CLASSIFICATION DES CONNAISSANCES HUMAINES
365. Il appartient à la philosophie de traiter cette question : bien plus cela n'appartient qu'à la philosophie; car elle seule est placée à un point de vue assez élevé pour dominer le vaste champ de l'intelligence. La question du partage de la science est d'un grand intérêt à une époque comme la nôtre, où l'on se livre avec tant d'ardeur à la recherche du vrai. En effet, si les limites et les rapports des diverses parties de la science humaine étaient fixés avec précision , chaque homme d'étude saurait exactement où commence et où finit le domaine de la spécialité à laquelle il s'applique, et il tendrait sans distraction et par des efforts constants à son but, qui serait alors nettement marqué. On ne verrait plus ces déplorables empiétements qui arrêtent la science dans sa marche, ces contestations sans fin qui substituent le chaos et les ténèbres à l'ordre et à la lumière , ces prétentions incessantes qui s'élèvent entre les travailleurs intellectuels, et dont le scepticisme triomphe à si bon marché.
366. Parmi les divers systèmes de classification des connaissances humaines , il en est un qui mérite un examen détaillé, c'est celui qu'a publié, dans ces dernières années, un savant dont l'Université déplore la perte récente (a). Pour donner une idée suffisante de la classification de M. Ampère, je suis obligé de reproduire ciaprès le vaste tableau qui la résume.
{a) Essai sur la philosophie des sciences , 1834.
Maihémalîques
/Arithmologie
/ proprement dites j
VGéome'trie
Mécanique
Physico- \ matliéma tiques
/ Physiques
proprement dites i
Uranologie
Physique gén.
, Technologie
! Géologie Oryctolechnie
Phytologiques
Botanique
.Agriculture
/ Zoologie
Zoologiques 1 ^proprement diles<
Physicomédicales
Zootechnie.
/Physique méd,
\ Hygiène.
1 Médicales j \ proprement dites<
Nosologie
Médecine prat.
/ Arithniologie élém.
( Mégéthologie
Géométrie élément.
Théorie des formes i Mécanique élément.
( Mécanique transcend.
{ Uranologie élément.
( Uranognosie
! Physique génér. élém.
Physique mathémat. i Technologie élément.
Technologie compar.
i Géologie élémentaire * Géologie comparée
iOryctotechnie élém.
Oryctotechnie comp.
L Botanique élément, ' Phytognosie
{Agriculture élément.
Agriculture compar.
( Zoologie élémentaire ( Zoognosie i Zootechnie élément.
f Zootechnie comparée I Physiqueméd. pr. dite ( Biotologie
iCrasiologie Hygiène proprem.dite Nosologie propr. dite latrolcgie
i Sémiologie Médecine prat, pr.dite
c Arithmographie. ,
( Analyse mathématiqaet ( ( Théorie des fonctions, \ Théorie des probabilitéi,
( Géométrie synthétique, \ Géométrie analytique.
f Théorie des lig. et des »url [ Géométrie mutéculaire.
( Cinématique.
( Statique.
( Dynamique. i
1 Mécanique moléculaire,
( Uranographie. j
l Héliostatique. |
f Astronomie. |
i Mécanique céleste.
t Physique expérimentale, ^ i Chimie.
f Siéréonomie.
\ Atomologie.
f Technographie.
( Cerdorislique industrielltl
f Economie industrielle.
[ Physique industrielle,
( Géographie physique.
( Minéralogie.
( Géonomie.
( Théorie de la terre.
f Exploitation des mines.
( Docimasie.
( Oryxionomie.
( Physique minérale.
c Phytographie.
i Anatomie végétale.
ÎPhytonomie.
Physiologie végétale.
c Géoponique.
1 Cerdoristique agricole»
f Agi onomie.
l Physiologie agricole.
f Zoographie.
( Anatomie animale.
c Zoonomie.
l Physiologie animale,
f Zoochrésie.
l Zooristique.
{ Œcionomie.
l Threpsiologie.
