UNIVERSALITÉ DES CROYANCES RELIGIEUSES. ATHÉISME
ââ7. Plusieurs auteurs voient dans l'universalité des croyances religieuses un argument direct et spécial de l'existence de Dieu. Je ne saurais partager cette opinion. Sans doute le genre humain a toujours eu des croyances religieuses, et ce qui a été cru universellement et constamment est vrai. Mais, si le genre humain croit en Dieu, c'est qu'il a des raisons pour y croire; et alors sa croyance n'a pas d'autre force probante que celle qu'elle emprunte aux raisons sur lesquelles elle repose. Prétendrai-je donc qu'il ne faille tirer aucun parti de cette croyance? Cela est bien loin de ma pensée. Je ne la présenterai point comme un nouvel argument, mais comme un fait qui suppose toutes les preuves directes qui s'adressent à la raison individuelle. Après avoir fourni ces preuves, il est digne de la philosophie de recueillir l'imposant témoignage du genre humain, qui proclame spontanément une vérité à laquelle la science ne fait que donner une formule plus raisonnée. C'est ce qui nous reste à faire maintenant.
ââ8. Il y aeu de tout temps et il y a encore aujourd'hui chez toutes les nations des croyances religieuses; c'est un fait attesté par l'histoire pour les peuples anciens , et par l'expérience pour les peuples contemporains. Je n'ai point à en retracer les preuves matérielles, qui sont palpables. En vain l'on prétend qu'on a trouvé dans l'antiquité , comme dans les temps modernes ,
des peuplades sauvages qui n'avaient aucune connaissance de la Divinité. Ces faits sont contestés; des observations plus exactes, recueillies avec moins de prévention, en ont démenti un grand nombre. Mais, quand ils seraient incontestables, ils n'infirmeraient nullement le consentement universel. Il ne s'agit point ici d'une unanimité mathématique, mais de l'accord de l'immense majorité. Que sont ces peuplades barbares comparées au reste du genre humain? Quand on recherche ce qui est conforme à la raison, doit-on s'adresser à des êtres dégradés, qui ne l'interrogent point, de préférence à ceux qui la cultivent et la développent? Autant vaudrait n'aller prendre conseil que des anthropophages pour savoir s'il est permis de manger son semblable.
L'universalité des croyances religieuses est donc un fait incontestable, et ce fait ne trouve sa cause que dans des raisons qui entraînent la persuasion individuelle.
â29. C'est contre ce témoignage unanime de l'humanité que l'athéisme vient s'inscrire en faux. Qu'on remarque bien que je ne parle pas seulement de l'athéisme des Diderot, des d'Holbach. Celui-là, qui a au moins le mérite de la franchise, n'est pas le plus dangereux; il est du reste passé de mode. Mais il en est un autre que j'ai déjà signalé : c'est le panthéisme honteux et encore timide, sachant prendre au besoin le langage de la dévotion la plus tendre et du mysticisme le plus exalté, allant même jusqu'à invoquer avec une piété touchante l'autorite, tout-à-fait nulle en philosophie, de ces paroles de saint Paul , in Deo vivimus, et movemur, et sumus (à). Malgré
{a) Actes des Apôtres , chapitre XVII , verset 28.
cette apparence d'édifiante orthodoxie, vous Fentendrez dire d'ailleurs que l'idée d'un Dieu, conçu comme distinct de l'univers, est une invention chrétienne, ce qui est manifestement injurieux pour la raison humaine, qui n'a certes pas attendu le christianisme pour concevoir cette idée, et qui n'y tient pas moins fortement aujourd'hui qu'il lui arrive de rompre sur plus d'un point important avec le christianisme. Appelant Dieu ce qui est, le panthéisme n'en conserve plus que le nom. Voilà l'athéisme de l'époque; la philosophie, si elle ne veut être infidèle à sa mission, doit l'obliger au moins à se montrer ce qu'il est.
