PRÉFACE PERSONNELLE XV
plus précaire et moins efficace qu'envers tout autre, soi! à raison d'une vie essentiellement solitaire qui me tenait éloigné des relations utiles, soit d'après le peu de sympathie que je trouvais chez les divers personnages qui pouvaient le plus appuyer une telle situation. Jusqu'à une époque très rapprochée, mon existence a toujours reposé sur un enseignement quotidien prolongé ordinairement pendant six ou huit heures. C'est au milieu de ces entraves qu'a été exécutée la première moitié do ce Traité; le lecteur doit maintenant s'en expliquer la lenteur spéciale de publication. Il y a seulement dix ans que je fus introduit enfin h l'Ecole polytechnique, dans le grade le plus subalterne, sous les généreux auspices spontanés d'un géomètre fort recommandable (feu M. Navier) , dont la rare élévation morale honorait notre monde scientifique, et dont l'esprit, quoique trop exclusivement mathématique, avait pourtant su discerner, à un certain degré, ma valeur caractéristique. Dès lors directement devenue mieux appréciable, mon aptitude à l'enseignement fut ensuite solennellement constatée, sur ce grand théâtre, d'après l'épreuve décisive qui résulta, en 1836, de l'obligation naturelle où je me trouvai d'y occuper, par intérim, la principale chaire mathématique. Mais, malgré cette irrécusable démonstration, que la noble sollicitude de mes élèves et de mon chef essentiel (l'illustre Du Ion g) a fait, j'ose le dire, soit alors, soit depuis, retentir avec éclat dans le monde savant, les antipathies scientifiques, spontanément développées à mesure que je perçais davantage, se sont jusqu'ici activement opposées à la juste rémunération de mes services