‹ Cours de philosophieChapitre 14 sur 17 · DU MALHEUR · texte numérisé non relu

DU MALHEUR

Qu'est-ce que le malheur en général ? Je le dirai en finissant. Je commencerai par dire ce qu'il est en particulier dans tel ou tel cas , telle ou telle circonstance.

Lorsque je me sens faible d'esprit, sans puissance pour comprendre et démontrer la vérité y pour sentir la beauté, pour gagner d'autres intelligences à ma foi et à mon opinion ; lorsque je ne peux me faire illusion sur les défauts de ma pensée , et qu'en outre je me les reproche et les impute à ma négligence , à mon inattention et à ma paresse, je souffre de cette conscience, et je souffre doublement, d'abord parce que je suis faible, puis parce que je le suis par ma faute; et je ne puis pas faire qu'il n'en soit pas ainsi ^ car j'ai et je vois en moi ce qui cause ma douleur. Ici le mal et le malheur sont donc entre eux comme deux faits , dont l'un détermine l'autre , dont l'un est le principe de l'autre. Il y a malheur, parce qu'il y a mal et sentiment du mai.

Qu'un homme dont le cœur s'est gâté par le peu de soin qu'il a mis , soit à modérer , soit à développer ses affections naturelles , vienne à se reconnaître en un tel état, en ait honte, et rougisse de n'avoir plus d'amour pour rien, plus d'entrailles, plus d'émotions, plus de ces passions qui animent et élèvent l'humanité, ou qu'il se voie le jouet d'une sensibilité intempérée, Gonvulsive et sans frein, il a remords et douleur de ces deux espèces de faiblesses. Car ce sont deux faiblesses , souvent même deux vices , et nul ne les trouve en soi sans en être affligé comme d'une dégradation de sa nature. Ici donc encore au mal senti se joint le malheur comme conséquence.

Considérez également l'âme dans son rapport avec le corps; qu'éprouve-t-elle , lorsque sans sagesse à l'égard des organes , elle n'en use pas ou en abuse, les néglige ou les pervertit dans les fonctions qu'ils doivent remplir, ne les exerce et ne les applique à aucun de leurs emplois légitimes , ou les tourmente de ses ca» priées , les épuise en vains travaux , et par ses intempérances de toute sorte les afflige de maladies , les détériore et les tue ? De même qu'il y a plaisir et jusqu'à un certain point plaisir moral à jouir d'une activité organique, puissante

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et bien réglée, de même aussi il y a souffrance à sentir en soi cette activité détruite ou déréglée par le fait de la volonté. C'est encore un malheur qui tient à un mal dont on est cause.

J'en dirai autant des fautes commises envers la nature et ses lois. Gomme elles sont des désordres, elles sont des sources de mécomptes , de contrariétés et de misères. Ainsi, on n'est jamais heureux de ne pas suivre en sa conduite les règles d'une sage économie , et pour peu qu'on s'aperçoive des inconvéniens et des. dangers auxquels on s'expose par ces imprudences, on en sonfire inévitablement. Il en est de même des choses d'art, quand on les néglige ou qu'on les dégrade; ce n'est jamais qu'avec un sentiment de tristesse et de blâme qu'on s'avoue de tels actes ; ils témoignent en effet de l'incurie, de la brutalité, de l'absence de goût, et pour tout dire d'un véritable défaut de l'âme.

Enfin , voyez ce qui arrive quand on a failli de quelque façon contre Dieu ou les hommes , quand par quelque acte on a violé les lois générales de la Providence ou celles de la société ; dès qu'on sait ce qu'on a fait, et qu'on se confesse à soi-même le mal qu'on a commis , on n'a plus la conscience tranquille; et selon le degré de gra

