‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 9 sur 36 · XVI PREFACE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE PERSONNELLE

spéciaux. On a cru jusqu'à présent, et on croira sans iloulc longtemps encore, m'avoir suffisamment récompensé en ajoutant, depuis cinq ans, à mon office précaire el subalterne dans l'enseignement polytechnique, des fonctions plus importantes, mais également temporaires, relatives au jugement initial des candidats. Cette double attribution est d'ailleurs, suivant la coutume française, tellement peu rétribuée, que je suis obligé, pour suffira aux nécessités de ma position, d'y joindre au dehors un actif enseignement quotidien, dans l'un des principaux établissements spécialement destinés «à la préparation polytechnique. 11 résulte de ces triples fonctions mathématiques un tel enchaînement d'obligations journalières que, depuis six ans, je n'ai pu trouver vingt jours consécutifs de suspension totale, susceptibles d'être pleinement consacrés ou à un véritable repos ou à l'exclusive poursuite de mes travaux philosophiques. Cette nouvelle phase de ma position personnelle ne m'a donc réellement procuré d'autre amélioration essentielle que de m'avoir laissé un peu plus de temps pour ma grande élaboration, en me dispensant désormais de tout enseignement individuel. Aussi ai-je pu exécuter la seconde moitié de •'■Traité, malgré sa difficulté el son extension supérieures, beaucoup plus rapidement que la première, en composant, depuis cette heureuse modification, un volume environ chaque année. Mais les pénibles entraves qu'un tel assujettissement continu doit encore apporter directement à mon essor ultérieur sont surtout aggravées par le caractère profondément précaire qui, d'après d'absurdes règlements, distingue aujourd'hui celle labo-

PRÉFACE PERONNELLE XVII

rieuse existence (1). La double réélection annuelle à laquelle je suis ainsi soumis ne constituerait peut-être, envers tout autre, qu'une simple formalité, d'ailleurs choquante. Quant à moi, elle peut, à tout instant, de-

(1) Notre École polytechnique est essentiellement régie, en tout ce qui coucerne l'enseignement; par un conseil formé principalement de tons les professeurs quelconques, y compris les maîtres de dessin, de français et d'allemand, en exceptant seulement ceux qui dirigent les exercices non obligatoires, comme l'escrime, la danse et la musique. Depuis dix ou douze ans, cette corporation a graduellement acquis une grande prépondérance en se faisant attribuer, à ce titre de compétence, la nomination exclusive ou la présentation décisive aux divers offices polytechniques par suite de la confiance irréfléchie que sa composition caractéristique a dû inspirer de plus en plus à un pouvoir trop disposé à sacrifier, en général, sa juste suprématie effective aux impérieuses exigences des préjugés actuels. Ce nouvei ascendant a aussi tendu sans cesse à rendre essentiellement amovibles, en les assujettissant à une réélection annuelle, tous les emplois quelconques autres que ceux occupés ou convoités par les membres du conseil dirigeant, et sans même excepter les fonctions qui, de leur nature, réclament le plus évidemment une pleine indépendance légale, afin de résister suffisamment à l'antagonisme continu d'une foule de passions spontanément convergentes contre leur plus légitime exercice, comme sont surtout mes difficiles devoirs d'examinateur préalable. Envers l'office didactique accessoire rempli par ce qu'on appelle improprement les répétiteurs, les ombrageuses prétentions d'une telle domination ont été poussées au point que, depuis l'ordonnance de 1832, chacun d'eux peut être directement repoussé au seul gré personnel du professeur correspondant : en sorte que la prévoyance législative de nos savants n'a pu s'élever jusqu'à comprendre la dangereuse autorité qu'ils accordaient ainsi aux plus injustes animosités que pourrait susciter une rivalité individuelle alors trop naturelle pour ne devoir pas être fréquente, ou plutôt presque habituelle.

D'aussi absurdes institutions sont sans doute très propres à vérifier spécialement ce que j'ai tant de fois établi, en principe, surtout dans ce dernier volume, sur la profonde incapacité qui caractérise les savants actuels en matière quelconque de gouvernement, même scientifique. L'administrateur le plus, étranger aux études spéculatives n'eu! certainement jamais adopté spontanément des règles si radicalement contraires à cette connaissance usuelle de l'homme et de la société qui distingue naturellement la classe administrative, el qui, même à l'étal empirique, constitue toujours, au fond, dans la vif réelle, notre plus précieuse acquisition. Vainement donc nos savants voudraient-ils aujourd'hu

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