L'activité ou la volonté revêt-elle, chez la bête
(a) (.( Si les animaux étaient doués de la puissance de réfléchir, » mênie au plus petit degré, ils seraient capables de quelque D espèce de progrès, ils acquerraient plus d'industrie ; les castors » d'aujourd'hui bâtiraient avec plus d'art et de solidité que ne » bâtissaient les premiers castors... D'où peut venir cette unifor- » mité dans tous les ouvrages des animaux? Pourquoi chaque » espèce ne fait-elle jamais que la même chose de la même » façon? Et pourquoi mettons-nous au contraire tant de diversité » et de variété dans nos ouvrages? Pourquoi l'imitation servile » nous coùte-t-elle plus qu'un nouveau dessin? En voilà plus » qu'il n'en faut pour nous démontrer l'excellence de notre » nature, et la distance que Dieu a mise entre l'homme et la » bête. » (BuFFON.)
Le célèbre naturaliste refuse du reste une âme aux bêtes , après leur avoir , par une étrange contradiction , accordé le sentiment.
comme chez nous , le caractère de liberté dans quelquesuns de ses actes? J'ignore assurément si toutes les espèces d'animaux sont libres; mais il me paraît certain qu'un grand nombre le sont, et tout le monde le croit comme moi : j'en appelle à cet égard à l'expérience. Lorsque les animaux domestiques que nous avons plies à nos besoins et à notre utilité en leur faisant contracter des habitudes au moyen d'une certaine éducation , refusent de nous obéir, nous les corrigeons. Pourquoi cela? Pour que, placés dans les mêmes circonstances, ils fassent désormais autrement qu'ils n'ont fait. Nous croyons donc alors qu'ils sont librps î sans cpla nos corrections seraient des actes de barbarie, et nous seuls mériterions châtiment. Mais quelle différence entre la liberté des bêtes et celle de l'homme! D'abord elle ne saurait jamais être morale: on a vu tout à l'heure pourquoi. En second lieu, alors même qu'elle lutte contre l'instinct , elle est encore dans sa dépendance. Un chien est affamé : son maître place devant lui un morceau de chair en lui défendant d'y toucher, et en tenant levée sur lui la main armée d'un fouet. L'instinct de sa conservation porte l'animal à se jeter sur la chair; le même instinct le porte à éviter la douleur des coups de fouet : ce second motif le détermine à s'abstenir. Qu'on y regarde de près , et l'on verra que toutes les opérations libres des animaux sont ainsi réglées par des motifs qui se rapportent à des appétits sensuels, et que les motifs les plus forts l'emportent toujours sur les plus faibles : ce qui n'a pas toujours lieu chez nous; car, en présence de deux motifs, nous avons la puissance de nous déterminer pour le plus faible.