^Ité du désordre dont on s'accuse , depuis le plus simple repentir jusqu^aux remords les plus affreux , mécontentement et chagrin , angoisses et déchiremens, horreur de soi et supplices d'enfer , voilà ce qu'on éprouve intérieurement. Et si on retrouve quelque calme , c'est qu'on oublie , qu'on s'étourdit ou tout au moins qu'on se promet de revenir à la vertu, qu'on y revient en espérance, et que par suite aussi on renaît à la joie et au bonheur. Mais tant que pèse sur le cœur ce jugement triste et sévère, dans lequel on se dit : j'ai été faible et méqhant, j'ai été dur à mes frères , injuste et déloyal ; je n'ai pas honoré Dieu ainsi que je le devais , j'ai méconnu ses plans et contrarié ses lois ; il n'est pas possible que l'on conserve quelque paix et quelque plaisir dans l'âme, et le- malheur^ sous la forme de la sanction et du châtiment , vient en bannir toute espèce de calme et de douce paix. Nul ne résiste au spectacle de sa propre corruption , et n'a le cœur de se réjouir de sa honte et de son infamie. Pour les voir de sang*froid, il faut les voir autres qu'elles ne sont, et les couvrir en idée de quelque apparence d'honnêteté; il se peut alors qu'à la faveur du déguisement dont on les voile, on en soutienne sans trop de trouble l'impression mensongère. Mais autrement quand le mal est là nu , manifeste et avoué , on ne le regarde pas sans douleur ; il n'est

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pas dans la nature de Thomine de manquer sa destination , de le sentir et de rester heureux.

Si j'ajoute maintenant que dans chacun des cas particuliers que je viens de parcourir , non Iseulement le malheur succède au mal et s^ rapporté, mais en suit tous les degrés » en revêt toutes les nuances, ce que je ne crois pas avoir besoin d'expliquer , on a toute ma conclusion , savoir que le malheur est à la fois la conséquence , (a mesure et le prix du mal, précisément comme le bonheur est lui-même la conséquence, la mesure et ^le prix du bien.

Cette relation est invariable, les exceptions qu'on y suppose sont apparentes et non réelles ; jamais il n'y a de mal sans malheur. Que si parfois il est des actions qui , quoique mauvaises j ne donnent à l'âme ni regret ni remords, c'est que rame les ignore , les oublie ou les méconnaît en ce qu elles ont de vicieux ; c'est qu'elle ne les voit pas telles qu'elles sont , qu'elle y voit le bien qui n'y est pas oulebien qui s'y rencontre, mais sans le mal qui s'y mêle, le corrompt et le souille. U n'est pas étonnant qu'alors elle ne souffre pas d'une manière d'agir qui en elle-même est mauvaise, mais qu'elle ne sait et ne juge pas mauvaise. Pour être afHigé d'un désordre, il &nt le sentir

et l'apprécier ; s'il échappe à la conscience , ou la trompe et la séduit , il est comme s'il n'était pas, ou ne paraît pas tel qu'il est ; c'est une raison pour qu'il ne produise pas l'impression qu^l devrait produire. On ne gémit, on ne se réjouit, et en général on ne s'émeut qu'en conséquence des idées qu'on se fait des biens et des maux. Il est du reste malheureusement vrai, comme je crois l'avoir déjà dit, que les hommes sont plus sujets à s'aveugler et à se faire illusion sur leur mauvaise que sur leur bonne vie ; ils ont trop d'intérêt à se croire honnêtes et irréprochables pour n'être pas très-clair* Toyans au sujet de leurs vertus , et ne pas chercher au contraire à s'étourdir et à se donner le change sur leurs faiblesses et leurs vices.

Les exceptions dont je viens de parler s'expliquent donc très-naturellement dans le sens de la loi générale qui unit entre eux invariablement le mal et le malheur ; elles ne font pas objection, et elles ne seraient même pas apparentes, si l'on exprimait cette loi par cette formule plus précise : il n'y a pas de mal senti qui ne soit suivi de malheur, ou le malheur est toujours la suite du sentiment du mal.

