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professions privées, suivant qu'elles se rapportaient ou aux fonctions normales de l'ordre antérieur, subsistant quoique déclinant, ou aux opérations essentiellement partielles et empiriques des nouveaux éléments sociaux, dont nul ne pouvait alors apercevoir la tendance nécessaire vers une autre économie générale. Une telle distinction dut ensuite se développer de plus en plus, à mesure que s'accomplissait le double mouvement préparatoire, à la fois négatif et positif, que nous avons reconnu propre à l'évolution moderne; en sorte que l'histoire totale de cette notion temporaire représente spontanément, à sa manière, notre appréciation de l'ensemble du passé ; coïncidence qui, sans doute, n'a rien de fortuit, et qui doit pareillement se reproduire à tout autre égard, si notre théorie historique est la fidèle expression générale de la réalité sociale. Toutefois, la plus complète intensité d'une semblable démarcation doit se rapporter véritablement à la seconde des trois phases successives que nous en a présentées cet âge transitoire, pendant que le régime ancien conservait, en apparence, toute sa prépondérance politique ; car, sous la phase suivante, ou l'essor industriel a pris assez d'importance pour que les gouvernements européens corn mencenl à y subordonner directement leurs combinaisons pratiques, la tendance spontanée de l'évolution moderne vers une nouvelle coordination sociale devient déjà graduellement appréciable, au point d'imprimer aux grandes existences industrielles un caractère public de plus en plus prononcé. Enfin, depuis le début de la crise finale, ce changement est devenu tellement tranché, qu'il indique une inévitable inversion delà disposition antérieure dans le nouvel état de société, caractérisé non seulement quant à l'ordre spirituel, ce qui est évident, mais aussi quant à l'ordre temporel, par l'extension presque totale du genre d'activité qui constituait d'abord les professions publiques, et par la prépondérance normale des fonctions jadis privées, le gouvernement proprement dit, sous l'un et l'autre aspect, n'étant dès lors, comme autrefois en sens contraire, qu'une application plus complète et plus générale de la destination habituelle. Néanmoins, la % distinction temporaire que nous apprécions persistera nécessairement, à un certain degré, jusqu'à ce que la conception fondamentale du nouveau système social soit devenue assez nette et assez familière pour développer un sentiment élémen-' taire d'utilité publique, d'abord parmi les chefs des divers
travaux humains, et même ensuite chez les moindres coopérateurs. La dignité qui anime encore le plus obscur soldat dans" l'exercice de ses plus modestes fonctions n'est point, sans doute, particulière à l'ordre militaire; elle convient également à tout ce qui est systématisé; elle ennoblira un jour les plus simples professions actuelles, quand l'éducation positive, faisant partout prévaloir une juste notion générale de la sociabilité moderne, aura pu rendre suffisamment appréciable à tous la participation continue de chaque activité partielle à l'économie commune. Ainsi, la cessation vulgaire de la division encore existante entre les professions privées et les professions publiques dépend nécessairement de la régénération universelle des idées et des mœurs modernes. Mais, en vertu même de cette intime connexité, les vrais philosophes, dont les conceptions doivent toujours devancer, à un certain degré, la raison commune, ne sauraient aujourd'hui se représenter convenablement l'ensemble du nouveau système social, s'ils ne s'affranchissent préalablement d'une telle distinction, propre seulement à l'âge transitoire. Ils devront donc concevoir désormais comme publiques toutes les fonctions qualifiées actuellement de privées, après avoir d'abord judicieusement écarté de l'économie finale, suivant les indications de la saine théorie historique, les diverses fonctions destinées à disparaître essentiellement. En conséquence, nous supposerons ici éliminé tout ce qui se rapporte aux divers débris quelconques de l'état préliminaire, non seulement théologique, mais même métaphysique; quoique ces derniers soient aujourd'hui beaucoup plus bruyants, ils ne sont pas, au fond, plus vivaces. D'après une telle préparation, l'économie moderne ne présentant plus que des éléments homogènes dont la convergence est nettement appréciable, il devient possible de concevoir l'ensemble de la hiérarchie sociale, qui restera inintelligible tant qu'on s'efforcera d'y combiner irrationnellement les classes vraiment ascendantes avec les classes inévitablement descendantes. Le lecteur doit maintenant comprendre l'importance philosophique de l'explication préalable que nous venons d'achever. Quoique cette élévation finale des professions privées à la dignité de fonctions publiques ne doive, sans doute, rien changer d'essentiel au mode actuel * 4e leur exercice spécial, elle transformera profondément leur esprit général, et devra même affecter beaucoup leurs conditions usuelles. Tandis que, d'une part, une telle appréciation
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normale développera, chez tous les rangs quelconques de la société positive, un noble sentiment personnel de valeur sociale, elle y fera, d'une autre part, sentir la nécessité permanente d'une certaine discipline systématique, naturellement incompatible avec le caractère purement individuel, et tenant à garantir les obligations, 9oit préliminaires, soit continues, propres à chaque carrière. En un mot, ce simple changement constituera spontanément un symptôme universel de la régénération moderne.
