‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 14 sur 36 · XXIV PRÉFACE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

XXIV PRÉFACE PERSONNELLE

faire cesser leur prépondérance actuelle, sous l'inflexibte

prescription continue de rigoureuses conditions mentales, à la fois logiques et scientifiques qu'ils se sentent incapables de remplir suffisamment.

Considérons enfin la troisième classe spéculative, celle qui seule constitue aujourd'hui le germe très imparfait mai? direct de la vraie spiritualité moderne. Là se trouvent ceux à qui j'ai fait l'honneur de demander à gagner honnêtement mon pain, parce qu'ils sont de ma famille intellectuelle: tandis que je n'ai rien dû attendre des doux autres catégories, comme m'étant essentiellement étrangères el même involontairement hostiles, sauf l'unique exception personnelle dont j'avais si mal à propos honoré M. Guizot. Afin d'apprécier convenablement à leur égard ma situation naturelle, il y faut distinguer avec s<»in 1rs deux écoles, spontanément antagonistes, qui s'y partagent, quoique très inégalement jusqu'ici, l'empire général delà positivité rationnelle: l'école mathématique proprement dite, dominant encore, sans contestation sérieuse, l'ensemble des éludes inorganiques, el l'école biologique, luttant faiblement aujourd'hui pour maintenir, contre l'irrationnel ascendant de la première, l'indépendance el la dignité des études organiques. En tant que celle-ci me comprend, elle m'est, au fond, plus favorable qu'hostile, parce qu'elle seul confusément que mon action philosophique tend directement à la dégager de l'oppression des géomètres. J'y ai trouvé non seulement mon plus complet appréciateur scientifique, dans la personne de mon émioen! ami M. de Blainville, mais aussi de nombreux et

l'HKFACE PERSONNELLE XXV

honorables adhérents, dont le concours constate mieux une telle sympathie collective. Malheureusement ce n'est pas de celte classe, comme on sait, que dépend mon existence personnelle. Or, quant aux géomètres, sous la domination desquels je suis naturellement forcé de vivre, les indications précédentes ont assez fait pressentir ce que je dois attendre d'une classe scientifique dont l'ensemble de mon opération philosophique, soit mentale, soit sociale, détruit nécessairement la suprématie provisoire, graduellement développée pendant le cours de la longue élaboration préliminaire propre aux deux derniers siècles, comme l'expliquent spécialement les trois chapitres extrêmes de ce volume final. Pour mieux caractériser cette inésàtable opposition instinctive, il me suffit ici de signaler convenablement l'expérience pleinement décisive qui s'accomplit, à mon détriment, en 1840, lors d'une nouvelle vacance de la principale chaire mathématique de l'Ecole polytechnique, que j'avais occupée, par intérim, quatre ans auparavant, avec une supériorité généralement reconnue, même de mes ennemis, et que je ne cesserai jamais, k ce titre, de regarder comme ma propriété légitime, quoiqu'une violente iniquité m'en ait dépouillé jusqu'ici avec l'appareil des formalités légales. L'illustre Dulong, en sa qualité de directeur des études de cet établissement, y avait personnellement suivi ces mémorables leçons qui m'avaient hautement conquis sa consciencieuse estime, malgré sa disposition antérieure à partager involontairement envers moi les préventions routinières de nos coteries scientifiques: c'est sous le

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