{ Pharmaceutique.
K Traumatologie.
( Diététique.
[ Phrénygiétique.
c Crasiographie.
\ Crasioristique.
f Hygionomie.
{ Prophylactique. ^
{Nosographie.
Anatomie pathologique.
f Thérapeutique générale.
i Physiologie médicale,
( Sémiographie, 1 Diagnostique.
( Thérapeutique spéciale. [ Prognosie.
•as
/ Philosophiques proprement dites!
. Psychologie élément. { J?*i^uf*^^'*' Psychologie l
{ Psychognosie
l Ontothétiqae Métaphysique s
l Ontognosie
Morales
Ethique
V Thélésiologie
ÎGlossoIogie Littérature
/ Techneslhétiq.
ŒIeuthérotechniq.<
V Pédagogique
l Ethique élémentaire ( Ethognosie / Thélésiologie élém, ' Thélésiognosie
( Lexiologie
( Glossognosie Bibliologie
( Méthodologie.
\ Idéogénie.
{ Ontologie élémentaire, ( Théologie naturelle.
( Ontologie comparée.
\ Théodicée.
( £tho0raphie.
\ Physiognomonie.
( Morale pratique.
t Ethogénie.
( Thélésiographie.
\ Dicéologie.
( Morale apodictique.
l Anthropotélique.
( Lexiographie.
{ Lexiognosie.
c Glossonomie.
t Philosophie des langues.
( Bibliographie.
[ Bibliognosie.
Littérature comparée { j^[\y''î"* *i"^'f^\"-.
(Ethnologie
proprement ditesi
\ Archéologie
> Historiques
Ethnoryliqaes
/ Histoire \Hiérologie
Nomologie
Art militaire
Economie soc.
ilosophie de la littérat.
I T.ch„«,hé.i,. co.p. {C^a;!,lfa°.:tlur.-u.
Pédagogr,„.pr.di.e{f£Sf,tr-
n... . r Malhésiologie.
Pediogno»,. J ^^^„^i^ del'édMalion.
|E.h„«1.6i.é.éman.. { ll.^pS^u"
( Ethnologie comparée { Effigffie.'"""'""'
^M„é.i.iogi. i^^s^^:-
Urchéologi..„„par.ji;-'=1-?'if»'°«'^-
|HU.oire.l..e„,ai„ { SSog?."'
J „. . . ( Critique historique.
( Histoire comparée { philosophie de l'histoire.
C Sébasmatique
Hiérographie.
Symbolique.
vEthnégétiques
)„.,,. . f Controverse.
( Hierologie comparée { Hiérogénie.
j Nosologie prop.dhe|N;-03.''-
{ Législation
[ Hoplismalique
( Art militaire pr. dit { jq-cohfgfé,
iChrématologie 17 ■ i . A ( Dianémétique.
Econom. sociale pr.d. | c^noitologie.
Jurispr
Législation comparée.
Théorie des lois.
Hoplographie.
Tactique.
Statistique.
Chrématogénie.
Politique
( Syncii ( Politi
( Ethnodicée.
ncimenique [ Diplomatie.
... { Cybernétique, que propr. dite ^ TJ^^o^ie du pouvoir.
