‹ Cours de philosophieChapitre 6 sur 62 · X AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

X AVERTISSEMENT

dans le monde des goûts sévères; ils seront en garde contre les insinuations perfides de ces sophistes qui les attendent au sortir du collège, pour en faire des instruments de désordre , et auxquels un maître consciencieux ne saurait les livrer sans pitié.

Ces leçons ont été écrites et enseignées en français avant que l'autorité universitaire élevât la langue nationale à l'honneur d'être aussi celle de la sagesse. Il me semblait que la langue de Cicéron et de Virgile était trop belle pour qu'on la travestît en un jargon qui crispe toute oreille délicate, et qu'un professeur de philosophie n'était point un barbare chargé delà mission de détruire cette élégance, cette pureté, cette politesse de langage qui conviennent à de jeunes littérateurs, et de donner pendant quelques mois le contre-pied des leçons de bon goût qui ont coûté huit années de travail à ses collègues. D'autres raisons me déterminaient encore. Notre idiome est éminemment philosophique; comme analogue, il a infiniment plus de clarté et de méthode que le latin , qui joint à l'inconvénient d'être transpositif celui de manquer de signes pour exprimer les modifications et les développements actuels de lapensée. Je défie hardiment le plus habile latiniste de traduire telle page de plusieurs écrivains de nos jours. Cicéron lui même est continuel-

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lement obligé d'emprunter des signes au grec. Cette dernière langue, quoiqu'elle ait aussi le défaut (qui n'en est un que sous le rapport philosophique) d'être transpositive, a au moins l'immense avantage d'être extrêmement abondante ; de plus elle a été la langue des grands philosophes de l'antiquité, dont, nous autres modernes, nous ne sommes que les disciples. Il est à regretter qu'elle n'ait pas été adoptée de préférence au latin pour être le moyen de communication des savants jusqu'à la formation des idiomes modernes; mais l'histoire nous dit que les causes qui ont fait prévaloir la langue latine ont été indépendantes de la volonté des savants. La nécessité d'une langue morte pour servir de communication universelle n'existe plus aujourd'hui que les langues modernes des peuples civilisés sont à peu près fixées, et que leur connaissance est généralement répandue; mais, si cette nécessité subsistait encore, les savants devraient donner la préférence au grec, les causes qui les en ont empêchés dans d'autres temps ayant disparu.

Dans un livre destiné aux rudiments de la science on ne s'attend pas à ne rencontrer que des choses neuves. Les grandes vérités que la philosophie offre à notre méditation sont anciennes ; mais elles sont du petit nombre de celles qui ont le privilège d'être toujours nouvelles.

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