toujours à quelques points principaux.
D'abord on dit : Vous ne connaissez pas toutes les qualités des corps, et vous ignorez si la faculté de penser elle-même ne serait
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pas une de ces qualités des corps que vous ne connaissez pas.
Nous répondrons en très-peu de mots , et par un simple syllogisme : Les corps peuvent avoir des propriétés que nous ignorons, soit; mais du moins ces propriétés conviendront avec Tétendue que nous avons reconnue être la propriété première, essentielle de tout corps ; car c est la seule condition pour que nous admettions l’existence possible de ces qualités inconnues. Or, la faculté de penser ne se concilie pas avec l’étendue; donc s’il peut y avoir dans les corps des propriétés inconnues, la faculté de penser ne sera pas au nombre de ces qualités.
On insiste, et l’on dit : Mais ne faites-vous pas abstraction de la puissance de Dieu, et n est-ce pas pousser l’indépendance de votre raison par-delà les bornes légitimes, que d attribuer des limites à la puissance souveraine, et de lui dire comme lui-même a dit à la mer : Eo usquè veniez, et non ibis ampliùs? Que savons-nous enfin s’il n’aurait pas pu donner à la matière le don de penser? Ainsi l’ont cru Ch. Bonnet et le sage Locke, qui en admettant la possibilité que la matière put penser, n’ont pas laissé pour cela de pro-
fesser des doctrines vraiment religieuses et morales.
Assurément Dieu peut tout ce qui est possible; je dirai mieux, tout ce que nous concevons comme possible, et non pas cela seul dont nous connaissons les moyens d’exécution : car la providence ne nous doit pas compte de ses desseins plus ou moins visibles, plus ou moins secrets. Mais nous savons aussi que Dieu ne peut que ce qui n’implique pas contradiction ; et , en plaçant le principe de contradiction aux limites de la puissance éternelle, certes nous ne brisons pas cette puissance, nous marquons seulement la limite de notre esprit qui ne peut rien concevoir au-delà; et en même temps nous proclamons qu’une seule chose est impossible à Dieu, c’est de réaliser deux contradictoires, ' de faire qu’une chose soit ou ne soit pas en même temps qu elle existe. Cela posé , et venant à la question spéciale , nous dirons trèssimplement ce qui nous paraît manifeste : Dieu, en faisant la substance matérielle, étendue, c’est-à-dire composée de parties, a rendu contradictoire que la pensée qui est simple, active, puisse s’identifier avec l’étendue qui est composée , divisible , figurée, etc. Il a
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rendu impossible même à sa propre puissance que deux elémens incompatibles se trouvassent reunis dans une substance identique ^ et qu’ainsi la matière et lame pussent être jamais confondues et assimilées.
Enfin la troisième objection est la plus communément répétée; elle appartient à l’école physiologiste , et obtient assez de cours dans le monde parmi ceux qui s’attachent a la surface, et raisonnent peu profondément. On dit . Il y a un tel rapport entre les opérations spirituelles et les développemens organiques^ qu il est difficile de ne pas attribuer la cause de ces operations à cet organisme. L enfant naît; ses organes, encore dépourvus de consistance , ne lui permettent aucun développement intellectuel ; sa pensée éclôt , grandit successivement, selon que se développent ces mêmes organes. Sa volonté libre ne commence à poindre que quand ses membres déjà fortifiés peuvent exécuter les décrets intérieurs; et la raison, ce sommet de 1 économie intellectuelle, se déploie quand déjà 1 enfant est adulte. Il devient homme, de longues années s’écoulent entre son premier et son dernier âge, et, dans cet intervalle, que de revers éprouve sa pensée, selon que le corps est dans un état plus ou moins
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sain! Les maladies lui ôtent la mémoire, les fièvres lui donnent le délire, une lésion cérébrale le rend idiot ou fou; chaque jour, à une heure déterminée, survient l’inexplicable retour du sommeil où. la pensée de l’homme, fléchissant avec les organes qui perdent leur ressort, pâlit et s’éteint périodiquement du soir au matin; puis, le corps ayant retrouvé sa vigueur de la veille, la pensée revient s’infiltrer de nouveau dans cet organisme éveillé avec la lumière naissante du jour. Enfin, cet homme a vécu ; son corps, comme un arbre qui se déracine et chancelle, semble aspirer vers la tombe, et en même temps, voilà que décroît jour par jour le flambeau de sa vie intérieure, et il achève comme il a commencé, enfant à son dernier âge, parce que ses organes sont épuisés comme ils étaient sans force à son point de départ, jusqu’à ce que, au dernier soupir de cet organisme éteint, s’exhale et se cherche vainement le prétendu flambeau divin que les philosophes se plaisent à décorer du nom d’âme humaine (i).
(i) Gigni pariter cum corpore , et unà
crescere sentimus , pariterque senescere mentem.
Lucuet.
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