367. Le caractère particulier de la classification que présente ce tableau synoptique est , comme on le voit , la division de chaque règne en deux sous-règnes, de chaque sous-règne en deux embranchements, de chaque embranchement en deux sous-embranchements, de chaque sous-embranchement en deux sciences du premier ordre, de chaque science du premier ordre en deux sciences du deuxième ordre, de chaque science enfin du deuxième ordre en deux sciences du troisième ordre. Cette méthode constamment dichotomique est, à priori, une grande présomption contre la vérité du système. On se demande en effet tout d'abord si la nature procède avec cette symétrie, et si Ton n'aurait pas substitué ici à son œuvre, probablement plus simple, l'œuvre tout artificielle de l'imagination. En parcourant les détails de la classification, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il en est ainsi, et que, les cadres une fois conçus et imposés, il a fallu, bon gré mal gré, les remplir. Je me bornerai à en citer quelques exemples. La cerdoristique et la physique industrielle rentrent dans l'économie industrielle, et du reste la technologie, à laquelle appartiennent ces sciences, ne devrait venir qu'après la géologie , la botanique et la zoologie, puisque ses matériaux sont empruntés aux trois règnes; mais cela eût dérangé la symétrie des compartiments du système. La géonomie n'est là évidemment que parce qu'on a décidé d'avance que l'on diviserait la géologie en quatre sciences du troisième ordre : la quatrième science du troisième ordre, qu'on appelle théorie de la terre , remplit le but de la géonomie. Les quatre sciences du troisième ordre dans lesquelles l'oryctotechnie est divisée rentrent les unes dans les autres, et ne demandaient pas à être ainsi multipliées. L'œcionomie et la threpsio-
logie rentrent dans la zooristique. Enfin Toryctotechnie, l'agriculture et la zootechnie, et toutes les sciences qui leur sont subordonnées, devaient appartenir à la technologie, et n'en être que des subdivisions. Dans la partie du tableau qui renferme les sciences noologiques, les exemples de tous ces défauts sont encore plus nombreux: on peut les prendre au hasard.
368. Ce qui choque le plus dans le système de M. Ampère, c'est ce résultat, qui était du reste inévitable, la méthode une fois donnée, savoir que le monde intellectuel présente tout juste autant de points de vue à observer, autant de sciences du troisième ordre que le monde matériel. Soixante-quatre sciences de chaque côté ni plus ni moins : total , cent vingt-huit sciences. C'est beaucoup sans doute, et il y a de quoi effrayer l'Institut lui-même. Mais c'est un compte rond, et l'on ne peut rien en rabattre; car une science de moins comme une de plus pour l'esprit ou la matière détruirait toute l'économie de ce vaste édifice, si remarquable par sa régularité et ses grandes proportions, et si riche en ornements de détail.
869. M. Ampère prétend , et c'est une de ses idées de prédilection , que, dans toute science, il y a quatre points de vue, qu'il appelle autoptique, cryptoristique , troponomique et cryptologique. Le premier est l'étude des faits qui se présentent tout d'abord à l'observation. Le point de vue cryptoristique pénètre plus avant; il recherche les faits cachés qui ne s'étaient point offerts d'abord à l'observation , et les détermine. Le point de vue troponomique, en faisant varier les circonstances des faits divers, en étudie les rapports, et de ces rapports déduit les lois auxquelles ils sont soumis. Enfin le point de vue cryptologique recherche , à l'aide de l'observation des faits et
de la connaissance de leurs lois, ce qu'il y a de plus intime et de plus caché, c'est-à-dire leurs causes. M. Ampère prétend trouver constamment les rapports indiqués par ces quatre points de vue, non-seulement entre chaque science du premier ordre et les quatre sciences du troisième ordre qu'elle comprend , mais encore entre chaque sousembranchement et les quatre sciences du deuxième ordre qui lui sont subordonnées , entre chaque embranchement et les quatre sciences du premier ordre qu'il embrasse, entre chaque sous-règne et les quatre sous-embranchements qui en dépendent, entre chaque règne enfin et les quatre embranchements qu'il comprend. Cet enchevêtrement est bizarre , et l'idée sur laquelle il repose ne peut la plupart du temps se justifier sans qu'on soit obligé de torturer les choses et les mots. Et c'est précisément en voulant appliquer constamment cette idée que M. Ampère a été amené à poser d'avance tous ces cadres artificiels, qu'il lui a fallu ensuite remplir à toute force , et dont un des principaux vices est d'avoir nécessité des divisions et sous-divisions qui rentrent fort souvent les unes dans les autres. 370. Outre ces défectuosités, qui affectent surtout l'ensemble du système, on y rencontre beaucoup d'autres erreurs de détail : je me contenterai d'en noter une des principales. M. Ampère range parmi les sciences cosmologiques les mathématiques, qui, par elles-mêmes et indépendamment de leurs applications, sont des sciences purement intellectuelles. Il se fait lui-même(a)robjection que les sciences mathématiques proprement dites sont de pures abstractions, et il croit y répondre en disant que nous n'aurions pas l'idée de nombre si nous n'avions pas
(a) Esmi sur la philosophie des sciences, page 199.
