‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 21 sur 36 · XXXVI PRÉFACE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

XXXVI PRÉFACE PERSONNELLE

temeut demander, en transportant désormais sous les yeux du public des luttes jusqu'ici contenues dans l'ombre des conciliabules scientifiques. Je n'exige nullement que mon existence privée soit changée ni même élargie, mais seulement à la fois adoucie et consolidée. Son étal présent, s'il était moins pénible et moins précaire, suffirait à mes besoins essentiels, et même à mes goûts principaux. Quant aux prévoyances de la vieillesse, si jamais il y a lieu, la nation française saura sans doute \ pourvoir spontanément. Mais je demande surtout que mes ressources matérielles ne soient pas livrées chaque année au despotique arbitrage des préjugés et des passions que mon essor philosophique doit naturellement combattre avec une infatigable énergie, comme constituant désonnais Le principal obstacle à la rénovation intellectuelle, condition fondamentale de la régénération sociale. Or, à cet égard, sans attendre ni solliciter directement aucune rectification réglementaire, la crise que je viens de provoquer ainsi dans ma situation personnelle va nécessairement, quoi qu'on fasse, devenir pleinement décisive en l'un ou l'autre sens; car, si, malgré cette loyale manifestation publique , les prochaines réélections annuelles confirment, sans aucune difficulté, ma double position polytechnique, je serai, par cela seul, suffisamment autorisé à regarder, d'un aveu unanime, celte formalité, d'ailleurs absurde, comme ayant cessé enfin d'offrir envers moi aucun danger essentiel : elle ne permettra plus à personne d'oser m'offrir, presque à titre de grâce, celte confirmation périodique, qui ra plus vraiment facultative. Au cas contraire, je

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sais assez ce qui me resterait à faire pour que la suite de mou élaboration philosophique souffrit le moins possible de cette infâme iniquité finale.

Le but de cette préface étant ainsi convenablement atteint, je crois devoir utiliser l'occasion qu'elle me fournit d'indiquer sommairement, suivant la coutume, aux lecteurs les plus attentifs, quelques renseignements accessoires sur le mode invariable de préparation et d'exécution qui a présidé à la longue composition que ce volume termine, afin de faciliter une équitable appréciation, en se plaçant mieux dans les conditions de l'auteur.

J'ai toujours pensé que, chez les philosophes modernes, nécessairement moins libres, à cet égard, que ceux de l'antiquité, la lecture nuisait beaucoup à la méditation, en altérant à la fois son originalité et son homogénéité. En conséquence, après avoir, dans ma première jeunesse, rapidement amassé tous les matériaux qui me paraissaient convenir a la grande élaboration dont je sentais déjà l'esprit fondamental, je me suis, depuis vingt ans au moins, imposé, à titre d'hygiène cérébrale, l'obligation, quelquefois gênante, mais plus souvent heureuse, de ne jamais faire aucune lecture qui puisse offrir une importante relation, même indirecte, au sujet quelconque dont je m'occupe actuellement , sauf à ajourner judicieusement, selon ce principe, les nouvelles acquisitions extérieures queje jugerais utiles. Ce régime sévère a constamment dirigé l'entière exécution de ce Traité, où il a assuré la netteté, l'énergie et la consis-

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