Il y a des atomes, si l'on entend par là des sub
stances matérielles, qui sont ou qui nous paraissent homogènes, et que nos moyens d'action ne sauraient décomposer. Mais il n'y a point d'atomes dans le sens d'Epicure, parce qu'il n'est point de matière, quelque subtile qu'on la suppose, qui ne soit étendue, composée, et par conséquent divisible. Or voilà encore une fois le système ruiné. Si les éléments sont divisibles , s'ils ont des parties, qui donc a rapproché et disposé ces parties? Voilà une formation antérieure à celle qu'on entreprend d'expliquer; on ne rend donc pas compte de toute formation , puisqu'on en suppose.
âOO. La genèse d'Epicure est du reste démentie par les notions les plus vulgaires de la science moderne. Quoique la nature intime de l'affinité chimique qui préside à la composition des corps nous soit inconnue, cependant les lois suivant lesquelles cette force s'exerce peuvent être étudiées, et le peu que nous en savons aujourd'hui renverse de fond en comble la théorie d'Epicure.
201 . Cette théorie suppose que les atomes sont crochus, et qu'ils ne forment des corps que parce qu'ils sont engagés et retenus les uns dans les autres. Or d'abord cette supposition d'une forme crochue s'évanouit devant le fait de la cristallisation des corps, fait qui serait impossible si les molécules avaient des formes arrondies, puisque les cristaux élémentaires qui servent de noyaux aux diverses formes secondaires sont des solides réguliers qui ont toutes leurs îaices planes (a), ce qui suppose que les
[a) Les six formes primitives des cristaux connues jusqu'à ce jour sont le tétraèdre, le prisme hexaèdre, le parallélipipède, l'octaèdre , le dodécaèdre à plans triangulaires et le dodécaèdre à plans rhombes. Or la géométrie nous apprend que toutes les faces de ces solides sont planes.
molécules sont daos le même cas. Ensuite, en passant la supposition , on n'est pas plus avancé ; car on peut vérifier à chaque instant que , si l'on réduit un corps en poudre impalpable, et qu'on le reconstitue ensuite par des moyens chimiques, la cohésion de ses parties n'en sera pas moins puissante qu'auparavant. Or il est impossible que, en le pulvérisant, on n'ait pas brisé la plupart des crochets de ses molécules, ce qui devrait rendre sa recomposition très-difficile, et surtout la cohésion de ses parties infiniment moindre.
Il a été démontré, en psychologie, que le principe pensant n'était point matériel.
Quant à la production des animaux, on a vu plus haut (184) que, en supposant même la possibilité des générations qu'on appelle spontanées, on ne serait point pour cela dispensé de recourir à une cause première.