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la science nous l'atteignons , nous le saisissons et le possédons; nous en faisons notre propriété. Mais cette propriété est-elle de celles que nous ne pouvons avoir à nous, sans par là même les ôter aux autres.»^ de celles qui nous sont personnelles, exclusivement personnelles ? Nullement ; c'est au contraire une propriété qui est, pour ainsi dire, toute à tous, qui est à moi , qui est à vous , qui est à quiconque veut se donner la peine de l'océuper; nous serions des milliers à être savans des mêmes choses, que nous n'en serions pas pour cela , chacun à part , moins savans, que nous le serions davantage au contraire, parce que nous serions riches , à la fois , de notre fonds et de celui des autres , et que nous leur emprunterions comme nous leur prêterions , à notre commune satisfaction.
Et le beau est comme le vrai, il est ample à souhait; il n'est point circonscrit, renfermé et comme enclos dans quelque objet particulier; il n'a point sa région au-delà et en deçà de laquelle il défaille et ne se trouve plus ; il remplit l'univers et en orne toutes les sphères; il est en Dieu, dans l'homme, et au sein du monde physique; il est dans la magnifique harmonie qui unit et lie ensemble le
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créateur et la création^ Il y a du beau à n'en pas finir , et lart n'est pas près de l'épuiser : voilà pour la matière et le sujet de la poésie.
Quant à la poésie elle-même, son procédé n'est pas de s'emparer de la beauté , ainsi que le ferait d'un champ , l'industrie du laboureur , elle la possède , mais en la laissant libre et accessible à tout le monde ; elle ne la possède même réellement qu'afin de la publier et de la communiquer au plus grand nombre.'
La poésie souffre sans peine la poésie à côté d'elle , et non seulement elle la souffre , mais elle l'appelle , la convie , se sent heureuse de son concours, en est plus vive et plus puissante.
Poètes , vous ne perdez rien à voir d'autres poètes , d'autres âmes poétiques admirer comme vous les mêmes beautés que vous.
Vous y gagnez bien plutôt; car ce souffle sympathique que vous sentez autour de vous, ces chants qui viennent se mêler aux chants qui vous échappent , cet écho de vos paroles , ces accens qui répètent les vôtres, tout soutient et redouble votre sainte inspiration.
Vous auriez la foule derrière vous , vous seriez ses révélateurs, ses initiateurs divins,
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elle accourrait à votre voix, elle se presserait à vos hymnes , elle serait de tout dans votre religion que vous n'en seriez que plus forts , plus pleins de votre Dieu ; elle prendrait toutes vos idées qae vous n'en seriez que plus riches. Rien n'alimente le génie , comme d'avoir les masses à soi ^ rien ne le féconde et ne l'excite , comme de se voir appelé à les nourrir de sa substance, à les faire vivre de sa vie. Les plus magnifiques poètes sont ceux qui ont le plus appartenu aux masses et à l'humanité.
Le juste est également sans bornes, pour peu surtout qu'on ne l'entende pas d'une manière trop étroite et qu'au juste proprement dit, au droit strict et de rigueur on ajoute l'amour, la charité et le dévouement.
Oh ! alors c'est l'infini , c'est un champ sans mesure que toutes les vertus humaines ne suffisent pas à cultiver. Comme le vrai et le beau, le juste est à l'âme humaine un immense sujet d'action et de développement.
Que si l'on regarde encore ici au nombre de ceux qui concourent pour participer au même bien , on voit qu'ils peuvent tous y prétendre sans se faire tort les uns aux autres : ils auraient tous même
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volonté et même puissance de justice, ils excelleraient tous également dans la pratique de la loi, que, loin de se nuire mutuellement comme dans une concurrence industrielle, ils en seraient tous au contraire meilleurs et plus moraux. Et si quelques-uns , d un cœur plus pur , se faisant un meilleur lot de vertus et de mérites , valent mieux que les autres , ceux-là , comme on dit communément , ne coûtent rien à personne , ne se font riches aux dépens de personne ; loin de là leur trésor tourne au profit de tout le monde. Ils ne sont pas comme les aristocrates de Xutilité et du bien-être , qui vivent toujours plus ou moins aux dépens de quelqu'un ; aristocrates dans le vrai sens et la saine acception du mot, les meilleurs par la vertu, l'honneur et la probité, ils n'ont pas à craindre de s'appauvrir en conviant leurs inférieurs au partage de leur bien. Au contraire ils ne font que gagner à associer à leur œuvre le plus possible d'âmes; ils n'en deviennent que plus parfaits. Aussi je dirais volontiers aux justes d'entre les justes : appelez à vous la foule, ayez-la à vos côtés, prenant part à vos actes, les approuvant et les imitant , et vous n'en serez
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que plus affermis et plus assures dans vos voies; quand, dans le chemin de la vertu, on sent la foule autour de soi , qu'on la sent sur ses pas attentive et docile, on comprend toute la responsabilité dont on se trouve chargé, on est moins tenté de fléchir , de faillir et de mal faire ; on s observe et on se maintient mieux. Et à la foule , de son côté , je dirais également : venez aux justes, et entrez en communion avec eux ; suivez-les et ils vous conduiront, invoquez-les et ils vous assisteront , demandez et vous recevrez : la probité et la charité, ne sont pas choses qui se refusent; pour qui les possède, c'est s'enrichir que de les donner à qui ne les a pas.
Enfin, qu'est-ce que Dieu.^ N'est-ce pas aussi l'infini; lui en qui se résument dans leur plus haute idéalité et l'utile et le vrai , et le beau et le juste; lui le tout être, la toute force, le principe de tout ordre, le créateur de tout bien , le bien suprême et absolu? A-t-on jamais assez fait pour le chercher et le connaître? L'use-t-on, l'épuiset-on à l'aspirer, à l'adorer, à s'unir à lui et à vivre en lui? Et ses bienfaits toujours nouveaux , ses incessantes manifestations , cette poésie toujours si vive dont abondent ses