Le principe essentiel de la nouvelle coordination sociale, dont je dois maintenant indiquer l'appréciation directe, a été d'abord destiné, au commencement de ce Traité (voyez la deuxième leçon), à établir la vraie hiérarchie des sciences fondamentales, d'après le degré de généralité et d'abstraction de leur sujet propre, suivant la nature des phénomènes correspondants : telle fut aussi, dans mon évolution personnelle, la première source de cette conception philosophique. Nous avons ensuite reconnu, sans aucune vaine prévention systématique, que la môme loi logique fournissait spontanément la meilleure distribution intérieure de chaque partie successive de la philosophie inorganique. En s'étendant à la philosophie biologique, elle y a pris un caractère plus actif, plus rapproché de sa destination sociale : passant de Tordre des idées et des phénomènes à Tordre réel des êtres euxmêmes, ce principe taxonomique convenablement appliqué est aussi devenu apte à représenter exactement la véritable coor- . dination naturelle maintenant établie par les zoologistes rationnels pour l'ensemble de la série animale. Par une dernière extension, nous y avons directement rattaché, au cinquantième chapitre, la base essentielle de toute la statique sociale : et, enfin, l'élaboration dynamique de la leçon précédente vient d'y puiser la détermination de Tordre général des diverses évolutions élémentaires propres à la sociabilité moderne. Une suite aussi décisive d'applications capitales érige désormais, j'ose le dire, un tel principe philosophique en loi fondamentale de toute hiérarchie quelconque : l'universalité nécessaire des lois logiques explique d'ailleurs naturellement cet ensemble de coïncidences successives, qui ne devaient, \ sans doute, rien offrir de fortuit. Ainsi, dans chaque société > régulière, qu'elles qu'en puissent être la nature et la destina^ tion, les diverses activités partielles se subordonnent toujours entre elles suivant le degré de généralité et d'abstraction pro-
pre à leur caractère habituel. Cette règle nécessaire ne sera jamais démentie par l'exacte appréciation des divers cas réels; pourvu que, suivant son esprit, on ne l'applique qu'à un véritable système d'ailleurs quelconque, formé d'éléments homogènes, convergeant tous vers une destination commune, au lieu de l'incohérente coexistence d'activités discordantes. La société antique, soit théocratique, soit militaire, la seule, comme nous l'avons vu, qui ait pu jusqu'ici être pleinement systématisée, a toujours offert une coordination évidemment conforme à ce principe universel, dont la notion sociale ne saurait être aujourd'hui mieux éclaircie que d'après ce type caractéristique, considéré même dans les faibles vestiges que notre civilisation en conserve encore ; surtout dans l'organisme militaire, resté, sous ce rapport, plus nettement appréciable qu'aucun autre, et où la hiérarchie nécessaire qui subordonne constamment les agents moins généraux à de plus généraux devient tellement prononcée, qu'elle demeure même profondément indiquée par les qualifications usuelles. Il serait donc ici superflu de prouver expressément que la société nouvelle, une fois parvenue à létat d'homogénéité et de consistance convenable à sa nature, ne saurait comporter d'autre classification normale, appliquée seulement à des éléments d'un autre ordre ; ainsi que l'annoncent directement les divers classements partiels qui s'y sont déjà spontanément réalisés, pendant le cours de la grande transition moderne. En conséquence, la véritable difficulté philosophique se réduit essentiellement, à ce sujet, à bien apprécier lés différents degrés de généralité ou, ce qui revient au même, d'abstraction, inhérents aux différentes fonctions de l'organisme positif. Or, par une anticipation indispensable, cette opération a été presque entièrement accomplie, quoique à une autre fin, dès le début de ce volume ; et les volumes précédents avaient spontanément amené les principales indications propreb à compléter une telle explication, du moins en la bornant au degré de développement que nous ne devons point dépasser ici : en sorte qu'il ne nous reste plus, sous ce rapport, qu'à combiner directement ces différentes notions, pour en faire t suffisamment ressortir la conception rationnelle de l'économie finale.