530. Mais, quel qu'il soit, plaignons l'athée; car sa condition doit nous paraître bien misérable. Cette vie est pleine de douleurs, de peines, de contradictions de tout genre; le mal est distribué, il est vrai, à mesures inégales; mais il n'est donné à personne de s'y soustraire entièrement. Quelle source inépuisable de force et de consolation ne trouve-t-on pas dans les croyances religieuses! Avec quelle résignation ne se soumet-on pas aux amertumes de cette vie, quand on porte ses regards vers cet avenir meilleur que nous réserve un Dieu bon! L'athée au contraire n'a en perspective que l'horrible néant : c'est pour lui le terme où aboutissent toutes les douleurs actuelles.
§31 . On a demandé si une société d'athées pourrait se^ maintenir; comme il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais dé société d'athées , la solution de cette questioa est sans intérêt. Mais on ne saurait contester que la doctrine de l'athéisme ne soit souverainement opposée à l'ordre social. L'ordre social repose sur les lois humaines; or l'observation de ces lois ne trouve de motifs
suffisants que dans la morale, et il n'y a pas de vraie morale sans croyances religieuses, comme je me propose de le démontrer ailleurs. C'est dans ces croyances religieuses que le souverain et le sujet trouvent une garantie réciproque; ce qui le prouve, c'est que partout et sans cesse le souverain et le sujet, lorsqu'ils réclament l'un de l'autre l'observation des devoirs, en appellent à la justice éternelle et immuable, et au juge suprême, qui en est le dispensateur. Le souverain , au milieu de l'appareil de puissance et de force qui l'environne, sent et avoue son impuissance quand il ne peut plus compter sur la conscience du sujet; et, si l'athéisme a pénétré dans le cœur du souverain , le sujet ne voit bientôt plus en lui qu'un tyran ; il n'a plus pour lui que de la haine , et n'en attend que l'oppression. Ils sont donc bien imprudents et bien coupables ceux qui arrachent du cœur de l'homme des croyances qui, si elles ne sont pas la base apparente de l'édifice social, en supportent au moins les fondements.
23â. — Les croyances religieuses ne sont pas nécessaires pour régler les actions des hommes; il suffit, pour cela, de motifs humains, tels que la considération de nos propres intérêts, le désir d'obtenir une bonne réputation, surtout la crainte des peines infligées par la loi.
— La question n'est pas de savoir si ces motifs humains peuvent engager quelques hommes, et dans quelques circonstances, à faire des actions bonnes , mais bien s'il peut y avoir une règle applicable à tous les hommes et à toutes les circonstances de la vie, autre que la croyance de Dieu, Si l'homme que ses passions sollicitent au crime peut ou croit seulement pouvoir éviter les regards, et se soustraire à la vindicte des lois, de .quel secours lui seront ces motifs humains? Et puis n'y a-t-il pas mille
actions mauvaises , criminelles même, qui sont d'accord avec nos intérêts , qui ne sont point flétries par l'opinion publique, et qui ne peuvent être l'objet de la vengeance des lois civiles ? N'y a-t-il pas mille actions bonnes et vertueuses auxquelles ne pourra nous porter aucune considération humaine?
â33. — Mais il y a des athées vertueux et hommes de bien.
— Je croirais difficilement qu'un homme véritablement homme de bien fut athée, lors même qu'il l'affirmerait lui-même ; au moins je ne compterais pas sur une pareille vertu, puisqu'elle serait dépourvue de toute espèce de raison et de motif solide. Du reste il s'agit ici de l'athéisme et des conséquences qui en résultent naturellement. Si ce qu'on affirme était vrai , cela prouverait qu'il y a des hommes inconséquents , et que l'athéisme répugne tellement que ceux qui îe professent dans la théorie l'abandonnent dans la pratique. Les bonnes actions des athées , si elles ne procèdent des froids calculs de l'intérêt personnel, s'expliquent par des qualités naturelles que leurs principes n'ont pu anéantir, et surtout par l'influence des exemples, des habitudes, des institutions de la société religieuse au milieu de laquelle ils sont nés , influence à laquelle ils ne peuvent se soustraire, et qu'ils affectent de mépriser quand ils lui sont redevables de leurs vertus.