Seulement il faut remarquer que , comme il y a plusieurs espèces de mal et autant d'espèces de malheur qui leur correspondent exactement , la

liaison n'a pas lieu du mal d'un certain ordre au malheur d'un autre ordre , mais d'un même mal à un même malheur, d'un mal de la vie intime, sociale ou religieuse, à un malheur de la vie intime, sociale ou religieuse. On souffre de toute faute, mais de chaque faute dif{éremment;à chaque vice sa peine propre; à la paresse la sienne, à la lâcheté la sienne , à l'intempérance la sienne aussi, à l'injustice, à la violence, à l'impiété également la leur; point de confusion , point de faux rapports, pas une combinaison arbitraire; une douleur ne vient jamais quand une autre devrait devenir ; chacune a pour ainsi dire sa spécialité, dont elle ne se dé tourne jamais, en sorte que si,par exemple, on a à se reprocher sa pauvreté , ce n'est pas de la maladie ou de la faiblesse d'esprit , ou de tel autre mal dont on n'est pas coupable que l'on s'afflige en sa conscience, c'est de sa pauvreté elle-même. Et pareillement quand on a manqué de justice ou de bienveillance , le chagrin qu'on en éprouve n'est pas celui qui pourrait naître de l'incurie ou de l'imprudence , mais celui qui a sa source dans la violation du droit, et il en est ainsi dans tous les cas. Quand on sent quelque mal en soi , c'est de ce mal et non d'un autre, c'est de la manière dont on le sent qu'on est à coup sûr malheureux ; on ne l'est pas d'un mak qui n'est pas ou du moins qu'on ne sent pas.

Ces explications , une fois données , me mettent à Taise pour soutenir la thèse que j'ai en vue, savoir que le méchant ou Thomme du mal est malheureux. En effet, dans le méchant ne regardez que le méchant ; supposez-lui le sentiment et l'appréciation de sa vraie vie , et dites si en se voyant , en se jugeant tel qu'il est , il n'a pas honte de lui-même, s'il n'en a pas quelquefois horreur , s'il n'a pas une souffrance à chaque vice qu'il surprend en lui , à chaque faiblesse qu'il y découvre. Sans doute , s'il se trouvait de cette race de méchans , grâces à Dieu exceptionnelle , qui, perdant tout sens mal, n'est plus capable de savoir ni ce qui est mal ni s'il y a du mal , dans son brutal aveuglement, il n'aurait qu'indifférence sur toutes ses actions : un crime ne l'effraierait pas , car ce crime , il l'ignorerait ou peut être même le croirait vertu. Mais le méchant, ainsi fait , âme sans cœur et sans rai* son, n'est qu'un monstre dans l'ordre humain; et d'une telle créature on conçoit bien qu'elle se dégrade sans remords. Cette hideuse apathie est la conséquence naturelle de la dépravation de sa conscience. Mais à l'honneur de l'humanité, dans le cours ordinaire des choses, le méchant vaut mieux que cela, et quelque endurci qu'il puisse être , il conserve toujours assez d'intelligence morale pour que, sinon de lui-même^

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au moins d'après Tezemple et les discours des sages, par l'effet des reproches ou sous le coup de la justice 9 il fasse un retour sur lui-même, se reconnaisse et se repente. Combien peu de criminels sont jamais si assurés dans leurs mauvaises convictions , qu'ils ne fléchissent et ne cèdent devant aucun raisonnement , qu'ils ne se troublent d'aucune parole, ne s'alarment d'aucune sentence, et l'esprit calme jusqu'au bout, passent par toutes les épreuves de la réprobation publique , sans cesser de croire en eux , d'avoir foi en leur innocence et d'être en paix avec eux-mêmes? Il y a bien peu de ces impénitences que n'inquiète aucun scrupule, que n'entame aucupe rMexion, qui résistent à tout et tiennent bon contre toute espèce de conversion. Pour de si prodigieux entétemens, il faut à des âmes de fer un fanatisme du mal qui n'y laisse mordre en quelque sorte ni le blâme , ni la honte, ni la crainte , ni le châtiment, ni enfin aucune de ces choses auxquelles le cœur humain finit toujours par être sensible. C'est pourquoi je n'hésite pas à dire, tout bien considéré dans ces exceptions , que l'homme méchant est malheureux.