Considérée du point de vue le plus philosophique, la progression sociale s'est d'abord présentée à nous, dans son ensemble, au cinquante-unième chapitre, comme une sorte de
' prolongement nécessaire de la série animale, où les ê sont d'autant plus élevés qu'ils se rapprochent davantage
où les êtres rte du tvpe humain, tandis que, d'une autre part, l'évolution humaine est surtout caractérisée par sa tendance constante à faire déplus en plus prévaloir les divers attributs essentiels qui distinguent l'humanité proprement dite de la simple animalité. Quoique Tordre dynamique, dont les degrés sont beaucoup plus tranchés, dût être éminemment propre à fonder une telle conception, elle doit évidemment convenir aussi â Tordre statique, d'après l'intime connexité, directement établie au quarante-huitième chapitre, entre les lois d'harmonie et les lois de succession, pour l'étude rationnelle des phénomènes sociaux. Ainsi la hiérarchie sociale doit pareillement offrir, en principe, une extension spontanée de l'échelle animale : en sorte que les caractères qui y séparent les diverses classes doivent être, avec une moindre intensité, essentiellement analogues à ceux qui distinguent les différents degrés d'animalité. Telle est la première base inébranlable que la philosophie positive fournira naturellement à la subordination sociale, dès lors scientifiquement rattachée au même titre fondamental d'où l'homme conclut justement sa propre supériorité sur tous les autres animaux. La dignité animale est essentiellement mesurée par Tascendant du système nerveux, principal siège de l'animalité, et la dignité sociale par la prépondérance plus ou moins prononcée des plus éminentes facultés propres à ce système ; quoique la vie purement organique, fond primitif de toute existence, doive d'ailleurs, en l'un et l'autre cas, toujours rester plus ou moins dominante, comme je l'ai expliqué en son lieu. D'après la tendance spontanée à l'universelle application du type humain, qui caractérise nécessairement, suivant notre théorie, la philosophie initiale, les idées de hiérarchie ont dû être d'abord tirées constamment de Tordre intérieur des sociétés humaines pour être ensuite transportées à divers autres sujets. La philosophie finale, qui d'abord, au contraire, procède surtout du monde à l'homme, puisera désormais, en sens inverse, les notions de subordination dans l'appréciation directe de Tordre extérieur, plus simple, mieux tranché et plus fixe, afin que leur extension sociale puisse logiquement contenir l'influence dissolvante de Tesprit sophistique, dont l'essor accompagne malheureusement le progrès naturel de notre intelligence. C'est ainsi que la science et la théologie, considérant l'homme,
Tune comme le premier des animaux, l'autre comme le dernier;§ ;K des anges, conduisent sous ce rapport, suivant des voies;:'.^-%.: opposées à des résultats essentiellement équivalents, quoique * r, ; d'une stabilité fort inégale, d'après la commune prépondé;.^|;' i' rance nécessaire, rationnelle ou instinctive, réelle ou chimé-ijÈJ; rique, d'un même type fondamental. On ne saurait donçtlli! contester L'éminente aptitude de la philosophie posilive k^^M consolider spontanément les saines idées de subordination;^^; sociale en les liant profondément, par des nuances moins -V/' tranchées et plus délicates, mais non moins réelles, au mêm^MÇprincipe universel qui, dans l'échelle générale des êtres vi^S^fp: vant's, place d'abord la vie animale proprement dite au-dessusg||§f ' de la simple vie organique, et ensuite constitue la série^^fetl successive des divers degrés essentiels de l'animalité. . >|S|§J
