‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 18 sur 36 · XXXII PRÉFACE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

XXXII PRÉFACE PERSONNELLE

l'office modesle, quoique indispensable, que leur assigne évidemment la vraie hiérarchie encyclopédique. Après avoir jeté, comme un leurre, au vulgaire philosophique, leur absurde et dangereuse utopie relative à la prétendue régénération ultérieure des conceptions sociales d'après leur vaine théorie des chances, dont tout homme sensé fera bientôt justice, ils se contentent donc essentiellement d'exploiter à l'aise les bénéfices personnels que la grande transaction moderne assure spontanément à ceux qu'on a dû regarder jusqu'ici comme les plus fidèles organes de l'esprit positif, bien qu'ils n'en puissent vraimenl représenter que l'étal rudimentaire. Quant aux besoins fondamentaux inhérents à notre situation intellectuelle, ils n'intéressent aucunement la plupart des géomètres, qui sont, au contraire, secrètement entraînés à en empêcher la satisfaction finale. Leur opposition, plus apparente que réelle, à la prépondérance métaphysique, ou même Ihéologïque, tend depuis longtemps à se réduire à ce qui est strictement nécessaire pour garantir les droits directs de la science, surtout mathématique, aux profits généraux de l'exploitation spéculative. Or ce but est certes suffisamment atteint aujourd'hui, oùle pouvoir a trop généreusement abandonné aux savants eux-mêmes, surtout en France, la répartition effective des diverses récompenses scientifiques. Ceux qui, avec une audace apparente, attaquent chaque jour la liste civile de la royauté, sont, d'ordinaire, humblement prosternés devant la liste civile de la science, au point de n'oser, par exemple, se permettre aucune critique envers les frais monstrueux qu'occasionne maintenant la seule

PHÉFACE PERSONNELLE XXXIII

composition d'un almanach très imparfait. Tous les intérêts mathématiques étant ainsi garantis, les géomètres consentent volontiers à laisser à la métaphysique, et même à La théologie, l'antique possession du domaine moral et politique, où ils ne sauraient avoir aucune prétention sérieuse. D'un autre côté, la demi-intelligence que l'entraînement contemporain fait aujourd'hui pénétrer jusque dans la théologie disposerait peut-être celle-ci, en cas d'un triomphe momentané, d'ailleurs presque impossible, à mieux respecter désormais les ambitions géométriques, pourvu que, suivant leur tendance spontanée, elles l'aidassent suffisamment à contenir le véritable essor systématique des spéculations biologiques, seules études préliminaires où la lutte fondamentale reste encore pendante, à beaucoup d'égards, entre l'esprit positif et l'ancien esprit philosophique. Cependant les craintes naturelles que doit suggérer l'instinct aveuglément rétrograde de la puissance théologique conduiraient, sans doute, les géomètres avoir avec regret le retour éphémère de son ascendant oppressif, où ils redouteraient, à leur propre égard, une source d'exclusion. Mais la situation actuelle, où domine l'influence métaphysique., plus souple et moins ténébreuse, quoique, au fond, seule vraiment dangereuse aujourd'hui, convient beaucoup à l'ensemble de leurs dispositions présentes, tant morales que mentales, parce qu'elle empêche une solution qui leur répugne, tout en leur assurant les nombreux avantages personnels d'un facile ascendant scientifique. Aussi est-ce surtout à prolonger, autant que possible, cet état profondément contradictoire, en écartant, de

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