Il l'est sans aucun doute; il gémit et il souffre de tout ce qu'il y a de mauvais en lui ; mais le mauvais n'y est pas seul ; il s'y trouve aussi du

bon. L'homme méchant n'est pas tout Thomme, il n'est pas de tout point méchant, et à côté des qualités ou des facultés qu'il a viciées , il en a d'autres qu'il a cultivées, et qui, grâces à ses soins, sont heureusement développées. Il peut même avoir ses vertus , comme , par exemple, le courage, la prudence et la tempérance, les avoir au moins par moment , et n'être pas toujours injuste , toujours violent , toujours cruel , mais se montrer aussi parfois disposé à la justice, à la bienveillance et à la pitié. Rien n'est si fréquent que ces contrastes; et alors, comme il reconnaît cet autre côté de sa nature, qu'il y distingue le bien, il en jouit parce que c'est du bien. L'homme de bien est heureux en lui, tout comme le méchant y est malheureux. Remarquons même en passant combien il est sagement disposé que les choses se passent ainsi. S'il ne connaissait que la douleur et le chagrin d'avoir mal fait , triste, accablé , sans espoir, il se maudirait , mais ne se corrigerait pas; en éprouvant le plaisir du bien , il y prend goût et le recherche, il sait où est la source du bonheur et s'y sent attiré.[On l'a dit bien souvent, mais on ne peut trop le redire, l'initiation à la vertu vient de l'expérience que l'on a des jouissances qu'elle pro* cure. Mais le méohant, en fait de biens , n'a pas seulement ceux que sa volonté et son travail lui assurent; il a aussi ceux dont la Providence l'a

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gratifié et favorisé ; il peut en conséquence être doué de certaines qualités excellentes; il peut avoir le génie , la santé , le pouvoir , les richesses et le succès, c'est Dieu qui les lui accorde ; cela ne Tempéche pas d'être mauvais et malheureux sous d'autres rapports; mais sous ceux-ci, il est bon. Que ce soit sans volonté , sans effort et sans mérite, il n'est pas moins éminent par ces diverses qualités ; il n'en a pas moins ses prospérités , ses grâces et ses dons d'en haut ; il les sent et en jouit. Telle est en effet sa nature; telle est la nature de l'homme, qu'il ne peut pas voir sa destinée s'accomplir en quelques points , sans en éprouver aussitôt contentement et plaisir. Rien ne s'oppose donc à ce que le méchant soit heureux d'un bien fortuit ; seulement il n'en est pas heureux comme d'un fruit de sa volonté , il ne se l'attribue pas comme une vertu , il ne trouve pas dans sa conscience ce sentiment de dignité, cette noble fierté ' du cœur, cette intime congratulation qui viennent de l'estime de soi-même. Il prend le plaisir comme plaisir, comme conséquence nécessaire d'une faveur qu'il tient du ciel, et non comme récompense d'un acte libre et volontaire, ce qui , pour le dire en passant, ôte certainement à sa félicité son plus doux, son plus pur charme, sa plus sainte volupté. D'autant que, comme le mal l'emporte et domine en lui, puisque après tout il est le méchant, qu'il y

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domine avec les caractères du vice et de démérite , et qu'à ce titre il n'y en a pas qui inspire plus de douleur , de dégoût et d'aversion ; ses joies 9 toutes fatales et sans trace de moralité , sont bien corrompues par la honte, la crainte , le remords et toutes les misères d'une âme qui est et se sent coupable.

Le méchant est donc malheureux ; mais il l'est comme méchant , de ce qu'il y a de mauvais en lui , et non de ce qui s'y trouve de bon.

Et pour ramener dans toute sa rigueur ma conclusion générale, je termine en disant avec plus de confiance que jamais , que le malheur est véritablement la conséquence inévitable , la preuve et le prix du mal.

Après avoir montré ce qu'est le malheur , il est nécessaire de dire un mot sur l'effet qu'il produit dans l'âme quand elle le considère comme élément d'une action qui est à faire.

Le mal dans la même circonstance y détermine une prohibition ou une obligation négatiçe.