compté des objets en les observant , et que de même c'est à l'observation des formes des corps ou à celle des figures qu'on en trace que nous devons toutes les idées sur lesquelles repose la géométrie. L'objection demeure dans toute sa force. En effet, en accordant que les idées premières et fondamentales des mathématiques pures se soient manifestées dans l'esprit à l'occasion d'observations extérieures, ces idées, une fois acquises, n'en sont pas moins des abstractions; et, comme les mathématiques pures traitent uniquement de ces abstractions , il s'ensuit qu'elles n'étudient point des faits extérieurs, et qu'ainsi elles ne doivent point être rangées parmi les sciences cosmologiques. Ce qui fait l'erreur de M. Ampère et de beaucoup d'autres, c'est que les mathématiques n'ont presque d'applications que dans l'étude du monde extérieur ; mais il faut distinguer les mathématiques pures de leurs diverses applications , comme la mécanique , l'astronomie, l'optique, etc. , qui doivent être rangées parmi les sciences cosmologiques. M. Ampère convient que c'est à tort qu'on a rangé parmi les sciences mathématiques les applications de la géométrie à différentes branches de l'art militaire, particulièrement à la science des fortifications, de même qu'on aurait tort de réunir aux mathématiques la chronologie ou la statistique à cause des calculs que l'arithmétique leur fournit. 11 ne faut donc pas confondre la science en elle-même avec ses applications, ni par conséquent, de ce que les mathématiques s'appliquent presque exclusivement à l'étude du monde extérieur, conclure qu'elles appartiennent aux sciences cosmologiques.
371. Quoiqu'il ne soit permis de créer des mots nouveaux que lorsqu'ils sont indispensables , et quoique y dans
â64 TROISIÈME PARTIE.
ce cas-là même , on doive user très-modérément de cette faculté, il y aurait de la petitesse à faire une querelle trop sérieuse à M. Ampère d'avoir ainsi mis tout d'un coup en circulation une cinquantaine de mots nouveaux dont la justesse pourrait souvent être contestée (a). Ce léger tort se perd dans ses innombrables mérites.
37^. Au reste, malgré ses défauts et tout ce qu'elle a d'artificiel, sa classification est certainement la plus remarquable qui ait encore été essayée en ce genre. Elle laisse bien loin celles de Bacon et de l'Encyclopédie. Le livre qui l'explique et la développe renferme des aperçus profonds , des vues neuves et vraiment philosophiques.
373. M. Ampère fait observer (6) que, de toutes les connaissances humaines, les mathématiques sont celles qui exigent pour point de départ et qui ont pour objet le plus petit nombre d'idées ; et qu'on peut étudier les vérités dont elles se composent sans recourir aux autres branches de nos connaissances, tandis que celles-ci au contraire leur empruntent de nombreux secours , tels, par exemple, que les calculs et les théorèmes pour les sciences physiques et industrielles, la détermination des lieux et des temps, base de la géographie et de l'histoire. Tout cela est sagement pensé. Les mathématiques élémentaires sont en effet les connaissances les plus simples, les plus faciles à étudier, celles dont le besoin se fait
(a) Les membres de l'Université qui se rappellent comment rinspecteur général se délassait de ses nobles travaux dans ses tournées , savent que les étiquettes de son immense casier ne sont pas toutes de sa fabrique. Mais respect et paix au sommeil du géniel
(6) Essai sur la philosophie des sciences, page 33.
sentir de meilleure heure et pour une infinité d'applications, celles enfin qu'il faut apprendre à l'enfant, non point les premières, mais des premières.