â34. — L'idée de Dieu n'est pas le fruit de la raison, mais de l'imagination, des passions, de la crainte, de l'ignorance, de l'éducation, de la politique.
— Cette idée n'a pas été enfantée par l'imagination , les passions, la crainte et l'ignorance. Ces causes d'erreurs ont défiguré l'idée de la Divinité, loin de lui donner naissance. L'imagination, ne pouvant embrasser une
providence unique qui s'applique à Tuniversalité du monde , l'ignorance des lois qui président à la production des phénomènes du monde physique, ont multiplié Dieu. Les passions lui ont donné les vices de l'humanité, afin de rendre leurs excès pour ainsi dire sacrés. La crainte l'a fait représenter, dans certaines religions, comme un tyran formidable qui s'acharne impitoyablement à la perte de l'homme. Ces causes d'erreurs ont donc sans cesse lutté contre l'idée de la Divinité; mais, si elles n'ont pu l'anéantir, il est trop absurde de vouloir qu'elles lui aient donné naissance.
Cette idée ne vient point non plus de l'éducation. Ce n'est pas parce que partout on apprend à l'enfant à connaître Dieu que cette croyance est répandue partout, mais c'est parce que partout on croit en Dieu que partout on apprend à l'enfant à le connaître avant que sa raison puisse s'y élever par elle-même. Il y a donc quelque chose d'antérieur à la diffusion universelle de la croyance par l'éducation , c'est l'universalité de la croyance elle-même. En un mot , on donne pour cause de la croyance ce qui en est l'effet. Si aux vérités qu'on nous apprend dans l'enfance viennent trop souvent se mêler des fables, celles-ci peuvent être corrigées par l'âge, le raisonnement, le commerce des hommes, tandis que les vérités résistent ordinairement à ces épreuves ; tel est en particulier le dogme de la Divinité, qui va toujours se fortifiant à mesure que la raison se développe. Une connaissance superficielle, selon l'expression pleine de sens de Bacon , nous éloigne quelquefois de Dieu ; mais une connaissance plus profonde nous y ramène.
Enfin ridée de Dieu n'est pas le fruit de la politique.
Qu'on nomme le législateur qui a invenléDien. Le dogme n'apparaît-il pas chez toutes les nations antérieur à l'œuvre de la politique? Si l'on se contentait de dire que des législateurs se sont emparés de croyances préexistantes pour en faire le fondement de leurs institutions; qu'ils ont coordonné, régularisé ces croyances; qu'ils les ont soumises à une expression extérieure , à des rites communs , on ne dirait rien que de vrai. Mais ces croyances , ils ne les faisaient pas ; ils les trouvaient toutes faites. Ils se contentaient de rédiger des symboles et de régulariser le culte. Ajoutons que, si la puissance humaine peut enchaîner le corps, elle n'a pas de prise sur l'âme; qu'elle n'impose pas des croyances qu'on suppose repoussées par la raison, et qui présentent des conséquences austères. Si un tyran voulait faire adopter de force une vérité, ce serait assez pour qu'on la rejetât : que serait-ce donc si, au lieu d'une vérité, c'était nn mensonge que la raison refusât d'admettre ?
§35. — Des erreurs n'ont-elles pas été adoptées universellement? Le polythéisme, par exemple?
— Ce qui a été cru universellement et constamment est vrai, et jamais erreur n'a réuni ces caractères. Dans le polythéisme il y a du vrai et du faux : il n'y a que ce qu'il renferme de vrai , savoir l'idée d'une puissance surhumaine réglant les destinées du monde , qui ait été cru et qui le soit encore universellement; au contraire ce qu'il contient de faux varie selon les lieux et les époques.
Au reste cette objection conclut contre nos adversaires par son exposé seul. En effet dire que la doctrine qui multiplie la Divinité est une erreur c'est donner gain de cause au théisme.
236. — L'existence du mal en ce monde ne peut se concilier avec l'existence d'un être infiniment parfait.