Qu'est-ce que le malheur y détermine? une répugnance, une aversion. C'est trop clair pour que je le montre. Il suffit de remarquer que ja •

maïs nous ne portons les yeux sur une action dont la condition doit être pour nous la douleur, sans être excités par la sensibilité à l'éviter et à la fuir. Nous pouvons combattre , nous pouvons vaincre cette disposition du cœur , mais nous ne pouvons empêcher qu'elle ne naisse et ne se développe , quand la cause qui la provoque est présente et active. Se dire qu'on va avoir à souÉfrir, et ne pas en être ému , n'avoir pas même un mouvement de crainte et d'éloignement, ce serait ne pas s'aimer, ce ne serait pas de la nature humaine. Jamais l'homme ne prévoit une occasion: de tris-

tesse, qu'il ne sente d'abord son âme prête à la résistance et au combat.

Souvent le malheur est imaginaire , sans réalité et sans raison. Comme néanmoins on y croit, on y répugne, on le repousse; fausse et vaine aversion, et dont il faut avoir grand soin de se garder ou de se guérir; car elle ne serait que de la faiblesse. Mais souvent aussi le malheur est réel et certain ; il est la conséquence évidente d'un mal qui n'est pas douteux. Dans ce cas , la répugnance est légitime et salutaire; elle agit dans le sens et à l'appui de la défense^ la seconde, la fortifie, et concourt avec elle à un commun résultat , dont la conscience s'applaudit. Quand la répugnance a ce caractère, non seulement il

ne faut pas la réprimer, mais il faut la respecter, l'écouter et y céder. Elle est l'auxiliaire du devoir, au besoin même elle en devient l'utile supplément , lorsque trop dur en ses préceptes , il effraie l'âme de ses rigueurs. Cette aversion que nous avons pour tout ce qui nous fait souffrir, nous donne le courage de résister à de mauvaises tentations, et la force que nous n'aurions pas pour fuir le mal à cause de lui-même , nous l'avons pour fuir le mal à cause du malheur qui l'accompagne. Ce n'est pas sans doute là le fait de la plus pure moralité, et il y a une meilleure innocence que celle qui n'a pour principe que la crainte de la douleur. Mais mieux vaut encore ne pas pé^ cher par un motif de cette nature , que de n'être retenu par aucun frein. Il faut avoir à la fois honte et peur du vice ; mais en avoir seulement peur est déjà quelque chose , et si ce n'est pas de la vertu , c'en est au moins l'avant-goût. Quand on a pris le chemin du bien par passion et mouvement de cœur , il n'y a plus beaucoup à faire pour y rester par raison; de même que quand on a commencé par simplement haïr le mal , on ne tarde pas à le condamner et à le repousser à la fois pour lui-même et pour sa conséquence, par jugement et par sentiment. Voilà l'avantage qu'il peut y avoir à ne négliger dans la nature humaine aucun des élémens qui la constituent, aies comp-

ter et à les estimer tous , à les faire tous servir à la fois au développement les uns des autres.

Du reste il va sans dire que la répugnance dont je viens de parler n'a rien d'uniforme et d'invariable ; qu'elle change et se modifie selon les objets auxquels elle se rapporte; qu'elle a une foule de degrés , depuis le simple éioignement jusqu'à l'horreur la plus vive ; je ne m'arrête pas à le montrer.

J'arrive au terme de cette question.

Le mal et le malheur sont unis l'un à l'autre par un rapport invariable. Ils forment ensemble un tout moral que nous ne pouvons considérer et apprécier sous sa double face, nous proposer comme effet à réaliser par notre conduite , sans trouver en nous en même temps Yobligation de ne pas faire ^ et la répugnance k faire. De là suit l'idée de la morale, telle que jel'ai tracée en traitant plus haut du bien et du bonheur. Je ne la reprendrai pas ici, je la rappellerai seulement, et me contenterai de dire que la morale qui, dans ses préceptes , néglige le mal ou le malheur est nécessairement incomplète; que celle au contraire qui tient compte de l'un et de l'autre tout ensemble, morale du devoir et de l'amour, a en elle bien plus de largeur^, de portée et de vérité.

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