374. M. Ampère remarque (a) avec raison qu'une partie de l'algèbre comprend des opérations toutes semblables à celles de l'arithmétique, et qui n'en diffèrent que parce que, au lieu de représenter les nombres par des chiffres, on les représente par des lettres, circonstance tout-à-fait indépendante de la nature de ces vérités, et qui par conséquent ne saurait établir entre elles une distinction réelle. Il ne fait donc de cette première partie de l'algèbre, et de ce qu'on nomme ordinairement arithmétique, qu'une seule science, qui trouve par voie de composition les valeurs des expressions dont on connaît les éléments ; tandis que, de l'autre partie de l'algèbre, contenant les procédés par lesquels on remonte par voie de décomposition aux valeurs de quantités inconnues en partant des conditions auxquelles elles doivent satisfaire, il forme une science distincte de la première, et à laquelle il donne le nom d'analyse mathématique.
375. Enfin M. Ampère appelle géométrie synthétique (b) la géométrie proprement dite, qui, partant de vérités très-simples, et les combinant d'une infinité de manières, en découvre d'autres de plus en plus compliquées , par une intuition continuelle du rapport de dépendance nécessaire qui enchaîne toutes ces vérités. Cette partie des mathématiques a, selon lui, été approfondie par les anciens, et les modernes n'y ont presque rien ajouté, tout
[a] Essai sur la philosophie des sciences , p. 34. [h)Ihid., p. 46 et suiv.
en créant les autres sciences relatives à Tétendue , telles que la géométrie analytique, etc. Il appelle de ce dernier nom la science désignée ordinairement sous celui à'application de l'algèbre à la géométrie, et dans laquelle on se propose de déterminer ce qui est encore inconnu dans les figures dont on s'occupe.
376. Si j'ai insisté particulièrement sur ces judicieuses remarques, relatives aux sciences mathématiques, c'est que d'abord l'autorité de M. Ampère en ces matières est une des plus graves ; c'est , en second lieu , pour que l'on voie que, tout en critiquant sévèrement son système de classification des sciences , je n'en étais pas moins disposé à reconnaître le mérite de toutes les observations de détail contenues dans le livre où elle est exposée.
J'arrive à la seconde partie de ma tâche , à celle où je dois faire connaître mes propres idées sur la classification des connaissances. Elle est déjà simplifiée par l'examen critique qui précède. Je serai court dans ce qui me reste à dire.
377. Nos connaissances peuvent avoir pour objet le monde métaphysique ou le monde physique, ou se composer d'éléments empruntés à la fois à ces deux ordres de choses. Hors de là on ne conçoit pas de science possible. Je partage donc les connaissances humaines d'abord en trois groupes : connaissances métaphysiques , connaissances physiques, et connaissances mixtes ou physicométaphysiques.