Une première application de cette théorie hiérarchique j^^fe l'ensemble de la nouvelle économie sociale conduit à y cori^^fe cevoir la classe spéculative au-dessus de la masse activé?fl||t, comme je l'ai précédemment établi : puisque la première^ offre certainement un essor plus complet des facultés de| généralisation et d'abstraction qui distinge le plus la nature; humaine; à moins qu'une insuffisante moralité n'y viennœ| paralyser La spiritualité, ce qui, en temps normal, ne peutfe^ constituer que des anomalies purement individuelles, dont I&|§|| répression possible deviendra l'objet continu d'une sage disci* pline. Quand la séparation fondamentale des deux puissance^ . élémentaires fut d'abord introduite dans l'organisme social par le régime monothéique du moyen âge, il ne faut pas croirey que la supériorité légale du clergé relativement à tous lesl autres ordres résultât uniquement, ni même principalement de son caractère religieux. Elle dérivait surtout d'un princij plus profond et plus, universel, suivant la tendance involôi§ taire de l'appréciation humaine vers la prééminence spécup lative. L'accroissement effectif de cette tendance constante malgré la décadence continue des influences purement re! gieuses, montre clairement qu'elle est plus désintéressa qu'on n'a coutume de le supposer, et qu'elle indique direct^ ment une disposition spontanée de notre intelligence à estime, davantage les conceptions les plus générales. Mais, par ce même, cette première subordination ne pourra devenir irré; vocablement réalisable, dans l'économie positive, quelorsqUj les éléments actuels de la nouvelle classe spéculative sero enfin suffisamment dégagés. de la spécialité dispersive
après avoir été indispensable à leur préparation, constitueaujourd'hui le principal obstacle à leur installation sociale, certainement impossible sans leur propre systématisation préalable (1). Quand la régénération philosophique aura convenablement ramené ces divers éléments à une véritable unité, d'ailleurs pleinement compatible avec une saine répartition intérieure, correspondant à la diversité secondaire des besoins et des aptitudes, alors seulement cette classe obtiendra réellement l'éminente position que comporte sa nature, et dont sa présente situation ne peut donner qu'une très faible idée. Une superficielle appréciation pourrait d'abord faire envisager cette prééminence nécessaire de la dignité spéculative comme contraire à notre principe fondamental de la séparation des deux puissances; mais les explications du cinquante-quatrième chapitre, suffisamment complétées ci-' dessus, préviendront, j'espère, chez tout lecteur judicieux, une aussi grave inconséquence : puisque nous avons direcle-~.\ ment reconnu que, dans la sociabilité moderne, la considération et la puissance étaient nécessairement distribuées" selon des lois tellement différentes que leurs degrés supérieurs s'ex- ; cluent essentiellement. Or, il s'agit ici de l'ordre de dignité, ei non de l'ordre de pouvoir, du rang occupé dans l'estime', universelle, et non de l'infiucnce directe exercée sur les actes réels. Bien loin que la prééminence nécessaire de la classe
(1) Dans leur dédain stupide pour toute philosophie générale, la plupart des savants actuels, surtout en France, ne comprennent pas, à cet égard, que leur aveugle antipathie est en réalité nécessairement contraire au juste sentiment de dignité sociale que leur inspire spontanément le caractère spéculatif. Il est pourtant sensible que, si cette opposition rétrograde à l'essor de tout esprit philosophique pouvait. effectivement prévaloir, les praticiens viendraient bientôt, sous la même impulsion plus prolongée, discréditer à leur tour l'esprit scientifique proprement dit. Le régime de la spécialité, naturellement lié à la prépondérance des applications directes, conduirait nécessairement-" les simples ingénieurs à éliminer les vrais savants, aux mêmes titres que ceux-ci proclament aujourd'hui contre les véritables philosophes. Arguant avec raison de la généralité supérieure de leurs conceptions habituelles pour légitimer leur prééminence mentale sur les praticiens, . comment ces savants ne comprennent-ils pas que des vues encore plus générales doivent assurer à l'esprit philosophique, sous la seule condition d'une suffisante positivité, une supériorité non moins légi- . Urne sur l'esprit scientifique actuel? L'inconséquence évidente d'une t^lle disposition. ne peut s'expliquer réellement que par l'influence d'un déplorable empirisme, spontanément rattaché à des instincts égoïstes que j'ai déjà suffisamment caractérisés. ; ■•*:/'