— Voilà l'objection favorite de l'athéisme; il importe donc d'en bien faire sentir tout le vide.
Pour ce qui regarde le mal moral , comme il consiste dans le mauvais usage que l'homme fait de sa liberté , et dans la déviation des règles qui lui sont imposées , la question se réduit à savoir si Dieu peut créer l'homme capable de faire et de bonnes et de mauvaises actions. Or l'affirmative est évidente. En effet quel état de choses voudrait-on que Dieu préférât à celui-là? Demande-ton qu'il crée l'homme incapable de bien et de mal? Mais il faudrait alors ou qu'il lui ôtât la liberté , et nous ne serions plus que des machines , ou qu'il lui ôtât l'intelligence du bien et du mal , et nous serions ravalés à la condition de la brute. Voudrait-on qu'il créât l'homme capable seulement de faire le bien, mais incapable de faire le mal? D'abord une pareille liberté serait contradictoire dans un être fini et imparfait; car ce n'est rien moins que la liberté telle qu'elle existe en Dieu : ensuite quand, par impossible, elle serait transportée dans l'homme, elle cesserait alors d'être morale; car les actions d'un être borné ne peuvent être bonnes moralement, ne peuvent être méritoires qu'autant qu'elles peuvent être mauvaises. Il n'y aura plus alors de vertus , par lesquelles seules l'homme vaut quelque chose. Dieu peut donc évidemment préférer l'état où l'homme est capable de faire le bien et le mal.
Quant aux autres espèces de maux, comme les maladies et toutes les infirmités attachées à notre nature physique; les peines de l'esprit et du cœur, qui nous viennent, soit des mécomptes, des Contradictions et des
misères sans nombre de cette vie, soit de l'injustice de nos semblables; tous ces maux sont autant de moyens d'éducation et de perfectionnement moral. Ils nous préservent d'un attachement immodéré aux choses de ce monde, nous forcent à reconnaître que la vie actuelle n'est pas le but de notre existence, et que nous devons par conséquent tendre sans cesse vers un avenir meilleur. Ces maux peuvent donner naissance aux plus sublimes vertus, à la résignation dans le malheur, à la bienfaisance envers ceux qui souffrent comme nous. Je pourrais ajouter qu'un grand nombre de ces maux sont souvent notre propre ouvrage.
Concluons que l'existence du mal dans ce monde se concilie avec l'idée d'un être infiniment parfait.
§37. — Votre Dieu, que vous dites infiniment bon, ne manifesterait-il pas une plus grande bonté s'il empêchait au moins le mal moral?
— Loin qu'on put concevoir Dieu meilleur s'il empêchait le mal moral , au contraire on conçoit que , dans ce cas, il manifesterait une bonté moins grande. En effet, si Dieu ôte à l'homme la liberté morale, il le met, comme on l'a vu plus haut, dans l'impossibilité de mériter, et par conséquent il le rabaisse à un état bien infé^ rieur à son état actuel.
238. — Mais cette liberté même est, pour ceux qui en abusent , un don funeste !
— La réponse est dans l'objection , puisque l'on dit que l'homme abuse librement. En estimant la valeur de la liberté, il faut avoir égard à ce qu'elle est en ellemême, à l'usage qu'on en peut faire, et non à l'usage qu'on en fait. Un bien ne cesse pas d'être bien par cela
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seul qu'on en abuse. Ce n'est pas ce bien qui devient mauvais , mais c'est l'usage qu'on en fait.
â39. — Ce que Dieu a prévu arrive nécessairement ; c'est donc à Dieu , et non à l'homme , qu'il faut attribuer l'abus de la liberté.