378- Je divise ensuite chacun de ces trois groupes en un certain nombre de classes, ainsi qu'il suit. Le groupe des connaissances métaphysiques comprend trois classes : les connaissances métaphysiques proprement dites ou philosophiques, les connaissances mathématiques, et les con-
LOGIQUE. CHÀP. VI. 267
naissances littéraires. J'ai déjà fait voir (370) que les objets des mathématiques étaient purement intellectuels; ce sont en effet autant d'abstractions appartenant essentiellement au monde métaphysique : la géométrie ellemême , la vraie géométrie , peut être apprise par des aveugles , comme le prouve l'exemple du célèbre Saunderson. La science mathématique, considérée en ellemême et hors de ses diverses applications , est éminemment spiritualiste. Son nom même le dirait au besoin ; car c'est celui par lequel les Grecs désignaient le savoir en général : d'où il suit que le reproche de matérialisme qu'on lui a fait souvent ne s'adressait véritablement qu'à quelques-uns de ses disciples, qui n'ont pas compris la nature intime de la science qu'ils cultivaient. On ne s'étonnera donc pas de me voir rétablir les mathématiques à leur véritable place , c'est-à-dire dans l'ordre métaphysique. Les connaissances littéraires qui embrassent tout ce qui a rapport aux diverses formes, aux diverses expressions de la. pensée par le langage, appartiennent bien évidemment au même ordre, sinon par tous leurs accessoires, au moins par ce qu'elles ont d'essentiel et de fondamental. Le groupe des connaissances physiques comprend deux classes : les connaissances physiques proprement dites, et les connaissances physiologiques. Cette division est donnée par la nature elle-même, qui offre en effet à notre observation des êtres bruts et inorganiques et des êtres organisés et vivants. Il est donc rationnel de distinguer deux ordres de faits aussi différents. Le groupe des connaissances mixtes embrasse deux classes : celle des connaissances physico-mathématiques, et celle des connaissances physico-philosophiques. La première comprend toutes les applications des mathématiques aux divers faits
de l'ordre physique ; la seconde, toutes les connaissances dans lesquelles entrent et se combinent comme données nécessaires divers faits fournis en partie par la nature extérieure, et en plus grande partie par la nature sensible, intelligente et morale de l'homme.
379. Enfin je subdivise chacune des sept classes que je viens d'énumérer en un certain nombre de sciences dont voici le détail. La classe des connaissances métaphysiques proprement dites comprend les divisions mêmes qui forment les quatre parties de ce Cours. La classe des connaissances mathématiques se subdivise en arithmétique, et ce que j'appelle avec M. Ampère, et par les raisons exposées plus haut (374 et 375), analyse mathématique et géométrie synthétique. Les trois sciences appelées géométrie analytique, calcul différentiel et intégral, et calcul des probabilités, n'ont pas à figurer ici comme distinctes de l'arithmétique , de l'analyse mathématique et de la géométrie synthétique, puisqu'elles ne sont que des applications diverses et par conséquent des dépendances de ces sciences. La classe des connaissances littéraires embrasse deux sciences extrêmement étendues, celle des diverses langues considérées sous le double rapport de leur lexicologie et de leur grammaire , et celle des divers genres de compositions qui forment le domaine de la littérature proprement dite. La première de ces deux sciences est si vaste qu'elle n'a jamais été et qu'elle ne peut être cultivée en son entier par le même homme. La classe des connaissances physiques proprement dites comprend la physique expérimentale, la chimie et la géologie. Je ne fais point de la géologie une dépendance de la minéralogie , mais au contraire une science générale dont la minéralogie n'est qu'une partie. La classe
des connaissances physiologiques embrasse naturellement les deux grandes divisions de l'ordre organique, la botanique et la zoologie, que j'ai évité, comme on le voit, de ranger, sous la dénomination commune d'histoire naturelle , dans le même ordre que la géologie. Cette dernière science appartient manifestement à la partie de la physique qui étudie les propriétés inorganiques des corps, et ne peut par conséquent être accolée aux sciences qui étudient les êtres vivants. La classe des connaissances physico-mathématiques comprend toutes les sciences qui étudient la matière et les forces auxquelles elle obéit , non plus seulement à l'aide de l'observation sensible et de l'expérimentation , mais au moyen des calculs et des formules mathématiques. Ces diverses sciences, qui appliquent les mathématiques aux faits de l'ordre physique, sont la cristallographie , la mécanique , l'astronomie , l'optique, la théorie atomique, et la technologie ou théorie des arts mécaniques. Enfin la classe des connaissances physico-philosophiques comprend la théorie des beauxarts, l'histoire , et l'économie sociale. La première et la dernière de ces sciences sont fort étendues, et comportent un grand nombre de subdivisions. La première surtout ne peut être embrassée dans toutes ses parties par le même homme; car les diverses branches des beaux-arts supposent des capacités spéciales et fort diverses dont le concours ne se rencontre pas chez le même individu.
La classification que je viens d'exposer est résumée dans le tableau synoptique ci-après :