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L'ordre de l'univers est une des chances du hasard

— Calculateurs, vos séries de combinaisons sont trèssavantes sans doute; mais, quoi que vous fassiez, elles ne vous tiendront pas lieu de Dieu. En vous accordant la

matière du monde physique, en vous accordant que ce monde ait passé par un grand nombre de combinaisons avant d'arriver à Tétat présent, nous vous demanderons comment et pourquoi il y est arrivé : c'est en vertu de lois quelconques, au moins en vertu du mouvement, puisque vous accordez que le jet actuel est sorti d'une infinité de combinaisons. Mais, si la matière est en mouvement, elle est mue; par qui est-elle mue? Par un moteur probablement. Si donc, par suite du mouvement que lui imprime une cause motrice, elle arrive enfin à l'ordre, cette cause motrice est aussi cause ordonnatrice. Pressons davantage l'objection. L'ordre est une des chances du hasard? Observons d'abord qu'un effet suppose une cause; quand donc vous dites que l'ordre du monde, qui est un effet , est produit par le hasard, le mot hasard dans votre langue ne peut pas signifier absence de cause; car, si c'est ainsi que vous l'entendez, vous donnez pour principe, pour raison d'un effet, une pure négation. Dès lors vous attachez un autre sens au mot hasard. Vous l'employez, comme on le fait souvent, ou pour désigner une cause qui ignore l'effet qu'elle produit, qui ne se le propose pas, et qui alors n'est pas proprement cause; ou pour désigner notre ignorance des moyens par lesquels la cause produit son effet. Si vous prenez le mot hasard dans le premier sens, nous vous demanderons pourquoi vous refusez à la cause qui produit l'ordre du monde la connaissance de son effet : si vous prenez ce mot dans le second sens, nous avouons bien volontiers que nous ignorons les moyens de la cause ordonnatrice; mais alors que devient votre objection?

i4§ DEUXIÈME PARTIE.

1 97. De ce que le monde physique révèle un créateur, un moteur et un ordonnateur , nous sommes en droit de conclure contre Fatomisme d'Epicure. Le système de cosmogonie attribué communément à ce philosophe ne lui appartient point en propre : il l'avait emprunté à Leucippe et à Démocrite; mais il le coordonna, et fit tous ses efforts pour le propager. Epicure admettait comme principes du monde physique les atomes , c'està-dire des éléments matériels d'une ténuité extrême, indivisibles quoique étendus. Ces atomes, infinis en nombre, doués de différentes formes , sont incréés; ils se meuvent de toute éternité, et par la nécessité de leur nature, dans un vide immense. Ces atomes se rencontrent, adhèrent les uns aux autres : de nouveaux chocs , de nouvelles adhérences surviennent; aux combinaisons qui ne peuvent se maintenir succèdent de nouvelles combinaisons, tant qu'enfin apparaît la combinaison actuelle du monde physique avec les lois qui le soutiennent. Le monde ainsi construit, il restait à rendre raison de la formation desanimaux. Epicure n'y voit aucune difficulté; il les fait tous sortir, l'homme tout aussi bien que le ciron, de la putréfaction du limon de la terre, échauffé et mis en fermentation par le soleil. Quant aux principes pensants, aux âmes, ce ne sont que des atomes, peut-être un peu plus subtils que les autres : on voit qu'Epicure était matérialiste.

198. Tout dans ce système est arbitraire ou faux. Epicure affirme gratuitement que la matière existe et se meut nécessairement. Le contraire est démontré : or , si vous ôtez les atomes et leur mouvement, le système s'évanouit.

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