— Les mots prévoir, prescience , ne peuvent s'appliquer à Dieu , puisqu'ils introduisent dans son existence l'idée de durée et de succession , idée empruntée à la nature humaine. L'objection devrait donc être traduite ainsi : ce que Dieu voit arrive nécessairement. Ramenée à ce point, cette assertion est évidemment fausse : ce n'est pas parce que Dieu voit une chose arrivant qu'elle arrive , mais c'est parce qu'elle arrive que Dieu la voit arrivant. La vision , la science de Dieu , n'influe pas sur l'usage de la liberté ; elle est une conséquence de l'acte libre qu'elle suppose, tandis qu'on nous la représente comme la cause de cet acte. La vision de Dieu ne nécessite donc pas les actes qui en sont l'objet, pas plus qu'un astronome ne nécessite la marche d'un astre qu'il suit dans ses révolutions (a).
[a) Je renvoie , pour plus de détails sur cette objection , à ce que j'ai dit en psychologie (72) , en traitant de la liberté humaine.
LOGIQUE
Si j'ai quelque avantage sur le commun des esprits , je le tiens de ma me'thode. Descartes.
La psychologie nous a présenté Fâme humaine comme capable de connaître; c'est sous ce rapport que nous allons maintenant la considérer.
240. L'esprit humain a dû commencer par apprendre sans s'être fait de règles ; mais alors sa marche a du être timide et chancelante, ses progrès très-lents, ses connaissances mélangées de beaucoup d'erreurs ou d'incertitudes. Les faits confirment ces présomptions. Combien sont imparfaits les premiers essais que nous retrace l'histoire! Et encore l'histoire ne peut-elle remonter jusqu'au berceau de l'humanité. On a donc bientôt senti le besoin de règles scientifiques, de méthodes raisonnées. Les philosophes ont observé la marche qu'avait suivie l'esprit de l'homme quand il était arrivé à la vérité, et en même temps ils ont étudié , ils ont cherché à reconnaître les diverses sources d'erreurs : de ces observations sont sortis des préceptes destinés à diriger l'esprit , et qui constituent cette logique apprise , cette logique qui est le résultat de l'art. On serait bien \oiry de ma pensée si l'on croyait que je ne vois la logiqu*^ qu^ dans les traités qui en portent le nom. Je la trouve partout, dans toutes les sciences, dans toute? les œuvres de
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rhomme civilisé ; je la trouve surtout dans les langues , même les plus imparfaites, qui n'ont pu être formées que par une analyse très-fine des diverses puissances de Fesprit. Quiconque est en possession d'un langage conventionnel est, par le fait , qu'il le sache ou non, en possession de certains procédés de logique qui dirigent malgré lui sa pensée, alors même que, par une erreur grossière , il affecte de les mépriser. Cette erreur , au reste, trouve peut-être une excuse dans les prétentions ridicules de certains logiciens qui se croient seuls possesseurs de la science du raisonnement, science qu'ils voient tout entière dans une multitude de formules plus propres à garrotter le génie qu'à lui donner des ailes.
§41 . Nous avons ici deux excès à éviter : ne nous exagérons point l'importance des règles de la logique, et gardons-nous de croire que ceux-là seuls qui y sont initiés pensent et raisonnent bien, puisque, par le fait, l'esprit de l'homme a commencé la science sans leur secours, et puisque l'expériente de tous les jours nous offre une infinité d'hommes de la plus haute distinction dans les sciences, les lettres et les arts, qui, sans être absolument étrangers à la logique ( car , d'après la remarque que je faisais tout à l'heure , cela est impossible), au moins n'ont jamais lu les livres qui en traitent spécialement; mais reconnaissons ce que l'expérience atteste également , que l'usage bien entendu de ces règles accroît singulièrement les forces de l'intelligence : en comparant deux hommes dont, toutes choses égales '^'ailleurs, l'un s'est familiarisé avec les méthodes, les regai^ant toutefois comme un moyen et non comme un but, ta^îdis que l'autre les a négligées, on ne tarde pas à rencontrer, chez le premier , une supériorité
LOGIQUE. 175
que la prévention ou l'ignorance peuvent seules méconnaître.
Ces réflexions m'ont paru nécessaires pour qu'on sût dans quel esprit doit être abordée Tétude de la logique, et pour qu'on fut à la fois en état d'éviter ses abus et de recueillir ses avantages.